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Vos textes de l’Invitation à écrire N°5

Sur le modèle du roman autobiographique Impasse Verlaine de Dalie Farah, Dominique Osmont avait invité les participant.e.s à raconter le souvenir d’une adresse, d’un lieu qui a compté pour eux.

Voici ce que cette consigne a inspiré.

Alors que je passe plusieurs mois de l’année au pied de Granier, là où il s’est effondré en 1248. Où il a façonné un paysage très vallonné où la pierre, la roche est très présente. Je crois que l’adresse qui m’a le plus marquée est le 5 rue de la grosse roche !
L’adresse de mon enfance, dans une citée de banlieue parisienne sortie de terre dans les années 60. Une citée banche pleine de rires et de jeux d’enfants. Je joue à l’élastique, à la corde à sauter, je cours avec une bande de copains-copines. Des après-midi de cache-cache et de rigolades où des parties d’osselets et de billes m’occupent des après-midi entières. L’insouciance de l’enfance.
J’entends Dominique me dire, il n’y a pas de hasard !

Pascale Achaintre 


Je me souviens.

Les murs nus et incolores. Une cage de béton, parcourue de temps à autres par un filet de lumière qui troue les nuages. Les chemins de gravier sinueux foulés par des blouses blanches trop pressées. Des passereaux serpentent entre les courtes herbes grasses du parc. Un tourniquet grinçant, une balançoire à bascule fatiguée, des bancs usés. Vaines tentatives pour égayer l’immense bâtisse dressée devant moi. Derrière les vitres, j’entrevois un décor monochrome. Des murs immaculés. Une moquette qui a sans doute été blanche un jour. Un lit sans couleurs à roulettes. Une odeur de naphtaline me prend à la gorge, sans que je puisse en déterminer la source. Peut-être est-ce mon esprit qui s’affole. Je recule brusquement pour m’arracher à ce que je me plais d’appeler une illusion. Rien qu’une illusion, un mirage s’étant brièvement immiscé en moi pour troubler mes sens. Je lève les yeux vers ce qui sera bientôt mon second foyer. Je réprime un rire amer en balayant du regard les lettres bleues suspendues au-dessus de l’entrée. Un bloc de ciment sans vie prétendant sauver la mienne. 

Salomé Baron


Avenue Montplaisir de l’autre côté de la méditerranée.

Avenue plutôt une toute petite route moitié goudron, moitié terre.

Mon plaisir, faire du vélo en évitant les trous. Je ne risque rien, il n’y a pas de circulation.

Mon plaisir prendre le train pendant les vacances scolaires pour rejoindre ma sœur aînée qui habite au bord de la mer.

Mon plaisir est de courir, sauter, jouer à cache-cache avec mes copains, ma sœur et parfois je me blesse.

Mon déplaisir ce matin j’ai sauté un grillage trop haut pour moi et un fil de barbelé est entré dans mon pied. Cela a fait mal et j’ai serré les dents en l’enlevant. Je n’ai rien dit à mon père sinon j’aurais être grondée sévèrement.

Mon plaisir est de me rendre chez l’épicier du coin, avec l’accord de ma mère, acheter une pomme, fruit très cher et quel régal de la croquer à pleines dents.

Mon plaisir aller chez mes tantes jouer et parfois me disputer avec mes cousins pour un tintin.

Mon plaisir aller sur la terrasse, emprunter leurs chaussures à talon. J’adore marcher avec, même si je me tords les pieds.

Mon plaisir étendre le linge dehors sur de grands fils de fer en plein vent et j’aime bien ce sentiment de liberté.

Mon plaisir sentir l’odeur du bois et de la sciure quand mes oncles menuisiers ébénistes s’affairent dans leur atelier et que je suis à côté d’eux

Mon plaisir attendre avec impatience le muletier qui arrive en agitant une clochette et sa mule transportant deux gros paniers remplis de jujubes petits fruits, oranges, mandarines avec lesquels je me régale

Mon plaisir voir le guerrab, porteur d’eau ambulant, habillé d’un costume et chapeau multicolores. Son habit est composé de coupelles de cuivre ou de fer blanc attachées autour de sa taille. Il émet des sons parfois terrifiants pour les petits enfants.

Mon plaisir passer les soirées dehors entourée des voisins. Moments très conviviaux.

Tous ces moments simples et joyeux resteront dans ma mémoire et j’y repenserai souvent avec un brin de nostalgie.

