13e edition
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Vos textes de l’Invitation à écrire N°7

A partir de 8 mots-clés relevés dans les romans de Patrice Gain, les participant.e.s étaient invité.e.s à rechercher par association d’idées quatre autres mots-clés et de tisser un court récit à partir de ces derniers. Deux consignes s’additionnaient. Ecrire à la deuxième personne du singulier et démarrer par l’incipit suivant : « On était au début de l’été et la chaleur était assommante ».

Voici ce que cette consigne a inspiré.

On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Tu chassais de la paume de ta mains les perles de sueur qui roulait sur ton front, tes yeux cherchant désespérément un coin d’ombre où reposer tes jambes douloureuses. Les rayons du soleil fendaient l’amas condensé de nuages sombres pour venir s’écraser avec force sur toi. 

L’atmosphère était lourde, la bruine tâchait le sol terreux. L’humidité était palpable, bien que les degrés grimpaient à grande vitesse. Tes poumons suffoquaient, tes membres te brulaient, et la moiteur qui recouvrait tes plaies à vif n’arrangeait rien. Lassé, tu t’effondrais au pied de l’unique pin environnant, en contemplant le firmament aux teintes grises, signe de l’approche d’un orage. 

On a parfois l’impression d’être un funambule suspendu à son fil, vacillant au-dessus d’une dizaine de mètres de noir, un gouffre avalant la moindre once de lumière pour n’y laisser que le vide, nous laissant comme des cons en apesanteur, au prisme de la peur qui gronde dans nos entrailles, la vue qui se trouble à la moindre déflagration, les jambes se dérobant à la première onde de choc, les vibrations lancinantes qui caressent et peuvent ébranler.

Tes élucubrations prenaient fin lorsqu’un cri déchira le silence. Tu regardais, les sens en alertes, autour de toi, avant qu’une masse sombre ne vienne perturber ton champ de vision. Tu levais alors la tête, et tes yeux rencontraient les siens. 

Nouveau son, plus grave cette-fois, plus suave, qui te bouleversait. Tu restais là, assis en silence devant la liberté, sauvage et sans entraves, qu’incarnait l’animal au sombre ramage éclaboussé de blanc. Ses serres grises crochues insufflaient un parfum acre de menace, d’un possible danger. Décrivant des cercles concentriques au-dessus de toi, tu ne pouvais que te questionner sur la probabilité d’une fin tragique, coincé au beau milieu d’un canyon aux parois ocres et rocailleuses, et en y réfléchissant, tes chances de rester indemne fondaient sous la chaleur estivale et s’amenuisaient encore sous l’œil vif du vautour qui rôdait toujours. 

Salomé Baron


On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Tu es parti hier en randonnée sur les sentiers de l’Ardèche. Tu voulais fuir la ville et ton appartement secoué par les vibrations des camions. Tu ne supportais plus ce bruit incessant. Tu avais besoin d’un lieu sauvage où te ressourcer pour éviter un burn out après cette période difficile de confinement.

Tu as emporté ton matériel pour jouer au funambule au-dessus du grand canyon. Ton but était de rejoindre l’autre côté de la falaise sans encombre. Le précipice était d’une profondeur incommensurable. Tu as avancé prudemment sur la sangle tendue entre les deux parois quand une ombre est venue te recouvrir, c’était un vautour qui tournoyait au-dessus de ta tête croyant avoir trouvé une proie. Tu as essayé de maintenir ton équilibre car la peur, soudain violente, te prit le ventre jusqu’à la nausée. Il était trop tard pour t’écrouler. Il fallait rester debout jusqu’au bout. Tu venais d’atteindre ton point de chute quand le tonnerre résonna. Les éclairs violents zébraient le ciel, la pluie, la grêle se mirent à tomber et à te fouetter le visage.

D’un coup, l’orage cessa et le ciel s’éclaircit. La lumière du soleil vint baigner le paysage et tu as ressenti une paix profonde et une joie terrifiante face à cette nature généreuse.

