13e edition
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Vos textes de l’Invitation à écrire N°2

En allant creuser dans vos souvenirs, ou bien en regardant autour de vous, Dominique Osmont vous invitait à parler d’un lieu qui vous inspire ou qui vous a marqué.

Voici ce que cette consigne a suscité.

Que le vent soit de face ou la chaleur écrasante, je pars à vélo sur un chemin caillouteux et sablonneux bordé par la mer que je contemple. Elle est étincelante et dominante. Sur ma gauche, la sansouïre au sol craquelé couvert de sel cristallisé aux reflets roses est recouverte d’efflorescences salines. Les flamands roses ont la tête plongée dans l’eau comme à leur habitude, peut-être vais-je apercevoir des grues ? 

La plage est immense et sauvage. Elle est bordée de dunes. A perte de vue, le sable et la mer. La mer, si bleue. Un bleu brut et puissant, fait d’échanges entre ciel et mer. Je ne peux détacher mon regard, happée par ce bleu qui s’insinue petit à petit et m’habite. Je suis calme et sereine. Je m’approche de l’eau, une écume légère se mêle aux éclats de lumière. C’est l’enchantement, je sens l’enfant en moi. Il veut courir, se jeter dans l’eau, alors je le suis. Le froid me saisit mais qu’importe, une joie simple s’impose. 

Le soleil me réchauffe, son énergie sur ma peau m’envahit. Mes sens sont en alerte. Je me promène le long de la plage, le bateau échoué depuis de nombreuses années a fini par se briser. Je ramasse des bois flottés et me lance dans une construction éphémère d’assemblage de branches que d’autres continueront, y accrochant des rubans ou des messages. 

J’ai lu de nombreux livres sur cette plage et je n’ai aucun mal à m’y consacrer pleinement, c’est là entre autre que j’ai rencontré "Modesta" héroïne magnifique de "L’art de la joie" de "Goliarda Sapienza" et la liberté de ce personnage me renvoie à la mienne lorsque je suis sur cette plage, moments volés à l’agitation. 

Comme chaque fin d’après-midi, je range mon livre et reprends mon vélo pour rejoindre le village et me régaler d’une glace ! 

Pascale Achaintre


LA PROVENCE - LE COLORADO DU ROUSSILLON

La Provence terre de soleil de lumière des douces collines fleurant la lavande le thym et le romarin
Un site exceptionnel un petit coin du Lubéron offre une liberté pour qui aime les paysages sauvages et colorés
Nous sommes au Colorado du Roussillon, paysages ocreux aux teintes chaudes et merveilleuses
Dans ce théâtre on se croirait ailleurs qu’en Provence
Les paysages sont à couper le souffle,
C’est un des joyaux des OCRES du LUBÉRON
Les couleurs incroyables se déclinent et enchantent les yeux
Toute une gamme de rouge orangé d’ocre brun jusqu’au vert et au mauve
Au milieu des riches pinèdes verdoyantes
Falaises cirques cheminées offrent des panoramas saisissants et époustouflants
Le bleu du ciel contraste avec bonheur avec les quelques végétations qui adoucissent leur contours
Rouge comme la terre qui l’entoure le village avec ses ruelles étroites parfois en escaliers
Ses maisons badigeonnées d’ocre rivalisent de couleurs et d’harmonie
Le village est un enchantement perpétuel en particulier la nuit lorsque les rayons du soleil viennent illuminer les façades
La visite se fait calmement comme pour le déguster
Le silence absolu de la nature où tout semble s’arrêter avant que peu à peu la lumière ne vienne en quartiers d’oranges vives dans le ciel
Ce site magique ressemble à une palette de peintre comme pour mettre en valeur Le Tableau
Ce petit coin du Lubéron sauvage et coloré rappelle le Canyon du Colorado aux USA

Lola B


Je pose mon regard et celui-ci s’égard au travers de mes états d’âmes. Je demeure silencieuse de peur de briser l’harmonie naissante qui s’installe. L’odeur enivrante des pins me monte à la tête. Dans le ciel, le soleil pâlissant laisse ses reflets citron percer les branchages entrelacés pour les écraser sur quelques pierres moussues miroitantes. Les fougères grasses balayent mes chevilles au rythme lent et nonchalant de mes pas. Nostalgie entêtante, d’humeur changeante, je laisse l’ombre d’un souvenir glisser au bord de mes larmes et l’esquisse d’un sourire naître sur mes lèvres. La douce brise qui louvoie entre les arbres, apaisante, joue avec les quelques mèches de cheveux échappées de mon chignon. J’observe, pensive, les racines noueuses s’enfoncer dans les entrailles de la terre meuble ; et je me prends à envier ce décor de rêve, si loin de la réalité que je cherche tant à fuir. 

Salomé Baron


Je pose mon regard et l’horizon me laisse entrevoir malgré un léger brouillard le sommet du Mont Blanc recouvert de neige. Je suis assise sur un banc au bord de l’eau, un rayon de soleil vient caresser ma joue, ma chienne renifle le sol avec insistance. Le ciel et l’eau d’un bleu vert ne font qu’un, ils se confondent. Des nuages poussés par une légère bise dessinent des arabesques. Quelques rides ondulent sur la surface du lac. Les canards et poules d’eau glissent sur ce miroir. Un oiseau transporte des brindilles, il est temps pour lui de préparer son nid. Les arbres verdissent, les primevères recouvrent le sol et les effluves de fleurs chatouillent agréablement mes narines. Le printemps s’installe doucement.

Dans cet immense espace, mes yeux se perdent. Tout cela est idyllique et aucun bruit ne vient troubler ce silence magique.

Sylvaine Beaumelle


Paysage

Je pose mon regard sur la fenêtre du compartiment dans le train qui m’emporte vers le littoral méditerranéen au-delà des Pyrénées. Telle une couleuvre, le cordon des wagons vrille la chaîne montagneuse pour se frayer un passage. Après l’enfilade des tunnels alternée de plongées dans le noir, la luminosité du ciel flashe notre espace voyageur. Aussitôt l’envie de scruter ce paysage me mobilise. Grisaille du ciel gommée, nuages évaporés. Je me réjouis, me sens vivifiée. Alors une émotion soudaine, imprévisible perce mes sens sans crier gare. La mer ! Joie enfantine. On roule sur l’étendue d’eau miraculeusement. La vue à ma gauche est un filet de pêcheur empli de bleus, le turquoise, le grisé, le bleu roi, avec des verts pâles, et le blanc de l’écume.

