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Vos textes de l’Invitation à écrire N°9

Les participants étaient invités à imaginer qu’ils étaient enfermés dans une cave alors qu’à l’extérieur, le monde était menacé. Tout en préparant leur « catakit », ils étaient invités à écrire leurs ruminations mentales.

Voici ce que cette consigne a inspiré.

Avalée par l’obscurité qui m’entoure. Les sens obstrués par une terreur froide, brutale, s’immisçant dans mes veines, lentement. Dehors la famine gronde, une rumeur lointaine qui enfle, de plus en plus fort ; des cris éclosent de part en part, de tous les côtés, les bombes pleuvent, explosent au rythme de mes battements de cœur. Mon corps ne m’appartient plus, il est ballotté au gré de mes besoins vitaux, une enveloppe à peine plus épaisse que du papier à cigarette, je mange, je bois, je dors, je ne vis plus. Je survis. Seule, entourée de boîtes de conserves comme seule compagnie, d’eau en bouteille, de clopes poussiéreuses, un vieux fusil de chasse rouillé serré contre ma poitrine, une lampe dont les piles vont bientôt lâcher, une couche de fortune faite de divers vêtements sales, un oreiller qui finira éventré par mes coups de gueules, un baquet de bois et un bout de savon à moitié fondu, quelques fringues éparpillées çà et là pour les journées plus froides, une trousse à pharmacie rudimentaire sauvée des eaux, une montre au cadran brisé… Même le temps s’est arrêté. La vie va-t-elle continuer ? J’observe quelques cafards qui dansent sous le faible faisceau lumineux des néons, sentent-ils la mort les guetter dans leur sillage ? Prient-ils aussi, comme moi, pour que tout s’arrête ? 

Salomé Baron


Je suis allongée sur le canapé. Il est minuit quand j’entends tambouriner à ma porte avec force. A moitié endormie, je me retrouve face à des gendarmes qui me demandent d’évacuer mon appartement de toute urgence car une météorite a été détectée et s’approche dangereusement de la terre. J’ai une heure pour évacuer et me mettre à l’abri dans un lieu souterrain.

Sans réfléchir, je prends mon sac à dos et jette à l’intérieur quelques vêtements, mes papiers personnels, une lampe, un duvet, le camping gaz, des allumettes, de l’eau, mon couteau suisse,des boites de conserve et mes médicaments. Je prends ce qui me semble essentiel. J’enfile un survêtement sur mon pyjama, récupère mes clés de voiture et claque la porte. Je démarre et me dirige vers la grotte qui se trouve à la sortie du village. En y pénétrant, je ne suis pas du tout rassurée et j’agrippe avec force ma lampe à manivelle. Je trouve une surface plane, dépose mon duvet et je m’assois. Je me sens perdue dans cet immense caverne où seul le bruit d’un ruisseau souterrain résonne. Cette obscurité m’angoisse. Je me sens prisonnière, étouffée. Je respire à fond pour me détendre et me dis qu’une petite boisson me fera du bien mais je n’arrive pas à avaler, ma gorge est serrée. Je viens de m’apercevoir que je n’ai pas pris mon portable et là la panique m’envahit. Un vacarme assourdissant me fait sursauter. De gros rochers bouchent partiellement l’entrée de la grotte. Que vais-je devenir, personne ne sait où je me trouve, je n’ai plus la notion du temps. Cela fait-il une heure, une journée ou plus que je suis sous terre ? Vais-je survivre à cette situation ? Je suis incapable de penser tout se mélange dans mon esprit. Mes boites de conserves sont vides et mon estomac crie famine. Je me dis qu’elle est loin ma vie où tout était à portée de mains. Là plus rien que le souffle de ma respiration et le faible faisceau de ma lampe. Je suis épuisée, je ne sais pas si la météorite s’est écrasée ou pas et puis à quoi bon se poser la question puisque je vais mourir d’épuisement. Drôle de sensation de voir la mort de si prêt. C’est un face à face impressionnant qui me fait peur et m’attire. Je suis prête, je la rejoindrai rassurée. Je lui demande de m’emporter avec douceur dans mon sommeil sans souffrance. 

J’entends des voix, des gens s’approcher, suis-je au paradis mais non on me secoue, me soulève, j’apprends que l’alerte est passée et que je vais pouvoir sortir. Je pense que le superflu ne fera plus partie de ma vie après ce que j’ai vécu. Je vais savourer pleinement chaque seconde car tout peut s’arrêter brusquement.