Sylvaine Beaumelle


Troisième étage sans ascenseur,
Long couloir style hôtel Ibis avec ici des portes couleur vert olive foncé.
Je suis devant le numéro 1321 à la Cité Universitaire de Cuques.
C’est mon premier chez moi sans être propriétaire.
Je rentre, c’est tout petit, 9 m2 environ, un véritable mouchoir de poche mais l’essentiel y est.
Dans le coin à gauche de l’entrée, le lavabo et un bidet. Un meuble en contreplaqué les cache à la vue d’éventuels visiteurs. Un lit d’une place d’un côté, en face mon bureau. Espace impersonnel ?
Absolument pas, je me l’approprie.
Le dessus de lit est fait main, à carreaux oranger pour égayer la pièce. Le poster du peintre Sorolla, punaisé sur le mur, nous emporte dans les vagues colorées du large. Mon bonheur c’est la grande fenêtre qui par chance donne sur la montagne culte. Tableau inespéré aux éclairages fluctuants.
Petite chambre d’étudiante, cellule microscopique faite pour rêver à tant d’univers possibles.

Elvire Bosch


La calade

Nous sommes au mois décembre à la tombée de la nuit, je viens d’avoir huit ans. Je sors de l’école et remonte la calade, une rue étroite, pentue et sans lumière. Parvenu à hauteur de la maison des Rusquiers, une bâtisse abandonnée depuis des années, j’entends le bruit violent d’un volet qui claque. Je me retourne et entrevois durant un court instant une forme évanescente derrière la fenêtre du dernier étage. Je pars en courant, mon cœur s’emballe, mais de cela je ne parle à personne.

Le lendemain, je décide d’éviter la calade, mais au dernier moment, attiré par je ne sais quelle pulsion irrésistible, je repasse devant la maison. Je rase les murs et jette un regard furtif vers la façade. Rien. Il en fut ainsi durant des mois, voire des années. Les jours de mistral, un volet claquait au vent, jusqu’au jour où il se décrocha.

Ce matin, j’emprunte la rue piétonnière Louis Pasteur, qu’on appelle toujours la calade. La maison du n° 6 a été entièrement rénovée. Comme jadis, je lève les yeux vers la fenêtre du haut. Une jeune fille secoue une nappe, elle me sourit, je la salue. Si elle savait quels souvenirs s’éveillent en moi. 

André Bouisson


Le chemin

La neige est tombée cette nuit. Le chemin qui relie notre ferme à la grande route a disparu. Il faut sortir dans ce matin glacé. Mais maman connait ce chemin mieux que personne. Je dois aller à l’école. Papa a fabriqué un chasse-neige : deux planches clouées et une grosse corde pour le traîner. Maman a de lourdes bottes. Elle fait s’envoler la neige à chaque pas. C’est magique. Elle avance et moi je suis la trace. Mes brodequins laissent de profondes empreintes dans cette poudre blanche tellement légère mais tellement dangereuse. Je marche sans trop me poser de questions. J’aime cet l’hiver impitoyable. Maman est là et ce soir quand je rentrerai de l’école, papa aura bousculé cette belle neige pour retracer notre chemin.

Violette Chabi


Monna, notre guide, nous a donné rendez-vous tôt ce matin afin d’éviter la foule sur le site prévu. Excitée par cette visite tant attendue je n’ai eu aucun mal à me lever. L’autocar nous emmène, tout est calme. Assise à l’avant prête à bondir hors du véhicule dés l’arrêt je sens une émotion monter en moi. A peine le bus arrêté je saute et me précipite vers le monument. J’arrive devant, personne, juste, au loin, la silhouette d’un gardien. Debout devant la majestueuse façade, seule, je m’imprègne de ces émotions venues du plus profond de mon être, puis je pénètre à l’intérieur la gorge serrée. Une impression de revenir dans un lieu connu, d ’être un peu chez moi, les larmes coulent, mon émotion est forte, je ne cherche pas à comprendre. J’avais rêver si fort ce moment là.
Puis mes amis me rejoignent et s’étonnent de me trouver dans cet état. Pour les rassurer je souris à travers mes larmes. Non, rien de grave, un rêve qui se réalise, retour dans une vie d’avant, c’est mon ressenti aussi invraisemblable que cela puisse paraître.

Françoise Charton


Souvenirs d’école

Je n’ai jamais accordé d’importance aux noms des rues. Mes repères dans les villes sont des images de lieux. Rue des écoles : il ne me reste en mémoire que cette adresse. C’est dans le logement de fonction situé au-dessus des classes que je passe deux décennies de ma vie. Chaque jour je traverse le hall d’entrée de la classe des CE1CE2 avant de rejoindre celui de mon appartement. Il y a cet escalier majestueux aux marches en bois verni avec sa rampe sur laquelle ont glissé mes enfants. Il a 26 marches comme le nombre de lettres de l’alphabet m’a fait remarquer un jour ma petite fille. Je suis certaine que nos rires, nos joies, nos peines imprègnent encore les tapisseries des murs. Le livre de Jean-Philippe Blondel : La grande escapade a fait ressurgir en moi un flot de souvenirs ancrés dans ma petite école de campagne.