Sylvaine Beaumelle


On était au début de l’été et la chaleur était assommante sur le désert minéral de la Sierra de Guara.
De lourds nuages d’altitude s’élevaient sur l’horizon et se dirigeaient vers nous, le temps était en train de changer. Une heure plus tard, le ciel était couleur d’encre et de violentes bourrasques balayaient le plateau, signes annonciateurs d’un puissant orage. J’étais inquiet, car ici les abris sont rares et la solitude extrême. Tu savais comme moi que nous devions impérativement franchir le canyon avant la nuit. Malgré la fatigue, je te demandais d’accélérer le pas si tu le pouvais.
Nous approchions de la grande fracture quand un éclair s’abattit devant nous, accompagné instantanément d’un vacarme infernal qui nous brisa les oreilles. Autour de nous, tout n’était que grésillements et vibrations, une odeur de soufre flottait dans l’air. Les premières gouttes nous surprirent alors que nous parvenions au bord de falaise. Nous étions dans l’œil du cyclone, la foudre frappait sans interruption et le canyon nous renvoyait l’écho d’une symphonie dantesque.
Tu connaissais les difficultés qui nous attendaient : franchir la gorge sauvage sur un pont de singe hors d’âge. Les trois câbles longs d’une quarantaine de mètres s’étiraient devant nous, un pour les pieds et deux pour les mains. Nous devinions dans l’ombre des profondeurs le bouillonnement du rio. Tu t’es engagé le premier sur les câbles instables et glissants. Tu progressais lentement tel un funambule, les yeux fixés sur l’autre rive, quand soudain, sous tes pieds, sortant de la falaise un vautour fauve prit son envol. Oiseau de bon ou mauvais augure ? Je me suis aussitôt posé la question. La suite, tu la connais…

André Bouisson


Vivre en hauteur.

On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Tu marchais de branche en branche comme un funambule sans te soucier des vibrations que provoquait la grosse machine en contre bas. Tes pas étaient légers, aériens. On aurait dit qu’ils effleuraient les branches, qu’ils volaient comme un oiseau. Depuis qu’on avait décidé de construire ce qu’ils appelaient le pont de la paix, ta vie n’était plus la même. D’abord la chaleur ressentie était celle de l’enfer, tu le savais, même si tu ne connaissais pas beaucoup l’enfer. Parfois tu cherchais ton ombre. Elle disparaissait et tu savais que le diable pouvait s’en emparer. Il est important d’avoir une ombre. Tu avais peur jusqu’à ce que ton double réapparaisse. Étrangement cette ombre resurgissait les jours de violents orages, quand le ciel touche la terre, quand les éclairs illuminent la forêt. Dans ce canyon à la beauté sauvage où les vautours rôdent comme des âmes en perdition à la recherche de plus faibles qu’eux, il y avait un mystère indéfinissable. Tu le savais mais tu avais du mal à en comprendre les origines. Alors tu restais dans ton arbre. En bas on disait que l’enfant sauvage n’était pas venu au village depuis les dernières pluies. On ne s’en inquiétait pas… là-haut il ne craignait rien. Sauf que lorsqu’il souriait, on aurait dit qu’il allait pleurer.

Violette Chabi


On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Tu te prélassais à l’ombre apaisante d’un arbre quand le sol te fit frissonner, des vibrations parcouraient ton corps. Il a fallu un peu de temps pour réaliser que quelque chose d’anormal se passait. Dans le ciel un vautour à l’envergure impressionnante parcourait le ciel en poussant des cris lugubres. Le ciel s’était chargé de nuages, un orage se préparait-il ? Soudain, debout, tu courus vers le canyon où tes compagnons semblaient pris au piège. Exposé au soleil tu transpirait de chaleur et d’inquiétude. Tu appelas, des voix te répondirent, ils avaient fini leur escalade sauf un. Tu l’aperçus sur une corniche dans une position périlleuse, puis il continua cherchant son équilibre tel un funambule. Son corps maîtrisa la peur qu’il devait ressentir et calmement il finit le parcours pour rejoindre le groupe.
Soudain une explosion : le volcan se réveillait projetant pierres, feux, gaz dans un panache qui noircit le ciel. Une curieuse lumière illumina le paysage. Une vieille bâtisse vous accueillit, abrités, soulagés et consternés. Vous étiez loin des projections, la terre grondait sous vos pieds. Au bout d’un temps qui t’a paru une éternité, après, quelques soubresauts tout s’apaisa. Arrivé au village un peu plus bas tu vis la consternation et la peur des villageois devant ce réveil inattendu.
Sains et saufs mais encore bouleversés tu échangeas avec tes amis sur le plaisir de "grimper" dans une nature sauvage mais aux dangers de ces régions où, parfois, les réactions de la terre sont imprévisibles.