Sylvaine Beaumelle


La panique est en train de gagner toute la ville, certains prétendent que la fin du monde est proche. Mais quelle menace pèse réellement sur nous ?? Séisme, tempête climatique, terrorisme, guerre nucléaire, bactériologique ou chimique ?? Une rumeur tenace circule : « il faut s’enfermer dans les caves ». Autour de moi, l’idée a fait son chemin et tous mes voisins y réfléchissent sérieusement.
Je suis descendu dans les caves pour faire un état des lieux et je suis remonté catastrophé. Elles manquent d’aération, l’électricité y est défectueuse, il n’y a pas d’eau courante, pas de sanitaires, pas de réseau téléphonique. Qui ira s’y réfugier ? Pour combien de temps ?? Qui fera régner l’ordre ?? ...
Louis m’a dit il faut préparer ton kit de survie. Je lui ai répondu que c’était une folie, d’aller s’enfermer en bas : « tu ne crois pas que nous avons assez souffert du confinement l’an dernier pour en rajouter ?? La promiscuité du lieu va raviver les tensions, nous ne sommes pas prêts pour une telle épreuve. As-tu réfléchi aux conséquences dramatiques si l’immeuble ?venait à s’écrouler ? Mon kit, ce sera mon sac à dos, une bonne paire de chaussures, un vêtement de pluie, un duvet, un couteau, de la ficelle, une boussole, des briquets jetables, du savon de Marseille, un nécessaire de couture, un petit panneau solaire pour recharger mon téléphone, de l’eau et quelques aliments. J’ai réfléchi aux risques encourus, pour moi c’est clair si je dois mourir ce sera à l’air libre et non comme un rat piégé au fond d’un trou ». 
Nombreux furent ceux qui choisirent cette option et prirent « la route » vers le sud.

André Bouisson


Catakit… cataKoi ?

J’y suis dans cette cave… et je suis claustrophobe. De toutes façons, Je ne connais pas de bon endroit pour mourir. Alors ici ou ailleurs !

Je plante le décor. Il y a les rats. Il va me falloir passer une alliance avec ces rongeurs répugnants. Sinon… probabilité de m’en sortir ? Quasi nulle ! Il y a les murs de la cave, humides, lézardés. Il faudra aussi que je passe un pacte avec les champignons. Cette demi-obscurité a favorisé leur pousse. Ils sont énormes. A vomir ! J’ai l’air de quoi, moi, avec Les fleurs du mal et La peste dans un sac en plastique ? Et les Fables de La Fontaine ? Il faut que j’en apprenne quelques-unes pour entretenir ma mémoire. Mêler l’utile à l’agréable. Mais on n’y voit presque rien dans cette tanière ! J’ai une médaille de Sainte Rita autour du cou. C’est la patronne des causes désespérées. Je pourrais lui parler pour un peu de réconfort.

Dans mon sac, j’ai aussi des boîtes de sardines et un couteau. Un Opinel, cadeau de mon père. Souvenir des jours heureux lorsque nous faisions des pique-nique dans notre belle nature. Mais que reste-t-il de nos prairies verdoyantes où paissaient des vaches rousses ? Rien. Les rivières se sont taries, l’herbe est jaune, les feux brûlent nos forêts. Et je suis dans ce huis clos, assise sur mon sac de couchage. Dormir ? Le sommeil m’a quitté quand l’espoir s’en est allé. J’ai aussi un flacon de l’élixir de La Grande Chartreuse, l’élixir de longue vie préparé par les moines avec 130 plantes. Il y aura bien une plante qui me fera du bien ! Et j’ai mon bidon d’eau potable. Potable ? Je n’en suis pas sûre car les sources ont été contaminées.

Dehors c’est l’enfer… Alors dans cette cave sinistre, je refais soigneusement l’inventaire de mon catakit sous le regard torve d’un gros rat gris.

Marcelle Chabi


Noël arrive et les garnitures du sapin sont à la cave. L’ascenseur me laisse au sous-sol, j’entends un drôle de bruit puis plus rien. Je récupère le paquet de guirlandes, de boules et autres sujets de Noël, à nouveau un bruit, un grand bruit qui se prolonge et fait vibrer les murs. Que se passe-t-il ? La lumière s’éteint, je cours à l’ascenseur, il ne fonctionne plus. La panique me prend. Un grand vacarme, l’escalier, seule sortie est envahi de pans de murs qui recouvrent la porte. L’impression d’être prise au piège. Dans ma cave que je retrouve à tâtons rien qui puisse m’aider. Je pense à ma minette, là-haut au 6ème étage, elle doit être terrifiée. Que faire ? L’angoisse me prend à la gorge, assise par terre, découragée, tremblante je ne sais plus où j’en suis. Je ne veux pas finir dans ce trou noir, j’ai encore tant de choses à réaliser, à dire. Embrasser mes enfants. Mais aussi cette manie de vouloir aller toujours plus haut, avoir un beau panorama. Un immeuble en haut d’une colline, il a beaucoup plu, la terre gorgée d’eau ne peut plus retenir ce poids trop lourd. J’aimais la vue de mon balcon, mes fleurs. On m’avait dit qu’auparavant c’était une décharge, le sol est peut-être peu stable. Ce ne serait pas la première fois qu’un glissement de terrain emporte des maisons, des bâtiments.

Appeler ne sert à rien, le grondement couvre ma voix et mes appels. Mon coeur s’affole dans ma poitrine, la sueur trempe mon tee-shirt, mes jambes ne veulent plus me porter, je reste là, par terre. Pourquoi ai-je refusé l’invitation de ce voyage ? Comment, si je m’en sors, retrouverai-je mon chez-moi ? Dans quel état seront mes souvenirs et surtout ma Pussy, je l’avais tant attendue cette petite chatte ! Je voudrai embrasser mes enfants, les serrer dans mes bras, leur dire tout mon amour. La pudeur nous empêche de dire, de faire des gestes tendres... puis d’un seul coup je refuse cette fin sinistre. 0h Non, pas ça ! Brusquement je me lève... abrutie, affolée c’est dans ma chambre que je me réveille. Quel cauchemar ! Ma chatte me regarde ahurie par ce réveil brusque. Je la rassure tout en me rassurant.

