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Vos textes de l’Invitation à écrire N°3

Dominique Osmont avait invité les participant.e.s à choisir une phrase de l’ouvrage de Laurine Roux Une immense sensation de calme et de la poursuivre comme un incipit inspirant.

Voici ce que cette consigne a inspiré.

J’ai souvent cette impression d’être aspirée jusqu’à m’évaporer dans son sillage. Cela ne me paraît pas insensé. Ce n’est pas sage non plus. C’est ainsi. Un décrochage hors de contrôle et sans tabou de mon enveloppe, me menant droit dans la gueule du loup. Aller au bout du processus épuré de dissolution du moi. Chute libre. Voyage psychique faisant vaciller la pensée altérée, balayage ou broyage de mes rêveries ? Chimères fantasques dévorants l’égo mélancolique. Intelligence automatique s’abritant derrière le verbiage léger autorisé. J’peux pas dormir, j’fais qu’des conneries. Chuter dans un espace inconnu consentant qui ouvre dans son sciage une mise en liberté des concepts d’usages. Disparaître pour être en prise aux apparitions originelles et divaguer dans mon imagination, ne pas être sage, être en nage, s’autoriser, tout s’autoriser ! Soumise à cette lente évaporation qui permet l’extravagance de ma conscience comblée, je suis toute-puissante dans mon inventivité. Es-tu sûr ? La nuit, je mens effrontément.

Pascale Achaintre 


Toujours le silence épaissit le temps. Qui s’écoule tel un carcan.

Elena vit seule, son langage absent depuis sa naissance s’est substitué à celui parlé. Elle subit ce silence comme une fatalité comme une protection aussi. Ses parents sont loin, sa famille l’ignore et elle se retrouve dans la maison de ses grand parents isolée en pleine campagne.

Sa vie de recluse elle l’accepte, elle ne veut plus avoir de contact avec ceux qui l’ont connue. Elle ne sait plus depuis combien d’années cela dure et ne veut pas le savoir mais elle a l’impression que cela fait une éternité et que le temps s’est arrêté. Il n’a plus de prise sur elle.

Comment expliquer cette incompréhension qui les a éloignés, est-ce un problème de génération ? Est-ce que les paroles non dites ont creusé un puits trop profond impossible à combler ? Quand la souffrance est trop grande, insupportable, il vaut mieux s’éloigner de ces êtres nocifs à notre bien être. A trop aimer on va vers des points de rupture et de non retour.

Elena s’est créé son monde de silence interrompu par les bruits de la campagne. Elle vit entourée de la nature et des animaux qui eux la comprennent et ne la déçoivent pas.

Sylvaine Beaumelle


La baba connaît tout des plantes et des racines, de leurs vertus jusqu’à leur usage mortel.
La baba officie dans la caverne d’Ali Baba.
Les jours de pleine lune, elle est baba cool et se la coule douce.
Les jours de pluie, s’enduit de suie, jusqu’aux ongles, noircie.
Les jours d’orage, pleine de rage, cuisine un potage.
Mixture inédite si on n’est pas sage,
boisson vénéneuse,
queue de renard, ail des ours, ortie fleurie, épices maléfiques.
Buvez, brûlez, trinquez à la folie !
Vilaine plainte lointaine prend racine à ses pieds, l’entortille pour l’étouffer.
Coups de pieds dans les tubercules, coups de gueule à l’intruse.
Badaboum, roule par terre.

Avec le coucou, le printemps pousse, la nature mousse et le coeur de baba se trémousse.
Alors elle prend ses jambes à son cou,
court couper la canne à sucre.
Carton d’invitation pour salsa du démon.

Elvire Bosch


Toujours le silence épaissit le temps.

Le silence et le temps, une union difficile.

- Chutttt… je vous demande de faire silence !

Peu à peu les bavardages cessèrent, mais soudain le bruit d’un pupitre vint ruiner la tentative collective de parvenir à une forme de félicité.

- Chutttt… faites un effort, je ne veux plus rien entendre !

Nous y étions parvenus, j’avais fermé les yeux, je retenais ma respiration et je m’astreignais à une totale immobilité. Seule une cavalcade d’idées traversait mon esprit, je me demandais qui serait celui qui briserait cet état subtil que le maître appelait le silence : le silentium de St Bernard, l’invitation à se taire.