Je me lève pour baisser la fenêtre. J’hume l’air marin oublié. Maintenant une langue ocre vient lécher la nappe bleutée. Çà et là les premiers parasols.

Et puis une bouffée de fleurs d’oranger me pénètre, les ailes du nez frémissent, mes poumons se gonflent. L’odeur précède la vision des champs d’orangers, ces ballons vert sombre piqués de blanc, plantés comme des banderilles dans la terre sanguine.

Tchac, tchac, le train accompagne mes battements de cœur. Excitation. Les habitations arrivent, je colle mon visage contre la vitre. Le dôme de l’église indigo brille de ses tuiles en céramique, on le dépasse. Deux palmiers me tirent gracieusement leur révérence : bienvenue en terre levantine.

Elvire Bosch


Je pose mon regard et observe une petite chaumière dressée fièrement sur la colline. Un imposant saule à la présence séculaire. Le jour déjà se lève sur une scène oubliée de ceux qui vivent de bitume. Une figue se défait de son gardien, roule jusqu’au bas du versant, perle sucrée. En toute sérénité, des vaches au mufle humide chiquent de l’herbe pure sans que rien ne puisse jamais les contrarier. Tous les jours le travailleur, de ses mains fait et refait la terre qui le nourrit, comme son père et ses pères avant lui. Parfois, au milieu d’une après-midi ensoleillée, alors qu’il balaie du revers de sa poigne rude la rosée saline, son regard s’égare au loin, à l’orée de son domaine où il ne s’aventure guère, par habitude, tout comme son père et ses pères avant lui.

Dans une de ces contrées occidentales, loin au fond d’un bois de chêne vert où peu d’âmes ont vécues, se trouve une clairière parcourue par une petite rivière. L’eau y coule continûment le long de roches et de galets asymétriquement disposés. Partiellement détruit, un petit puits de pierre se dresse encore contre le temps. La mousse semble grimper paresseusement aux arbres. Les rayons du soleil qui parviennent à filtrer à travers les nuages malachites coulent avec langueur comme du miel doré. Un orchestre d’invisibles musiciens s’organise, mêlant les gazouillis d’oiseaux aux bruissements du vent entre les feuilles, le son du ruissellement à celui des clapotis de grenouilles sur l’eau. En une inspiration, l’on peut sentir la menthe fraîche, les fraises des bois dont l’odeur s’agite à peine dans l’air humide et chaud.

Dans cet éden, il fait bon parfois s’allonger dans l’herbe que le vent fait frissonner, fermer les yeux et espérer ne plus se réveiller. Aujourd’hui donc, je me fais le héraut de cet endroit dont nul ne fit jamais la satire.

Paul-Arnaud H. Boudou


Je pose mon regard autour du poste et tente en vain de percer les ténèbres alors que les constellations scintillent par myriades au-dessus de nos têtes. Une heure plus tard, sur notre droite, la voûte céleste s’éclaircit imperceptiblement. Au fil des minutes, les étoiles s’effacent par milliers et la ligne de crêtes se découpe sur le ciel comme l’épure d’un trait de crayon, tandis que le paysage filtré par la brume se révèle à nous telle l’esquisse d’un pastel.

Soudain, la crête orientale s’embrase sur toute sa longueur, laissant deviner le point précis où l’astre du jour va émerger. Au même instant, à l’horizon, la grande tour hertzienne de Trebevic s’illumine sous les premiers rayons du soleil, telle une apparition divine.

Sur notre gauche, dans la vallée, l’obscurité règne encore si bien que nous devinons à peine les méandres du fleuve et la ville noyés dans les vapeurs résiduelles de nuages ou de fumées.

L’atmosphère se réchauffant la brume s’effiloche enfin. La montagne nous livre alors ses plus beaux atours, ses vallonnements, l’ondulation de ses prairies, ses immenses forêts de sapins ? ; un paysage lumineux où subsistent par-ci par-là quelques plaques de neige. C’est ainsi que tous les matins, nous contemplons émerveillés les métamorphoses de l’éveil du monde.

Trente ans plus tard, lorsque je ferme les yeux, je distingue toujours les lignes sommitales qui ont laissé en moi une empreinte indélébile. Devant moi défile aussi un film tout en couleurs et en nuances celui de la danse régulière des ombres et des lumières liée à la course du soleil. Un film volontairement muet, pour tenter d’oublier le bruit généré par la fureur des hommes, celui qui montait quotidiennement de la vallée et de cette ville assiégée : Sarajevo.

André Bouisson


Sortie d’autoroute, on traverse les Corbières, les cigales chantent, les coquelicots illuminent les près. Le rouge et le vert qui dansent dans le vent. Ce vent qui fait osciller la voiture dans les virages, vitres ouvertes, cheveux qui s’emmêlent. Puis, dernier virage apparaît sur l’étang en cette fin de journée le reflet du château et les flamands. On est arrivé. On traverse la ville, le port le pont puis on glisse sur la petite route qui mène à la presqu’ile, la plage des chalets. Les chalets de Beatrice Dalle et Jean Hugues Anglade dans le célébrissime 37.2 le matin ; on se rêve tous, amoureux fous sur la terrasse du chalet avec une téquila PAF. La route cernée d’eau, d’un côté les pécheurs de l’autre les kite surfeurs, le soleil, le vent, nous mène à la paix.

Le chalet est toujours là, sur ses pilotis tout en bois, brinquebalant, au milieu de tous ses copains similaires sur cette immense plage. Les fils électriques qui les relient les uns aux autres, trace d’un confort minimal, claquent dans le vent. Les escaliers usés par la météo craquent sous les pas, on déverrouille, on ouvre tout en grand, on jette les sacs et vite on s’installe sur la terrasse face à la mer. On sort des bricoles, les chips s’envolent, on tient les verres. On trinque à la mer à l’infini, au sable qui s’infiltre partout. On allume le transistor, sur la station espagnole, la seule que l’on capte qui diffuse Instant Crush. A la tienne mon chéri !