C’est sûr aujourd’hui j’appelle mes enfants.

Françoise Charton


En ce moment c’est bien la mode des sacs de survie... des catakits... Je suis tombée sur un site qui en parle, et qui explique tout...
Alors, j’ai commencé mon bagage, pour le cas où bien sûr car ces choses là n’existent pas, la fin du monde, la colapsologie... Ce sont tout des trucs pour nous faire peur..
Mais alors qu’est-ce que je fous là ? Terrée dans cette cave ? Avec mon bagage sur les genoux en train de me demander si j’ai bien tout pris ? Pour une fois j’ai bien pensé à la pharmacie, car souvent je n’ai rien pour me soigner... même pas une plante, une racine d’arnica ou une feuille de consoude...
Bon j’ai pris une chemise de nuit, elle fera l’affaire pour toute la journée, les lunettes de soleil seront inutiles pour un moment, les masques chirurgicaux aussi, mes vêtements de rechange on verra bien… je ne sais même pas comment je vais me laver les dents et le reste. Il n’y a pas un point d’eau... Ah bravo les mecs, vous avez tout prévu, le frigo, l’évier, le réchaud mais pas l’arrivée d’eau..! Ces quelques bidons récupérés, toujours pour le au cas où, feront l’affaire. 
Je regarde autour de moi, avec ma lampe de survie, pas d’électricité of course. La cave est petite avec un lit, une table, une chaise. Le bonheur quoi ! 
Au-dessus de ma tête, un bruit infernal qui n’en finit pas. 
Moi qui ai tout quitté pour un peu d’exotisme, et être loin des emmerdes du quotidien !! 
Je pense à ma mère qui doit se demander si je fais partie de la zone de la turbulence, à mon père qui doit être heureux que je fasse partie de la zone de la turbulence... A mon ex qui est devenu mon ex parce qu’il n’a pas voulu me suivre dans mon idée de dépaysement...
A la radio, ils n’ont pas signalé quelle sorte d’événement allait avoir lieu, ils ont simplement dit « tous aux abris et n’oubliez pas vos radios, on vous dira quand sortir »
J’ai perdu la notion du temps, j’attends toujours un appel sur mon poste et il ne vient pas...
Tiens on frappe au-dessus de moi... J’ose monter sur la petite échelle pour déverrouiller la porte et je vois mon voisin tout souriant de me voir en vie. Dehors c’est la désolation, mais c’était prévu... Ce qui ne l’était pas c’est que tout a brûlé .. Nous venons de traverser un des incendies les plus gigantesque qui soient et je n’ai pas du tout senti de chaud, ni de froid d’ailleurs... Comment dire, les anciens savaient y faire...

Rosemarie Chazay


À la folie

Je suis enfermée au sous-sol comme pour chaque entraînement en cas de catastrophe mondiale. C’est presque devenu une habitude. Mais cette fois-ci j’entends des explosions dehors. C’est pas un exercice. Ça fait déjà des jours que ça dure. Terrée dans ma cave comme un rat, pathétique et pitoyable, je rumine. J’en ai marre de cette vie lamentable, mais je veux pas la perdre pour autant. Je suis pas folle à ce point-là ! Du moins pas encore mais qui sait… à force de rester coincée ici ?

Une armada de couvertures m’attend dans un coin. Les briques sales et froides, très peu pour moi merci. De l’autre côté de la pièce, une montagne de provisions, boîtes de conserve immondes. Mais faut bien survivre. Et j’ai un livre. Un seul. Je le lirais encore et encore, je le connaîtrai par coeur du début à la fin, au point d’être capable de le réciter. Je le déclamerai aux souris avec qui je partage mon trou. Et puis quand ce sera devenu insupportable, j’en ferai du papier mâché, histoire de m’occuper, ou alors je le brûlerai avec le briquet planqué au fond de ma poche. Et quand j’aurai plus de pages à cramer, je mettrais le feu à cette baraque. Je sortirai de cette maison en flamme pour aller gueuler dans les rues – s’il en reste encore quelque chose. Je beuglerai ce qui me passe par la tête avant de psalmodier les lignes de mon livre en une incessante litanie, entrecoupée d’éclats de rire hystériques et de pas de danse dignes d’un pantin cassé. Ouais, peut-être bien que je deviendrai folle… Et avec ça, je survivrai.

Alice Civario


Ah je rigolais bien à écouter les complotistes, les survivalistes, les écologistes alarmistes....
Et voilà, la catastrophe est arrivée ! 
Il ne reste que la cave - confinement extrême -
D’urgence, préparer mon catakit !
D’abord, de quoi me tenir propre - on a sa dignité - la cave bénéficie d’un point d’eau : le Pérou ! (Toute l’Humanité ne peut pas en dire autant.....)
Priorité aux photos de "mes amours", pour les garder vivants...
Une ou deux bagues. Ça, c’est une expérience vécue : seule, dans des circonstances difficiles, sur une île à l’autre bout du monde, sentir un ancrage en regardant mes bagues.
De la musique : l’apaisement de Bach, la joie par la Flûte Enchantée, du Jazz pour sa force d’espoir et de créativité, et un ou deux chanteurs pour la chaleur d’une voix ; Higelin ? Nina Simone ?
Des livres évidemment... lesquels ?... "Oedipe sur la route" de Henri Bochau ; tout est dit et je le relis souvent. Et puis une Bible ; au moins il y a plein d’histoires.
Bien sûr un cahier et des crayons. Ça va bouillir dans la cafetière et il faudra des soupapes.
Bon, des vêtements et de l’alimentation solide.
Et puis, mon portable, histoire de rester à l’affût de la Vie qui reprend !