Au-delà d’une minute, je commençais à trouver le temps long. Tout signe d’activités ayant cessé autour de moi, j’en venais à penser que le temps lui aussi s’était arrêté. Pour en avoir le coeur net, en économisant mes gestes, je relevais discrètement ma manche de chemise et fus rassuré en voyant que la trotteuse de ma montre poursuivait sa ronde, le temps continuait à s’écouler.

Tout doucement, le professeur effleura l’air ambiant comme le souffle d’une brise légère, il ne brisa pas l’état de grâce qui s’était installé dans la classe, mais nous fit revenir à la réalité tout en douceur. L’expérience que nous venions de vivre et les réflexions qui suivirent me marquèrent durablement.

Des années plus tard au cours d’une exploration spéléologique, je dus passer une nuit au fond d’un gouffre. Ici, le silence régnait presque en maître. Ne trouvant pas le sommeil, je rallumai ma lampe frontale dont le faisceau vint se poser sur une stalactite à l’extrémité de laquelle se formait la goutte d’eau qui allait briser le silence. Observant cette concrétion, je pris soudain conscience qu’elle était l’image parfaite et bien réelle de ce que mon maître appelait jadis l’épaisseur du temps, une éternité.

André Bouisson


J’ai souvent cette impression d’être aspirée jusqu’à m’évaporer dans son sillage. Cela ne me paraît pas insensé. Ce n’est pas sage non plus. C’est ainsi.

Chacune de nos rencontres est sous le signe de l’air, du feu, du vent. De l’air, parce que ce sont les bouffées d’oxygène qui nous permettent de survivre à nos vies. Du feu, parce que nous jouons avec sans cesse. Et du vent, parce que tout cela n’est finalement qu’une brise douce ou un grand mistral, eu égard à la vie qui peut être si sombre.

Chacune de nos rencontres a également son lot d’aventures, de joies, de rires, et de profondes tristesses. On a pris cette habitude : son taxi venant d’Orly, me récupère Gare de Lyon et nous filons ensemble déjà pleins de complicité et de bêtises en réunion. C’est le temps du débriefing de nos vies respectives, le sas ou l’on se rencontre à chaque fois, chaque mois. Nous avons toujours des tas de projets pour ces trois jours, mais également nos rituels comme un vieux couple que nous ne sommes pas. Nous allons au musée Rodin s’extasier devant « le baiser » et pleurer ensemble devant la beauté de cette sculpture, nous nous incrustons dans les spectacles de magie ou nous sommes les seuls adultes sans enfants, et nous déjeunons dans un resto japonais de luxe pour clore ces escapades. Puis le taxi nous ramène pour un gouter « au train bleu », et il repart pour Orly.

Il a des cheveux d’une douceur infime, un rire aux éclats qui me console, marcher à son bras dans les rues parisiennes en conversant est le nec plus ultra de ma vie. Partager sa chambre, son lit et l’eau de son bain n’a rien de sage, pour autant qu’on n’y cherche pas de sens et que l’on se contente de le vivre. Il existe, c’est une réalité. On ne peut rien en dire, rien y changer. Pourtant certains ont essayé…

Nathou C


Le vent

Le bruit du vent mérite plus d’attention que les vaines paroles. Oui. Et je vais m’éloigner des discours anxiogènes, des interdits stupides, des hésitations perturbantes, de la rumeur confuse.

Je ferme les yeux et pars en voyage avec le vent, monture fougueuse et imprévisible. Le vent hurle. Il caresse, il frôle, il siffle, il vagit. Il se plaint parfois. Il est transparent, glaçant et clair dans le soleil. Le vent est chanteur. Il m’emmène au Japon où il murmure dans les fleurs roses des cerisiers. Mélodie parfumée ! Les fragrances et les sons se répondent. Me voilà maintenant au sommet de cette vaste forêt où il rugit dans les épines des épicéas. Sa colère fait trembler les grands arbres qui se blottissent les uns contre les autres pour éviter sa rage dévastatrice. Et en un saut magique, je suis en Ecosse où il pousse des cris déchirants dans les ruines d’un château hanté. Le vent pleure parfois. Un peu d’imagination et un doux zéphyr frôle les mimosas lumineux du massif du Tanneron. Âpre et tranquille, il continue dans ses tendres élans. Encore une escapade sur les ailes de ce destrier magique et voici la lagune qui frissonne sous les frôlements délicats d’une douce musique. On dirait que la sérénissime intimide le vent.

