Edition 2022 du 17 au 20 nov.
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Vos textes de l’Invitation à écrire N°1

Pour cette première invitation, les participants étaient invités à imaginer ou à se remémorer une balade à vélo provoquant une sensation exceptionnelle de liberté. En plus de 5 mots imposés, les participants devaient commencer leur texte par "Les mains sur le guidon..."

Voila ce que ces consignes ont inspiré :

Les mains sur le guidon, debout, acculé, dos à la paroi métallique, flanqué de part et d’autre de tissus tendu sur les chairs. Je fais face à face avec un énergumène qui, de sa bouche m’invective et ment guirlande.
J’agis.
Ce n’est pas du gâteau ! Pourtant, d’un coup de pédale dans la choucroute, mon esprit s’évade. Depuis sa bouche, je surjoue, je roule sur la voix des zygomatiques oubliés. Je contourne le square de l’oreille, d’où j’entreprends une funambule excursion sur une monture métallique sise sur deux cercles, d’où on porte un autre regard sur le monde. Oui : ses lunettes. Je contemple la nature qui m’entoure : sourcils broussailleux, fleurs taches de rousseur, lac d’yeux au bleu grisonnant de nuages.
Je reprends mon excursion, pédale jusqu’à la tempe, grimpe jusqu’à la tête, lieu de la moulinette. Durant quelques tours du roux, je surplombe tout : ses mots, la rame, le monde. Quelle liberté !
Le vélo et moi, c’est une relation paillasson-ailes !

Mathieu Reynaud


Les mains sur le guidon, après avoir glissé la clef sous le paillasson, nous voilà partis pour une balade en vélo par ce temps automnal.
Nous nous dirigeons vers la plaine Tullins , située au pied du Vercors, un paysage des plus reposants s’offre à nous.
Nous empruntons des petites routes qui s’entrecroisent au milieu des zones de maraîchages, et découvrons un espace naturel sensible où la faune et flore régionale peuvent être observées : bruant des roseaux, agrion de mercure, orchidée des marais.
Une palette de couleur végétale, le sifflement mélodieux des oiseaux, l’envol bruyant de corneilles et la présence inopinée de hérons cendrés nous émerveillent.
Cela nous donne des ailes pour parcourir encore quelques kilomètres à travers les noyeraies et emprunter les chemins forestiers tapis de feuilles rouges et jaunes.
Une halte est improvisée pour ramasser les dernières noix qui finiront dans préparation d’ un gâteau avec un peu de miel.
Sur le chemin du retour nous longeons un ruisseau qui serpente tel une guirlande cristalline sous les derniers rayons du soleil.
Ce fut une belle évasion, un moment privilégié avec un sentiment de liberté légère.

Corine Girard


Les mains sur le guidon, je pédale, mais ma tête n’y est pas. Je sors d’une journée de travail intense, comme les précédentes et celles qui suivront, une guirlande de journées collée à mon écran. « As-tu pensé au dossier X ? Rappelé Mme Y ? Traité le cas de M.Z ? Que fait-on pour la réunion de 16h ? » et cette impression lorsque je sors, que j’ai laissé des choses en suspens. Je m’énerve en repensant à l’appel de mon chef, de ma collègue, de mon client : « Je ne suis pas un paillasson sur lequel essuyer vos soucis ! ». Je bouillonne ; ça tombe bien, voici une cote que j’attaque debout sur les pédales.
Soudain les ailes d’un papillon me chatouillent la joue, et… je me retrouve sur mon vélo. Mes roues ont filé, j’ai parcouru une bonne distance l’esprit ailleurs. Voici que le vent me chatouille le visage. Je respire un grand coup, regarde autour de moi. Mes cheveux échappés du casque volettent, je roule le long des quais, l’eau en contrebas bouillonne. Mes coups de pédale rageux m’ont permis d’évacuer ma rancœur. Je peux enfin regarder le paysage. Être pleinement là. La liberté qu’offre le vélo est décidément unique.
Ce soir, je préparerai un bon gâteau.

Hélène Colineau


Ça roule

Les mains sur le guidon je suis mon père. J’ai 10 ans et je vole comme un oiseau. On a tracé notre itinéraire hier soir. J’étais tout excité. On roule maintenant le long du canal de l’Herrétang. Pas de voitures. Papa a choisi ce parcours parce que la route n’est pas goudronnée. C’est plat et c’est interdit aux véhicules à moteur. Mon vélo est rouge. Un cadeau pour mon anniversaire. On dépasse des marcheurs. Je ne les frôle pas. Je maintiens une bonne distance pour notre sécurité à tous. Papa a parlé de 20 kms. Je ne sais pas si c’est faisable pour mes petites jambes. Mais j’ai confiance. Une cavalière nous double et des gravillons frappent les garde boue. Papa se retourne. Tout va bien. J’ai un casque rouge flambant neuf. La sécurité d’abord. Déjà que maman est inquiète…Elle nous a fait mille recommandations. A papa surtout ! Moi je n’ai peur de rien. Je pédale et je fixe cette ligne droite qui s’étire à perte de vue. Une brise légère me fouette le visage, cette liberté me donne des ailes. Les longues tiges des roseaux forment une guirlande qui flotte au gré du vent. Je sens mes joues qui rosissent. C’est chouette. Papa me fait signe de ralentir. Il s’arrête et moi aussi. On sort les gourdes, on se désaltère. Papa me demande si je suis prêt à repartir. Je lève les bras et je crie yes. Et nous repartons. Nous irons jusqu’au bord du Guiers et là nous ferons une longue pause au bord de la rivière pour déguster le gâteau préparé par maman.

