13e edition
Festival Livre à vous à Voiron sur facebook
Accueil > Festival 2021 > Invitation à écrire > Vos textes de l’Invitation à écrire N°6

Vos textes de l’Invitation à écrire N°6

A la manière de Philippe Lechermeier dans « Histoires à piocher » et à partir d’une œuvre peinte par Lucien Mainssieux, les participants étaient invités à écrire une histoire dont l’image serait le point de départ, la chute ou la péripétie de leur récit.

Voici ce que cette consigne a inspiré.

Les feuilles jaunies crissaient sous tes pas. Gémissements vains, ultime complainte d’une nature déjà morte. Les branches bourgeonnantes caressaient mes joues inondées. Quelques épines s’enlisaient entre les mailles de mon pull, je les sens encore griffer ma peau, la tatouer de brèves lignes vermeilles, et moi qui proteste, qui chiale derrière toi, qui trépigne et t’emmerde avec mes questions. 

Tu ne parlais pas. Le regard fuyant, la précipitation guidait tes gestes, et tous les pores de ta peau transpiraient l’angoisse. Je marchais à tes côtés mais tu semblais si loin de moi. Je m’agrippe à toi, à tes doigts, enfonce mes ongles dans ta chair laiteuse ; tout pour te ramener à la réalité, puis tu te retournes, tu me gifles, tu m’attrapes par le coude et tu poursuis ta course folle. 

Tu, tu, tu et encore tu. Toi. Toi et toi seulement. Je n’étais qu’un décor, qu’une ombre, une illusion peut-être. 

Je te détestais. Je t’aimais. 

Nous étions parvenus au sommet d’une crête terreuse et poussiéreuse. Vue sur le monde vert pastel, aux reflets orangés teinté de mauve ; vue sur mon monde. Il a suffi de quelques minutes pour que tu le foutes en l’air. Tu as ouvert la bouche, ton visage a changé, et le masque de froideur est tombé. Cet instant scella ton retour. Et ta perte. 

« Vis », que tu m’as dit. « Vis pour moi, s’il-te -plaît ». Idiote. Je n’ai jamais su te contredire. J’ai dit oui. Pur mensonge pour soulager ta conscience. « Je le fais pour toi », que t’as dit. Imbécile. Si tu avais vraiment voulu me sauver, tu serais restée. Avec moi. 

Oui, ce jour-là je t’ai aimée et détestée. Je t’ai aimée lorsque tu as pleuré, je t’ai détestée quand tu m’as abandonné. 

Salomé Baron


« Vous voici arrivé tout près de l’endroit que vous cherchez. Encore quelques kilomètres et vous trouverez tout au bout du chemin la Ferme Bleue ».
Ousmane a compris que sa longue route touchait à sa fin. Des mois, que dis-je, plusieurs années se sont écoulées depuis qu’il a quitté le village de Tensobentenga au Burkina Faso. Il prend son baluchon et descend de la Kangoo si poussiéreuse qu’elle lui rappelle les taxis-brousse du pays, remercie cet homme providentiel.
Une fois seul, il découvre le paysage qui se déploie devant lui. Il est impressionné par le silence environnant. Une douceur inattendue le gagne. Serait-ce même du bonheur qu’il ressent ? Un voile de lumière bleutée enveloppe cette étendue encore inconnue pour lui. Rien ne heurte sa vue, tout est continuité. Ciel, terre, montagne, vallée s’imbriquent harmonieusement. Même le massif qui fait écran à la perspective est léger et un désir de caresser la ligne de crête à portée de main naît en lui. Comme c’est différent du pays ! 
Là-bas, contraste de couleurs. Ici, de la nuance. Là-bas, le rouge de la latérite blesse. Ici, les pastels bleus guérissent. Les gens de ce coin terrestre ne peuvent pas être mauvais. Ce sera sa terre d’accueil pour s’enraciner durablement. Enfin !

Elvire Bosch


Le retour

Quand je suis rentré de ce long voyage, le printemps m’a accueilli avec ses couleurs tendres. On aurait dit la Toscane sauf que je n’avais vu la Toscane que dans des magazines. Le village… Mon village était blotti dans un écrin de verdure. C’en était fini de la grisaille des mois passés. A Londres où j’avais tant souffert… Là, je m’apaisais un peu. Ce crime, je ne l’avais pas commis. Et j’avais bien eu du mal à le prouver.