J’ouvre les yeux et les bruits du monde me frappent avec violence. Ils sont durs, assourdissants. Des mots en cascade obscurcissent mon esprit.

Je referme les yeux. L’air est doux. j’écoute les mots bleus du vent.

Violette Chabi


Quand j’ai besoin de repos, de calme je me retrouve dans un lieu familier, imaginaire. La même image se présente à moi et m’entraîne alors j’ai l’impression d’être aspirée jusqu’à m’évaporer dans son sillage. Un filet d’eau murmure au milieu d’une prairie verdoyante, je m’y allonge au creux, l’eau glisse sur mon corps et semble emporter les salissures et les blessures de la vie. Un doux nettoyage facilité par une douce brise parfumée qui agite des voiles blanches accrochées aux arbres, non c’est un portique antique. Cela ne me semble pas insensé. Comme dans un cocon mon corps s’enfonce dans cette source. Fondue dans ces lieux et dans cet enchantement je lève les yeux et le ciel azur m’aspire. Attirée vers lui je flotte, ballottée entre deux mondes, je m’abandonne. Ce n’est pas sage non plus, c’est ainsi.

Pour écrire ces quelques lignes il m’ a suffit de fermer les yeux pour retrouver mon jardin secret. Cette invitation à m’y accompagner est close, je referme vite la porte à double tour...

Françoise Charton


La plume de l’oiseau
Légère se pose sur l’herbe tendre
L’espoir est là tout près
De la ronde sans fin des saisons
Jaillissent maintes renaissances
Mère Nature n’est pas rancunière
Elle offre à son réveil
Ses plus beaux atours
Aux incorrigibles humains
Explosion de sons, de couleurs, de senteurs
Grandiose Belle Dame
Tu enivres nos sens
Tu chasses nos peurs, nos chagrins
Nos angoisses
Tu libères nos incertitudes
Alors près de toi
Je comprends qu’il faudra oublier
L’inquiètude et les explications...

Evelyne Creux


Il se tient au bas de la falaise et regarde là où les hommes ne peuvent aller. Je le vois se plaquer à la paroi. Sa main est grise comme le caillou, son esprit dur comme le calcaire. J’ai l’impression qu’il va être avalé par la montagne, appelé par ses rondeurs de femme. Lui la comprend avec ses doigts. Bientôt ils évoluent ensemble, amants sauvages que la nature réunit clandestinement.

Ses mains expertes parcourent son anatomie. Une caresse pour balayer le sable puis il laisse ses mains filer le long de la paroi. Plus il grimpe, plus son souffle s’accélère et son pouls s’emballe. J’ai l’impression qu’il la domine et qu’elle est soumise. Ses courbes voluptueuses le rendent fou, il continue alors sa progression les yeux fermés.

Quand il arrive à mi-hauteur, il s’arrête à son endroit habituel, à l’abri des regards et du vent. Il est libre et seul. Son corps n’existe plus, son esprit vagabonde et fusionne avec elle. J’ai l’impression que la falaise devient vivante et éternelle. Il est elle et elle respire. Son visage est figé, son regard dérive au loin vers l’horizon, il reste imperturbable malgré les vagues impétueuses et les embruns glaçant. Seule compte cette immense sensation de calme.

Il vient souvent la voir en secret, juste pour la toucher et sentir son minéral vibrer. Il cache son attachement et sa dépendance à cette montagne. Si belle, si forte, si attirante, il ne peut ni ne veut la partager. C’est sa montagne, il la connait depuis son enfance, elle est la seule à le comprendre et à l’apaiser. Il l’aime tellement qu’il pourrait mourir pour elle. Un jour, le jour où elle ne lui procurera plus de plaisir, il sautera ! pour elle !

Virginie Escoffier


Le sommet,

Immensité lunaire,
Vaste étendue sans frontière,
La liberté.

Serpent de silence,
Nuage d’apesanteur,
La tranquillité.

Bonheur, douceur, chaleur,
Hum ! une gourmandise,
Le bien-être.

Chape silencieuse,
Angoisse,
Aucun bruit.

Inquiétude,
Solitude,
Plus de vie.