Marcel Chabi


Quelque part en Drôme provençale,
Les mains sur le guidon, mes jambes à l’unisson avec mon pédalier, je profite de ce beau matin Drômois, ou la rosée se dépêche de me faire sentir l’odeur de l’herbe fraîche coupée du soir, car elle sait que le soleil ne fera qu’une bouchée de la rosée en tapant comme un forcené le reste de la journée.
Qu’importe, j’aime cette sensation de liberté sur ma bicyclette, elle exulte mes cinq sens.
Mes narines se remplissent du subtile parfum des lavandes en fleurs, sublime !
Mes yeux captent, ces rangées de serpents bleus formant des millions de guirlandes ou les abeilles butinent sans retenues, quel festin !. J’aimerai toucher ces fleurs, mais je résiste contre la tentation de m’affaler dedans.
Et puis il y a ces tilleuls en fleurs, bien alignés sur les bas côtés, m’offrant à la fois la fraîcheur nécessaire pour ne pas suffoquer en pédalant et les tisanes au goût suave et mielleuse que je me prépare les soirs d’hiver entortillé dans mes draps.
Soudain le cri strident d’un vautour fauve aux ailes déployées, tournoyant et profitant du thermique pour prendre de l’altitude, résonne à mes oreilles.
Mais, bientôt le soleil a rendez vous avec la lune, et il est l’heure de rentrer à la maison.
Fourbu, je pose en vrac, sur le paillasson, mon casque, mon bidon, mes chaussures, mon cuissard, mes chaussettes et ma bicyclette.
Et avant de plonger dans les bras de Morphée, et de repartir en Drôme, mes mains sur le guidon, je me dois d’ouvrir le frigidaire et de dévorer à pleine bouche le gâteau que m’a préparé mémé !

Richard Velasquez


Les mains sur le guidon, je pars enfin à l’assaut de cette île. Je démarre mon périple sur l’esplanade du port, au pied de la cabane fushia où j’ai loué mon destrier. Je file directement dans les ruelles étroites du village, les maisons sont colorées et leurs toits sont rouges, des gens sont assis sur les bancs et discutent comme si le temps n’avait pas d’emprise sur eux. Je longe une école, il y a des guirlandes accrochées aux fenêtres pour célébrer le carnaval, j’entends les élèves répondre en cœur la maîtresse.
Je gravis maintenant la route menant au Fort Napoléon alors que le soleil est au zénith et les arbres ne parviennent pas à m’offrir leur ombre. Quelques chèvres maigrichonnes me suivent sur le pavé. Arrivée en haut à la sueur de mon front, je m’arrête au point de vue qui surplombe l’océan. Je me penche au-dessus du garde-corps, respire l’air chaud et salin à plein poumon, je bois un coup puis m’émerveille devant ce panorama exceptionnel : des vallons verdoyants, des îles vierges, le bleu profond de l’océan, des oiseaux et au loin, un majestueux bateau à 3 mâts.
Pour redescendre la colline, je me laisse emporter par la vitesse, les jambes écartées, les pédales libres, toujours bien cramponnée à mon guidon. Le vent fouette mon visage, je ressens une immense sensation de légèreté, de liberté. Je croirai presque voler !
Quand soudain, un colibri me passe près du visage. Le bruissement de ses ailes me surprend, je sursaute et je tombe… Par chance, un paillasson amortit ma chute. Me voici au sol, enchevêtrée avec mon vélo, au pied d’une charmante maisonnette blanche aux volets bleu azur. Sur le perron, une vieille dame assise sur une chaise en fer n’attendait que moi !


- Sa ou fè Mamzel ? Vini là, an nou pran on touwmen d’Amouw ! Me dit-elle.
Je la regarde les yeux écarquillés. Elle me tend une sorte de tartelette. Je comprends qu’elle me propose un gâteau typique des Saintes. Je m’approche en souriant maladroitement, m’assoie à ses côtés puis prends délicatement la pâtisserie. Je déguste alors mon premier « Tourment d’Amour ». Les notes sucrées de coco alliées au pep’s du citron vert et à la douceur de la vanille me font oublier ma chute…


- C’est vraiment « à tomber par-terre » ! Lui dis-je en riant.