Nathou C


Là-haut

Je pose mon regard sur la forêt et le calme s’installe dans mon âme meurtrie. Le grand silence longtemps attendu. Il y a juste le doux murmure de l’eau qui caresse les pierres moussues, qui les frôle avec une délicatesse non feinte. J’écoute ce bruit… J’entre dans un rêve. J’avance vers un arbre. Mon arbre. Un frêne élancé, symbole de longévité, de force, de renaissance et d’apaisement. J’aime l’enlacer, poser ma main sur son tronc. Il absorbe la lumière des rayons du soleil. J’aime sa chaleur, comme un reflet de vie. Je mets ma tête contre son écorce un peu rugueuse. Le printemps chante dans mes oreilles. L’hiver s’en est allé. L’arbre a subi les assauts du vent et ses racines se sont fortifiées. Je me laisse aller contre son tronc et je sens cette odeur particulière de mousse humide. Sensations indicibles mais étonnantes ! Le bruissement des feuilles m’apaise et mon cœur est moins lourd. Sur le fond bleuté du ciel se dessine une ligne de crête ourlée de forêts.

Ensemble avec l’arbre, c’est mon ailleurs préféré.

Violette Chabi


Je pose mon regard au loin, la vallée de Grenoble, plus loin l’aigle de Napoléon qui s’estompe au fil des années, plus loin encore l’Obiou, son ascension est un beau souvenir !
Le monde m’appartenait en ce temps-là, je gambadais de montagne en montagne.
Le Vercors, juste en face, m’entraine vers d’autres souvenirs de randonnées. L’amitié, la bonne humeur, les rires et le plaisir d’arriver au sommet après une bonne suée étaient toujours le meilleur remède pour oublier les tracas de la vie.

Sur mon balcon, tout simplement, dans mon relax, les souvenirs surgissent. Je savoure ce moment de mélancolie. Ma tête est toujours en éveil, mes pensées sautent d’un sujet à l’autre. Des fleurs, des oiseaux autour de moi, les mésanges visitent mon nichoir, aurai-je une nichée cette année ?

Je suis bien. Voiron est à mes pieds ou presque. Les montagnes sont proches et l’animation de ma petite ville a juste ce qu’il faut pour que je me sente vivante. Avoir les deux "à portée de main" quelle chance !

Je me prélasse mais le temps passe et une petite balade m’attend. Hop ! Un peu de nerf, allons retrouver les amies.
Les petits plaisirs font les grands bonheurs.

Françoise Charton


Je pose mon regard et je ne vois que l’immensité

360 degrés..

Au loin les collines s’alignent les unes derrière les autres, devenant silhouettes dès la tombée du jour jusqu’au lever du soleil au petit matin.. Les Annapurnas se dévoilent dans leur majesté, leurs sommets se découpent dans le ciel présentant leurs flancs aux arrêtes tranchantes, la pyramide du Machapucharé essaie d’atteindre les nuages, à peine recouverte de neige du haut de ses 6993m.. une cime restée vierge de toute ascension.. sanctifiée par tout un peuple. Juste sous mes yeux, dans la vallée qui mène à Pokhara, les villages s’agglutinent autour du long ruban de la route bitumée. Et en se tournant encore, il y a le village.. un village népalais avec ses terrasses en étages, où les épis de millet, de sorgo ou de riz jouent avec le vent. Les maisons maçonnées d’adobe et de briques sont exposées au soleil, leurs balcons aux gardes-fou de bois, protègent les réserves pour l’hiver. La pagode hindoue, sanctuaire des Adhikari, accueille les pèlerins.

Bienvenue à Astam le haut ..

Rosemarie Chazay


Je pose mon regard et je m’évade. Pas besoin d’aller bien loin. En ces temps de repli sur soi, sortir dans la nature est une véritable expédition, un immense voyage vers le réconfort et l’oubli. Les lieux d’émerveillement sont multiples si on a l’ouverture d’esprit nécessaire pour les accueillir, les ressentir, les palper, en jouir.... Comme dit Edward Abbey, pionnier de l’écologie : « Toute personne dont les sens sont en vie a la capacité de faire un monde de n’importe quel lieu naturel aussi limité qu’il puisse être. »

Alors je vais dans les bois à côté de chez moi. Je savoure le plaisir d’avancer libre et démasquée. Quand je traverse le grand pré, je m’arrête face à la Sure qui me contemple, moi, petit insecte fragile aussi minuscule qu’un grillon. Je voudrais être un oiseau pour m’élever au-dessus de cette masse imposante, magnifique, et me poser sur la croix plantée à son sommet. Mais je me contente de mes jambes pour parcourir la forêt en empruntant selon mon envie les innombrables sentiers, véritable labyrinthe oeuvre des hommes et des animaux qui inlassablement s’y aventurent d’année en année. Quel bonheur de croiser les traces d’animaux sur la neige, de lire leurs empreintes comme sur la page blanche d’un livre à déchiffrer. Quelle émotion en surprenant ce chevreuil posté à quelques mètres de moi. Je n’ai guère que quelques instants avant qu’il ne se dérobe à ma vue tel le fugitif craintif face à l’ennemi qui le guette.

J’avance parmi les arbres sentinelles des bois. Ces géants courageux qui s’accrochent à leur survie et dont la canopée chevelure mouvante s’anime chaque printemps d’ innombrables chants d’oiseaux. Je reste un moment à l’écoute de ce concert des bois que ces charmants musiciens veulent bien m’offrir. Les spectacles nous manquent cruellement en cette période de restriction culturelle alors je savoure d’autant plus ce spectacle vivant qui anime la forêt en permanence.

Je hume les essences qui se dégagent. Je touche délicatement ce monde végétal qui se laisse caresser, contempler. Je respire à pleins poumons toute cette énergie verte. Je m’immerge à fond dans ce grand bain naturel qui active tous mes sens et m’apaise également avant de regagner le chemin du monde agité des humains.