Françoise Charton


On était au début de l’été et la chaleur était assommante, tu étais venue nous voir pour passer quelques temps avec nous. Cela faisait si longtemps que nous ne nous étions vues, depuis la mort de maman, je pense..
Alors,tu as établi un programme d’activités comme autrefois. Tu as commencé par nous faire retourner au grand canyon avec ses falaises mordorées, avec ses ombres folâtrant entre jeux de lumière et pénombre. Tu as organisé la descente avec des canoës et quelques rames.. Tu as organisé la marche sur le plateau longeant ces mêmes falaises étroites, et ensemble nous avons admiré ces funambules cherchant leur équilibre, tentant ces traversées si dangereuses avec passage sur un vide sidéral.. Nous aussi autrefois, nous nous étions hasardés sur ce câble, nous n’étions pas arrivées bien loin dans notre apprentissage. 
Tu as aimé m’entraîner dans nos défis de jeunesse, celui affronter un orage sauvage, crachant des éclairs lumineux.. ou celui de guetter les vautours ensemble allongées sur la pelouse du parc.. Tu as suivi leurs vols, libres dans le ciel rougissant. 
Tu as ressenti le besoin de cette expérience de notre enfance, lorsque tu m’as demandé d’écouter la terre en posant l’oreille sur le sol, observation apprise avec notre grand-père sismographe. Tu as comme moi goûté à ces vibrations, ces tremblements infimes dans nos corps, atteignant à peine 2 ou 3 sur une échelle de Richter. Cette hyperesthésie étant un héritage familial, tu n’as guère eu du mal à discerner ces légères oscillations.. 
Lors de ton passage, même bref, nous avons retrouvé ce lien qui nous unit depuis l’origine, notre jemellarité. C’est notre force, la distance n’y peut rien et il en sera toujours ainsi. 

Rosemarie Chazay


On était au début de l’été et la chaleur assommante alourdissait tes pas. Loin de toute civilisation, tu marchais depuis des heures dans une atmosphère suffocante, ta peau perlée de sueur et ta gorge sèche. La réverbération du soleil sur la terre ocre aveuglait tes yeux. Seule l’ombre de quelques roches t’offrait un répit par intermittence. C’est à ce prix que tu avais pu accéder à ce monde sauvage et grandiose. Dans un climat fiévreux, s’ouvrait à toi un titanesque et spectaculaire espace. Comme un funambule, tu déambulais en équilibre au bord du précipice, pour dominer le labyrinthe torturé et sculpté du canyon. Au fond, s’agitait le fleuve puissant qui le traversait, dont la couleur fauve s’accordait à son écrin naturel. Ton regard ne suffisait pas à embrasser ce paysage vertigineux. Attentive à ne pas troubler la pureté du décor, ta silhouette s’était figée. Seule la vibration de ton cœur trahissait le mouvement de ton corps. Au-dessus de toi, tournoyait un vautour, seul témoin de ta présence, et l’envergure de ses ailes épousait les vents ascendants pour naviguer majestueusement entre les parois abruptes. Au loin, les nuages obscurcissaient l’horizon, le grondement du tonnerre retentissait et les éclairs raturaient le ciel. L’orage se présentait, promesse d’un peu de fraicheur, et comme un chef d’orchestre allait diriger une symphonie bruyante, et mettre en scène cet inoubliable et fabuleux théâtre.