Virginie Escoffier


Bille en tête

Les mains sur le guidon, à fond de train : rouler et mesurer le temps. Pour retrouver les copains au bistrot des Quatre Chemins. Mon challenge : enfourcher le vélo de mon père pour être plus rapide que la fois précédente, dépasser mes limites, rogner des secondes et crier victoire.
Les jours de rendez-vous, à peine arrivée à la maison, j’avais hâte d’avaler goulûment l’air qui froisserait mes poumons. Je me débarrassais négligemment de mon cartable sur le paillasson et je filais au garage en faisant mine de ne pas entendre les récriminations de ma mère. Je retrouvais le destrier de fer qui semblait m’avoir attendue toute la semaine. S’il avait pu hennir, il l’aurait fait, pour sûr.
Sitôt juchée sur la selle, je sentais des ailes me pousser tandis que je fredonnais dans ma tête Ma liberté ou encore La route. Le guidon recourbé m’offrait de la puissance et j’impulsais le rythme à grands coups de pédales. J’avalais l’asphalte qui se tortillait sous les pneus.
Au bout de la dernière ligne droite, je m’imaginais franchir le ruban d’arrivée sous les guirlandes d’encouragements et les vivats de la foule. Cela me donnait droit à cerise sur le gâteau : un panaché bien frais partagé avec les potes, et tellement mérité !

Véronique Pédréro


Les mains sur le guidon je m’élance et je sais qu’elle est là, cette sensation de liberté si convoitée. Elle ne dure pas longtemps, seulement quelques secondes, durant lesquelles j’ai la sensation de déployer mes ailes pour m’envoler. Je dévale la pente à toute vitesse, sans me soucier du danger, seul l’instant présent compte. Les guirlandes de pensées qui tournoient dans ma tête sont moins emmêlées, je suis apaisée. Je peux me concentrer sur des détails plus infimes, comme les effluves d’un gâteau ou le bruit d’un pas qui frôle un paillasson, au lieu de me focaliser sur le nuage qui tourbillonne autour de mon esprit. Le vent a chassé les nuages, mes jambes sont prêtes à affronter une nouvelle montée, et je souris car je sais qu’il me reste encore du chemin à parcourir.

Eden


Les mains sur le guidon c’était plus tard. Enfant venant d’Afrique, baptisé sur les fonts des des Ducs de Bourgogne, la maison était un lieu magique voisin du grand jardin botanique, des trains P.L.M., à deux virages du canal de Bourgogne et la baignade de l’Ouche. Les itinéraires menaient vers le plateau calcaire et son rebord, la Côte d’Or. Et au sous-sol, mon petit vélo.
Marius, mon grand-père, avait couru derrière nous pour m’aider à maîtriser l’équilibre du cycliste, ce n’était pas du gâteau. Il me lâcha et les ailes me poussèrent en un été : du chemin de halage j’admirais les capitaines de péniche sautant les marches au fil des écluses en plaisantant avec l’éclusière. Voie d’eau calme serpent dans la campagne entre des arbres moins dangereux que ceux des routes nationales. Vélos dans l’herbe, nous nous baignions.
Ou comme exercice de grimpette pour le Tour de France et grapiller, je choisissais la Route des Grands Crus, bandeau goudronné parmi les vignobles aujourd’hui Climats du Bourgogne : verts aux grappes violettes tournant à l’or puis au rouge d’automne, s’animant des vendangeurs. Les montées menaient aux Hautes Côtes, mon vélo n’avait pas de dérailleur, le chanteur avait Paulette et moi ma voisine Martine, grande, spontanée, tressant guirlande avec coquelicots dans mes cheveux, la liberté de vacances. Elle s’étirait sur moi nous n’avions nul paillasson.

Richard Prothet


Les mains sur le guidon de ma nouvelle bicyclette, je me sentais pousser des ailes ! Cette première sortie sous l’œil attentif de ma mère démarrait sous la bannière de la liberté et de la vitesse !
Encore quelque peu hésitante, je pédalais prudemment ; attentive aux cailloux de l’allée mal entretenue de notre quartier ; pour me donner du courage et impressionner Eric,mon voisin, je fis tinter la sonnette d’une main , la sensation d’un léger vertige dû à l’instabilité de mon vélo me fit regretter ce geste…ma mère s’écria « doucement, attends moi ? tu vas trop vite ! »

J’avais, sans m’en rendre compte, mis de la distance entre elle et moi : ma pauvre maman, tout en me suivant, donnait la main à mon jeune frère de18 mois, gros poupon qui voulait à tout prix déguster le gâteau de son goûter tout en courant après mon vélo.
J’accélérais, bien involontairement : l’allée était en pente, « freine ! Freine ! »la voix de maman m’alertait ; elle tenta de me rejoindre .... Le vélo tressauta et pencha dangereusement vers le bas-côté ; je ne maîtrisais plus mon coursier… moi qui me tressais, in petto, des guirlandes de championne, comme je l’avais vu faire pour les ténors du vélo, à la télévision !
« Freine ! trop tard, je me retrouvai le nez dans les orties du bas-côté de l’allée ; A quelques mètres de moi, mon frère me montrait du doigt en riant sans aucune pitié pour mon pauvre visage chiffonné tel un paillasson.
Je n’ai jamais pu lui pardonner, à ce gros poupon qui avait empêché Maman de venir à mon secours... ,Curieux ! il est très mal à l’aise sur un vélo !

F Morhain.