Galopin, fripouille, lutin malin,
Ange espiègle, malicieux,
Venez nous donner de la vie

Immense sensation de calme… sans vie ! sans bruit !
Pour t’apprécier,
Je comprends qu’il faudra oublier l’inquiétude et les explications.

Denise Friboulet


Il se tient au bas de la falaise et regarde là où les hommes ne peuvent aller. Je le vois se plaquer à la paroi. Sa main est grise comme comme le caillou, son esprit dur comme le calcaire. J’ai l’impression qu’il va être avalé par la montagne, appelé par ses rondeurs de femme. Lui la comprend avec ses doigts. Bientôt ils évoluent ensemble, amants sauvages que la nature réunit clandestinement.

Il atteint le haut de la falaise. Je fremis de la danse entremêlée de ses doigts caressant les courbes de la roche.
Le voici à la frontière de la forêt.
Le grimpeur conquérant disparaît. Je pressens sa démarche de félin, le déroulement souple de ses pieds remontant par ses jambes jusque dans ses hanches.
Il avance, libre. Il s’est redressé et comme ancré dans la terre moussue, son souffle et son esprit mêlés à la végétation, nimbé de la paix du monde sauvage.
Je devine sa fusion animale,son amour infini des espaces sylvestres.
Je vibre de son contentement, de sa joie intime à la pénétration de celle qui l’a de toujours hébergé, nourri, enchanté. 
Presque en glissant,il s’introduit dans la mandorle offerte de la sapiniere.

Tout mon corps est saisi,comme emporté vers le sien.
Je sais qu’il a senti ma présence, que déjà nous avons dit oui à tout ce qui nous arrivera.

Odile Germain 


Une étrange sensation de calme

M’étendre à même le talus,
La nuque dans l’herbe cendre d’un été de feu
Et les yeux dans les nues
N’entendre plus que le souffle doux des nuages qui passent
Et dans mon cou sentir,
La caresse tendre du pollen des jours

Alain Graz


Voir jusqu’où la route ira, ne pas s’arrêter, pas maintenant, pas déjà. Je me demande s’il est possible qu’une route ne finisse jamais, sans que le doute me fasse trébucher. Il est une route et je la suis. Dans le sens commencé, pas de marche arrière. Ce n’est peut-être pas le bon sens mais je sais que tôt ou tard, les points cardinaux en perdront leur latin, l’Est devenant l’Ouest sans que je sois perdu, sans que j’ai, par ailleurs, atteint un but. « Y a une route, tu la prends qu’est-ce que ça coûte »... Je la suis et je suis, moi aussi. Ne me demander pas pourquoi, c’est comme ça. C’en est fini pour moi des questionnements sans fin. Y a une route et je la suis, c’est tout, avec en moi une immense sensation de quiétude, un calme inattendu.

Violaine H


Mais il y avait une plainte plus lointaine dans son coeur. Un chant inconsolable. Je le suivais sans trop me poser de questions. On vit aussi bien sans réponses.

On vit bien sans réponse

Comment percer l’iceberg
De ses yeux bleu glacier
Je le suis, encordée, plaquée à la paroi
Je ne sais si les yeux rivés au sommet
Il évalue la course ou file vers Némésis
Hypothétique étoile escortant le soleil.
Le piton métallique s’enfonce dans le rocher
Des veines de la pierre le sang va-t-il filer ?
Son corps fait corps avec la roche
La plainte que j’entends n’est pas celle du vent
Ce tam-tam c’est son coeur qui pleure ?
Il est debout, me tend la main
Nous sommes dans la combe
Et tout est beau d’ici !

Edith Hénaf


Nous sommes simplement de passage murmurent ses cheveux dans le vent. L’instant s’échappe vers un autre insaisissable.

 Dans la quête d’un ailleurs,
 Nos paroles veloutées,
 effleurent
 notre cœur.

 Nos pensées précieuses
 Telles des sirènes danseuses
 Tissent les fils d’argent
 De notre secret de diamant.

 Souffle à l’unisson,
 Complices frissons,
 larmes si longtemps emmurées
 vont se faufiler.

 L’alizé,
 De notre vœu
 S’est emparé .
 A jamais rester à deux.

 Murs - Murés
 Saisis dans le sable
 En leur sein disparaître
 S’y glisser
 Renaître

 Pas–sage(s)

 Armelle Leroy


Comment aurais-je pu savoir ?