Evelyne Creux


Casée entre frère et sœur sur la banquette arrière de la voiture familiale, j’ai hâte d’arriver « aux Bois », quartier perché sur un versant provençal, presque inaccessible. La route tortueuse et montante éprouve ma patience. Enfin, nous entamons le dernier virage. La ferme familiale nous apparaît, solide et rassurante. C’est la délivrance, je me jette dans les bras de notre « mémé » et dans ce lieu terrien et générationnel. De nouveau je franchis l’imposante porte du foyer paternel. Je me réchauffe devant l’âtre de la grande cheminée, que j’ai du mal à quitter pour rejoindre mon lit froid. Je me délecte de noix enrobées de miel et de tommes fraiches sucrées. Presqu’intimidée, je regarde notre grand-père couper le saucisson et le fromage au petit-déjeuner. Je savoure l’humour et la tendresse de notre grand-mère. Entre chèvres, poules, tracteurs et arbres fruitiers, nous nous retrouvons entre cousins. Nos jeux ressemblent à de grandes aventures et nous transforment souvent en Robinsons Crusoé, dans les cabanes de bois blotties au creux des arbres. Et comme des trésors cachés, le chant de la fontaine fraiche et le silence de la mignonne chapelle rivalisent de beauté derrière les bâtisses de pierres. Je ne sais pas encore que je garderai le goût et l’odeur délicieux « des Bois » à jamais dans mon coeur.

Myriam Finot


Le grenier de la maison d’à côté

Papa avait la clé, de la grande maison d’à côté.
Escaliers majestueux, couloir infini et tout là-haut le grenier.
Un petit vent, un rayon de lumière et toiles d’araignées.
Enormes malles en cuir sous la poussière,
Un trésor de vêtements.
Et me voilà la petite fille de la Comtesse de Ségur.
Robes longues, jupons, cotillons, dentelles et froufrous,
Boucles et rubans colorés, bottines vernies.
Je danse, je saute, je virevolte, je crie, je chante, je m’éclate.
Je fais des bêtises comme Sophie.
Un appel et tout s’éteint.
Je redeviens l’enfant sage comme une image.
Mon refuge tout là-haut est toujours là,
Papa n’est plus, je n’ai plus la clé de la maison d’à côté.

Denise Friboulet


C’était l’été plein de mes neuf ans dans un village des Monts du Lyonnais.
Sans vive conscience de ce qui se passait dans les recoins de mon coeur, je traversais quelques rébellions silencieuses.
Un sentiment de nouveauté, d’amusement et de joie se déversa en moi par la fréquentation de nos fabuleux voisins américains. 
Par un épais rideau rose-vieux, on pénétrait un espace magique : le scintillement des robes de princesse et des tutus de Linda.
L’étrange découverte des hautaines poupées Barbies si distantes de mes poupons balancée par la jouissance tactile de leurs garde-robes de rêve. 
De toutes les choses que j’ai senti en-dedans cette année-là, la plus éclatante fut l’expérience du spectacle.
Au piano, la mère joue et ambiance tant l’atmosphère que dans l’instantané la famille entière mue en un choeur vocal époustouflant et nous les spectateurs en un magma de sidération.
Donald, un fils, révèle son clown pour le déferlement de nos rires.
Linda, étoile danseuse, enchante la traversée du salon sur pointes et en tutu.
Et moi, j’ai palpé en-dedans la déflagration de l’Art pour ma vie.

Odile Germain 
(Merci à Zora Neale Hurston)


Il y avait un pré presque plat au sommet d’une petite butte. Nous y organisions nos jeux olympiques avec du saut en hauteur, en longueur, du triple saut, du lancer de poids (un gros caillou) mais notre épreuve "reine" indiscutablement était la course de vitesse, le sprint. Il fallait courir vite, le plus vite possible dans l’emballement de nos jambes et la frénésie de nos bras, en imitant nos champions d’alors, Abdoul Seye, Delecour, Piquemal.
"À vos marques, prêt… !" En suivant les ordres d’un starter improvisé, nous nous accroupissions dans l’herbe, attendant le "partez !" fatidique pour bondir. Le graal absolu était de devenir le champion de la cité, le sprinteur roi du quartier. Je courais vite mais la concurrence était rude avec mes copains de classe, Gérard, Gilles, Franck. Pourtant un jour de septembre, je fus vainqueur de ce sprint de légende.
Il y a des honneurs républicains, la croix d’honneur, les palmes académiques, les médailles des champions. J’ai eu plus tard quelques réussites, de belles récompenses mais jamais dans ma vie d’homme, aucune victoire ne fut aussi glorieuse, aucun succès ne fut aussi capital, aucune joie ne fut aussi intense que ce triomphe enfantin dans le pré de la colline de Criel. Ce souvenir laisse des traces inoubliables sur les sentiers brumeux de mes rêves, hantent les cavernes obscures et les buissons profonds de mon imagination. Je rêve encore que je vole… Je prends alors la poudre d’escampette et je me carapate vers l’insondable paradis de ma jeunesse.

Alain Graz


Dernière adresse (12 chemin du repos, carré 6, Allée E)

Les vignes de l’Hermitage dégringolent en terrasses sur ce village de marbre où tu résides à présent.

Je gravis cette allée couverte de gazon, pour te retrouver.