A bicyclette

Les mains sur le guidon, je suis prête pour ma toute première escapade à bicyclette. Ce matin, je vais seule chez ma grand-mère qui habite un hameau à 3kms du village. Pour une petite fille de dix ans, c’est tout une aventure mais aussi un vrai sentiment de liberté. Malgré une appréhension toute légitime, j’appuie fermement sur la pédale et me mets en selle. Me voilà partie à travers les chemins étroits et sinueux de la campagne bressane. Le ciel est bleu avec juste une petite guirlande de nuages blancs à l’horizon. Dans les prés, les vaches broutent l’herbe tendre sans s’occuper de moi. L’air frais du début de journée me fouette les joues alors que le soleil caresse doucement mes épaules. Le vent, lui, emmêle mes longs cheveux. Juste devant moi, un oiseau s’envole d’un buisson d’aubépines. Comme lui, je me sens pousser des ailes. Pourtant, ma respiration se fait haletante et saccadée tandis que mes jambes me semblent peser des tonnes. Enfin, j’aperçois la vieille bâtisse et ma grand-mère qui m’attend sur le paillasson avec dans ses mains un grand verre de limonade et une belle tranche de gâteau. C’est là ma récompense !

Françoise BOYAT


Les mains sur le guidon je regarde une dernière fois le paillasson de chez ma grand-mère et pour me motiver, je pense au gâteau que ma mère m’a promis pour mon retour. Je m’élance alors, je traverse la ville que je connais par cœur à force puis je rentre dans la forêt. Je lève les yeux pour regarder l’arche qui me surplombe, elle est verte, remplie de lumière filtrée pas ses guirlandes de branche. Plus j’avance et plus je prends de la vitesse, je rêve de voler depuis que je suis petite alors j’écarte les bras pour me faire des ailes et je sens sur ma peau ce vent synonyme de liberté. Comme en accord avec ma pensée, un oiseau passe au-dessus de moi et ralentit pour rester à mon niveau. Il est magnifique, ses plumes sont brillantes. Je me rapproche de chez moi mais je décide de ne pas rentrer tout de suite j’aime ce sentiment de liberté qui me parcourt le corps quand je suis en vélo dans cette forêt, celle de tous mes rêves, de mes plus sombres cauchemars, celle qui est comme une maison pour moi. Les oiseaux chantent sur mon passage. La forêt devient de plus en plus sombre et je décide enfin de rentrer en gardant comme à chaque fois les images de cette forêt claire, calme, magnifique … Je la quitte avec regret pour regagner la ville. Une fois rentrée chez moi, je range mon vélo dans le garage en pensant que je repartirai bientôt pour rejoindre une nouvelle fois ce paradis.

Sarah Leguay


- Les mains sur le guidon !, me crie Mémé. Ah mais, tu fais déjà ton Louison Bobet !
La mémoire cycliste de ma grand-mère s’était arrêtée en 1961 avec la carrière de son champion. J’avais 10 ans et elle venait de m’offrir mon premier vélo neuf pour entrer au collège. Le bleu, celui que mes yeux envieux convoitaient depuis des mois dans le catalogue Manufrance. Des yeux qui étaient parvenus aux oreilles de Mémé ! Une mémé comme elle, je n’en connaissais qu’une, la mienne, ma Mémé. Aucune autre n’aurait pu rivaliser avec Mémé s’envolant à toutes ailes sur son vélo Hirondelle (pas tout neuf, celui-là !) pour acheter la plaquette de beurre oubliée le matin-même chez Ginou et préparer mes crêpes préférées !


- Les mains sur le guidon !
La voix de Mémé m’ouvre le chemin de la liberté au bout duquel m’attend impatiemment Ninon à qui j’ai hâte d’exhiber ma petite merveille encore parée de la guirlande dont Mémé l’a endimanchée pour l’occasion. La fin de l’école primaire, c’est pas rien ! Elle, elle n’est jamais allée plus loin mais si elle s’en est bien sortie, c’est grâce à lui, son vélo Hirondelle, qui ne l’a jamais lâchée lui (de quoi ou de qui parle-t-elle ? Mémé n’en dira pas plus). Elle a même pensé à la sacoche, bleue (merci Mémé !), dans laquelle elle a glissé deux parts de gâteau aux cerises.


- Et n’oublie pas, Poupette, si tu reviens avant moi, la clé est sous le paillasson !
A 10 ans, je rêvais d’ailleurs inexplorés auxquels mon vélo me mènerait. Alors, revenir avant Mémé…

Catherine Spinard


Les mains sur le guidon, j’avais décidé de mettre la clé sous le paillasson !
Ainsi, me voici voler de mes propres ailes et à tire d’ailes.
L’intention étant de ne pas trop me brûler les ailes.

Avec ce sentiment de liberté, ancré au plus profond de mon corps et de mon âme,
J’allais parcourir le monde.

Éviter les dérapages dans les lignes sinueuses, nez sur le guidon,
Contrôler les virages serrés, main sur le frein.

Un vrai voyage dans un paysage où les guirlandes végétales composaient une mosaïque colorée de ce monde rural qui m’environnait et que mon regard enveloppait.

Cheveux au vent, brindille d’une jeune pousse à la bouche,
Tous mes sens à l’affût, parfums de printemps,
Murmure du ruisseau, premiers chants d’amour des oiseaux

J’avais une pensée pour ma grand-mère gâteau qui m’avait offert ce vélo,
M’enchaînant ainsi à elle, dans cette liberté d’expression choisie, gagnée et transmise.

Merci mémé !