J’ai retrouvé la maison et son toit de tuiles rouges. Aussitôt arrivé, j’ai couru marcher dans l’herbe tendre. Je suis parti à la recherche du temps perdu. J’ai respiré l’air frais et vivifiant, cet air pur qui m’avait tant manqué. Les champs verdoyants, les fleurs multicolores me disaient qu’on allait vers l’été. Et ces nuages qui s’éloignaient loin de mon horizon me rassuraient. J’ai grimpé jusqu’au sommet de la colline. Les hautes herbes ondulaient doucement sous la brise. J’ai écouté le vent qui murmurait dans les feuillages et j’ai crié très fort. On aurait dit que la montagne me répondait. L’écho était sans fin. J’étais libre et la nature m’invitait à être heureux. Enfin.

Et j’ai pensé qu’il fallait perdre une chose pour en saisir sa réelle valeur.

Violette Chabi


L’oiseau blessé

Déjà, papa était à l’œuvre, il m’a fait un clin d’œil comme il en fait souvent à maman.
Alors j’ai fait pareil. Je me suis appliqué. J’ai passé mon pinceau sur la palette des couleurs que papa m’avait installée et j’ai commencé par la petite maison, et puis le chien sur la bizarre carrosserie de voiture qui bouche la porte de la cabane.
C’est triste l’oiseau à l’aile blessée qui saigne un peu. Il regarde quelque chose au loin sur la colline, alors je me suis approché du tableau et j’ai vu qu’il fixait un nid. Ses petits sont peut-être dedans seuls, le peintre aurait dû dessiner l’oiseau dans le nid avec ses petits, ça aurait été moins triste. Sur la berge un caïman s’apprête à manger un poisson et de l’autre côté sur l’herbe qui n’est pas verte au moins deux crocodiles rampent la gueule ouverte. 
Avec son aile blessée si la maman veut rejoindre ses petits elle risque de tomber et d’être dévorée.

Après les sandwiches de midi, papa a commandé deux pizzas pour le dîner.

- On racontera pas ça à maman, sinon elle ne voudra plus nous laisser « entre hommes » hein papa !

Cette nuit il y a eu un orage, j’ai fait un cauchemar, l’oiseau de mon tableau essayait de rejoindre son nid et il a failli tomber. J’ai crié. 

Le lendemain on a installé nos toiles dans le salon pour faire la surprise à maman. C’est drôle, j’ai l’impression que papa n’a pas peint la même chose que moi.

Edith Hénaff


La baigneuse

C’est à tout cela que pense Jeanne ce matin-là, assise sur le sable, en ce mois d’août 1920. A ce vent de libération qui souffle depuis bientôt un an. Elle aussi a été happée par toutes ces évolutions dans la vie des femmes. Elle pense à toutes celles qui se sont imposées dans bien des domaines. Avec son intelligence et sa finesse elle a réussi à faire accepter à ses parents quelques changements. Mais ce matin, son regard voit beaucoup plus loin.

L’air pensif oui mais assuré, elle est là, présente, tranquille et déterminée. La respiration encore courte. Elle vient de nager comme jamais, avec une fougue et une énergie nouvelle. Dans ce nouveau maillot de bain qui libère son corps des anciens carcans, elle a nagé jusqu’à l’épuisement. Elle a senti comme une délivrance. Quelque chose a lâché en elle. Elle sait maintenant. Elle ne se contentera plus de briller dans les soirées de la bourgeoisie du Cannet par ses divers talents artistiques. Elle ne sera pas la jeune fille de bonne famille promise à un beau mariage et à une vie oisive. Son chemin s’est ouvert. Le corps, oui c’est avec son corps qu’elle veut s’exprimer. Mais autrement, pas de cette manière académique qu’on lui a enseignée jusque-là. Le mouvement doit se libérer pour émouvoir. Elle pense à Lolie Fuller et à Isadora bien sûr, inspirée par le ressac permanent des vagues.

Geneviève Nain


Lucien Mainssieux, Paysage, août 1919, huile sur toile. © Avavian, Musée Mainssieux

Paysage

Depuis son départ sur le front, Gaspard avait le mal du pays. Il évoquait quotidiennement son hameau et ses montagnes avec tant d’amour et d’enthousiasme qu’Émile son meilleur ami, un Picard, lui promis de venir un jour les découvrir. Mais, Gaspard tomba dans la forêt de l’Argonne en août 1918.