Evelyne Creux


Cap Fréhel

Le chemin est escarpé
Le ciel nuageux
Pour gagner ta liberté
N’attends pas d’être vieux.

Sur les falaises découpées
Comme des crêpes dentelles
L’Océan vient embrasser
Les pieds du Cap Fréhel.

Les parfums de la lande
Enveloppent cette terre
Et peu à peu descendent
Se baigner dans la mer.

Les feux de son phare
Guident les bateaux
Qui reviennent dans le soir
Retrouver leur berceau.

Ce bout du bout de France
Avancée vers l’au delà
A fait comme allégeance
Avec mille et un éclats.

Le vent qui tourbillonne
Là sur le haut des mats
Gonfle les voiles bretonnes
Et chante d’une celtique voix.

Accompagné des goélands
Je repars à regret
Quittant cet Océan
Un jour je reviendrais…

Denis Daul


Je pose mon regard et j’inspire l’odeur d’été. Devant moi sillonne le chemin, un peu plus haut trône un rocher. Sur les côtés ondulent au gré du vent des hautes herbes et des fleurs colorées. Je la laisse passer devant moi et lui demande de répéter quand ses paroles sont emportées par la brise. Je l’entends qui sourit et je souris aussi.

Rose, vert, violet, les pétales colorés qui nous entourent m’emplissent de sérénité comme peu de choses peuvent le faire. Un pas après l’autre, je la suis jusqu’à la croix de bois.« Vas-y grimpe, accroche-toi. » Elle s’y agrippe et j’immortalise notre arrivée au sommet. Face à elle, les montagnes du massif et ses vallées. Face à moi, cette amitié pour laquelle je mourrais.

Les chocards nous accueillent de leurs piaillements enjoués. Ces petits oiseaux noirs planent au-dessus du vide avant de se poser à quelques centimètres de nous. Elle tend la main, ils ne s’envolent pas. Leurs petits becs jaunes picorent la roche. Le Charmant Som n’a pas de charmant que le nom.

Chloé Dorge


Lieu d’enfance

Je pose mon regard sur le banc et me laisse envahir par les trilles des oiseaux, mélodie qui semble porter ma pensée et la laisser divaguer à volonté. J’aime cet endroit. Je l’aime et pourtant il n’a rien d’incroyable. C’est probablement le temps que l’on passe dans un lieu qui nous y attache, comme lorsque l’on se fait des amis. J’en ai passé des heures sur ce banc. Seule ou accompagnée. Maussade ou enjouée. Les années ont défilé et il est resté, tandis que j’ai bien changé. Il surplombe la ville, le lycée, ainsi que tous les lieux dans lesquels j’ai vécu pour l’instant. Les sourires de mes amies gravés sous la paupière, je peux encore entendre nos fous rires flotter dans l’air. J’effleure l’écorce de l’arbre dans lequel je m’amusais à grimper avec mes copains en primaire, et une sensation de bienêtre m’envahit. Je me souviens vaguement de cette époque. L’époque où l’on faisait des promesses aux arbres. Je me souviens, je lui avais promis que je reviendrais le voir lorsque je serais au lycée, avec toute la candeur de l’enfance. J’ai tenu ma promesse.
Je suis revenue.

Eden Eymard


Je pose mon regard et la magie opère. L’image est parfaite. Une blancheur spectaculaire habille et fige la terre Lapone. Les cimes et les aiguilles des conifères ploient sous la neige et se vêtissent d’une robe immaculée. Les hautes silhouettes touffues se dupliquent à l’infini dans le silence absolu d’une contrée vierge de tout chahut humain. L’azur vif magnifie la candeur de l’horizon à perte de vue. Intense et glaciale, la lumière aveugle presque mes yeux. Le froid anesthésie toute odeur. Le temps s’est arrêté… Hypnotisée, je frissonne autant pour la pureté du décor que pour l’atmosphère polaire. Tout à coup, je régresse et ressent, comme lorsque j’étais enfant, l’envie irrépressible de plonger dans ce parterre floconneux pour y laisser la trace de mes pas. Et puis non, quel dommage, je ne veux pas abimer l’œuvre remarquable et spontanée de la nature. Je suis dans une bulle, subjuguée et jamais rassasiée, toujours émerveillée par cet univers magnétique. La quiétude s’immisce en moi, me procure une paix intérieure, loin du tumulte. Miraculeusement, pour parfaire la magie, la course gracieuse et bondissante d’un chevreuil trouble ce tableau statique, laissant deviner la vie d’une faune sauvage, calfeutrée, protégée. A l’heure où nous subissons la pandémie et comprenons que nous devons encore plus respecter notre planète, je réalise la faveur qui m’a été accordée, d’apprécier et savourer la splendeur de ce territoire, surtout j’espère qu’il sera préservé. 

Myriam Finot


Je pose mon regard, et ce matin, surprise tes crêtes sont saupoudrées de neige,
Un rayon de soleil et ce sont qu’éclats de lumière. La journée s’annonce belle.
Plus gai qu’hier avec ton chapeau de feutre noir prémices d’une journée sombre.
Le Néron, le Noir,
Tu es redoutable avec tes sentiers escarpés, tes couloirs glissants.
Tu es énigmatique, où sont passés les aventuriers disparus ?
Tu es fascinant, tu t’es embrasé tout un été, tu te calmais le soir et le matin tu nous effrayais à nouveau.
Comme devant un feu de cheminée tu captais les regards.
Tu es coléreux quand tu déverses des coulées de pierres.
Mais tu es si beau
Au printemps, avec tes feuilles vert tendre qui balaient l’hiver.
Au soleil couchant, rochers brulants dans un dégradé de mauve, rose, violet.
A l’automne, un vrai brasier de rouge, ocre, pourpre, orange, cuivre.
En face de toi, je rêve, je prends un pinceau et je m’évade sur la toile.
Et oui, je t’ai un peu apprivoisé, « énorme masse imposante et mystérieuse », je connais ton langage, décrypte tes signes …. Le petit clin d’œil du matin pour annoncer une belle journée.

Denise Friboulet


Je pose mon regard sur la plage neanderthalienne de Charavines, aussitôt surgit une fulgurance gravée de ces mots : "Sentiment d’Éternité ".