Odile Germain 


Déjà deux heures que les gouvernements du monde entier se sont résolus à prendre la parole pour annoncer qu’une attaque informatique majeure était en cours, conseillant à chacun de se mettre en sécurité là où il se trouvait, dans les sous-sols si possible. 
Pour une poignée de paranoïaques (plus nombreux qu’on ne croit en vérité) : caves équipées en couverture de survie, eau potable, conserves, stock de piles, vêtements chauds… les prochains jours sont assurés.

Pour la majorité d’improvisateurs ascendants romantiques ce sera de quoi faire quelques sandwiches jambon cornichons avec une gourde, mais surtout des livres et de la musique.

Je mets de côté les naïfs qui s’attardent à quelques pillages en surface.

Et il y a moi, plus puissante et plus dépouillée que jamais. J’ai bien gardé une trousse pour le raccord coiffure et maquillage, la copie de notre système informatique, mais même ça je devrai l’abandonner hors champ.

Ma tête s’est vidée sous la pression d’une intense concentration. Debout dans la saturation des projecteurs, je suis au point d’équilibre de ma vie. Dans le temps parfait de l’espace parfait. Dans quelques instants j’entrerai dans la lumière avec seulement mon plus bel uniforme et la mince feuille de papier de mon discours. Lorsque vos écrans reprendront vie, vous découvrirez mon visage et ma voix, ceux qui mènent la Grande Armée des Ombres au pouvoir ce soir. En déroulant l’avenir que j’ai prévu pour la planète, je ne tremblerai pas. J’ai travaillé mon projet de dominer le monde et le rire démoniaque qui va avec pendant tant de longues années. L’amertume et la rancœur qui m’ont guidées jusque-là prendront fin sous vos yeux. Mon tour est venu, je suis prête.

Marylène Gervasoni


Enfermée dans ma cave ! Qu’est-ce donc qui menace le monde ?
L’isolement pourrait bien durer. Alors, catakit !
Viser à l’essentiel : le boire et le manger, couteau, lampe, piles, sacs poubelle, nécessaire de toilette : surtout pas de laisser-aller, vêtements chauds et duvet.
Mes livres : précieux sésames que les auteurs ! Même morts, d’une phrase, parfois, ils vous insufflent l’énergie, la volonté d’être.
Cahier et stylos : transcrire ses états d’âme pour ne jamais sombrer, s’amuser avec la rime.
A l’instar de celui qui voyage autour de sa chambre, je vais voyager autour de ma cave. Redécouvrir ce que j’ai mis au rebut, il y a de quoi tenir un siège ! Un verre de vin - et oui, j’y ai pensé - et m’asseoir là, faire l’inventaire de mon refuge mais aussi de ce qui m’anime en ce moment.


-  Ah, j’écrivais ! J’avais quel âge, treize ans ? L’âge d’Anne Frank lorsque, dans son grenier, elle livrait sa vie et délivrait ses messages d’espoir. Qu’est-ce que J’y ai puisé de force dans son journal !

Adolescente je m’isolais dans la cave pour lire et écrire. Il n’y avait juste qu’une petite ouverture grillagée qui donnait sur le garage. J’avais l’impression d’être dans un confessionnal. Ma mère m’y délogeait souvent.

Edith Hénaff


On nous a annoncé la météorite. On nous a dit : "c’est pour ici : les calculs sont faits, sont fous, cachez-vous !". Bunker. Comme quoi... Sac quechua. Paradoxe, excitation, adrénaline. Et ma famille ? Mes amis ? Coup de poing au fond du ventre. Vertige, vide abyssal. Scrutage absent du salon. Harmonica. Trousse. Feuilles sur la table. La plante, je dois prendre la plante. Et de l’eau. De l’eau pour la plante, pour la vie. Main dans la main. On descend. On attend.

Blandine Jo


Ma vie 

Si occupée à construire ma vie, pendant longtemps je n’avais pas eu le temps de me poser les questions essentielles.
Enfermée dans cette sinistre et déplaisante cave la peur m’assaillit. Mes muscles étaient durs comme du béton et je perlais de sueur. 
Qui suis-je ? Pourquoi suis-je là ? Quel est le sens de ma vie ?
Aujourd’hui dans cet espace sombre et silencieux je me retrouvais face à moi-même, seule pour répondre à tous ces questionnements. 
J’avais juste eu le temps d’attraper un plaid et une pierre de quartz rose. Je déteste avoir froid et la pierre aux vertus apaisantes au creux de ma main je m’efforçais de lâcher prise .
Mon cœur battait à tout rompre.
Analyser avec objectivité l’égarement du monde du dehors, pas facile.
Je tentais alors de mettre de la distance avec le réel, j’inspirais et expirais calmement et du plus profond de mon être ressurgit alors la douceur d’avoir été aimée et d’avoir aimé.
Le monde pouvait bien s’écrouler , je me sentais en paix et en harmonie avec moi-même .
Aller vers l’avant, vers l’incertitude de l’avenir, ne m’effrayait plus.
Au milieu du tourbillon du monde j’étais libérée pour l’éternité, heureuse d’avoir vécu mon existence.