Au fond de ce chemin sans issues, bien loin du Mazolan, un oratoire flanqué d’une immense croix en fer forgé,

Noire.

Je pense au « grimpeur à la corde » sous la fenêtre de ta chambre.

Le soleil est au zénith.

Ton nom gravé en lettres noires sur cette plaque de cuivre et d’or, fige en un instant cruel, l’inéluctable réalité.

J’ai voulu soulever ton édredon de pierres
m’allonger contre toi sans te réveiller
couvrir ton corps d’or et de lumière
m’endormir avec toi pour l’éternité.

Elyane Guillaud Rollin


C’est un hameau,

Une grande ferme, deux petites maisons en bois. Dès le printemps, aux premiers rayons de soleil, la porte reste ouverte. 
Au saut du lit, trois petites filles en chemise de nuit filent dans le jardin et lapent les perles de rosée déposées sur les pétales de roses.
Fraises des bois, moi, accroupie je me régale. Petites poires jaunes qui fondent dans ma bouche. Prunes noires dont le jus me dégouline sur le menton et tâche ma robe. Les feuilles et les pommes de l’automne. Les fêtes de la moisson. Je ne connais pas encore Vivaldi, la nature m’offre la musique des quatre saisons.
1962, révolution de l’équipement ménager. Maman a voulu sa maison, son confort, la ville. Fini la vie sauvageonne. 
On s’adapte. Les souvenirs sont imprimés et la musique abat les murs, tous les murs.

Edith Hénaff 


J’ai quitté mon beau ciel bleu béarnais, celui que je venais à peine de retrouver, pour atterrir dans ce pays où l’hiver dure presque toujours. C’est sur rue Adam que je pose mon énorme valise. Fini les études, fini les voyages, fini les jobs et les colocs. Ici, j’ai une ambition : rester. Je m’installe pour la première fois, je suis terrifiée. Rue Adam naît mon âme d’adulte. 

Un bruit constant souffle l’odeur de la levure à bière. C’est l’usine de l’autre côté de la rue, seul colosse des environs à avoir échappé à la désindustrialisation. Ça sent fort le chocolat brûlé, mais il me faudra peu de temps pour ne plus relever ce curieux parfum, pourtant si singulier. En face, un immeuble. Deux étages, six appartements. A ses pieds, un jardin défiant le bitume et accueillant insectes, écureuils, ratons-laveurs et cardinaux. J’ai hâte d’y cultiver des légumes. 

J’habite à présent rue Adam, j’aime cet endroit, je l’ai choisi. Il est la genèse d’une nouvelle vie… 

Flora Lassalle


C’est une bulle en dehors du temps. Le temps y a coulé, mais ces deux-là ne l’ont pas vu. Rien de ce passage égrainé des minutes et des heures n’a altéré leurs occupations. 
C’est une place, un trou de béton urbain et moderne. Y alternent les fresques colorées aux murs d’entrepôts, les notes de musique légères qui volent de tête en tête à étourdir, et l’effervescence grouillante des zones populeuses.
Cela non plus ils ne l’ont pas vu.
Pourtant la foule était là, puissante et sonore autour d’eux. Ripaillant, sautant, dansant, criant et riant dans un tourbillon festif des sens. Mais elle ne l’était plus quand ils se sont réveillés de leur torpeur, toujours enveloppés dans une bulle ouatée, comme flottant à chaque pas. Le silence avait pris le pas sur le tumulte, au fur et à mesure que le temps passait, que je jour tombait. 
Ils sont restés en apesanteur dans cet espace feutré. Ces instants ridiculement courts à l’échelle d’une vie, et immensément longs dans leur souvenir, n’ont laissé aucune trace tangible sur cette place. Rien n’y subsiste, visiblement. 
Mais pour eux, dans leurs souvenirs, dans leur mémoire, y revenir fait ressurgir des instants d’éternité gravés comme une madeleine qu’on ne voudrait jamais finir. Qu’en reste-t-il ? Quelques miettes sont-elles restées dans leurs poches ? D’où leur vient ce goût sur la langue quand ils ferment les yeux pour mieux s’y retransporter d’un jet de souvenir ? 

Olivier Leloup


Tina et moi.
Un dimanche, sortie de cinéma.
Sous le charme de nos acteurs préférés, sublime Deneuve, monumental Depardieu.
"Le dernier métro", nous sommes en 1980.

Nous dépêcher.
Attraper le dernier bus de la journée.
Raté !
Nous devons rentrer à pied.
Quatre kilomètres de montée, des lacets à n’en plus finir pour retrouver notre maisonnée.
Rue des Macchabées.
Minuit passé.
La montée est déserte, pas une âme qui vive.
Serrées l’une contre l’autre , nos pas résonnent sur le macadam.
Et puis soudain un écho à nos pas, juste derrière nous.
La panique nous gagne. Nous courons à perdre haleine, effrayées.
Grimper, nous sauver.
Nous nous engageons enfin rue des Macchabées.
Essoufflées.
Un dernier effort sans un regard derrière nous.
Nous nous engouffrons au numéro 7.
Notre cœur bat la chamade.
Dans la nuit d’encre,
A qui avons nous échappé ?!... 