Mais il y avait une plainte plus lointaine dans son coeur. Un chant inconsolable.
Je le suivais sans trop me poser de questions. On vit aussi bien sans réponses.

C’est du moins ce que je croyais.
Comment aurais-je pu me douter que son secret était si lourd à porter ?
Que jamais il n’avait pu ni voulu s’en confier ?
Lorsque ma main s’approcha de la sienne, ce fut comme un coup de tonnerre !
Il la retira si vivement que je cru mon geste celui d’une vipère.
Ce n’était qu’un geste de tendresse pour un être en détresse
Mais ce fut pour lui comme une explosion de haine
On aurait dit qu’il refusait de briser ses chaînes
Ces chaines auxquelles il s’était accroché au point de ne vouloir jamais s’en détacher.
Les larmes me montèrent aux yeux, je le regardais d’un air malheureux
Mais mon regard ne rencontra que le froid, le froid d’un désert, déserté de toute vie rieuse
La peur m’envahit, mes mains tremblèrent, mes jambes flanchèrent,
Je lu en lui, je fus en lui, je vivais sa guerre,
Et tout d’un coup, je rencontrais le mal absolu
Celui qu’on lui avait fait, celui qui le minait, le rongeait, l’estropiait,
Ce mal qui, jusqu’à aujourd’hui, l’avait toujours soutenu,
D’un seul regard il me disait, qu’ici, à cet instant, par mon geste, nos routes se séparaient.

Marie France Macquet


Ses pas lourds crissaient sur la neige
La nuit résonnait de ses fantômes qu’il partait chasser
La marche et le froid rendaient sa respiration pénible.
Perçant les nuages transparents et blanchâtres, la lune donna vie à la cîme des arbres
Qui se balançaient dans ce halo brumeux
Le vent murmurait à leurs branches une triste chanson
Le ciel se dégagea, la lune imposa sa présence
Le vent gonfla et se fît hurlement.
Sa respiration devint rauque, un cri déchirant submergea son corps.
Le hurlement se changea en tempête.
Les hautes silhouettes noires des arbres l’écrasaient tels des géants
Il tomba à genoux la tête dans ses mains
Arrêter le flot permanent de ses pensées, faire taire ses conversations intérieures
Combien de temps resta-t-il ainsi la tête enfouie dans la neige ?
La conscience revint avec le froid, les monstres s’étaient tus
A nouveau il perçut la chanson dans les arbres
Et soudain il s’entendit murmurer, le bruit du vent mérite plus que les vaines paroles
Souvenir lointain d’une histoire que lui contait sa grand-mère
Encore une fois il avait vaincu la bête, jusqu’à quand ?...

Geneviève Nain


Le silence du vent

Toujours, au gré du silence
Le bruit du vent
Une constante, un mystère
Parfois bienveillant
Quelquefois plus austère
Un indicible appel
Où mon esprit se perd

C’est mon renoncement

Je laisse la vague m’emporter
Dans ses ailes qui bruissent
Leurs parfums épicés
Des ruelles en liesse
Feulent avec avidité
Entre les bancs mouvants de sable

Je regarde ma peau
Elle est grêlée de sel

Véronique Pédréro


ÉLÉGIACROSTICHE

Nous sommes simplement de passage, murmurent

 

Chimères illusoires,

 

Harpies aux arpèges

Séraphiques et sépias, 

Ethérées, nues, enivrantes,

Elégies ensorcelantes, 

Vénéneuses, volages et voilées,

Sirènes vespérales

Etoilées, et obscures

 

Utopies vénusiennes.

 

Xxl fulgurance.

   
 

Ligie, légère et céleste,

Désirable et désemparée, 

Eperdue sous l’éclair,

Ardant par essence, du regard

 

Nacré de nocturne 

Vénitien, violine et safran,

Songe haletant, 

Envoûtante Walkyrie,

 

Naufrageante absinthe.

 

Troublante évanescence.

L’instant s’échappe vers un autre, insaisissable.

Eric Protin


La reine de coeur

Voir jusqu’où la route irait. Cela me semblait un bon début.