Armelle Leroy


Tout s’arrête un jour

En un instant, tout a basculé. J’étais dans mon cocon de retraitante, comme chaque année à cette époque. Comment aurai-je pu prévoir cette catastrophe aussi soudaine qu’inattendue ? La tornade, phénomène improbable dans notre région, ne leur avait laissé aucune chance.
Quand je suis rentrée, il ne restait plus rien d’eux. Le village était sans vie, comme eux. La chaleur était étouffante alors je me suis réfugiée dans la cave, c’est tout ce qui restait de ma vie passée. J’ai emporté peu de choses avec moi, j’avais décidé que mon temps était compté.
Mon livre de prières, grand réconfort dans mes pires moments. Mon album de famille où se bousculent les sourires des êtres que j’ai tant aimés. La photo de mon chat dont les traces du départ ont imprégné mon âme. Mon téléphone, qui bien que ne fonctionnant plus, garde le souvenir de mes amies si chères.
Je n’ai pas peur de ce qui va se passer, je n’imagine rien, j’ai confiance. Une forme de vie s’arrêtera, une autre se déploiera. Cette certitude efface tous mes doutes anciens, tous mes questionnements existentiels, car la vie et la mort viennent de me heurter de plein fouet ! 
J’ai pris aussi de l’eau et des biscottes, rien de plus, car, comme vous l’avez très certainement compris, j’ai décidé d’oublier le temps pour revivre mes jours heureux, dans l’espérance qu’au bout de la nuit, une lumière jaillisse !

Marie France Macquet


CATAKIT

Voilà c’est arrivé ! Les feux étaient au rouge, l’alerte au maximum. Imbus de notre supériorité, on a continué dans une toute puissance archaïque. Toujours plus, la connerie lancée à grande vitesse comme si on était immortels. Moi comme les autres malgré mes petits efforts dérisoires. Et me voilà comme une conne dans cette cave. Même pas une vraie, un petit bunker presque "cosy". Électricité et chauffage. La chaudière est là, à fuel of course ! Un placard encastré pour stocker pots de confiture et vins. Quelle blague moi qui n’en boit jamais ! Mais le champagne, humm !! Ivresse en perspective....J’ai descendu toutes les provisions. Dans la malle en fer tout le matériel de camping avec réchaud, cartouches de gaz, briquet, bougies. Ça aussi on l’a abandonné. J’aimais entendre la pluie sur la toile de tente. Allez je l’installe. C’était aussi l’enfance. Ça fera "cocooning". Image associée : adultes affalés en pleine régression sur canapé devant écran XXL. Ça donne envie de gerber. Concentre-toi sur l’essentiel ! L’eau ? Heureusement le robinet est dans la descente de l’escalier. Comme j’ai pu râler de descendre chercher le tuyau pour arroser les fleurs ! Ça aussi fini, j’y tenais. Et le silence ? Le poste de radio de chantier fera l’affaire. Fini les infos, beurk ! France Musique diffuse encore !… Un stock de bouquins pris au hasard, sans doute ceux que je n’ai jamais lus, tant mieux. Et si je fêtais Noël ? Les décos sont là. Voilà la cave toute illuminée. Quelques bougies sur l’établi, ça fait classe. Soyons folle, champagne !!! La tête me tourne. Je m’assoupis. Une lueur vive. BOUM !............. 

Geneviève Nain


Je vais devoir me terrer ici combien de temps ? Quelques heures, quelques jours ou semaines, des années, une éternité ? 
Si c’est pour quelques heures, voir quelques jours, je pense avoir de quoi tenir. Je me ferai des tranchettes extra fines avec la lame affûtée de mon couteau pour ne pas trop entamer mes maigres réserves. Comme je bouge le moins possible, je n’aurai pas besoin de trop. 
Si c’est pour plus longtemps, faudra inévitablement, tôt ou tard, que je prenne une décision : rester cloîtrée ici sous peine de claquer ou revêtir ma cape d’invisibilité et risquer une sortie. Pour savoir par où passer, je ferai confiance à mon chat - si je ne l’ai pas déjà mangé - lui qui sait si bien se dérober. D’ici là, je pourrai toujours le caresser pour me déstresser.
Quant à m’inventer une éternité dans ce trou à rats, comment seulement y songer ? 
Je sens que je défaille. Un seul recours : écrire, écrire, écrire des mots à l’encre sympathique. Là, maintenant, tout de suite. J’espère bien que personne n’aura à les lire… Dans le cas contraire, ça voudra dire que je serai passée de vie à trépas.

