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Vos textes de l’invitation à écrire N°1

A partir de l’un des titres de nos invités d’honneur, Dominique Osmont vous avait proposé de rédiger un court texte.

Voici ce que cet exercice a inspiré.

Dans l’espace fragmentaire oublié j’erre anéantie par l’incommunicabilité. Je suis emmurée dans mon passé comme figée. Les rapports de forces m’ont façonnée et dessiné les contours de mon être dans l’adversité. Travailler, se concentrer pour appréhender de nouveaux territoires dans ce langage qui doit m’ouvrir les portes d’échanges apaisés me laisse épuisée. S’apercevoir à mon âge avancé, que je dois me tourner vers moi alors que pendant toutes ces années je n’ai fait que vouloir le gommer ce moi, trop abîmé, trop déprimé. Regarder à l’intérieur de soi, que vais-je y trouver, une faille béante jamais comblée. Ceux qui auraient dû être des guides me l’avaient tant dit, ce que je suis, rien, rien de bien qui ne fera rien. Alors qui suis-je ?

Je suis mes livres, je suis ma maison, je suis mes créations. Pour approcher ce moi je ressens le besoin de m’isoler entre la mer, le sable et le soleil. L’été circulaire, où les armes sont déposées, la mise à nue de de l’être fera peut-être que j’oserais me considérer.

Pascale Achaintre

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Quand l’abîme est profond et le désespoir infini,
Que l’oiseau tait son chant et crie son ennui,
Quand la blessure trop béante annonce la folie,
La douleur immense pleure le monde englouti.

La parole étouffée et le désir qui s’enfuit
brisent le cœur battant encore son envie.

L’espoir seul en écho repenti
rêve en secret à l’éclat apaisant des étoiles
Et porte avec lui la croyance d’un abris
sous le règne du chaos animal.

Au-dessus des abysses, ne reste-t-il pas, ami,
qu’à danser sur le ciel effondré, et trinquer à la vie ?

Laurence Barbier

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L’esprit en ébullition, sans ancrages, sans attaches, aujourd’hui il n’a rien à perdre. Presque ivre, les membres engourdis, le regard vague, on aurait dit un fantôme fuyant sa sentence. C’est peut-être, au fond, ce qu’il est. Un spectre, une épave désertée, abandonnée, une masse vaporeuse et vague, sans fond ni forme. Seul un mouvement vient fendre cette allure statuaire, son regard, fébrile. Nerveux. Fixé vers un ciel craquelé, scindé, pourfendu par une ligne brisée qui vient bouleverser l’homogénéité du décor astral.

Le ciel se fend, il se brise en interstices qui évoquent les prémisses d’un avenir que l’on abhorre. La voûte qui nous protège, qui nous enlace et nous couvre, celle-là même se disloque peu à peu. Le tissu léger qui nous drapait jusqu’alors se déchire, et, ainsi, c’est par ses lambeaux de chairs céleste, sur le ciel effondré, que la peur jeta son dévolu. L’insécurité vient d’atteindre son paroxysme. Le ciel perforé, notre crainte réveillée. Le choc, rude, dur, cloue le miséreux sur place.

Alors sa carcasse rouillée, bancale, s’avance en titubant, et sans lâcher des yeux le firmament, miroir onduleux qui n’a rien perdu de sa superbe ; il scrute la faille qui troue cette voûte qu’il croyait impénétrable. Et puis soudain, comme un enfant, il s’écroule, en pleurs, les yeux toujours levés vers la voûte céleste meurtrie qu’il a tant chérie.