Armelle Leroy


Une rue au nom bizarre.

Rue des Avares, que de péripéties n’as-tu pas vues !!!! Ma petite voiture bleue que je conduisais non pas avec les pieds mais avec de grandes tiges que je tirais et poussais de mes mains. Quand ça allait trop vite, je levais les bras et à chaque fois je rencontrais un mur qui m’arrêtait. Heureusement je n’allais jamais très vite vu que la pente était bien douce, mais je n’avais que 6 ans et pour moi j’allais à toute allure ! Puis j’ai grandi, et je t’ai partagée avec mon premier petit ami. Cette fois c’était une dauphine qui m’accueillait mais seulement comme passagère ! Puis j’ai continué à grandir et tu m’as vue pleurer quand j’ai accompagné ma grand-mère pour son dernier voyage ! Quelques dizaines d’années plus tard, je suis revenue mais je ne t’ai pas reconnue. Le temps et les hommes avaient fait leur œuvre ! Ton visage avait changé de couleurs, de gris il était passé au vert, au jaune, au rouge. Ton nom qui nous faisait tant rire avait disparu pour un autre, d’une telle banalité ! Je suis triste pour toi car qui se souviendra encore de toi, quand les gens comme moi ne conteront plus ton histoire.

Marie-France Macquet


C’est un petit hameau niché derrière sa colline plantée de vignes. Le hameau de Breux.
Ici passe une rivière.
Ici 1981 j ai 10 ans.
Je visite cette maison avec eux et je la trouve moche. "c’est là qu’on va vivre ?!?". 10 ans et impossible de me projeter dans ce qui sera notre maison.
A la sueur de leur front, à la rugosité de leurs mains les travaux vont durer des mois, des années.
Est-elle vraiment terminée ?
Ainsi ils l’ont transformée, renovée, aimée. C’est devenue une maison de famille, notre famille. Au creux du hameau de Breux. Une maison ouverte sur la nature où les abeilles butinent les haies sauvages.
Ici passe une rivière.
Ici habite mon cœur.

Sylvette Michel


7 Avenue de la Gare

Banlieue sud de Paris, nouveau quartier au 7 Avenue de la Gare. Nous y posons nos valises en 1960. Nous, les "7 Nain", cinq enfants et les parents. Bonne ou mauvaise, pas de fée ni de prince charmant... Mais après cinq ans dans une cabane de jardin, c’est la vie de château. Chauffage central, salle de bain, trois chambres ! C’est même trop d’un coup. Ça vacille au sommet. Bon an, mal an l’équilibre revient.

Au 4ème étage, porte à droite de l’escalier la vie s’organise. Avec le voisinage aussi. Ça passe par les femmes. Petit café du matin quand les enfants sont à l’école. Les jeudis regroupement au 3ème, devant le poste de télévision. L’unique de l’immeuble ! Les aventures de Rintintin nous font vibrer. Et Rusty est tellement beau !

J’y apprends à faire du vélo. Aïe, aïe les genoux ! L’été, la petite musique du marchand de glaces nous fait descendre les escaliers quatre à quatre. Bords de Seine, forêt proche pour prendre l’air.

Avenue de la gare, il y a le train bien sûr. On le prend pour aller à Paris. Acheter les habits de la rentrée au bazar de l’Hôtel de Ville. A Noël, pour regarder émerveillés les vitrines des grands magasins.

Les années passent. Les aînés quittent tôt l’école. Les voilà déjà au travail. L’ascenseur social monte, monte. Envie d’un ailleurs, banlieue plus chic. On déménage en 1967. J’ai 12 ans et abandonne derrière moi mon enfance.

Geneviève Nain


La maison de la rue sans nom

De nom de rue, il n’y a pas. On dit seulement le village, sur la route qui serpente du bas jusqu’en haut. Un bout d’Ardèche. Avec une église qui pourrait tout aussi bien s’appeler chapelle, un cimetière, quelques tombes, sans allées, il n’y en a pas besoin. Les convives d’ici se sont couchés les uns à côté des autres pour l’éternité.
Juste en-dessous, une maison tassée de pierres, avec sa prairie sur le devant, une caravane sous les arbres, une ouverture sur la vallée et les montagnes de la Drôme. Une maison qui invite chansons, rires, et où se tissent les amitiés. On arrive comme ça. On s’assoit. Avec un verre dans le couchant et le regard dans les mains. 
Alors ça part comme un murmure qui enfle les voiles du vent et vous file droit au cœur. L’air vibre, fébrile. Le concert se prépare en coulisses. Attention mesdames et messieurs, la fête va bientôt commencer.