Véronique Pédréro


Rebirth

L’avion qui devait m’emporter demain au paradis s’est écrasé ce matin. Sur l’usine où je bosse. J’ai perdu mon rêve d’ailleurs, et mon boulot. J’ai aussi perdu ma virginité il y a longtemps. Ma femme m’a devancé, elle s’est barrée avec la voisine, annihilant tous mes espoirs de descendance. Je crois que je perds aussi la boule. Mon horizon s’écroule derrière le lampadaire comme tous les soirs. C’est décidé, j’abandonne ma vie d’avant. Plus rien à voir. Je descends à la cave avec mes Kits et Kats (pour le chat). Et Mister Gwyn pour changer de point de vue, La Recherche du Temps perdu parce que justement, Spiegel im Spiegel pour le dialogue (avec qui ?), l’aria des Variations Goldberg pour l’Essentiel, Porgi Amor par Gundula Janovitz pour l’amour d’une femme, Morgen par Jessye Norman pour sentir l’éveil du jour, Der Abschied par Klemperer et Christa Ludwig pour dire adieu et rêver le bleu du ciel toujours, toujours, tout Le Voyage d’Hiver par Hans Hotter parce que Schubert, l’Homme, la Vie et la Mort, 4’33” de John Cage pour m’écouter moi-même, une toile de Turner avec un gros soleil qui me regarde, LE chat, un carnet et un crayon pour enfin écrire un roman : l’histoire d’un mec qui décide de s’enfermer dans sa cave pour écrire l’histoire d’un mec qui, dans sa cave…

Eric Protin


Et si c’était vrai

Fonte inéluctable des glaces. La Terre est maintenant un océan en perdition. Des tonnes de colorant bleu y sont déversées pour évoquer un semblant des mers d’autrefois. Au-dessus de nos têtes le ciel aussi est bleu - enveloppe plastifiée joliment peinte pour y croire encore. De toute façon, moi, je n’aime pas le bleu, surtout s’il est truqué. Alors je creuse un trou, profond, vraiment. Pour fuir. Je suis prêt. Je descends dans ma cave. Une combi de plongée, de l’oxygène, surtout pour le retour car il faut bien que j’y pense, au retour, et l’oxygène peut m’être utile là en bas si les aérations ne fonctionnent pas. Penser à l’économiser. Et la combi, elle, me tient un peu chaud. Elle me sert de pull, de couette ou d’imper, c’est selon. Je crains un instant d’avoir oublié mes boules Quies. Même dans ces abysses j’entends la bêtise humaine. Je ne veux plus l’entendre !!! … enfin le grand silence ! Je me plais à rêver. J’aime tant les poètes, les philosophes, les féministes, les chroniqueurs et les romanciers… les peintres, les dessins à interpréter, les énigmes encore, à élucider, les réflexions à approfondir et les invitations à écrire... Tout est là dans ce trésor serré très fort, mon CODEX SERAPHINIANUS, mon Tout en Un, ma Bibliothèque Nationale à moi pour reconstruire sereinement ma vie.
Au bout de quelques jours je fais remonter mes bagages. Je cimente mon entrée. Je ne conserve que Le Livre et je me débrouillerai.

Geneviève Protin


Bonjour,

Je ne m’enfermerai pas dans une cave, plutôt avec la Liberté guidant le Peuple sur les barricades de la Commune. Pour l’éternité, ce sera sous les pins et l’Azur de Méditerranée, comme Florence à Lérins, puis l’érosion marine, la montée des eaux, ...

Donc pas de catakit, faire l’autruche non, voyager léger, le cerveau tourné vers le futur immédiat et lointain, cultures hors sol bio toute l’année programmées. A Lérins les ceps sont là. Vivre local, la vie coule, ruminent les vaches, le taureau meugle le rassemblement, un bon vivant est quelqu’un qu’une jolie femme intelligente emmène dans l’Eden après y avoir écrabouillé sous ses talons toutes les têtes de serpents ; une bonne bouteille, un bon pain, un bon fromage, quelques viandes, du bon café et un petit groupe de copains rieurs avec des souvenirs et des plans.

Les crues du Nil apportaient le limon fertile, le Daria emplissait Aral et le Jourdain la Mer morte, il n’y aura plus assez d’atomes ni d’eau pour produire l’électricité et l’hydrogène. La colonne vertébrale est le neck volcanique dominant tout le panorama, aller loin comme Alexandre, La Pérouse, Magellan ou Christa MacAuliffe, astronaute-institutrice sans revenir conter l’exploit aux enfants, idiot ? Etre Enée de Creuse à Didon à Lavinia, de Troie en ruines à Rome naissante... j’ai vu Belem au Port Canto, il n’en avait pas autant.

Cités de malheur dissimulées en périphérie, police et prisons pour nos ratés, déviants ? s’il y a du pourri dans le royaume, coupons encore la tête du roi.