Salomé Baron

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Dorian s’arrête devant le ranch de son père. Les souvenirs affluent. La première fois qu’il est monté à cheval c’était avec son père, il avait 2 ans. Depuis l’amour du cheval avait grandi . Il était devenu un cavalier émérite. Sa vie se déroulait sur les pistes d’entraînement, il n’avait aucun moment de liberté, pas d’amis.Il avait 23 ans et pratiquait l’équitation à haut niveau, les médailles garnissaient sa chambre. Il était nostalgique et se trouvait bien seul. Il avait l’impression de n’avoir pas eu de vie jusqu’à ce jour. Il se dirigea vers le box de son cheval Torpedo. Il s’agitait, hennissait d’impatience, voulait sortir de son box. Entre chien et loup Dorian décida d’aller faire une promenade en sa compagnie. Après l’avoir sellé, il partit vers la forêt, le brouillard enveloppait l’horizon et tout semblait flou. Cela ne gênait pas Torpedo qui, après un trot d’échauffement se lança dans un galop effréné faisant fi des branches qui risquaient de fouetter le visage de son cavalier qui était bien et ne pensait à rien. Son esprit était vide et il ne faisait qu’un avec sa monture. Ils se connaissaient si bien. Tout à coup le cheval se cabra, Dorian, déséquilibré, se retint aux rennes Cela n’était pas dans ses habitudes. Pourquoi cette frayeur ?

Quand tout à coup il vit dans le lointain une ombre blanche vaporeuse. Elle semblait se déplacer avec grâce. Il mit pied à terre, s’approcha doucement, elle ne bougea pas. Il eut l’impression d’être transpercé par son regard vert émeraude.Il fut pris de frissons et entendit une voix venue d’ailleurs qui disait « je suis Nayaou la messagère de la nuit « Pétrifié, il resta sans voix. Un morceau de papier virevolta et se posa à ses pieds, surpris il le ramassa et lut : ta vie n’appartient qu’à toi, ne te laisse pas guider par les autres. Fais ce que tu désires au plus profond de toi.

Cette phrase le frappa en plein cœur et il réalisa qu’il avait toujours fait de la compétition non pas pour lui mais pour plaire à son père qui lui, n’avait pas pu concrétiser son rêve, devenir jockey. Son désir profond était de voyager, il avait besoin de bouger. Il organisa son départ laissa une lettre à son père lui expliquant qu’il voulait arrêter la compétition et voler vers d’autres horizons. Il fit différents métiers pour subsister, fit le tour du monde et rencontra des personnes totalement différentes. Il s’était enrichi intérieurement. Son seul regret son cheval.

La trentaine franchie, son vœu exaucé, il décide de revenir à ses racines pour revoir sa famille. Il se demande comment elle va l’accueillir après une absence de 10 ans. Il avance doucement sur le chemin et aperçoit les chevaux dans leurs enclos. Il s’en approche et appelle Torpedo le caresse. A ce moment un homme approche, c’est son père. Tout d’abord, il ne dit rien. Son regard exprime l’étonnement. D’un coup d’un seul, ils s’enlacent fortement, les yeux brouillés de larmes, heureux de se retrouver. Maintenant, ils vont pouvoir commencer une nouvelle vie dans le respect l’un de l’autre sans contrainte.

Sylvaine Beaumelle

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La chaleur devenait suffocante même à l’ombre du caroubier. Pas le moindre brin d’air, pas le moindre bruit, à croire que l’île malgré l’affluence touristique, était une de ces îles désertes sans Robinson attitré. Normal, se dit-il, allongé dans le hamac, c’est l’heure de la sieste.

Il se décida à entrer dans la maison sachant qu’il y trouverait une température plus soutenable. Que faire de ces heures creuses ? Il n’avait pourtant pas hésité une seconde à revenir ici dans cette maison de vacances où chaque été le clan familial se retrouvait. Mais cet épisode caniculaire mettait un méchant coup d’arrêt à son activité littéraire. Il devait absolument avancer le récit, ne pas perdre le fil de l’intrigue, rendre à temps le manuscrit s’il voulait être crédible aux yeux de l’éditeur. Il ne pensait pas avoir à se coltiner un été circulaire qui malencontreusement était en train d’assécher toute son imagination.

Sans trop savoir pourquoi, il se dirigea vers la platine prit une pochette au hasard dans le casier à disques et plaça le vinyle précautionneusement. Hypnotisé par le mouvement en boucle du microsillon c’est tout juste s’il écoutait la musique du piano mélancolique. Assez vite il fut mis en orbite dans une fusée interplanétaire, projeté vers des images foisonnantes que lui-même ne soupçonnait pas.

Elvire Bosch

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Mortelle circonvolution

- Comment allez-vous Mister Right ?

- Pas très bien et surtout pas très droit, pour un Right c’est la pire des choses qui puissent arriver.

- Comment ça ? Je vous vois circuler tous les jours, ça a l’air de rouler.