... Curieusement, la route amorce un très grand virage. Et la route se met à tourner, tourner, tourner. La route tourne, tourne en rond. En ronds de plus en plus petits. Jusqu’à une fenêtre sur mon printemps. Ma vie, elle, tel un disque rayé... rayé... rayé... rayé... ne tourne plus tout à fait rond.
 Fascination
Les courbes que ma route dessine tracent mon voyage intérieur, comme ils disent, solitaire, à la poursuite d’une paix oubliée. Partout des pièges. Des énigmes. Labirynthe ou Labyrinte ? Rien n’altère ma soif de lumière, de douceur, de couleur... Et le dragon ? La légende raconte qu’il trace son chemin, droit. Dans mon labyrinthe - lol - aucun risque de le rencontrer. Cela m’arrange bien.
 Obsession
Dessins géométriques d’une beauté envoûtante. Escalader un gros rocher, se hisser sur la pointe des pieds et admirer. Organisation complexe de haies aux épines acérées qui blessent, embrouillent, égarent et donnent le vertige. Se perdre et se perdre encore. Je regarde ma montre, l’heure du thé est passée. Dommage, pense le lapin.
 Addiction
"Qu’on lui coupe la tête". Revenir malgré tout sur ses pas. Se perdre définitivement... ou presque. Une porte... bleue, néfaste présage. Frontière avec l’extérieur de ma prison. Une poignée de cuivre étincelante. Espoir. Je tends la main... pour voir. Allez, une histoire qui finit bien pour une fois ! Aurais-je enfin un endroit pour aller ? Oui... mais où ?
OUH !!!
Tu m’as fait peur !

Geneviève Protin

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Je comprends qu’il faudra oublier l’inquiétude et les explications.

Le livre plus tard. Les événements s’enchaînent, le hussard noir d’Ormesson est un éclair sur la plaine du nord Europe vers le banquet de Ravenne, Morvarc’h d’Argol est flanc gauche païen cheval de Dahut fille de la "Fée du Nord" et du roi - mon amie d’enfance - et flanc droit ce roi soumis à Saint Corentin-christianisant fuyant Ys noyée, Dahut s’échappant en sirène. Le Jakob de Tokarczuk : "- tu me veux ? - je te veux" et les enfants leur viennent. Connie Chatterley s’ennuie de son noble mari, erre dans ses bois, s’émeut devant ses poussins, s’enflamme comme une guitare rock sous les doigts du garde-chasse.

Elève à Coëtquidan, les cours m’amènent au Brocéliande de la Table ronde, sous mon casque au Val sans retour la fée Morgane ne me retient pas, je gagne pour huit mois St Thomas d’Aquin, bd St Germain. De Crète j’ai observé les mirages du Sahara, en Laponie l’aurore boréale, et au cœur de Bretagne la fée Viviane plonger dans le lac avec Lancelot dans ses bras pour l’éduquer si bien qu’au premier regard avec la reine Guenièvre c’est le coup de foudre réciproque.

Le désert blanc a happé des amis chers, avec une prudence de Sioux à 72 ans j’ai pénétré en Vanoise 2500m une immense sensation de calme, au cimetière marin le vent des Bouches gronde toujours sur la Sémillante, notre route ne finit jamais puisque je laisse aux autres les chants désespérés et qu’elle m’a trouvé bien membré. Être moi-même, discret, comme le phare au laser tournoyant, jusqu’à capter son attention et qu’elle ait envie d’un homme à la mer sachant d’Aristote que l’homme qui va sur la mer est bien supérieur aux deux autres.

A cheval sur deux siècles, les chiens ont aboyé, deux m’ont mordu Pasteur, mais ma caravane est partout passée.

Richard Prothet


Le bruit du vent mérite plus d’attention que les vaines paroles. Cette prose me surprend tandis que je me faufile parmi la foule, haletante, à la recherche de la devanture. Les pommes d’amour et les barbes à papa tracent le chemin du labyrinthe, je devrai peut-être appeler Alice pour déjouer les pièges et les odeurs du pays des merveilles. Mille personnes, présentes et pressantes, me font chavirer telle la houle, je m’éloigne et me rapproche en même temps, mon cœur s’emballe et mon cœur détale de ce point si précis, déjà conquis. Puis soudain, je la vois. La pancarte indique « GRANDE ROUE ». J’y suis arrivée, je regarde ma montre, les aiguilles m’indiquent 11h58, deux minutes d’avance avant la danse. Les instructions sont claires : « Montez ce jour dans une cabine de la Grande Roue, à midi pile, seule ». Je m’exécute sans hésitation, avec une pointe de passion qui ravive en moi l’espoir d’un au revoir. La roue tourne en même temps que ma fortune et m’élève doucement au sommet. Le silence est de mise, le vent effleure mes joues rosies par l’envie, de quoi ? Je ne sais pas, l’aventure peut-être. Puis le silence s’éteint peu à peu laissant les pales chanter leur musique. Je l’aperçois au loin. Oui c’est ça, je ne rêve pas. Un hélicoptère. Il tranche avec la plénitude de l’air et approche tel un amant aimant. Une main se tend, je la prends. Le début de la vérité commence maintenant, suspendu dans l’air, telle une note dont la mélodie n’est pas encore définie. " 