En 1919, Émile fit le trajet en train, puis à pied. Un berger lui indiqua un raccourci pour monter « ? Aux Granges ? ». Parvenu à l’orée du bois, il aperçut devant lui, un hameau niché au creux d’un vallon, de rares arbres, l’ondulation des prés et de modestes sommets se découpant sur un ciel pommelé.

Non loin de là, un homme, assis devant un chevalet, peignait. Il s’approcha et découvrit sur la toile le reflet du paysage qu’il avait sous les yeux. Émile était pensif, quelque chose le perturbait. Il y avait le panorama tel qu’il le voyait, il y avait la représentation toute en nuances qu’en faisait l’artiste et enfin l’image qu’il s’était forgé au fil du temps à partir des récits merveilleux de son ami Gaspard.

Les trois visions se mêlaient, générant la confusion dans son esprit. Comment la perception du réel peut-elle être aussi multiple ?? Il s’éloigna de l’artiste, ce qu’il peignait était plus évocateur que la réalité, mais moins féérique que les descriptions qu’en donnait Gaspard. Assis sur un talus, il prit conscience ce jour-là que l’art et l’imagination, sans entrave ni frontière, peuvent altérer la réalité.

C’est bien là, le propre de la vision artistique, celle Mainssieux, mais aussi celle de Gaspard.

André Bouisson


Elsa et Louis

 - ... et si je te disais… dessine-moi un “paysage bleu” ?
 - Mais ça n’existe pas !
 - Alors ferme les yeux… et regarde.
 - Je vois le ciel azur, je vois la mer.
 - Cherche encore.
 - Je vois un soleil “bleu comme une orange”, l’air Majorelle, la mer outremer, Klein et Picasso - si je n’ai plus de bleu, je mets du rouge - et moi je sème des graines de jaune canard pour réchauffer mes bleus. J’entends de vieux chanteurs de blues que le vent accompagne et…
 - Ouvre les yeux, regarde-moi. 
Dans ton sourire je vois tous les bleus de tes yeux ;
dans le bleu de tes yeux 
tous les paysages.

Eric Protin


Il lui fallait quitter Paris. Tout lui devenait insupportable, aucune décision possible dans ce tourbillon incessant.
Elle était incapable de décider si elle pouvait encore continuer cette relation si particulière avec M. qui la laissait sans repos depuis tant de jours et de nuits surtout.
Partir, fuir, se retrouver, seule, pour pouvoir enfin comprendre pourquoi elle en était arrivée là .

Elle décida brusquement de tout laisser tomber : ses amies, pas toujours de bons conseils, son travail momentanément, son quotidien fait de tas de contraintes mais de trop de facilités aussi.
Il n’y avait qu’une solution : retourner à V. dans la maison de sa grand-mère décédée deux ans auparavant. Elle en avait hérité, à l’époque un peu embarrassée, ne sachant ce qu’elle pourrait en faire et n’avait pas eu envie d’y revenir depuis.
Elle se souvenait de la solitude des lieux, de l’ennui qu’elle avait connu enfant quand ses parents l’expédiaient en vacances, ces longs mois d’été qui lui paraissaient interminables et l’envie de retrouver au plus vite le brouhaha de la capitale.

Mais là, en cet instant précis, elle en fut convaincue, elle pourrait enfin se poser, réfléchir, et décider de son avenir.
Elle se prépara en toute hâte, quelques livres, un minimum d’habits. En août elle n’avait pas besoin de grand chose. La voiture dont elle ne se servait guère démarra au quart de tour. Elle prit la route, le portable arrêté et quelques heures plus tard, elle fut à V. sans difficultés.
Routes peu encombrées pour cette destination : on lui préférait de loin les bords de mer !
Elle arriva vers 18h. Les grillons s’en donnaient à coeur joie. Instantanément elle s’arrêta saisie par la sérénité du lieu.
Avant d’ouvrir la porte de sa maison son regard embrassa la courbure des collines, les bottes de paille sur les champs, les maisons du hameau figées par la torpeur de fin de journée, et les vagues des prés que le vent ondulait. Elle restait là happée par ce paysage si paisible .