Pascale SAUZY


Les mains sur le guidon, éprise d’un vent de liberté, je libère les freins de mon entrave. Mon bolide prend aussitôt de la vitesse en plaquant ma robe sur mon corps. Le vent me fouette le visage et vient rafraîchir la température.Une vague de frissons me parcourt l’échine. Le paysage défile tel un film qu’on aurait mis en avance rapide. Les lampadaires qui jalonnaient ma balade se transforment en une interminable guirlande lumineuse.Les habitations m’entourant se fondent et deviennent un écran grisâtre. Une bosse. Une bouffée de chaleur m’enflamme et accélère mon rythme cardiaque.

Ivresse de la vitesse, mon esprit divague. Un plaisir jouissif embrase mes sens. Mon habit se déploie en ailes flamboyantes prêtes à m’emmener loin, bien loin de ce tumulte urbain, loin de ce brouhaha mental. Air, vent, souffle dans mes ailes pour que je m’allège de cette vie que je n’ai pas choisi. Cette vie qui m’encombre et m’alourdit. Lave moi de mes peurs, de mes souvenirs envahissants. Aide moi à lâcher, laisser aller ce qui ne me sert plus aujourd’hui.
Au loin, l’horizon. Le lieu de tous les possibles. La promesse d’une autre réalité. Mes yeux sont rivés sur cette nouvelle destination. Ma vie m’attend, je suis prête à l’embrasser.

Un bruissement de poils, comme des sabots qui frottent sur un paillasson. L’odeur d’un gâteau et la salive qui inonde ma bouche. Le bruit d’une voix, d’une conversation... Le poids de la réalité s’installe progressivement sur mes épaules. Le songe se dissipe laissant en souvenir un léger sourire sur ma bouche.

Emeline Fossey


Les mains sur le guidon, je me sens d’un seul coup pousser des ailes. Depuis quelque temps la vie c’est pas du gâteau : Métro, boulot, dodo, écrasée par le quotidien. Je n’aurais pas imaginé qu’un simple tour de vélo puisse tout à coup mettre de la lumière dans ma vie, comme les guirlandes du sapin de Noël. Liberté chérie, un peu de vent dans les cheveux, une descente au soleil. Fini la vie de paillasson, j’ai à nouveau dix ans et les genoux écorchés. L’avenir devant moi pour tout changer !

Amandine Saadi


De sauterelles, de papillons

Les mains sur le guidon. J’ai le regard droit devant, vers cette étoile. J’ai le trouillomètre à zéro, la tronche des mauvaises nuits, la barbe de trois jours, aucune tenue spéciale, aucune envie, aucun talent. Je pédale.
Quand Firmin m’a appelé, je n’ai pas pu lui refuser... C’est promis hein, tu viens... T’inquiète, ils t’en prêteront un... Mais non j’te dis, le vélo c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas... OK ? ... OK.
Et voilà. Le casque et les lunettes on me les prêtera. Un coussin sous les fesses, ça, non.
Je suis en retard. Quelques gâteaux secs, une bouteille d’eau, le gosier déjà rêche comme un paillasson. C’est parti.
Après, je me rappelle quelques images. Pas sûr qu’elles soient réelles.
La pluie. Sans importance. Même pas mouillé. Mon casque sur les oreilles. Vous voulez de la musique ? "... de sauterelles, de papillons...". Des câbles, des écrans, des paysages inconnus filant à tire-d’aile. Plus vite, monsieur, respirez, buvez, respirez, plus que cinq heures. Une femme à coté de moi, tenue spéciale rose fluo, pas besoin de coussin sous les fesses, elle. J’ai souri, je crois. Paulette, elle s’appelle. Je pédale.
Plus d’eau. Ça pue la sueur. Plus de paysage, plus de musique. Juste les battements de mon cœur, le feulement des pédaliers à moteur ionique et la guirlande d’étoiles, là-bas.
Plus rien. Noir. Silence. La liberté peut-être.
Si vous êtes sélectionné, on vous prévient par mail.

Eric PROTIN


Clyde

Les mains sur le guidon.
La pluie sur mon visage.
Je ris. Je ris et je chante. À tue-tête. Tellement fier.
Les jambes comme des ailes suspendues à un fil.
… chats chats, chapeau d’paille chapeau d’paille chapeau d’paille paille paille…
Au son des clarines je dévale la grand-rue, la Rue de la Liberté ! Sans doute celle de voler sur les pavés mouillés. Entre toutes, je reconnais la cloche de Mélusine, la meneuse, ma préférée. Et si moi, moi le fou des expériences nouvelles, j’essayais... aujourd’hui ! Pour voir. Juste pour voir. Seulement cette fois… ils sont si brillants ! Et hop, je glisse un pied dans les rayons.
… paillasson paillasson paillasson son son… Une gerbe blanche, crémeuse et tiède, s’échappe de mon pot à lait. Avec elle s’envolent aussi des guirlandes de gouttes immaculées. Plein noir. La pluie frappe mon visage. Elle tue aussi l’odeur forte des étables. Je souris. Je n’ai pas lâché mon guidon. Je le cramponne. Je crois même qu’ils ont dû m’enterrer avec. C’est bête, j’ai sept ans. Depuis ce matin. La tête a heurté la margelle. Maman va pleurer son gâteau.
Je souris encore. J’échappe à la fessée.