Véronique Pédréro


Johanne,

J’avais 5 ans pour ma première fois ici en famille, comme Maxime aujourd’hui, 67 années et quatre générations plus tard. Le mimosa est passé, les bougainvillées violets et rouges prennent leur élan, la glycine a lâché ses longues grappes très odorantes, la treille a libéré ses bourgeons, le chèvrefeuille va envoûter, le mur disparaît sous ces plantes, les cimes proches sont encore enneigées. C’est le même petit village, fête des roses, port de pêcheurs agrandi plusieurs fois, et de bons livres à lire. 

De la pinède des sémaphore et phare qui veillent sur le large - les thons sont revenus et parfois des baleines - les toits de tuiles de tous les rouges semblent posés sur les maisons en blanc, rouge, rose, ocre, jaune, beige, vert aux volets bleus ou verts, frises sous toit, les jardins sont bien verts aux fruits multiples. Dans le bleu intense du ciel et de la mer, plages en criques claires, salées, dont l’iode vient jusqu’ici, de ma naissance 800 km plus au sud sur le continent d’en face.

Notre mât discret, les pointus blancs et bleus à roue, le clocher égrène les heures jour et nuit, les vieux pins tordent leurs branches, les rieuses sur l’eau décollent d’un coup, viennent secouer les olives sur la tête des baigneurs, disparaissent dans des trous en haut des cyprès droits. Un riche programme à venir, fêtes, concerts, nettoyage de criques, soirées, des arts tout autour, le virus n’a pas passé l’isthme, les vaccins sont là. Le bassiste rock est venu parler, ta combi de plongée t’attend, un optimiste est prêt pour Maxime. J’ai réservé ma place pour l’éternité face à l’Afrique.

Richard Prothet


Rémanence

Je marche. Très vite. C’est ainsi tous les jours, après les cours... J’ai l’art d’esquiver les obstacles. Un livre à la main, je récite mes leçons. Pas de temps à perdre. Je passe par la ville nouvelle. La ville de l’ère coloniale. Nous sommes en 1964. Les immeubles, maintenant vides, glacent le passant. Les volets battent au vent, le concert est sinistre. Une voiture me suit, comme souvent. Je presse encore le pas. J’ai l’habitude. À l’aller je n’ai pas peur. Je file vers le Front de Mer. Il ne s’agit pas d’être en retard. Mon cœur bat. C’est là que se trouve ma salle. Splendide vue sur la Méditerranée. Mais peu m’importe. J’ai onze ans.
C’est là surtout que Monsieur Ramy m’enseigne son Art, la Danse. Jusqu’à l’heure de la fermeture. C’est là qu’une passion est née.

Un paquebot prend le large. À son bord, des âmes déracinées.

Geneviève Protin


Le banc

Une terrasse au soleil. " Bonjour, monsieur Guy ". Depuis quand me connaît-il ? Contre-jour une table plus loin, silhouette encore fine, manteau chic, un abandon dans la coiffure, une tristesse dans la voix... je crois que G. nous entend, je raccroche, je te rejoins. Elle disparaît en courant.
Dans un petit carnet oublié sur sa chaise, des noms, un numéro de téléphone : Freddie, Guy, Dédé, Denise, Gay ( Orlow ? ), " le numéro que vous avez demandé...". Je la suis.
Mon ombre dans les vitrines, le réverbère, la petite fenêtre aux rideaux bleus, comme avant, après la guerre, le banc où j’attendais, rue des boutiques obscures. Un homme sort, une valise à la main, qui me ressemble.
Là, sur ce banc, j’ai découvert Modiano. J’y reviens, toujours.

Eric Protin


Rue des Déportés

C’est notre première adresse. Les copains se foutent de nous « rue des amoureux, ce serait mieux ! ». Du balcon, on voit la Bastille. La cuisine est exigüe, la salle de bains aussi. Tu fais le pitre en slip le soir de Noël. Dans la chambre, il y a un poster de clown au mur. Le clown, c’est toi. Parfois tu me dis que je te fais rire, que je suis ton petit clown. Nous rions ensemble. On n’a pas de sous mais on rit !

En bas il y a une boulangerie. La boulangère me dit « bonjour mademoiselle » et moi je lui dis « je suis mariée ! je suis une madame ! ». Dans la rue d’à côté, un petit supermarché. On y va ensemble. Sur le boulevard, un cinéma. On a vu un film avec Catherine Deneuve, « le sauvage » je crois. Et « l’argent de poche » aussi, Truffaut. Et puis, bébé est annoncé, l’appartement est trop petit. Je promène mon ventre jusqu’au Parc Mistral. On a déménagé en août, pour la Galerie des Baladins. Je promènerai mon bébé au parc de la Villeneuve.