Richard Prothet


Je m’appelle la Vie : la seule chose qui ne change pas c’est le changement… je t’insuffle des états multiples de Conscience…
Je t’utilise pour les éprouver, les ressentir, les jouer, les célébrer et les honorer comme des courants de vie qui passent à travers Toi… ton intériorité est alors irriguée de cette sève, nourris-la et pleinement Vivant tu seras !!!
Changement subi ou changement choisi ? Est-ce la même saveur du point de vue du mental inférieur ? Choisis-tu vraiment ou écoutes-tu la Vie choisir pour Toi ?
Quand tout tombe en ruine à l’extérieur tel le mausolée d’Auguste, quand dehors c’est le chaos que le mental inférieur a lui-même créé, et que tu te retrouves terré dans une cave, es-tu prêt à affronter des perpétuelles vagues de transformation ?
Je vais t’inviter à encore plus ressentir la Vie en Toi quelles que soient les circonstances !! Alors kit de survie ou pas, qu’importe, ce processus de changement est une transition de rapprochement avec la partie supérieure ou divine de ton être qui se dévoile… juste rester concentré sur ton intériorité : tu es plus que ton mental qui a besoin d’être reconnu pour exister, tu ne te réduis pas à ton corps physique chevillé à cet espace fermé, tu n’es pas tes émotions qui s’apaisent au fur et à mesure que tu pratiques la cohérence cardiaque en portant attention sur ce qui respire en toi… l’inspiration invite le plaisir d’être bien avec toi, cette intimité d’être, qui t’ouvre des perspectives illimitées de visions qui te permettent un voyage dans ton cosmos intérieure, intarissable. Choisis-tu ton Bien-être ?
Peux-tu percevoir la rivière de la Vie couler dans tes veines, ce vide rempli d’énergie que les Maitres appellent Vacuité, prometteuse de plus splendides ouvertures ? Sens-tu qu’un monde plus vaste existe ?

Armelle Rozec


Ça fait bien une heure que j’ai fermé la porte derrière moi avant de descendre le grand escalier qui mène à la cave. Dehors c’est le chaos. L’ampoule qui pendouille au plafond diffuse une lumière blafarde et menace de s’éteindre d’une minute l’autre. Je me félicite d’avoir pensé à prendre ma frontale. Mes yeux s’arrêtent sur la grosse trousse à toilette rose avec l’inscription « Naturally so sexy ! » et son pompon accroché sur la fermeture éclair. Je manque de m’étouffer de rire tant elle contraste avec l’ambiance fin du monde du sous-sol. 
Cette odeur de sous-bois m’angoisse. Je fais glisser la fermeture éclair et l’odeur de mangue me fait immédiatement du bien. Rassurée je pousse le petit pot de crème au karité et explore le reste de cette trousse de secours préparée dans l’urgence de me mettre à l’abri. Une pince à épiler, voyons le bon côté des choses j’ai de quoi ne pas finir version yéti si je reste coincée dix ans ici. Et puis quoi de plus relaxant que de s’épiler les jambes à la pince ? Une saine occupation. Un petit carnet et un crayon bien taillé, je vais pouvoir écrire mes mémoires, dessiner ma détention, poser sur papier ce cauchemar, je me félicite de ce choix, pour l’instant un sans-faute. Je continue mon exploration et je tombe sur ma petite boîte en fer qui renferme avec élégance mes protections hygiéniques, je me connais un coup de stress et elles déboulent, pas folle la guêpe ! Tout d’un coup, je me mets à fouiller plus frénétiquement dans ma trousse puis à tâter mes poches. Non ce n’est pas possible j’ai oublié mon portable ! Une fois la stupeur passée, je me dis que c’est sans doute un mal pour un bien, je suis seule avec moi-même, sans connexion avec le monde entier. Heureusement en fouillant Je fais tomber un paquet de figolu mes gâteaux préférés, mon vernis à ongle couleur framboise au silicium et le dernier Eric Emmanuel Schmitt, Bravo ma fille me dis-je. J’ai tout mon indispensable dans ce superflu. Je me souris en pensant cela moi qui en temps habituel déclenche facilement le critique intérieur, je me découvre être une bonne amie pour moi-même. Peut-être que de n’être plus soumis au jugement d’autrui permet d’être plus sympathique avec soi-même et de survivre ?

Amandine Saadi


Un triton tombe du ciel. Puis deux.. trois... Et plus rien. Le silence nous fige, ça craint. Brusquement, c’est une trombe de tritons qui s’abat sur nos trognes. Ça me dégoûte, littéralement.

On se carapate à l’intérieur, claquant portes et fenêtres. Un bris de vitre m’arrache de la torpeur : "J., on prend l’nécessaire et on se rejoint fissa à la cave". Je tire un épais rideau sur mes émotions et commande à mon corps en despote éclairée. Dans un gros panier en osier, je balance pêle-mêle une boîte de petit salé aux lentilles, de la flotte, du pain, une pomme, ma flûte, des partoches et deux stylos. Là-haut, ça continue de vomir des amphibiens ; leur tas grossit et vient peu à peu obstruer les carreaux. Cette vision d’horreur ramollie mes gambettes et rend pathétique ma descente au sous-sol.

J., habitué aux absurdités cruelles du réel - ou sublimement rodé au déni - n’a rien pris. Il nous a concocté un petit nid avec des coussins et une enceinte qui crache du Léonard Cohen, comme si de rien. Il me regarde avec tendresse et me tend un verre de vin. J’essaie un sourire et vide le godet. J. rit et me ressert. Ça réchauffe. Putain que j’aime ce bougre.