Myriam Finot


Toi, le Vautour,

On était au début de l’été et la chaleur était assommante, dans une immensité désertique au-dessus d’un canyon sauvage, un funambule sur son fil entre les deux falaises, quelques vibrations pour annoncer l’orage et l’ombre de toi, le Vautour qui plane. 
Le décor est planté.
Au fond des gorges, c’est une étuve, un vent chaud, la rivière bouillonne, les oiseaux volent dans tous les sens, ils ont perdu leurs repères.
Au-dessus, l’acrobate solitaire tremble, bien qu’équilibriste, il hésite dans le ciel sombre et tourmenté.
Le tonnerre, les éclairs, c’est la peur, c’est l’angoisse…
Toi, le charognard qui rode, sais-tu ce qui va se passer ? 
La nature nous agresse et bien que chacal, tu ne peux intervenir.
Patience, la nature te dit : « après la pluie le beau temps » !

Denise Friboulet


On était au début de l’été et la chaleur était assommante.
Plein d’énergie, tout excité, tu vas vivre ton périple à un train d’enfer en une quinzaine de lignes ! Tu transpires, gouttes de sueur sur le bout de ton nez. Enfin un peu d’ombre à l’approche du canyon. Avant d’entamer la descente en rappel de la paroi rocheuse, tu joues les funambules : un pont de singe constitué de deux cordes tendues, l’une pour tes pieds, l’autre pour tes mains, et tu es loin d’être acrobate ! Tu n’as pas le vertige au moins ? Le guide, de l’autre côté te presse d’avancer, son sourire te semble tout à coup féroce. Après avoir joué l’équilibriste... fin prêt pour les profondeurs de la gorge étroite ?
Ô rage ! coup de tonnerre, l’orage, la pluie s’abat sur toi suivie d’éclairs.
Ô désespoir ! tu ne vois plus rien, et c’est le drame, tu décroches, tu chutes dans les rapides, ton chapeau s’envole.
Toutes ces vibrations dans ta tête ! Dans le ciel est-ce un vautour ? Le bec crochu d’un charognard ?
Tu es étendu, on te transporte. Est-ce une cloche qui vibre au loin ? Une silhouette se dessine dans le jeu d’ombre et de lumière, une beauté sauvage qui t’hypnotise, un sourire aux dents rouges. Tu penses : cannibalisme avant de t’évanouir.
Rapatrié, l’épaule en vrac, le visage bleui, l’arcade suturée, avoue que ce soir tu apprécies la main du paternel sur ton épaule valide et les effluves qui te parviennent de la cuisine d’où apparaît le sourire maternel réconfortant.

Edith Hénaff


On était au début de l’été et la chaleur était assommante .

Lumière éblouissante, chaleur étouffante, soleil de plomb.
Je te guette . 

Majestueux au-dessus du canyon, là-haut, si haut dans le ciel, tu apparais.
Brun, beige, noir est ton plumage. Tu rayonnes.

Vautour planeur, tu m’entraînes vers un ailleurs.
Époustouflant est ton vol, grandiose est ton ombre .

Oiseau rapace, tu traces des cercles. Incessants allers-retours.
Au-dessus des parois verticales, tu es suspendu.

Funambule en équilibre sur un fil invisible,
Vide en-dessous, tu traverses les falaises abruptes.

Sauvage et silencieux est le désert.
Seules les vibrations de tes larges ailes frémissent.

 Brûlant est le vent, magique est l’instant...
Dans ce couloir étroit de la vallée,
Tu m’offres un ballet de toute beauté.
 
Le cœur battant, le souffle coupé, je te regarde danser,
toi qui ne crains ni l’orage, ni la foudre, ni la tempête. 

C’est un bel été.