Geneviève PROTIN


Mon vélo rouge.

 Les mains sur le guidon, sur les routes de l’île de Noirmoutier , goûtant seule l’air marin , le vent me donnant des ailes, je me revois petite fille, puis adolescente par tous les temps sur les chemins de mes premières années, bien vallonnés , de ma campagne morvandelle.
Pépère avait décidé quand j’eus 9 ans, d’avancer le cadeau d’usage de la première communion ,un vélo, pensant qu’il ne serait plus là pour mes 12 ans. Ce qui malheureusement advint.
Pépère mourut et on enleva les rehausseurs de pédales que mon père avait fabriqués pour que je puisse pédaler.
Ah ! Ce premier vélo ! Comme il m’a donné un sentiment de liberté , un sentiment qui ne m’a jamais quitté depuis !
Le vélo dans notre famille c’était notre seul moyen de locomotion. Sans voiture, il nous était indispensable pour aller à la ville, voir les copines, plus tard, pour aller au bal !
Un vélo rouge que j’astiquais, le vélo que je prenais par tous les temps y compris sous la neige : que de culbutes parfois ,un bras cassé aussi pour avoir une fois de trop , lâché le guidon.
Cependant il est un souvenir que je ne peux oublier.
J’avais 12 ans environ.Un cousin parisien vint passer des vacances chez nous.
Lui , le citadin , un mépris à peine déguisé pour ces cousines perdues dans cette campagne malodorante pour son nez, tellement odorantes pour moi : Les odeurs du foin coupé au début de l’ été, l’humus des champs retournés à l’automne, le blé séchant sous le soleil ardent de juillet , et les grillons , les oiseaux qui accompagnaient nos courses , des guirlandes de sensations que je ne peux oublier.
Je décidai de me venger.
Nous fîmes un tour , un grand tour avec des descentes , des montées où je ne mis jamais pied à terre, lui soufflant et suant. Exténué , arrivé à la maison il s’effondra tel un paillasson dans l’herbe et cerise sur le gâteau de mes mauvaises intentions, dans les orties qui s’y camouflaient !
Ma mère le consola , mais ayant tout compris , ne me gronda pas.
C’était là le vélo de ma jeunesse . Maintenant il me faut des routes bien plates, un vélo avec vitesses, mais toujours je goûte ce bonheur qui date de l’enfance.

Denise Roux


Les mains sur le guidon, je traverse la campagne en fin d’après-midi. Les chemins calmes et étroits sont bordés d’arbres bourgeonnant. Personne en vue, un sentiment de liberté me gagne. je fredonne, je lâche les mains tends les bras. Sublime impression d’être un aigle flottant dans le vent ailes déployées. L’odeur de l’herbe fraîchement coupée vient chatouiller mes narines. Sur ma droite, un tracteur rompt le silence. Il trace des sillons très réguliers laissant échapper une odeur d’humus . Les oiseaux arrivent en colonie pour picorer les vers en surface. Dans le lointain, j’aperçois un couple de randonneurs et leur chien. Je souris en voyant la guirlande bleue scintiller autour de son cou, moyen efficace pour le repérer à distance. En observant cette nature qui se réveille en ce début de printemps, je n’ai pas vu la flaque d’eau et me voilà toute éclaboussée par cette eau brunâtre. De plus un pneu crevé et rien pour réparer. Je dois rebrousser chemin en poussant mon vélo. Cela est éreintant.
Arrivée chez moi, j’aperçois mon chat couché au soleil sur le paillasson. Je le caresse, enlève mes chaussures. J’enfile un survêtement , me prépare un thé et je me délecte d’un morceau de gâteau préparé ce matin. Le chat m’a suivi et ronronne sur mes genoux. Je savoure avidement ce moment privilégié.

Sylvaine Beaumelle


Vitesse, ivresse et liberté.
Les mains sur le guidon de mon vélo,
Dans une sacoche, gâteaux, bichocos et chamalos,
 Guirlande colorée sur mon chapeau,
Top départ pour une folle descente vers la rivière.
Vitesse, ivresse et liberté.
Oliviers argentés,
Lavandes bleutées,
Jolis coquelicots,
Romarins parfumés,
Mistral percutant,
Des ailes sur le dos, anges protecteurs.
Vitesse, ivresse et liberté.
Un petit caillou…et tout bascule,
Me voilà sur un paillasson d’herbes sèches,
Que faire ?
 Sinon remonter la pente, pour la redescendre un jour prochain !
Vitesse, ivresse et liberté.