Aucune explication.

Je vous parle d’instants que, si vous ne les avez pas vécus, vous ne pouvez pas connaître. 
Certes, tous les sens sont en éveil.
Mais un seul occupe, incorpore, fusionne, jaillit, déferle : le toucher. Le toucher-lame de fond, de tréfonds de l’âme, du corps, du coeur.
Tornade paisible, éblouissement serein, instantané immémoriel.

Les lieux de l’aventure ?
Les lumières hivernales dorées grises et argentées d’un paisible dimanche sur la plage de Charavines. 

Le Boujloud à Fes, une fin d’après midi dans la danse incessante des hirondelles jaillissant des niches de la muraille d’enceinte (avant que la place soit bétonnée ).

Je chéris infiniment ces espaces, ces paysages sésames, accoucheurs, gardiens du doux "sentiment d’Éternité".

Odile Germain


Je pose mon regard et, spectatrice d’un impétueux dialogue entre la mer en colère dont les vagues brandissent leurs pointes écumeuses et le ciel sombre et tonnant qui réplique à coups d’éclairs foudroyants, je reste immobile dans l’abri du pêcheur, subjuguée, envoûtée par la lutte que se livrent les éléments. Quand soudain le ciel me prend pour cible et darde ses hallebardes me frappant au visage, je tourne les talons, je m’enfuis, je contourne les deux blockhaus et retrouve plus loin, à droite l’œillet des dunes, à gauche le champ de carottes. J’avais treize ans. Qu’en est-t’il aujourd’hui de ce village breton où se côtoient paysans de la terre et de la mer, et surtout que reste-t-il des dunes ?

Vingt ans plus tard, je pose mon regard sur l’étang de Pont Calleck. Je demeure immobile. Je ferme les yeux à demi, juste un rai de lumière, j’ai la palette des couleurs, les senteurs et le calme : Inondée de joie ; et encore aujourd’hui nul autre endroit ne m’a apporté tant de plénitude et de sérénité. C’est la cloche de la chapelle des soeurs dominicaines qui souvent m’a rappelé l’heure. Sur ce miroir qu’était l’étang, j’ai vu glisser des couples de grèbes avec leurs petits sur le dos. J’ai dit « était » car il y a trois ans alors que je ne le retrouvais pas je suis allée du côté de la chapelle, et j’ai appris que l’étang, n’était plus : rupture de la bonde, et les sœurs dominicaines n’avaient pas les moyens financiers pour réparer. Depuis plus de cinquante ans l’argent des bienfaiteurs est consacré aux enfants qu’elles recueillent :
L’étang s’est vidé

Edith Henaff


Je pose mon regard sur une immensité qui est loin, très loin, trop loin géographiquement mais dont je suis si imprégnée…que je la sens, la ressens, la vis.

Un territoire grandiose, majestueux, sans limite. Un désert de pierre, de cailloux, de rocs et rochers, buttes et plateaux, falaises et canyons qui déclinent une palette de jaune, orangé, rose, rouge, ocre, sous le bleu pur et profond de la voûte céleste et sous un soleil brûlant, implacable. Lorsque le soleil descend lentement vers l’infini, les teintes deviennent plus profondes, plus chaudes encore, le rose devient violet, l’ocre et l’orangé sont comme illuminés de l’intérieur.

De petites touches vertes par endroit mais si insignifiantes, négligeables. La rivière est là aussi au fond d’un canyon. Je le sais mais ne la vois pas, ne l’entends pas.

Le regard voyage vers l’infini dans un silence total, apaisant, réparateur. Le temps s’arrête. Je ne fais plus qu’une avec cette nature désertique qui m’engloutit et me fait prendre conscience de sa toute puissance, de ses origines lointaines et de son éternité.

Sophie Leleu.


Je pose mon regard et…
la nature s’endort.
Tom est lové au creux de mes bras,
Le soleil signe le ciel de zébrures or,
Les nuages s’effilochent.
A pas de velours,
Doucement le jour s’en va.

Je resserre un peu plus fort mes bras autour de petit Tom.
La ouate cendrée des nuages se fait mienne,
je goûte au calme, me délecte du silence.
Seule la douce respiration de Tom, endormi,
se fait entendre.

A l’horizon
S’obscurcissent collines, crêtes et monts,
Tandis que le soleil flamboyant resplendit.
Rond ballon écarlate,
Ardente boule de feu,
Lumière rougeoyante.
Bosquets, cerisiers ne sont plus que de sombres silhouettes
Fièrement dressées.
Des traînées jaunes, orangées se dessinent sur les nuages.

Quelques minutes avant que la lumière ne se fasse incertaine,
Je respire à pleins poumons.
La nuit est tombée,
Nuit d’encre, pas de lune ce soir,
plus un bruit ;

La nature est en paix.
La nuit ébène nous enveloppe moi et petit Tom,
Prunelle de mes yeux.
Je pose mon regard et…
nous serons là demain, encore et encore,
Douillettement lovés dans la nuit.

Armelle Leroy


Je pose mon regard et mes yeux s’embuent de larmes. L’émotion m’envahit, mon souffle est court, mon corps parcouru de frissons. Un plan large s’offre à moi. La ligne d’horizon se charge d’infini et je m’y noie.

Le roulement des vagues s’écrasant sur les galets me ramène à la présence. Je suis des yeux le vol d’une mouette rieuse. Une brise légère caresse mon visage d’une fraîcheur iodée. De fines mèches de cheveux humides se collent sur mes lèvres salées entrouvertes.

Soudain le gris et le bleu se confondent m’entraînant dans un vertige passager . Happée par la beauté à l’état pur je deviens partie infime de cette immensité. L’union du ciel et de l’eau comme une invitation à l’apaisement.

Un sentiment d’intrusion vient un instant troubler ce moment de grâce et de bonheur intense. 
Puis je reviens m’y lover pour me remplir de la vigueur de cet espace puissant.

Fragile j’y suis arrivée. Forte je le quitte quand le soleil s’incline à l’horizon, livrant mon âme sombre au ressac.