Armelle Leroy


On était au début de l’été et la chaleur était assommante, étouffante. Eclairs zébrant le ciel, tonnerre roulant au fond des cieux. Des orages secs éclataient depuis des jours sans mettre leurs menaces à exécution. La tension était palpable. Pour y échapper tu avais proposé cette marche dans les gorges de la Nesque, comme un dernier cadeau à notre relation finissante. Entrant dans le canyon spectaculaire et sauvage aux falaises vertigineuses, tu t’étais lancé sur le sentier dans un rythme effréné. Un vautour planait au dessus de nous comme un mauvais présage à notre vie en décomposition. En s’enfonçant dans les gorges à l’ombre de la roche, l’air frais imprégnait nos corps d’une moiteur pénétrante. Le chemin se faisait plus étroit. Tu marchais devant moi comme un funambule débutant en perte d’équilibre plongeant son regard vers le vide âpre et sombre. Ton souffle était rauque, gémissement presque. Pleurais-tu ? Je ne le saurai jamais. Un bruit sourd, une vibration lointaine, un tremblement soudain. Un pan de roche qui cède sous tes pas. Tes pieds qui trébuchent. Tes mains qui agrippent les racines. Ton corps qui tombe au dessus des eaux tumultueuses. Et comme dernière image l’effroi de ton regard qui s’accroche au mien désespérément. 

Geneviève Nain


On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Chacun se mettait en quête d’une ombre protectrice contre les cruels rayons du soleil. En découlait un silence pesant à peine dérangé par les tressautements timides des insectes qui trissaient dans les herbes déjà jaunies. L’air vibrait, ce qui conférait au paysage des contours indécis.
Les vieux, eux, s’abîmaient dans des discussions ininterrompues. Ils disaient n’avoir jamais vécu une saison aussi invraisemblable. Bien sûr, de la touffeur, il y en avait toujours eue, mais pas à ce point, alors que juillet venait tout juste de commencer. 
Certains préféraient, aux heures les plus caniculaires, se terrer derrière les persiennes, sans perdre toutefois une miette de ce qui pourrait se produire dehors. On aurait dit une bande sauvage de vautours prêts à se repaître d’une proie convoitée. 
Quant à ceux qui n’étaient pas à l’affût, ils développaient une affection grandissante pour leur lit où ils s’abandonnaient à des siestes qui s’étiraient. La moiteur ambiante les faisait glisser dans des rêves incertains et épais où ils tombaient tels des funambules victimes d’un instant d’inattention fatidique. Dans ces songes qui revenaient sans cesse, ils chutaient entre des parois abruptes d’un canyon avant de se muer en phénix surgis des profondeurs sous un ciel d’orage.

Véronique Pédréro


« On était au début de l’été et la chaleur était assommante » est l’inscription que tu as lue en entrant dans ce village fantôme nommé P. Gain, un ancien sans doute. Arrivés chez Laetitia Casta que tu aimes tant, tu as choisi le canyon pour l’abri de l’ombre, un funambule nous aurait détectés, un vautour opportuniste comme ces affairistes plongeait de son cercle d’observation pour nettoyer des charognes. Dans cette prison, tu progressais dans la direction, tu révélais dans ton short court toutes tes vibrations de vacances. 

- "Peu d’eau, tu te rappelles notre première nuit au lac Besson, éclairs et foudre sur les sapins, mais rien dans la tente"

- "Dis-le, l’orage avait dissimulé tes premiers grands cris d’amante, tu m’avais voulu dominant, je t’avais servie en artiste, tes encore écartant le risque d’une surprise", je parle à ton cul si mignon. 

Aucune inondation en vue, le canyon est une cache mais tu mènes grand train, quelques mois ont moulé une coexistence sans interrogation, deux anciens étudiants nouveaux salariés pleinement heureux. Ton futur proche est lumineux, sans frein et en pleine décontraction, tu trouves dans le village en ruines un espace de confort aussi un observatoire confidentiel. Alors, avec naturel, tu es nue et si sensuelle,

- "mon sauvage, prends moi", tes bras autour de mon cou, ton ventre collé au mien, tes cuisses enserrent mes hanches,

- "ardent, avec un zeste de vice pour mon plaisir, please !" 