Denise Roux


Lucien Mainssieux, Les hauteurs de Chréa, juillet 1946, huile sur toile. © Avavian, Musée Mainssieux

En regardant le tableau "Sur les hauteurs de Chréa" de Lucien Mainsieux une histoire pointe son nez au milieu de ces montagnes. Deux randonneurs partis faire la traversée d’une montagne sous le chaud soleil de Provence ont marché toute une journée. Des petites vallées ont succédé aux sommets où le panorama surplombaient des forêts aux couleurs changeantes. Mais à la fin du jour il leur fallait trouver un endroit pour passer la nuit. En traversant un village en fête, un villageois leur a indiqué un coin avec une petite source, parfait pour un bivouac. Ils ont grignoté avec le clapotis de l’eau coulant à côté d’eux. Puis, le repos dans leur duvet juste posé sur un tapis léger était le bienvenu. Température douce, le jour baissait tout doucement quand des grognements se sont faits entendre. Est-ce un petit comique qui s’amuse pour les effrayer ou ? Non, la randonneuse dressée sur son séant a aperçut deux énormes silhouettes sombres pataugeant joyeusement dans la boue aux alentours de la source.. "Je ne pourrai jamais dormir avec eux !" Contraints de s’éloigner, ils ont replié leur couchage dans le tapis puis se sont installés un peu plus haut, peu rassurés. Les sangliers, car c’était bien ça, ont trouvé leurs gamelles restées près de la source et font un bon vacarme. "Non ce n’est pas possible de dormir dans ces conditions" a fulminé la randonneuse.
Autour d’eux aucun abris, sauf le cimetière, pas très loin. Epuisés, ils ont replié leur couchage et ont pénétré derrière les murs, qui seuls pourraient leur assurer la paix pour quelques heures. Sur un petit terre-plein les duvets ont été installés, ouf ! là c’est calme. Mais non, la fête du village terminée les villageois ont longé le mur du cimetière en riant, chantant et des enfants soufflaient de bon coeur dans des trompettes. La voix d’une petite fille s’est faite entendre "Ma mamie elle dort là" et on imagine quelle direction elle montrait... Nos randonneurs n’ont pu que pouffer en silence puis, enfin le calme et le sommeil.

Aux premières lueurs du jour "ils ont levé le camps" et ont repris leur randonnée. Ah quelle nuit !
L’air frais du matin les a stimulés, c’était reparti pour une belle journée, mais la nuit est restée dans les souvenirs, c’est sûr !

Françoise Charton


Un éclair ! Dans ce musée de petite ville, quarante ans après. Fulgurant comme le premier avion, le premier bateau découvrant Alger-la-Blanche, la première fusée à Cap Canaveral, les tombeaux des Ducs de Bourgogne, le Shinkansen devant le Fuji, mon premier match au Stade d’Albert Camus, les spahis à cheval du Gouverneur, les centaines de milliers de syndicalistes merveilleusement canalisés à travers Tokyo, la grande tempête de neige québécoise, ma première à l’Aiguille du midi, Picasso et les peintres de la Côte d’Azur, de Dijon et Florence, du Louvre et des musées de Madrid, Londres, New York, Washington, Leningrad. Là, ma montagne d’enfance, Chréa, inconnue de tous dans cette capitale mondiale du ski, Voiron.

Enfant ignorant le danger omniprésent, à 1500 m station préhistorique, j’ai découvert blancheur de neige et essais de glisse quelques dimanches d’hiver. Aux printemps et automne, nous arrêtions au pied de l’Atlas au Ruisseau des singes, si nombreux et drôles, chez Olcina à Boufarik, délicieuses rouillettes ou chez la tante à Douéra pour ses oreillettes. Les colons avaient transformé les marais de la Mitidja en un riche bassin maraîcher, verger d’agrumes, cerises et olives, vignobles. L’été, le retour de plages des débarquements de 1830 et 1942 passait par le rite "brochettes ou vivier ?" 
Le Pékinois me dit “Un voyage de mille lis commence toujours par un premier pas”, dans ces cèdres.