Denise


A bicyclette…

Les mains sur le guidon, sacoches et sacs à dos, en route vers la Bretagne !
En juin 2017, nous avons rallié Herbeys à la Bretagne à vélo. Expérience inoubliable. Qu’importe la chaleur accablante, la pluie, le vent, la grêle, l’orage, la liberté donne des ailes ! Même si parfois le dénivelé ne fut pas du gâteau, toujours l’humeur fut à la poésie.
Ah, les senteurs d’un matin d’été quand l’odeur enivrante se mêle à celle de la pluie et de l’herbe mouillée, et le chant des oiseaux !
A vélo, tous les parfums vous chatouillent l’odorat : ici, les roses qui embaument les jardins, les guirlandes de clématites qui grimpent et se mêlent aux branches du cerisier, ailleurs les parterres de lavande, et j’aime par-dessus tout l’odeur de la pelouse fraîchement tondue. Sur les chemins boisés ça sent bon la fougère et maintes fois nous avons pique-niqué sur des paillassons de mousse.
Dans la campagne, souvent nous avons mis pied à terre ; j’admire le travail du paysan qui laboure le matin, et qui, devant sa belle terre noire, le soir, voit et sait ce qu’il a accompli.
Et que dire de l’accueil de nos hôtes, quand fourbus et parfois dégoulinants de pluie ou de sueur, nous débarquions.
Mais ça, c’est une autre histoire !

Edith Hénaff


Les mains sur le guidon, un pied à terre l’autre sur la pédale, nous posons fiers et joyeux devant l’objectif de maman. Comme souvent, fratrie, cousins et copains, nous retrouvons pour une après-midi estivale et ensoleillée. Robes légères, débardeurs, shorts et sandales dévoilent nos peaux caramélisées et nos genoux écorchés. Alignés sous une guirlande feuillue et ombragée, nous attendons le signal du départ, pour nous élancer coude à coude, roue à roue, dans une course espiègle et appliquée. Nous connaissons le parcours par cœur : « le tour de la maison ». Ce qui peut se révéler monotone et répétitif nous apparait comme un véritable match. Virages, bosses et creux nous mettent au défi et, perchés sur nos bolides à deux roues, nous donnent des ailes. Inlassablement, nous poursuivons notre circuit, les uns dépassant les autres au gré de dérapages, accélérations et coup de freins. Nos pneus crissent sur les paillassons de gravier. Pleins d’ardeur et de malice, nos cœurs s’emballent, nos guibolles surchauffent, nos cheveux s’allègent au vent. Avec un sentiment de liberté, nous tentons dans un dernier effort de distancer nos compagnons et adversaires de jeux, pour enfin les détrôner. La course se termine. Les bécanes décélèrent, notre rythme cardiaque aussi. Le vainqueur crie sa fierté tandis que les vaincus acceptent leur défaite avec plus ou moins d’envie et de regret. Finalement, le moelleux et la douceur d’un gâteau maternel nous désarçonnent de nos montures, nous rassemblent et nous récompensent tous.

Myriam Finot


Les mains sur le guidon, les arbres défilent telle une guirlande le long de la petite route qui mène à la maison. Accompagnée du gazouillement des oiseaux je fredonne la chanson de Montand : "quand nous partions de bon matin, quand nous allions sur les chemins à bicyclette...." 
Un air frais caresse mon visage. Le long de ma nuque des mèches de cheveux me font frissonner jusque dans le bas du dos. 
Je ne suis plus la petite fille en short sur son vélo. J’ai 15 ans et je porte une robe légère. Ma peau frémit sous le vent. Je me sens pousser des ailes. Une sensation de liberté encore inconnue jusque là, me transporte. Dans le panier en osier le rouge des cerises éclate sous les rayons du soleil. A l’évocation du gâteau fondant de ce soir et du jus des fruits explosant sur ma langue, la salive me vient à la bouche. Le parfum des fleurs et de l’herbe fraîchement coupée taquine mes narines.
Tout est volupté. Je pédale vers ma jeunesse naissante m’ouvrant les portes de tous les possibles. Rien n’arrêta ce nouvel élan. Pas même le rituel " Essuie tes pieds sur le paillasson ! " que ma mère hurlera depuis la cuisine à mon arrivée.

Geneviève Nain


Les mains sur le guidon, je dévale la grand-rue à toute allure, direction le centre commercial. Ce matin, malgré la grisaille hivernale, je me sens pousser des ailes, c’est mon premier jour de travail après des mois de chômage. Sur mon passage comme s’ils étaient commandés par une main invisible les lampadaires s’éteignent un à un, alors que sur la place de la mairie les guirlandes de Noël clignotent encore autour de l’immense sapin. En passant devant la « Viennoiserie », les effluves de croissants chauds et de gâteaux sortant du four titillent mes narines. Grande est ma tentation de faire une halte, mais ce n’est pas le jour d’arriver en retard. Au bord de la piste cyclable, l’herbe est recouverte d’une fine couche de givre, je roule à vive allure et l’euphorie de la liberté me gagne. Quel bonheur ! Mais…
L’air glacial irrite mes bronches et mes doigts gourds ont du mal à enserrer le guidon, je fouille dans ma poche, mais n’y trouve pas mes gants. La matinée avait si bien commencé, me voilà à présent grimaçant de douleur. Je vais devoir m’équiper chaudement si je ne veux passer l’hiver.
Le soir venu, le chemin du retour, tout en montée fut beaucoup moins grisant que ma fraîche chevauchée matinale. Mais la journée s’acheva par une agréable surprise, celle de découvrir un petit mot sur mon paillasson : « Vos gants sont chez moi, la voisine d’en face ». Une invitation qui me fit chaud au cœur, moi qui cherchais une occasion de l’aborder. Chaud et froid auront été les marqueurs de cette belle journée.