Elisabeth Ravez


Le bruit du vent mérite plus d’attention que de vraies paroles.

Te souviens-tu sur le pont des Arts quand tu croisas le vent fripon ?
Était-il un vent d’est, un vent d’ouest ?
Tu allais plus vite que le vent : tes cheveux s’en souviennent, ton nez aussi, toujours en l’air, comme la plume.
Moi, j’étais logé aux quatre vents, je luttais contre vents et marées, je n’étais plus dans le vent. As been ! Je n’écoutais plus les 4 garçons chanter et le vent qui venait à travers la montagne m’avait rendu fou. Vent debout devant les injustices humaines qui me faisaient hurler haut et de travers.
Toi tu arrivais en coup de vent.Tu chantais : « vent frais, vent du matin ! … tu m’offres un canon ? ». Si je t’avais suivi, sûr qu’il y aurait eu du vent dans les voiles et je ne le voulais plus ! Plus jamais ! Je ne voulais plus que tu aies le dessus.
Alors tu partais me laissant pantelant et le vent mauvais m’emportait toujours plus loin.
Je ne comprenais plus rien au vent des globes et au mistral gagnant.
Il y avait mon cœur chamboulé et le souvenir de ta bouche comme une rose des vents.

Denise Roux


Nous sommes simplement de passage, murmurent ses cheveux dans le vent, l’instant s’échappe vers un autre, insaisissable

Oh Majesté, 
Note blanche ou note noire ? uelle clé activer ?
Croche ou anicroche ? Quelle portée transcender ?
Trou blanc ou trou noir, vois !
Big bang ou tic-tac, tangue !
Du chaos à la symphonie, vis !
Ah, Puissant Instant !
Temps « Un », puits de science, puise !
Temps « Un », puits de sens, sens !
Eh, sensationnel, sensuel, sensitive...
Hi, hi, sanscrit, sens écrit, ris !

Oh Majesté Tueuse, quelle Majestueuse !
L’écume du temps, détend
L’étoffe du temps, s’étend
La Splendeur du temps, danse
Temps hémophile, file, file...
Sur le fil du temps, filiation, affiliation !!
 
Oh Majesté Magique, unique mage, Message :
« Eternité instantanée, éternité simultanée 
Uni Vers Elle, universelle « 
A Hue et A Dia

A Eux et à Dieu

Armelle Rozec


Enfance

Nous sommes simplement de passage murmurent ses cheveux dans le vent.
L’instant s’échappe vers un autre insaisissable.

La pluie douce sur son visage comme du coton enveloppant.
Se laisser simplement absorber par les éléments.
Ambiance ouatée. Soleil léger perçant le ciel moutonneux, gardien du temps.
Fragilité d’un printemps qui se pose. Ailes battantes dans le ciel embrasé : rouge sang et pourtant si doux.

Mes yeux éblouis, ma main dans la tienne.
Le temps passe et nous laisse des traces. Les jeux, les rires, la vie… Finie !
Il revient vite le souvenir, au hasard de la route l’enfant se déploie.
Au détour d’un croisement, il me regarde.
Odeur de confiture, fraise des bois : sauvage.
Orage d’une fin de journée.

Amandine Saadi


L’autan printanier s’affranchit des limites de territoire et pousse ses rafales incontrôlables jusque dans cette vallée de la Dordogne où elle lui a quémandé deux jours de trêve pascale, quarante huit heures de pause dans la course effrénée qu’il mène contre le temps, temps qu’il gobe goulûment ne lui faisant l’aumône que de quelques miettes, à elle qui sait l’attendre, sans vaines paroles, sans plaintes ni reproches.