Ici, Nelson a perdu un œil, entre bleu marin et bleu du ciel, ton feu d’enfer fusionne notre jeune couple.

Richard Prothet 


Équarrissage bio

On était au début de l’été, la chaleur était assommante, liquéfiante… pour toi, Homo Minus !
De là-haut, moi je te vois, je vois tout. Depuis toujours. Pas besoin de trois cent mille ans pour m’inventer un drone. Tu ne me connais pas, tu ne regardes pas souvent le ciel. Tu préfères ton nombril. Mon œil plane au-dessus de toi, si petit, si inadapté, tu ne sais à quel point. Tu as peur des vibrations noires de l’orage, ou de ton cœur, tu cherches l’ombre éphémère et trompeuse des arbres que tu saccages, mais que sais-tu des Lumières ? Tu traites de sauvage ce qui ne te ressemble pas, ennemi, danger pour ton esprit rétréci. Tu rêves de grands canyons sculptés au fer rouge, que tu parcours en bus climatisé bondé d’instinct grégaire. Tu parles, mais sais-tu de quoi tu parles ? Ton grand écran ultra-plat ne te dit pas tout. Tu me fais rire, en équilibre sur ton fil conducteur tendu entre tes espoirs et tes regrets, tes certitudes et tes doutes, fragile funambule en survie. Perdu le fil ? Tu crois voler, libre, mais c’est un vol en piqué, minus ! Ton orgueil est mortifère. 
Je te suis. Je t’observe. Je sais que mon repas sera copieux. Je nettoierai cette Terre de ses charognes. Moi, le vautour, je t’attends. 

Eric Protin


Hot Spot

On était au début de l’été, la chaleur était assommante. Te souviens-tu ? … Mais comment pourrais-tu t’en souvenir ?
Moiteur. L’air est électrique. Les corps sont électriques. Un orage éclate entre nous avec la fulgurance de l’éclair. Coup de foudre. Tu as juste le temps de deviner le bleu d’un tatouage qui veille sur mon intimité.
Qui es-tu, tigresse muette impossible à apprivoiser, enfant farouche et libre comme la tornade ou la déferlante ? Autour de nous rien que du sable et des roseaux. La Côte Sauvage. Je ne te connais pas.
Entre nos corps maintenant apaisés une araignée funambule tisse sa toile. Danseuse sur fil. Comme toi. Tu éclates de rire. L’équilibriste vacille et s’enfuit. Tu ne me connais pas.
Dans la nuit la mer complice recouvre nos corps endormis ; au petit matin, pour ne pas déranger, avec délicatesse elle se retire. Les badauds sont déjà là, avides de détails obscurs. Leur ombre est démesurée, très protectrice. Il naît de cette assemblée de curieux qui s’agitent en symbiose une étrange vibration. Crime, suicide ou… ? 
L’inspecteur Evesberg n’aura aucune peine à m’identifier. Le bleu des ailes ! Dans un petit creux très secret, les ailes du vautour. Ma signature. Celle d’Owen Canyon.
Mais toi, qui es-tu ? 

Geneviève Protin


CHALEUR

On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Ce-soir là, après cette journée éprouvante, tu m’as raconté alors, ce que cette chaleur te faisait revivre : un épisode de tes années d’aventures dans l’ouest américain, il y a bien longtemps.

Le soleil était à son zénith quand tu entras ce jour-là dans un canyon, dont tu as oublié le nom, avec ce beau cheval que sa mort t’a tellement éprouvé.
Moite de la tête aux pieds, la sueur descendant en cascade sur ton visage malgré le large chapeau qui te protégeait des dardes du soleil, ton fidèle compagnon, les naseaux écumants, et les mouches, qui piquaient, qui s’agglutinaient, le rendant nerveux et difficilement contrôlable, lui, d’ordinaire si docile.
Tu m’as raconté la horde de chevaux sauvages passée tout près de vous à un moment donné et le mal que tu as eu alors, pour garder le contrôle de ton animal. C’était la première fois que tu sentais qu’il était à deux doigts de t’échapper.
Tu te souvenais des signes avant coureurs de l’orage, les rafales d’un vent brûlant, les vibrations sourdes sortant des falaises escarpées, les nuées de vautours menaçants aux becs acérés volant au dessus de vous en cercles concentriques de plus en plus rapprochés et les éclairs zébrant un ciel devenu d’encre.
Pas l’ombre d’un abri, l’enfer sur terre…
L’orage qui éclate, violent, dévastateur, et la pluie diluvienne…