Richard Prothet


Confidences d’une graine

… de là mon attachement à cette terre perdue dans l’Atlas algérien. Pour son soleil généreux sans les sécheresses torrides de l’été. Pour ses lumières incandescentes. J’adore. Pour ses touches de couleur posées comme au pinceau, entremêlées, ces roses et ces mauves, ces ocres et ces bleus, ces verts bleutés des cèdres, majestueuses sommités des hauteurs de Chréa.
On se sentirait invité dans une toile de Mainssieux, s’il ne lui manquait les parfums !

J’aimerais tant dire que je me suis retrouvée là bringuebalée par les vents, avec mon air de triangle, mes ailes démesurées. Non, j’ai fait le voyage oubliée dans le fond d’une poche, celle d’un randonneur suisse. Moins poétique !
J’ai retrouvé la terre de mes ancêtres, ma terre.

Il y a bien longtemps, des graines vigoureuses - ma famille tout entière - nées du plus beau spécimen de la cédraie sont kidnappées par un arboriculteur en herbe.

Jardinière polluée d’une grande ville. Cale de bateau. Tempête. Périple surchauffé sur les routes d’Espagne. Destination : le canton du Valais. Beaucoup ne survivent pas. Il en reste trois.

Elles se font la promesse qu’un jour…

Geneviève Protin


Après la guerre

Samuel est arrivé au sommet de la colline vers onze heures trente, il se fige soudain saisi par la vue. Sur les sommets en arrière-plan l’ocre et le camaïeu de vert apportent de la douceur au paysage. Il était parti ce matin tôt, dans la hâte, envahi soudain d’une rage cataclysmique. Une seule idée en tête prendre le sentier menant dans les hauteurs de Chréa et partir hurler sa colère dans la nature. La déverser dans un lieu neutre afin qu’elle ne s’abatte pas sur toute la maisonnée. Il avait juste eu le temps d’attraper un morceau de pain et une gourde, de toute façon il avait l’habitude des restrictions, le maquis lui avait appris à se contenter de peu. En marchant rapidement les images lui étaient revenues, la nuit, la peur, la suspicion. Le manque de courage de ses voisins qui ne s’étaient pas comme lui investi dans la Résistance. Et aujourd’hui ils fanfaronnaient tous « ces collabos ». A la veille de la fête nationale ils osent se réapproprier les valeurs de la France se dit-il. Voilà où en est Samuel lorsqu’il arrive sous les arbres centenaires d’un magnifique vert d’eau apportant une fraicheur bienvenue en ce mois caniculaire. L’effort de la montée au son du chant des grillons, la brise dans les branches, sa colère s’est dissoute. Il s’assoit et goûte enfin au calme après la tempête. En mâchant son morceau de pain il pense à ce soir, au feu d’artifice, aux cotillons et se dit qu’il serait dommage de ne pas profiter de cette paix enfin retrouvée.

Amandine Saadi 


Lucien Mainssieux, Le lac de Castel Gandolfo, avril 1913, huile sur toile. © Galoyer, Musée Mainssieux

Visite du musée Mainssieux, devant le tableau Le Lac de Castel Gandolfo,
Stupéfaction, Louis est tétanisé, figé, paralysé…le déclic.
Le voilà dans ses rêves, un dessin géométrique, 
Un trait à droite, un trait à gauche, des zigs et des zags sinueux, un petit cube.
Il sent le pinceau s’envoler sous ses doigts, il laisse sa main, libre de reproduire les images qu’il a dans la tête.
Quelques traits ne vont pas suffirent, mais il va enfin pouvoir réaliser son rêve.

Denise Friboulet


Le lac 

D’un petit mouvement de bec, l’oiseau-poisson les invite à s’installer sur son dos.
Les enfants se lovent dans son plumage multicolore que le soleil très haut dans le ciel fait miroiter. Tous trois survolent alors colline, maison, forêts de sapins, de hêtres et de platanes.
Altitude grisante. Leur maisonnette sur les pentes du cratère qui forme le lac brille sous le soleil ardent.. Ivan et sa sœur Délia font un signe à leur père avant de disparaître très haut au-dessus des nuages.
Ivan et Délia sont libres comme l’air sur le dos de leur ami qui chaque jour de l’été les emmène voler toujours plus haut. Jeanne et Théo en bas sont minuscules, leur maison microscopique et le lac majestueux n’est plus qu’un tout petit point bleu.
Cheveux au vent serrés l’un contre l’autre les jumeaux sont aux anges.
Et puis tout doucement l’oiseau-poisson pique vers le lac pour redéposer les enfants.
Ivan et Délia, ivres de bonheur ont hâte de retrouver la douceur des bras de Théo et de Jeanne et leurs baisers emplis d’amour . 