Le vent effiloche sa frêle chevelure et des mèches folles couvrent d’un voile éphémère ses yeux embués de larmes. Le silence qui les enveloppe se densifie soudain, alourdi par le sourd grondement de l’orage qui menace. Le canoë fend l’eau, coque bienfaisante et protectrice, ignorante des assauts de l’autan. Les pales du moulin à vent qui bruissent à l’horizon trahissent les vestiges d’une nuciculture abandonnée. Puis le vent s’apaise, traque les derniers nuages et fait mugir le soleil. Alors Joan cesse de pagayer et laisse son regard dériver vers un ailleurs auquel lui seul peut accéder, un refuge onirique qu’il ne partagera pas avec Cléa. Parce qu’il ne peut pas. Parce qu’il ne sait pas.

Cléa frissonne mais la fraîcheur vespérale n’a rien à voir avec cette sensation de froid qui la transit. Elle a compris combien il était insensé de chercher à l’assagir, même pour un court week-end. Insaisissable. Elle sait être patiente, elle le laissera s’échapper.

Catherine Spinard


RÉ RÉSONNANCE

Je n’avais aucun endroit où aller. Où aller ? J’étais perdu. Perdu. Sans toi. Sans toit. Dans le grandiose espace de la vie. De la vie. Moi, rien ne me retenait. Tenait. Je désespérais de détruire ce sinistre enfer. Enfer. J’en voulais à tous les habitants du monde. Du monde. Le fol espoir de ta rencontre. Rencontre. Commençait à me quitter. Qui t’es ? J’en ai parcouru des mers, des terres, et le ciel. Ciel. Rien de rien. Découvrirais-je un jour. Un jour. Le territoire où se tient ta cache. Cache. Lors de cet immense voyage. Voyage. Si longue épreuve. Épreuve. J’ai ramassé un morceau de bonheur. De bonheur. Lui me tient compagnie depuis tout ce temps. Tout ce temps. De discussion en discussion, quantité énorme d’échanges. Change. Je comprends ce qui se trame à travers moi. Vers moi. Inutile cette traque insensée. Sensée. Puisque ton existence provient de quantité de fables. De fables. Si l’on désire, plus que tout, te voir apparaître. Être. À la manière de nombreux poètes. Poètes. Je m’en vais t’invoquer. OK. Dans ces moments-là tu te présentes. Hante. On ne voit que toi. Que toi. Et là, certains l’exigent. Exigent. Que tu apparaisses. Apparaisses. En illustre compagnie. Compagnie. Et j’en suis. Vous formez alors le plus bel adage. Adage. Devise mainte fois bafouée. Bafouée. Par l’hypocrite domination. Mi-nation. Venez nous réconcilier. Si Liées. Que s’affirme votre promesse. Ô messe. Qu’advienne ce que vous annoncez, Liberté, Égalité, Fraternité.

Teff dit Gégé


Une pancarte, des mots.

Je comprends qu’il faudra oublier l’inquiétude et les explications,
En lisant cette petite pancarte encastrée sur le mur d’une maison,
Ici le 18 juillet 1893, il ne s’est strictement rien passé !
Je ne sais quoi penser,
Un presque sourire se déclenche sur mon visage,
Surtout arrêter de se torturer l’esprit,
Et profiter des premiers jours d’avril.
Les feuilles des lilas verdoient déjà,
Quelques bourgeons se risquent à sortir.
Un vent iodé, se roule dans l’air,
De petits oiseaux piaillent, alternant leur chanson,
Avec le bruit lointain que fait l’atelier d’un garagiste...
En descendant la sente menant au ruisseau,
Des arbrisseaux plus ou moins épineux,
Ont tendance à s’agripper à mes vêtements, à m’enlacer,
J’ai l’impression qu’ils se sont liés contre moi,
Afin de me ralentir dans ma progression,
M’obliger à prendre le temps et à voir tout ceux qui y habitent,
Les insectes, les petits rongeurs,
Et bon nombre d’oiseaux qui se nourrissent de ces fruits,
Se chargeant ainsi de la dissémination des graines ailleurs.
Encore deux ou trois pas et me voilà accroupi,
A écouter le ruisseau,
A laisser filer l’eau entre mes doigts,
Et je comprends, qu’il faudra oublier l’inquiétude et les explications...

Richard Velasquez

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Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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