- Pour rouler, ça roule. Une vie de toupie. Je tourne en rond dans mon appartement, puis dans le quartier, pendant un tour de cadran d’une heure. Pour cela, j’ai dû faire un cercle sur le plan de la ville d’un rayon d’un kilomètre, c’est l’aire circulaire dans laquelle je suis autorisé à errer au fil des jours et en fonction de mon humeur. C’est ce que l’on appelle vivre en cercle fermé.

- Avec l’été et les beaux jours qui approchent, vous allez pouvoir vous évader et sortir du cercle.

- Mon été, il sera comme le reste de l’année. La Terre termine sa révolution autour du Soleil et moi mon 365e tour de quartier et je crois que ça va continuer encore longtemps, du moins pour le Soleil.

Après un court silence, il ajouta :

- Hiver circulaire, printemps circulaire, été circulaire, je me sens comme une toupie lancée à vive allure sur un plateau, elle tourne, elle tourne, puis insensiblement elle ralentit et enfin elle tombe dans un spasme mortel et s’immobilise. Tout ça à cause de la COVID, je parle de cette nouvelle maladie la « Circonvolution Obsédante de Vie Irrémédiablement Dépressive ».

Je quittais M. Right en me disant qu’il était en train de devenir fou.

André Bouisson

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NON, NON, NON

- CP : Pour la cinquantième fois, vas-tu avouer !

O reste calme, se borne à dire ‘’Non, je suis innocente’’.

CP s’énerve, soupire, tape sur la table, ne sait plus que dire ou faire, essaie le hurlement : Tu mens, tous ceux là t’ont vue et reconnue !
O ouvre de grands yeux, s’étonne : Ceux-là ? Mais ce sont des faux jetons ! Vous n’avez pas compris ? Ce sont eux qui ont fait le coup, pas moi ! Ils se servent mutuellement d’alibi. Je crois qu’ils se moquent de vous, oui, vraiment, à la réflexion, ils sont malins, pas comme d’autres…
CP frémit de colère, se maîtrise et reprend : tu ne partiras pas avant d’avoir avoué. O se plonge dans ses réflexions. Réflexions troublées par CP qui chuchote ’’Avoue’’. O chuchote aussi :’’non, non, non“. J’ai des témoins qui attestent que j’étais avec eux à deux cents km d’ici, alors, non, non, non !

CP ne sait qu’inventer. Ah ! il a trouvé : Si tu avoues, le juge sera plus clément ! Non, non, non, répond O, la clémence du juge n’est pas nécessaire puisque je suis innocente ! Et ne me prenez pas pour un pigeon !
Deux heures encore du même manège. O soupire : C’est la dernière fois que je réponds NON ! Je ne dirais plus rien ! Si, elle nie encore une fois, la centième !

Cent fois nie l’Oie, et, lassée elle s’envole.

CP : Chien policier
Les autres : canard, lapin, cochon, mouton, chat, serpent, grenouille.
O : L’Oie

André Capitan

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Apocalypse now

Mon regard se perd dans une immensité laiteuse. L’horizon s’enfuit très loin. Vision de fin du monde. Les choses m’échappent. Une poussière céleste saupoudre le paysage.Tout semble s’effondrer : futur post apocalyptique ou mirage inquiétant ?

La montagne est couleur d’or pâle. Mon champ visuel se réduit. Des images floutées brouillent ma vue. Le vent souffle chaud. Sensation d’étouffement. Oppression. Situation inédite : c’est Blade Runner 2049 qui défile devant les yeux. La montagne rit jaune. En bas les réseaux sociaux s’affolent.

Sur le ciel effondré, le sable venu du Sahara jette sournoisement ses grains dorés.

Violette Chabi

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Quelle chance a cette Sylphide ! Vivre dans les forêts moi, qui vit en appartement, j’ai soif de vert, de nature, j’ai faim de parfums végétaux, un besoin de mousse, de fleurs, d’enlacer un arbre. Fermons les yeux, rêvons. Une silhouette blanche m’apparait, me prend la main, c’est la Sylphide, fée des forêts qui m’entraine sur un chemin.
Des arbres majestueux m’entourent,
La forêt m’accueille dans ses plus beaux atours.
Un air frais et parfumé embaume
Je me sens flotte sur ces arômes.
Un bien-être m’envahit...
Mais ma main retombe doucement
La réalité me retrouve dans mon lit.
Qu’importe, cet agréable moment
Me laisse apaisée et confiante,
La vie me paraît plus accueillante.