Myriam Souleyreau


- Terriens, terriennes, terrez-vous !
Ma respiration haletante se tarit, épuisée par l’air vicié de la cave brassé par le ventilateur aux huiles essentielles (essentielles à quoi déjà ?). Je cherche avec fébrilité la lampe stroboscopique que j’ai accrochée près du sas d’entrée, l’allume et m’assieds en position yogi pour que la lumière aveuglante déclenche les phosphènes qui me rechargeront en énergie positive. Inspirer, souffler, emprisonner la lumière sur ma rétine. Inspirer, souffler… Puis je glisse sous ma langue trois granules de vigorpatientia pour diluer mes angoisses naissantes que la méditation ne peut contrarier (version onirique de l’extinction de la race ?) et extirpe mon tapis d’acupression pour que les pics salvateurs se connectent à ma peau. Je suis prêt ! 
Je saisis la seringue d’AASV -anti-apocalypse survival vaccine -, avale une pilule bleue phosphorescente et plante l’aiguille dans ma veine boursoufflée. Tandis que le précieux liquide se répand dans mon corps illuminé, une douce torpeur embrume mon cortex cérébral et mon enveloppe corporelle se désagrège : je flotte dans les limbes de l’inexploré. La cave se rétrécit, les murs anti-sismiques ondulent, des blurps gastriques affolent les détecteurs d’ondes négatives.
Alors je plonge ma main droite dans le pot de crème de marrons dont j’ai pris soin de vérifier la date de péremption et lèche mes doigts souillés avec frénésie : c’est exquis !

Catherine Spinard


FINI LE CATAKIT

Cette idée ingénieuse du catakit appartient au passé. Malheureuse évidence. Les catastrophes, à présent, on en rêve, c’était avant. Un catakit, même de qualité professionnelle, se révélera vite dépassé face aux cataclysmes que l’on croise de plus en plus. L’actualité nous impose de passer au cataclykit, solution idéale devant les risques qui s’annoncent, et ceux déjà à nos portes. Le cataclykit 7, en particulier, s’avérera indispensable dans la plupart des situations, hormis les explosions nucléaires de proximité. Les sept éléments qui composent ce kit essentiel encombrent autant que le dictionnaire culturel d’un célèbre éditeur. Au niveau poids, comptez 2,5 kilogrammes. Et vous voilà équipé pour une survie longue durée, avec : sa bouée blindée, dotée d’un gonflage automatique (à l’hélium) si elle détecte l’urgence, son drone blindé, auto-rechargeable, étudié pour résoudre quantité de soucis, son Manuel de survie en milieux hostiles (encre spéciale haute tenue, papier inaltérable), sa nursery de champignons perpétuels, nutritifs, sans oublier les sels minéraux essentiels, son robot défensif doté d’un éventail de fonctions importantes, dont celle de creuser des tunnels, sa trousse de premiers secours, extensible à tous les deuxièmes secours pour 1 euro de plus, son générateur électrique de poche, émetteur/récepteur, radio-localisateur. Se mettre en péril deviendra votre hobby favori grâce au cataclykit 7, un plaisir avant tout, et un entraînement pour votre future vie.

Teff dit Gégé


La Cave, 

Chez moi dans le Sud des Alpes Française. 5h du matin.

Depuis le retentissement de l’alarme des risques majeurs en cette heure inhabituelle, j’ai pris d’instinct de quoi me restaurer, mon livre de chevet de Jim Fergus « les amazones », quelques photos de ma famille et mon parfum « habit rouge ».
Je suis dans cette cave depuis bientôt dix heures, dehors le silence.
La seule chose qui m’accompagne, c’est la lumière de l’ampoule qui faiblit et vacille.
J’attends avec impatience le signal en continue qui annoncera la fin de ce confinement. 
Soudain, un bruit fracassant, spatial, réellement tridimensionnel, dont je ne parviens pas à identifier l’origine retentit, une odeur d’ozone me monte au nez. 
L’angoisse me prends, et bien sûr la mort qui est une éventualité et qui rôde dans mon esprit. 
Comment cette histoire va-t-elle se terminer ? J’aimerais tellement avoir une réponse juste pour me rassurer. J’aimerais que l’on me dise simplement « ne t’inquiète pas, tu ne vas pas mourir ».
Mais je me dis tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, alors je me force à chercher, à scruter, à trouver, ce petit ressaut qui me permettrait de...
A nouveau, le bruit sourd et métallique, puis le silence pesant.
Je tourne la tête dans tous les sens, là où je suis, rien n’a bougé. 
J’analyse la situation, je n’ai pas froid, pas faim, aucune douleur, pas de maux de tête. Je me sens en fait très bien, le seul désagrément, c’est la soif ! C’est vraiment insupportable, elle ne me lâche pas. Donc une cause probable de ma mort sera la soif. Je réalise quelque chose que j’ignorais. Je n’ai pas vraiment peur de mourir. Je n’en ai pas du tout envie. Je veux encore vivre, revoir mes enfants, ma femme, mes parents, mes amis, sentir l’herbe fraîchement coupée, effleurer les lavandes des champs et faire venir l’odeur à mon nez, écouter les chants délicats des mésanges, voir les arbres verts et les fleurs de toutes les couleurs.
Assis, les jambes pliées, la tête enfouie dans mes bras je regarde par terre mes photos et je repense aux beaux endroits où je suis allé, à toute les belles marches que j’ai faites avec mes enfants, avec mon père.
Le temps passe encore, et je me résigne. Une petite voix me dit : Et si je mourais dans une marre de résine, si cette résine durcissait, se fossilisait et devenait de l’ambre bien dur et bien transparent, si cette ambre survivait quelques millions d’années, à l’abri, pour ne pas s’abîmer, mais pas trop, pour être découvert par un chercheur, et livrerait, un jour lointain, les secrets de ce monde-là… Je n’aurais pas tout perdu.
 
Richard Velasquez

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Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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