Cette nuit encore les étoiles brilleront toutes ensemble, perceront la nuit et veilleront sur Jeanne Théo et leurs petits.

Armelle Leroy

D’après le tableau de L. Mainssieux : Castel gandolfo


La montagne étirait ses traits en pentes douces jusque dans les eaux du lac dont il avait cru, en arrivant sur ce territoire, qu’il s’agissait d’un bras de mer, d’une alcôve, d’une anse. Sans doute parce que son regard portait loin et allait bien au-delà des paysages réels qui s’évasaient, sans contraintes, semblant se délasser, étirer leur langueur, paisiblement, nonchalamment. 
Il était arrivé là sous un ciel taloché après des heures de marche ininterrompues. Il espérait un lieu où poser, au moins pour la nuit, son sac à dos qui lui sciait les omoplates, provoquant un inconfort sur ses reins, et sa fatigue. Et il venait de le trouver. Attendu. Il se sentait attendu. 
Au bord des espaliers qui cascadaient, réguliers, tels des escaliers qu’aurait pu remprunter un géant aux pieds d’argile, une cabane orange dans le coucher de soleil morcelé. Un point, une virgule sur son parcours, avec une fenêtre, une cheminée. Si la chance lui souriait, il pourrait ouvrir la porte ouverte sur des visites inopinées comme la sienne, pousser les volets de bois pour profiter de la descente du jour et faire jaillir le feu. Les broussailles qu’il apercevait juste en-dessous lui serviraient d’amorce.
Il donna un coup d’épaule, soupira et se dirigea vers la maisonnette.

Véronique Pédréro


Quelle est l’origine de ma prochaine pensée ?

Quelle odeur, quelle couleur, quel son pourrait-elle donc avoir cette pensée ?

Voici une pensée qui jaillit « tout changement commence par toi » Gandhi.

D’où vient-elle cette pensée qui me traverse, suis-je cette pensée ?

De Gandhi à Lucien Mainssieux, juste « un château dans le ciel » (Hayao Miyazaki) un imaginaire est à réinventer quand la perte de sens émerge.

Fragrance de jasmin, lavande, cannelle…

Bleu, bleu océan : Là le murmure s’élève « c’est une maison bleue adossée à la colline, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé » ( Maxime le Forestier)

Mon temple sacré est agité dans le plasma de la vie : liquéfiée, suis-je !! Pourtant le monde est bon et me cueille dans sa beauté intrinsèque

Om Shanti, shanti, Shanti (paix intérieure, paix sociale, paix cosmique)

Puis cet éclair étincelant me transperce : dans les eaux boueuses de la substance du Temps qui se renouvelle sans cesse, où tous les évènements s’écoulent, il y a ce quelque chose qui vient de se décanter dans la traversée de la vallée de la vie, jalonnée des fleurs sacrées de lotus.

« Je suis cet état de la matière diluée »

C’était un dimanche 23 mai 2021 au bord du lac d’Albano, situé au sud-est de Rome, de la ville de Castel Gondolfo

Armelle Rozec


Le fantôme du chevalier sans tête

Ce soir, elles le verraient. Le vieux grimoire qu’elles avaient déniché dans la cabane surplombant le lac de Castel Gandolfo leur avait livré son secret : le fantôme du chevalier sans tête survolerait le lac lors de la pleine lune de juillet. Les deux filles avaient hésité, l’orage menaçait et la lune distillait sa lumière inquiétante sur la surface du lac que le vent affolait. Lou se cramponnait à la cabane pour ne pas perdre pied sous le coup des bourrasques. Sa montre affichait 23:54 et aucune silhouette étêtée n’avait encore surgi des profondeurs lacustres. 

Tout à coup, un tourbillon émergea des eaux tempétueuses comme aspiré par les rayons de lune. Les yeux de Lou et Mila s’agrandirent de stupeur à la vue de la forme diaphane qui apparut, drapée dans un linceul au creux duquel reposait une tête imberbe. Des borborygmes s’échappèrent de la silhouette spectrale en une plainte sépulcrale. Les deux amies se blottirent l’une contre l’autre pour combattre la peur qui les assaillit. Puis un rire lugubre happa un rayon de lune avant que l’étrange apparition ne disparût à nouveau dans les tréfonds du lac. Alors les vagues se muèrent en ridules, le vent s’estompa en un souffle sourd : le chevalier sans tête avait rejoint les profondeurs ténébreuses où il reposerait jusqu’en juillet prochain.