Noëlle Roth


Saurais-je trouver des mots, de pauvres mots pour exprimer ce que je vécus, il y a quelques années sur le chemin de Compostelle pas très loin de Conques ?
Je ne sais pas le nom de ce lieu en Aveyron ; ce dont je me souviens c’est un sentier de terre qui court le long des prés, le soleil, les courbes alanguies des collines en face de moi, camaïeu de bleus.
Cette année-là j’étais partie avec deux amies pour refaire ce que j’avais fait seule quelques années auparavant Le Puy Conques, une toute petite partie du mythique chemin de Compostelle.
Une tendinite sévère m’handicapait depuis Le Sauvage, autre lieu renommé sur le chemin, et j’avais dû faire parfois du stop.
Ce jour-là , D., une brave aveyronnaise accompagnée de E .D. petit garçon parisien, 5 ans, de la Dass, dont elle avait la garde pendant les vacances, m’avait récupérée dans le gite où nous avions passé la nuit avec mes amies, pour aller chercher une bouteille de gaz au village voisin. Histoire de soulager ma jambe bien enflée.
E .D. avait peur des poules de D. Mais pas du chien. Il m’avait dessiné une belle princesse que j’ai gardée précieusement - se demandant bien pourquoi « tatie » allait déposer en pleine campagne cette femme qui boitait avec son sac à dos.
J’étais donc là, seule sur le chemin classique qui mène à Conques, ce chemin de terre qui longe les prairies, le soleil, les collines sur ma gauche, camaïeu de bleus… 
Envie de m’arrêter. Regarder, respirer, écouter le silence traversé par les bruits des insectes de l’été, vivre l’instant présent.
Aussitôt une bouffée de joie m’envahit, une joie que je ne peux expliquer, plus mal nulle part, l’envie d’embrasser voire d’aimer le monde entier et… mes larmes qui coulent…
Pour la mécréante que je suis, c’est une incompréhension totale, une « grâce » que je n’ai jamais plus éprouvée sur tous les sentiers que j’ai parcourus depuis, et qui me ferait retrouver immédiatement l’endroit où je reçus ce cadeau, sur cet humble chemin gravé en ma mémoire. Pardonnez-moi de vous conter cet instant si mal, si incomplet, si intime.
C’est ce que je vécus cette année-là.

Denise Roux


Comment l’exprimer, nul n’échappe à ses origines !!

Aussi longtemps que je me souvienne, au commencement, ma vie s’égraine d’une quête principielle :

quête spirituelle manifestée dans la matérialité par une quête scientifique.

Science dure, science molle, science exacte, science inexacte, science paranormale...

Recherche vaine l’est en vain (Lesneven) ou plutôt en 10 (domiciliée au 10 rue... Lesneven)

Et puis, Eureka : Tout est déjà là.... ce que tu cherches, te trouve !!

Chercheur, j’ai nommé Louis Pasteur

Découvreur du premier vaccin contre la rage

Quand l’Histoire est un éternel recommencement (10 rue Louis Pasteur Lesneven)

2021 sonne le tocsin : vaccin, vaccin !!!

Armelle Rozec


Re père

Chaque fois que je reviens fouler ton sol, les souvenirs rejaillissent. Point de ralliement, lieu central et incontournable, tu servais à l’ensemble de la famille de point de repère.

Un rendez-vous à donner, une explication pour se rendre dans notre tout petit hameau. Nous étions à l’époque où les GPS n’existaient pas, papier, crayon ou simplement la mémoire. « Si tu ne trouves pas retournes sur la place du village et attends-moi … Attends-moi ». À l’âge de l’adolescence c’est ici que j’attendais mes petits amis. Dans la chaleur des après-midi d’été, à l’ombre de tes platanes. J’entendais au loin pétarader la mobylette, ce qui me laissait le temps de me recoiffer.

Plus jeune, c’est dans l’eau de ta fontaine que j’ai plongé ma main brûlée, un jour pendant le catéchisme, d’ennui sûrement, je l’avais posé sur le poêle brûlant. Cuisant souvenir ! Le plus fort et le plus douloureux sans doute, est celui du jour où je suis arrivée en calèche sur le porche de ton église. Mon père m’attendait pour me tenir le bras, il est mort depuis. Tout comme l’amour de celui à qui j’avais dit « oui » ce jour-là et ma jeunesse. Tu as dû en voir passer des vies, des familles, des jeunes, des vieux. La dernière fois que je t’ai aperçu, un marché bio s’était installé. Nous t’avons contourné avec le camion de déménagement, ma mère a vendu la maison. Toi tu ne bouges pas, immuable, comme un repère.

Amandine Saadi


A l’approche. Mon cœur est pris en tenailles. Mes yeux transpercent la vitre de la voiture. Mon corps tout entier se tend vers le panneau qui ouvre l’entrée de mon paradis retrouvé. J’aperçois le champ de foire qui accueille la fête foraine. Je sais que cette année encore il va m’y emmener. Je ne doute pas. Le 14 juillet autorisera son lot de manèges et attractions que ma vie parisienne refuse. Une vie carcérale qui refoule le bonheur. Nous tournons dans l’avenue Jean Jaurès. Mon cœur s’impatiente. Je vais le revoir, me serrer contre lui, entendre sa voix tendre articuler « Mon petit », souffler. Puis la voiture s’engage dans l’impasse avec prudence. L’horticulteur local s’est approprié le passage. Puis le portail du jardin, grand ouvert, inaugure ma renaissance. Mon ventre se vrille. Je m’arc-boute. Les mains déjà sur la poignée, je jaillis de la voiture. Il est là, avec son grand tablier bleu et son chapeau de feuillardier, si petit et si grand à la fois. Son sourire attendri m’inonde de son affection. 12bis avenue Jean Jaurès. Enfin.