André Bouissonn


Les mains sur le guidon, les pieds sur le paillasson, j’extrais la vielle bécane de l’antre exiguë où nous logeons, elle et moi. Une fois à l’air libre - liberté toute relative quand on se penche sur les particules fines et autres réjouissances absorbées en même temps que les effluves de glycine des haies voisines – nous partons. C’est un véritable voyage, ne nous y trompons pas ! Ne parlons plus de trajet domicile-travail, cousin du commute londonien ou new-yorkais. Ici, ce n’est pas Paris, ce n’est pas la banlieue, c’est la campagne vague entre tout ça et la province. Le taux d’humidité dépasse tout entendement, on frissonne à cette heure matinale, les mais gelées sous nos gants. Une fois dépassé l’étalement urbain, à l’angle de cette maison qui arbore une guirlande de Noël toute l’année, on peut rêver un peu au bord de l’Orge. On se prend à converser dans nos têtes avec les hérons, les écureuils, les biches, les ragondins et toute la faune bruissante, invisible à l’oeil nu ou bien cachée sous les feuilles et dans les arbres. Parfois c’est le pépiement des oiseaux qui l’emporte, on voudrait se voir pousser des ailes pour se fondre dans le paysage, mais le plus souvent avouons-le, les avions décollent d’Orly, le RER C derrière la fine forêt relie tant bien que mal un point A à un point B, et à la fin de la piste il faudra se réinsérer dans l’étouffant et bourdonnant trafic. Un automobiliste nous klaxonnera, sûr de la supériorité que son empreinte carbone lui confère en ces terres. C’est la cerise sur le gâteau, d’où émerge la même évidence chaque matin : devrais-je vivre ici cinquante ans, je ne deviendrai jamais tout à fait francilien.

Inès Santi


L’échappée belle

Les mains sur le guidon
Tambour battant, ailes déployées
Je pédale à tout berzingue
Le cœur épris de liberté

J’ai chaussé mes semelles bleu ciel
Enfilé mon collier cerise
Mis ma casquette à l’envers
Sur ma nuque le vent fait des frises

J’évite les creux et les caillasses
Préfère rouler sur l’herbe rase
Filer du côté de l’étang
Dans ma tête ça swing, ça jazz

Ma monture s’essouffle, je me pose
Mes cheveux embrouillés de paille
S’enguirlandent autour de mes doigts
Mon gâteau miette sur mon chandail

Véronique Pédréro


PARFUM DE BONHEUR

 Les mains sur le guidon, mon cœur se met à battre fort .
 Je m’ étais glissé doucement hors de la maison. Il était là, appuyé contre le râtelier, plus jaune que le soleil de midi. Je rêvais de lui depuis des semaines !
 Une étincelle dans le regard je le caresse avant de l’enfourcher.
 La veille, j’avais aperçu papa rentrer secrètement avec et je piaffais d’impatience à l’idée de l’emmener en promenade avant que maman ne le coiffe d’une guirlande multicolore pour mes huit ans. 
 Et c’est parti ! Un pur bonheur , je suis le roi du monde. Très fier, je pédale de plus en plus vite !
 Le vent fouette mon visage.Je ris à gorge déployée .Les arbres défilent. Je roule à vive allure porté par des ailes invisibles .Quel merveilleux instant de liberté !
 Soudain ma voix part dans les aigus ! Je me retrouve après un sacré vol plané, allongé sur le sol. La roue avant du vélo a du heurter une pierre ou une vilaine racine.
 Ouf ! Plus de peur que de mal .Je rentre penaud .
 Après avoir veillé à bien essuyer mes pieds sur le paillasson de l’entrée de la maison, en larmes, je cours me blottir dans les bras de papa . Il me sourit tendrement et l’odeur familière du gâteau au chocolat qui cuit dans le four finit par m’apaiser et me faire oublier ma mésaventure .
 Promis , demain je recommence , avec un casque sur la tête et aux côtés du tandem de papa et maman .

Armelle Leroy


Les mains sur le guidon, je prends appui sur la terre meuble et me jette en travers de la selle. Entraîné par mon élan, le vélo brinquebalant de ma grand-mère roule doucement vers la pente moussue devant moi. Ça y est, je suis assise. Un démarrage en douceur, qui frise le cliché. Le paysage défile lentement d’abord ; je vois les orangers en fleurs border ma vision quelques temps avant du succéder à divers pâtés de maisons aux briques rougeâtres. Puis, les contours de ma vue se troublent, les couleurs se confondent. Louvoient alors devant mes yeux un étonnant balai de couleurs et de nuances qui s’entrelacent, telles des guirlandes. La vitesse me grise, je me sens pousser des ailes. Mes cheveux battent mes tempes au rythme de mon pouls, alimentant cette sensation de liberté qui m’étreint. Je sais que tout à l’heure, grand-mère me coupera une part de ce gâteau que j’aime tant. Mais avant, elle s’empressera de me demander d’essuyer mes pieds sur le paillasson. J’esquisse un sourire à cette pensée. Bientôt il me faudra retourner dans le monde réel, parmi les miens. En attendant, je vogue en silence, accompagnée par l’envoûtant vrombissement des roues.

Salomé Baron
 


Prochaine Invitation : Mercredi 13 Avril

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