Lou et Mila échangèrent un regard entendu puis le vieux grimoire fut rendu à sa cachette : peut-être enchanterait-il d’autres jeunes aventurières et aventuriers par une nuit de pleine lune ?

Catherine Spinard


Sur la berge du lac de Castel Gandolfo

Décidé, Mario s’équipe, chaussures de randonnée, gourde remplie d’eau, y baigne un morceau de gingembre. Pas question d’oublier la feuille où s’étalent les indications. Le jeune homme s’engage sur le chemin derrière la maison au bord de la colline. Chemin plus escarpé qu’il ne l’imaginait. Limite périlleux avec la pioche et la pelle. Paysage sublime. Le lac en contre-bas, cratère essoufflé. En face, loin devant et pourtant imposant, Monte Cavo, autre volcan éteint. Lui, suscite la menace de reprendre son activité. Mi-parcours, la pente s’adoucit. Mario estime qu’il lui reste quarante minutes pour atteindre son Eldorado. Excité, son esprit ne sait se déterminer. Marie désir un séjour à Venise. Banale cette idée, pour lui. Sûr, un voyage les emportera, un lieu enchanteur aux surprises quotidiennes. Lequel ? Comment trancher. Le pour et les contres des destinations envisagées se livrent bataille. Mario aimerait un big safari photos dans les réserves d’Afrique du Sud. Quoique, déambuler dans la cité d’Angkor. Venise possède un charme unique tout de même, à ce qu’on dit. La montagne de terre, dégagée de l’endroit où il creuse, ressemble, copie conforme, au profil du volcan endormi qui le surveillent de loin. Il a revérifié, par quatre fois, il est bien, à 15 pas direction sud, du dernier arbre situé en bas à gauche du tableau imprimé sur le papier. La mallette découverte là, ne contient pas deux lingots d’or, promesse du SDF qu’ils ont recueillit avec Marie, mais cinq.

Teff dit Gégé


Le lac de Castel Gandolfo 

Je me lève, j’enfile un pull, je prends le tisonnier qui me sert à remuer les braises pour qu’elles prennent.
Je donne un regard à ma toile que j’ai acheté hier à Rome, à un aventurier qui passait par là, au nom de Lucien.
Je l’ai accroché plein centre sur le mur de ma cabane de bois cassée.
Alors que je prépare le café, je me mets à rêver que je descends au bord du lac de Castel Gondolfo, que je monte dans ma barque, que je prends mes rames pour m’éloigner du bord et plonger dans l’eau gris bleu...Je suis surpris du silence de mon cerveau, je n’arrive plus à réfléchir, je suis bien, j’ai l’impression que des chaînes se dissolvent une à une dans l’eau.
Le claquement de la porte de la chambre me fait revenir à la réalité, Catherine apparaît, les cheveux tout ébouriffés, avec un joli débardeur blanc qui m’empêche de voir sa nudité.
Elle s’assoit en tailleur sur la chaise, s’étire le cou et le buste par quelques mouvements de tête.
Je lui sers le café fumant, et ensemble nos yeux fixent la toile.
Cette cabane surplombant le lac, entourée de chênes et de châtaigniers. Les collines environnante glissant vers le lac.
J’aime cet instant, ce regard neuf que nous avons ensemble, réunis par ce tableau accroché au mur.
Je prendrais bien un bain de soleil sur la petite plage en contrebas et profiter de la fraîcheur de l’eau. 
Pourquoi pas, peut être faudra-il attendre un peu que le soleil remplace les nuages, aujourd’hui c’est pas gagné !
Sans doute. Dit-elle en riant.
Nous reprenons nos pensées et en buvant le breuvage brûlant, Catherine, de sa voix douce me dit, extrêmement lentement :
Me feras-tu un bébé pour Noël ?

Richard Velasquez

Le festival en images

Zoom

Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

+ lire la suite

BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

+ lire la suite

LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

+ lire la suite

A découvrir

teleramalogos