Catherine Spinard


SUR LE FLEUVE

Proche du pont du Garigliano, plus éloigné du pont Mirabeau où coule la Seine : Tortilla Flat. Quai D’Issy. L’adresse exacte n’existe pas, les bateaux flottent dans cette incertitude. Tortilla Flat, 60 tonnes d’acier dotées d’un profil de péniche type Freycinet. 17 ans ma demeure. j’y apprends beaucoup. J’apprivoise le langage en tonne. La vie fluviale, un morceau d’existence, premières années de ma vie d’adulte. Un savoir qui s’acquiert avec difficulté. En crue, urgence de détendre les amarres. Manipulation des cordages, plus simple que celle des câbles d’acier, surtout sans gant, Aie. Dompter le diesel 2 temps, 165 chevaux, ancien moteur de char, embrayage tendu avec des sandows. Impératif d’ajuster les amarres à la décrue. Le code fluvial. La navigation. Bâbord, tribord. Le vocabulaire de cet univers à part. Les légendes, les histoires. Le « poite » pour le mousse. Le « reu » du capitaine. L’habitacle en acajou. Bannettes exiguës. Le tunnel d’hélice. Les mauvais courants. Le moteur auxiliaire. L’annexe et son côté volage. Le maniement des vannes, pour obtenir l’eau sur le pont, pour inonder la cale. Et le « macaron » dans la « marquise ».
Tant d’années, tant d’efforts, pour réaliser : les bateaux ne m’inspirent aucune passion.

Teff dit Gég


Juillet 2005, quelque part entre RCM et M. 

Impasse de l’horloger, il est 8 heures du matin, je sors de mon cabanon, sous mes pieds nus le sable granuleux, je me baisse et je fais quelques tours à mon pantalon pour éviter de le mouiller. J’ouvre ma chemise blanche pour offrir mon torse à la brise marine matinale, je mets mes mains dans mes poches, et je marche d’un pas lent, là ou les vagues viennent mourir.
J’observe cette mer d’huile, ton pull-over que tu as oublié enroulé autour de mon cou, et ton parfum qui m’enivre. C’est fou comme un parfum peut être évocateur de l’autre, pourtant tu n’es plus là !
Juste au-dessus de moi, sur la route de la basse corniche, celle qui épouse les falaises surplombant la mer, j’entends encore au loin le moteur de ta décapotable, je sens que tu roules en souplesse, tes mains gantées de blanc bien posées sur le volant, tes lunettes de soleil qui cachent tes paupières peintes en bleu, ton foulard qui virevolte, et cette musique lente et douce que tu écoutes au rythme des virages.
Encore quelques pas sur le sable juste chaud du matin, et je vais compter dans mon cabanon le temps qui me sépare de ton retour. Ce temps qui prend son temps, ce temps qui s’étire, et ça me fait penser à la chanson de Laurent Voulzy, qui chantait « plus tu t’éloignes, et plus je t’aime, c’est le paradoxal système ». Ce matin quelque part face à cette mer d’azur, ton pull-over autour de mon cou, je garde encore un peu de ton odeur sur moi...

Richard Velasquez


Le pont-de-pierre

Un petit pont de pierre enjambe mon enfance.....
Chaque jour je l’emprunte avec ma copine la grande Marcelle. Il débouche sur la rue du même nom « la rue du pont-de-pierre » et pour nous, écolières d’une dizaine d’années à peine, ouvre sur l’Aventure.
A droite d’abord un arrêt devant le maréchal ferrant imprime sur ma rétine de gamine des étincelles de feu d’artifice et incruste dans mes narines une chaude odeur de crottin mêlée à celle de corne brûlée. A gauche, l’étal de l’épicière nous fait saliver avec son alignement de confiseries : boites rondes métalliques de poudre coco Boer, bâtons de réglisse, bocaux de berlingots multicolores et roudoudous...Plus loin encore, la cour du catéchisme avec les garçons jouant au ballon prisonnier : spectacle exotique pour nous qui fréquentons une école de filles !! Plus loin encore...
Mais arrêtons-nous avant l’étape ultime du champ de foire car il y aurait trop à dire !
A cette époque les ogres dévoreurs d’enfants habitent seulement dans les contes mais pas dans notre quartier du pont-de pierre. Aussi nos parents, confiants ou inconscients, nous laissent aller seules dès notre plus jeune âge sur le chemin de la liberté...

Christiane Willigens

Le festival en images

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Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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