Geneviève Nain


Je pose mon regard sur cette fleur bleue anonyme. Elle se tient là, sublime résistante au bord du chemin.

Je l’envie parce que sa vie à elle est ici, dans cet endroit où la nature exalte sa beauté simple et parfaite, où tout semble être à sa place.

J’entends l’orchestre d’une vie foisonnante jouer sa partition aux variations infinies. Un léger vent du sud me fait partager les milles senteurs qui voyagent à travers lui.

Tous mes sens en éveil convergent vers un seul but, construire patiemment le souvenir indélébile de ce moment.

Alors demain quand je serai loin, je pourrai fermer les yeux et revenir l’espace d’un court instant poser mon regard sur cette fleur bleue dont je ne connaîtrai jamais le nom.

PA Ndjikessi


Je pose mon regard sur les montagnes baignées de la lumière rasante et écarlate du soleil. Révélées par une trouée dans les arbres, comme un rideau ouvert suite aux coups réguliers de mon bâton de marche, la scène se montre pourtant par surprise. Sans souffleur, les oiseaux piaillent une mélodie envoûtante. Côté jardin, la Grande Sûre nous surplombe. Drapée dans sa forêt, elle dénude son sommet pour laisser sa roche refléter les lueurs rougissantes du soleil qui nous refait le coup des adieux hauts en couleurs alors qu’il reviendra demain matin. Côté cours, je m’amuse à tracer dans ma tête les courbes des reliefs qui plongent dans la vallée de l’Isère, invisible d’ici mais forcément là, car elle ne quitte jamais son lit, peut importe l’heure de la journée. Le personnage principal n’est toujours pas apparu... Je me dévoue alors et entame un chant sous l’applaudissement des feuilles des arbres et du vent.

Paul Osmont


Je pose mon regard
et… sur la langue de sel
et… sur les roches frottées
Les invectives de mer font pour l’instant silence

Sur cet endroit lunaire qui fait de moi
capsule
boursouflure
Dans cette immensité qui m’est étrangère
je tremble, je m’aimante
je tremble, j’aime

Sur cet endroit désert je pourrais bien me perdre
Aux arrêtes acérées me couperais les veines
Moi, coquillage fossile

Et un filet de sang écoulerait ses fils
laissant une trace indélébile
dans l’iris de ma pupille

Véronique Pédréro


Lire, écrire, créer, j’ai été contraint de lire les classiques et je ne m’en souviens pas sauf d’Andromaque par la Comédie Française dans les ruines de Tipasa. J’ai beaucoup lu, sans que les auteurs ne m’intéressent vraiment, c’est la tranche de la société humaine qu’ils exploraient qui m’intéressait : César, Rabelais - science sans conscience n’est que ruine de l’âme -, Hugo, Balzac, Zola, Lawrence ... Les sondages, les enquêtes, les algorithmes qui déclinent une candidature au cœur de la nuit en quelques secondes, répugnants, sélectionnent mal des caractères pour les axes forts des populations. Le voyageur, femme ou homme, fait le voyage, nombreux ...

J’ai beaucoup voyagé sur les cinq continents depuis 1970 pour vendre des produits "made in Rhône-Alpes", j’ai lu probablement des tonnes de journaux et magazines et des livres dans des carlingues d’avion ou de TGV/Shinkansen devant Fuji Yama. Et pourtant, dans ma mémoire empilés comme dans un grand sac marin, il y a des lieux, Atitlan ou Macchu Picchu, l’île de Pâques ou les Aiguilles du Mont Blanc et le Mercantour enneigés, la tente canadienne au bord du lac d’altitude ou le Cap d’où l’on couvre de Gibraltar au phare d’Alexandrie ou ma maison dominant le dernier coude de l’Isère, j’ai tourné les pages comme avalé les kilomètres, marquant les livres.

Ecrire sur mon PC tiré de mon sac à dos, n’importe où, principalement des Plans articulés selon la décision dans l’incertitude, une analyse découverte dans les universités américaines après 1970, accédant à une domination mondiale faisant vivre une dizaine de milliers de familles. Mes trois premières années de lycéen je traversais quatre fois par jour le quartier de Belcourt de Camus, je déambule parfois devant le lycée de Le Clézio ou mes fonts baptismaux des Ducs de Bourgogne.

Au-dessus des lunettes bifocales un troisième plan va jusqu’à l’horizon. Mes lectures actuelles du Big Bang il y a 14 milliards d’années, compliquent extrêmement le catéchisme de mon enfance, l’espace et le temps continuent de mémoriser le paysage.

Richard Prothet


Paréidolie ?

Je pose mon regard et... je clos mes paupières. Lumière trop blanche ce matin-là, ciel d’orages à venir, image surexposée, contrastes osés. Ton image a du mal à s’estomper, première vision éblouissante, je t’imprime en moi, je sais déjà ta rémanence, je m’en imbibe, je m’y fonds, tu m’effaces. La lumière en trace les courbes, j’y surprends des monts et des vallées, je devine les creux que tu me caches, j’entends des galops de nuages et des torrents sauvages qui hanteront mes désirs. Le halo brumeux sur tes flancs ondulants camoufle des forêts imaginaires, j’y parcourrai des sentes douces brulées de soleil, j’y trouverai des refuges mousseux et m’y loverai. Je suis à toi, ma terre, ma force. A l’horizon grondent des vents furieux, je sens leur souffle, ils me parlent de temps anciens, primitifs, fougueux et apaisants, les arbres-silhouettes en témoignent, qui s’arc-boutent et résistent en tremblant, seuls vivants dans cette vision qui me trouble. Tu m’aveugles, nul détail, nulle autre couleur que le noir et le blanc, le rien et le tout, tout ce que j’oublie, tout ce que j’attends, je le cherche et le trouve ici. Ton paysage m’appelle, je sens très intimement que je m’y perdrai, et j’avance à ta rencontre, les yeux fermés sur ma folie. Je n’ai jamais rien vu de si beau, de si vivifiant.

Tu fais semblant de dormir, allongée nue, les cheveux fous, et tes hanches, et ton bras qui...

Je suis là.