Françoise Charton

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La nuit, les chats ne sont pas tous gris, Naya, elle, elle est toujours noire.
Elle entre par la fenêtre du bureau et miaule, Elle miaule à en réveiller la maison,
Comme si un drame était arrivé.
Je me lève pour voir ce qu’il se trame, à la limite dans l’angoisse qu’elle ne se soit blessée.
Puis, elle passe entre mes jambes, me suit, m’entraîne dans la chambre.
Naya, mon chat noir, aux yeux verts, Jolie comme un hérisson., aussi douce que perverse.
Elle joue avec mon téléphone, Jusqu’à le faire tomber.
Je la gronde, fâchée,
Je ramasse le téléphone,
Et je lis tes messages tristes de la nuit.
Je lis ta détresse, ta tristesse, celle qui t’attaque les soirs de pleine lune.
Quand je n’arrive plus à t’entendre,
C’est Naya, la messagère de la nuit.

Nathou Créquie

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La rue est faiblement éclairée. Un unique reverbère clignote une lumière orangée dans ce passage sombre de la petite ville. Elle avance d’un pas précipité serrant son sac en bandoulière contre son ventre. Il sera bientôt minuit. Elle ne voulait pas rentrer trop tard mais le pot organisé par son collègue de bureau à l’occasion de son départ en retraite, n’en finissait plus. Presque tout le personnel de l’usine était présent. La salle de réunions était pleine à craquer. Elle avait tout de même réussi à s’éclipser discrètement. Elle était fatiguée en ce moment et ne tenait pas à se coucher trop tard. De plus elle savait que sa mère allait être inquiète et ne réussirait pas à s’endormir. Elle avait grand besoin d’être rassurée depuis que la maladie de Parkinson s’était emparée de son intégrité morale et physique.

Maria eut d’un seul coup l’impression de ne plus être seule dans la rue. Elle accéléra le pas tandis que son cœur se mit à battre à un rythme beaucoup plus rapide. Elle sentait la menace approcher derrière elle et eut momentanément l’image flash d’une proie de la jungle poursuivie par un prédateur. Il lui restait encore une centaine de mètres à franchir avant de rejoindre sa maisonnette. Mais brutalement ils furent sur elle.Trois hommes au visage dissimulé partis entre fauves pour une expédition punitive qui leur permettrait de décharger leurs pulsions agressives. L’un deux lui arracha son sac pendant qu’un autre la tenait fermement par derrière la maintenant serrée contre lui de ses bras puissants. Le troisième se tenait planté en face d’elle semblant jouir de la capture de sa proie. Il se dandinait d’un pied sur l’autre et semblait réfléchir à la façon dont il allait s’occuper d’elle. D’un geste rapide il dégaina un couteau qu’il agita tout en l’approchant lentement de la gorge de Maria. Terrorisée, incapable de se débattre, elle ferma les yeux telle la victime consentante qui attend de mourir égorgée comme un animal à l’abattoir. Mais dans un dernier éclair de lucidité, elle fit jaillir de sa gorge encore intacte un cri puissant d’où résonna un nom : « IAGO ! »

L’animal qui avait déjà du flairer le danger se précipita dans le dos de l’agresseur qui, surpris lâcha son couteau. Iago le gentil berger allemand compagnon fidèle de Maria s’était transformé en un véritable monstre menaçant qui planta ses crocs dans la jambe de celui qui ceinturait sa chère maîtresse. Cette rage folle qui s’était emparée de lui fit fuir à toutes jambes les trois agresseurs qui disparurent au fond de la rue à une vitesse égalant les records olympiques.

Maria épuisée s’était assise sur le rebord du trottoir. Elle resta longuement enlacée contre son merveilleux compagnon qui venait de la sauver et lui prouvait encore son amour en lui léchant le visage. Elle lui parla , le remercia , le caressa avant de regagner presque paisiblement leur demeure.