Soudain, le miracle : une anfractuosité dans le rocher suffisamment large pour les deux compagnons, aperçue à la dernière minute. Tu rassures ta monture, tu caresses ses naseaux, l’animal se calme. Tu lui parles doucement.
Te reviens en mémoire, alors, ce que t’a dit un jour ton ami funambule quand pour la première fois là-haut sur son fil au-dessus d’un abîme vertigineux, il psalmodiait tout bas : « respire, respire profondément, avance, respire, avance » et qu’il avançait inexorablement, jusqu’à la victoire.
« Avance Jolly Jumper, respire fort, calme-toi. Je ne suis pas un lonesone cow-boy, puisque tu es avec moi ! 
Voilà ce que j’ai dit à mon cheval ce jour-là. »
Est ce que m’a raconté mon ami après cette journée d’une chaleur assommante. 

Denise Roux


On était au début de l’été et la chaleur était assommante

Te voici, Toi le rapace des cieux, d’une magnificence sublime, emblème royal, majesté qui fait des ravages au-delà des nuages !!

De nature subconsciente, instinctive, tu t’es invité, tel un phénix, dans mon activité suspendue entre ciel et terre, moi funambule et parfois noctambule, inconsciente.

Ce canyon gigantesque, dont tu es souverain, m’appelle par sa béance brute, son écorce à vif, sa colère qui gronde dans sa tectonique des plaques, des sons graves issus des entrailles brûlantes de la terre… sa croûte terrestre s’élève en cheminées fantastiques, tout feu tout flamme, qui réveillent ma nature mutable de feu follet

Assommée par cette chaleur, ombrelle à la main, me voici en balance sur un fil, ondulations hautes en couleurs et frissons, arabesques entre deux cheminées de cet étourdissant canyon !!

Soudain l’orage tambourine, des éclairs scintillent, cette électricité charge une colère profonde, vibration dévastatrice, ombre très vite transmutée en énergie joviale : with an umbrella, « Singing in the Rain » 

Tout d’un coup me voilà heurtée dans cette vastitude, par Toi, créature sauvage, ce vautour planeur, merveilleusement agile dans ses amples loopings, lemniscates… tu rivalises d’ingéniosité pour me rencontrer : mirage ou réalité anthropomorphique, qu’importe !! Quand l’Homme et l’Animal sont au diapason, seul l’instinct de vie les unit !!

Armelle Rozec


On était au début de l’été et la chaleur était assommante ; Lucas sentait la moiteur qui collait son short à ses cuisses. L’ambiance était lourde, la température avoisinant les trente-deux degrés électrisait l’atmosphère, toute la maisonnée était sous tension. Sa mère dans un déshabillé en mousseline tournait comme un vautour, un éventail dans une main, on la sentait sur un fil, de toute évidence la musique qui s’échappait de la chambre à l’étage l’horripilait, une grimace déformait son visage chaque fois qu’elle tournait la tête vers la maison. Lucas tentait de se concentrer sur son Lucky Luke, ne surtout pas se laisser happer par l’écho du tam-tam. Au loin le tonnerre gronda annonçant la pluie, il se sentit soulagé, la fraîcheur était en marche et allait permettre rapidement de faire descendre le thermomètre. De quoi éviter une nouvelle crise familiale. Une Goutte vint mourir sur sa BD, il était temps de rentrer se mettre à l’abri. 