Eric Protin


Rose indien

Je pose mon regard et... je ne respire plus.
Ma Bonneville et moi pénétrons dans un nouveau décor avec la brutalité d’un choc frontal. Véritable coup de foudre. De ce coin de monde Cromwell écrit : " Il n’y a pas assez d’eau pour noyer un homme, pas assez de bois pour le pendre, pas assez de terre pour l’enterrer ".
Pas assez de tout. Mais toute la beauté du monde. Un univers minéral à perte de vue. Un désert blanc - étincelant sous le soleil du soir. Fascination. Pays de monts, champs de pierres, pierres usées par le temps, pierres dont les rondeurs invitent à la caresse. Paysage lunaire. Labyrinthes, dessins de l’érosion. Avec mon casque, c’est moi la cosmonaute - unique. Ivresse de la solitude. Air iodé de l’océan. En un instant tout bascule. Ciel et sol en harmonie se jalousent et se confondent.
Demain, paradis perdu - nous laissons le Burren derrière nous.
Nous ne le savons pas encore, un autre paradis nous attend - un tapis rose indien, un ciel rose indien, des arbres rose indien. À perte de vue, des rhododendrons - jusqu’au petit lac là-haut caché dans la brume.

Pacte secret. C’est décidé, ma Bonnie et moi détruisons nos billets de retour.
Nous n’embarquerons plus. Ô Irlande !

Geneviève Protin


Je pose mon regard et soudain, je ne vois plus rien. Je me laisse guider vers ce voyage que j’ai choisi sans savoir où il me mènera.
Je flotte, je croise sur les berges des peuples revendiquant leur territoire, d’autres en colère, très en colère, d’autres stressés s’en prenant à ceux qui tentent par tous les moyens de se nourrir des dons de la nature...
Mon parcours se poursuit par des tunnels que je ne traverse pas facilement, des enchevêtrements, des épingles serrées à gauche puis à droite, des sols granuleux, la pénombre est partout, la peur prend le dessus, le courant devient de plus en plus rapide...

Je prends une grande inspiration, une grande expiration, puis une grande inspiration et...

Puis j’aperçois cette petite lumière qui étincèle et se répand dans tout le territoire. Elle se faufile dans les moindres recoins distribuant apaisement, joie, fierté, optimisme. Je flotte toujours mais le courant s’est calmé, il me berce ; l’air est plus doux, les herbes en bordure retrouvent une verticalité légère, les plaines sont désormais lisses et harmonieuses.. on dirait un nouveau monde.

Etre là, aujourd’hui, s’écouter, se comprendre, briller.
Le plus beau des voyages. La plus belle des inspirations.

Nymphéa Protin

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PAYSAGE

Je pose mon regard et si maints paysages me happent aussitôt, c’est un mot cette fois, sans que je sache pourquoi, qui s’impose à moi : EVANESCENT.

Un paysage de brumes, un étang ,des vapeurs qui s’échappent et des ombres furtives qui glissent comme par enchantement.
Qui sont elles ? Des elfes, des fées, venus danser sur l’étang au coeur de la forêt endormie, profitant de la nuit ? Ces êtres mystérieux ne viendront jamais les nuits de pleine lune : il leur faut la pénombre, la vapeur diffuse qui monte des marais. Ils glissent silencieux, leur corps est liane sans contour défini. De longues voiles blanches qui dansent en apesanteur au dessus de l’étang ,légères, translucides, magiques.
La clairière dans la brume est là, devant mes yeux. Elle retient son souffle.
Une paix intérieure en moi s’est installée.Je la voudrais pérenne en ces temps agités.

Denise Roux


Je pose mon regard et…
Envers et contre tout, je glisse entre l’Alpha et l’Oméga
L’envers du décor me fait miroiter un univers onirique aux confins
des terres intérieures et extérieures
J’ai nommé, Isle verte, cap OR, ornemental no woman’s land
Je m’y suis mise au vert dans ce temple aquatique atlante
Esseulée sur ces terres généreuses, mon âme jubile, contemplative de ces eaux cristallines
Leurs reflets turquoises enivrent mes sens, saturés de ces suaves ondulations,
Je suis biberonnée aux embruns iodés : un vrai yoda !!
Le bruissement des buissons exulte ma sensibilité
Une caresse solaire allume mon ardeur, tempérée par le ruissellement de perles de pluie
Moi, cheveux au vent, je flâne en compagnie de mes biens aimés flamants roses
Leur danse carabesque me fait entrer dans un couloir hors du temps
Seul un grain de sable poli par le sac et ressac, pourrait magnifier la rubification
Tous les règnes vivants vibrent à l’unisson dans le tintamarre des Caraïbes 

Demain, plus rien ne sera pareil : la reine Lyra Bellaqua a goûté au nectar de la Grâce 

Armelle Rozec 


Retour à la maison

Je pose mon regard et au deuxième virage, elles apparaissent au loin, grandes dames dans leurs robes de neige, je sens le vent sur mon visage. J’accélère pour entamer la descente. Je suis transportée sur les crêtes de ces sommets enneigés. Le soleil inonde mon visage, le froid entre dans mes narines pour régénérer mon cerveau.

Le Vercors me regarde de loin, perché que je suis côté Chartreuse. Parfois si j’ai de la chance, les nuages sont de la partie, ils forment au-dessus de ce majestueux spectacle un rideau laissant passer les rayons du soleil. Au sentiment de renouveau vient s’ajouter celui de me sentir toute petite devant ce qui pourrait être la main de Dieu. Je rapetisse devant ces grandes dames, redevient la simple petite humaine que je suis, mes préoccupations reprennent aussi leurs places : futiles. Le poids du quotidien s’envole le long de cette descente vers mon village. Je me lave des affres de la journée et me détache au fur et à mesure de la vacuité du quotidien. Dans le dernier virage les montagnes disparaissent, mais pas mon sentiment de liberté et parfois pour vraiment le sentir j’ouvre la vitre de la voiture et laisse le vent fouetter mon visage. Dame nature à cet avantage sur la nature humaine de pouvoir soigner les maux sans mots. Je ralentis, apaisée. Je rentre à la maison.