Amandine Saadi 


On était au début de l’été et la chaleur était assommante. Le canyon dans lequel tu m’avais entraînée résonnait sous le coup des vibrations que générait la fournaise de ce mois d’août au cœur des gorges du Verdon. L’ombre d’un vautour fauve planait au-dessus de nous, funambules virtuoses – ou casse-cou intrépides – suspendus à la falaise qui suait sous les assauts du vent brûlant. La nature se préparait à l’orage. 
Je savais que tu ne céderais pas, qu’il te faudrait vaincre la bestialité des éléments, de ces choses auxquelles, tel le charognard primitif, tu aimais à te mesurer. La nature sauvage, farouche, indomptable imposait sa loi. Un éclair déchira le ciel anthracite suivi d’une explosion assourdissante que la roche magnifiait. Le fil d’équilibriste auquel ma vie tentait de se raccrocher était prêt à céder.

- Claire, là, à ta gauche, une anfractuosité !
Déjà tu me saisissais fermement le poignet et me propulsais dans cet abri inattendu, offrande rustique mais salvatrice. Tétanisée, je me tapis contre la paroi pourtant inhospitalière dont la rugosité apaisa les tremblements de mon corps. L’orage était grandiose, tu semblais te repaître de ce spectacle éblouissant que tu avais approché dans tes lectures sans jamais les partager. J’avais peur et tu jubilais.

Catherine Spinard


PAS DE TICKET DE PARKING

J’t’explique.
On était au début de l’été et la chaleur était assommante, sauvage même. Satanée chaleur. Franchir le câble tendu au-dessus du canyon, seul un funambule dépressif peut imaginer un truc pareil.
En plus, l’orage menaçait.
Mauvaise vibration. Partout où mes yeux atterrissaient, mauvaises vibrations.
Il y avait comme une urgence. Je rebrousse chemin. Idée de rejoindre mon 4x4, et filer retrouver le câble de l’autre côté.
Putain.
Ombre au tableau. Big shadow, la voiture stationnée sur le parking désert, une demi-heure avant, disparue. Pas âme qui vive à moins de 40 kilomètres, à part les coyotes et les serpents.
Une de ces soifs.
Marre aussi de voir ce vautour voler au-dessus de moi.
Comment je m’en suis sorti ?
Sacrée histoire.

Teff dit Gégé


Quelque part dans les Andes Péruviennes

On était au début de l’été et la chaleur était assommante, même à 3800 mètres d’altitude, dans les Andes Péruviennes, la chaleur est présente, pas un brin d’air.
Tu veux rejoindre les arbres de pierre, là-haut à 4200 mètres, tu cherches un nouvel aiguillage, comme un oral de rattrapage. Tu as du mal à marcher, l’oxygène à cette altitude est plus rare. Tous les quatre pas, à bout de souffle, tu t’arrêtes à l’ombre de quelques arbrisseaux qui s’autorisent à pousser à cette hauteur.
L’endroit est sauvage, cette terre presque indomptable, qui n’a pas envie de te faire de cadeau te pousse dans tes retranchements.
Devant toi un canyon vertigineux. Pour passer de l’autre côté il y a un pont suspendu qui s’offre à toi, le vide est là majestueux, les vautours et les condors tournoient au-dessus de toi, ils semblent attendre quelque chose....
Avec l’élégance d’un funambule tu avances par petits pas, le pont se balance de droite à gauche, tu sens vibrer les câbles sous tes pieds.
C’est à ce moment-là, que l’orage se décide à éclater, il est violent et fulgurant. Des trombes d’eau s’abat sur toi. Tu te crispes, tu cries et tu te mets à pleurer par réflexe ou par pure émotion.
Ces larmes qui sont le propre de l’homme, ou lorsque plus rien ne va, on peut se demander si nous ne serions pas la seule espèce à pleurer pour communiquer la tristesse, la colère, la peur ou la joie, aux autres, la seule à en faire un langage. Mais pleurer quand on est en train de craquer, peut-être que cela fait du bien, c’est peut-être la preuve que l’on est humain plus que jamais. Cependant les vautours et les condors qui tournoient au-dessus de toi attendent quelque chose...

Richard Velasquez

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Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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