Amandine Saadi


Je pose mon regard et un cabanon surgit d’entre les vignes, masse de pierres accueillante dans cet alignement immobile d’un vert étincelant. Le voile bleuté de ce matin de printemps enrobe la vigne d’un pinceau vivifiant. Puis le tableau se met en branle : les fleurs blanches des cerisiers abandonnées à la tendre brise matinale se couchent alanguies sur leurs vertes voisines, un chevreuil met fin à son festin de jeunes pousses et mes yeux attendris suivent sa fuite tout en sauts graciles. Mes sens en éveil perçoivent des frémissements inconnus, le parfum acidulé de la citronnelle chatouille ma mémoire en se posant sur les champs de plantes aromatiques, le cri d’une buse à l’affût dérangée par un importun, moi peut-être, perce la quiétude de ma promenade. Mon regard remonte alors vers l’imposant Glandasse dont la masse tranquille semble protéger la vigne à ses pieds de son aura tutélaire. Mais quand, frondeur, le soleil pointe la verdure dominante de ses rayons chauds, le tableau se transforme : le halo bleuté s’écrase, la vie animale se tapit, les moteurs agricoles vrombissent, le chemin des vignes s’anime. Le cabanon devient le refuge à l’ombre duquel je me pose avec le compagnon de balade qui prolonge ma rêverie, mon livre.

Catherine Spinard


AU PAYS DE L’INSPIRATION

Où est-elle ? Mais où est-elle nom d’un chien. Là. Je l’entends. Elle arrive.

Je pose mon regard et elle, elle se métamorphose, un désir. Désir de distraire, de s’aventurer, d’expérimenter. Sans ce désir, rien n’est possible. Une porte d’entrée ce désir. Et, de l’autre côté les mots, les tournures, des expressions singulières, des phrases banales en petite tenue. Les formules alambiquée me jaugent. Ça grouille là-dedans, l’impression qu’un peuple vit dans cette forteresse labyrinthique. Personne d’intrigué par les aventures des autres, parfois ça se produit. Quel bazar. Je me glisse vers la bibliothèque. Plus de monde que je n’aurais cru. Discutent là, ensemble, Einstein, Étienne Klein et un clochard céleste. Dans un coin somnole Barthes. En face de lui Gilles Deleuze, un abécédaire sur la tête. Au rayon fantastique je rencontre le tiercé gagnant, Borges, Cortazar et Dino Buzzati. Eux me conseillent de lire Ted Chiang et le Mahabharata. Pourquoi pas.

J’ouvre la fenêtre, l’odeur de pied là-dedans, pénible. Rabelais m’interpelle, se dirige droit vers moi, « Tudieu, t’en v’la à nous geler les couilles. J’m’en viens t’expliquer. » J’enjambe la balustrade et me jette dans le vide pour échapper à la correction. Plutôt que tomber, je flotte. En suspends, l’inspiration à mes côtés, elle, elle m’invite à observer le monde. Regarder les gens, leurs situations absurdes, inattendues, nous amène à raconter des histoires, à les mélanger, à en créer.

Teff dit Gégé


Sur la route D5. Loupian 10 h.

Après avoir quitté Diane D’Allaine et l’imposante Abbaye de Valmagne, je me décide à marcher en direction de Loupian et l’étang de Thau, en empruntant la D5, là ou les platanes centenaires disposés de chaque côté de la route me font une haie d’honneur, et ou le bruit du vent qui glisse sur les premières feuilles naissantes, expriment l’immortalité de l’âme.

En passant sous ces platanes, à l’ombrage exceptionnel, je pense aux joueurs de boules, aux clients des terrasses de cafés, aux peintres, qui pour avoir un peu de fraîcheur, se mettent à l’abri du soleil.

J’arrive au village de Loupian, et dans les méandres des rues médiévales, j’observe les nombreuses façades Renaissance, ornées de fenêtres à meneaux, ou pousse en touffe, entre les pierres blanches une végétation résistante à la sécheresse telles que le thym ou du romarin dégageant une odeur de Provence à mon passage.

En déambulant dans ces ruelles, une agréable odeur de pain chaud m’emplit mes narines, et mon estomac, émet des lamentations.

Dans cette petite boulangerie, étroite ou l’on se frôle presque, il y a offert à mes papilles, des sacristains, des beignets au chocolat noir coulant, des royaumes à la fleur d’oranger, des
chouquettes, et du pain au petit épeautre.

Je prends de tout, et me pose sur un banc de pierre, prés d’un ruisseau ou j’entends un merle noir chanter de sa belle voix. Il est tout près, sur un enchevêtrement de branches tombantes de saules qui descendent jusqu’au bord de l’eau.

Tout en mangeant goulûment mes beignets, je mets instinctivement ma main dans la poche du manteau rouge de l’Abbaye, qui sent le moisi...et je sens une feuille de papier légère.

En la dépliant, il y a des mots écrits à l’encre noire, la forme des lettres sont nerveuses, agités, elles me sautent au cou.

Contrarié et perplexe, je froisse la lettre et la jette à l’eau. Le remous entre les pierres joue avec la boule de papier un instant et l’avale...

Richard Velasquez


La maison

Quand je pose mon regard sur ce paysage de collines surgit le souvenir d’une maison : celle qui m’attend suspendue dans le temps...

Sur sa façade de galets éclate le soleil d’un forsythia. Le long du mur les giroflées se cachent parmi les orties et les herbes folles. La lourde porte d’entrée grince en s’ouvrant et le parfum des choses d’antan me fait monter les larmes aux yeux.Le vieil escalier en bois gémit sous mes pas jusqu’à la chambre bleue où reposent mes rêves. Devant la fenêtre un bureau bancal porte l’empreinte des mots anciens .Tout en bas le verger et dans ma bouche le goût des prunes violettes gorgées de soleil , mes doigts poisseux...

Et toujours, au sommet de la colline en face, l’église et son clocher, les maisons groupées autour comme dans mon livre de lecture de petite fille. L’odeur inoubliable de la classe d’alors : mélange de craie, de sueur et d’autres choses encore....

Un soupir s’échappe dans la chaleur de l’été mais je le sais : ma maison m’attend suspendue dans le temps !

Christiane Willigens

Le festival en images

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Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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