Evelyne Creux

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Son entrée à l’école primaire, son entrée au lycée, la cérémonie de remise de son diplôme universitaire, sa première publication. Son premier baiser, son premier amour, son premier enfant. Le séjour aux Cinque Terre, la balade sur les quais de Saône, le pique-nique dans le champ de sa grand-mère. Son deuxième enfant, sa deuxième publication, son premier prix. Des événements qu’elle se représentait comme autant de fins nuages blancs, flottant légèrement au-dessus de sa tête et qui l’accompagnaient jour après jour avec douceur. 

Désormais, elle marchait sur le ciel effondré de sa vie. Les morceaux de ce qui l’avait forgée étaient éparpillés et crissaient sous ses pieds. Des fragments sombres, presque noirs, aux bords coupants, lourds de tout ce qu’elle avait perdu. Elle se courba, tendit la main et en attrapa un. Son dernier regard. Brisé. Elle réprima un sanglot et le laissa tomber.

Chloé Dorge

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"Il était une fois dans la ville de Foix........"

Jean- Nicomède , affalé sur sa dictée, là au fond de la classe, près du radiateur, souffrait.
Ma foi, comme tout ceci est foiradeux, se répétait-il de plus en plus souvent. Et pourtant, des idées foisonnaient sous la casquette de Jean-Nocomède, des idées, des rêves, des passions................
Mais voilà, c’était trop tard, plus personne n’avait foi en lui. Ni ses maîtres successifs, ni même sa mère qui avait finalement renoncé à lui infliger la tranche de foie de veau hebdomadaire, censée lui rebooster les neurones.
Alors, ces derniers temps, il s’était recroquevillé, échappant ainsi aux invectives qui pleuvaient sur lui à tout bout de champ, lui délavant le cerveau, chaque jour davantage.

Un joli matin de printemps, frais et odorant, la place de Jean-Nicomède resta vide. A peine si sa disparition fut remarquée.
La veille au soir, il avait visionné "sans toit, ni loi", interprété par la troublante Sandrine Bonnaire.
C’était cela son destin.
Armé d’un sac à dos et de noires pensées, il partirait à l’aube naissante sans se retourner, à la conquête d’un pays "sans foi, ni loi"

Sylvie Etcheverry

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Le manteau rouge

Qui es-tu, jeune fille encapuchonnée dans ton grand paletot ?
Manteau, fourrure chaude et douillette,
Manteau, couverture protectrice,
Manteau, boîte à secrets,
Manteau, cachette des émotions,
Manteau, refuge des douleurs.

Qui es-tu, jeune fille au visage écarlate ?
Rouge de honte, de colère,
Rouge révolutionnaire, électrique,
Rouge carmen, dansant,
Rouge lumineux, incandescent,
Rouge feu, éclatant.

Jeune fille, peut-être que tout simplement, enveloppée dans ton
manteau rouge tu rêves en face d’un coucher de soleil étincelant.

Denise Friboulet

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Allongé sur les fougères odorantes
qu’ils avaient tant foulées ce dernier été
Il s’est endormi poings serrés
sur leurs derniers baisers.

Un rayon de lune infiltre les aiguilles d’un cyprès millénaire
Sous ses paupières encore fermées traversées par un halo de lumière
une femme évanescente
se dessine peu à peu éblouissante !

Sa robe de tulle vaporeuse
flotte et danse autour de son corps svelte et élancé.
On dirait qu’elle a des ailes !

Il reconnaît Sylphide, fée des forêts
Enroulée dans ses longs cheveux d’or !

Cette beauté inaccessible, envoûtante
se métamorphose soudain en une entité sublime.

Son sourire qui n’appartient qu’à elle
installe les premières lueurs du jour sous ses paupières éblouies.

Elyane Guillaud-Rollin

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Le manteau rouge

C’est bien elle que j’ai vue. J’ai reconnu le manteau rouge, la chevelure couleur de feu de la mégère qui s’est sauvée, s’en est allée se fondre dans la nuit noire. Elle est sortie de chez Sylvie Foini, l’air d’une folle, l’arme à la main, un marteau il me semble. Marion aussi l’a fort bien reconnue !

En selle Messieurs, fouillez bois et fourrés et qu’avant l’aube elle soit serrée. J’attends votre message.

Les uns les autres se sont lancés à la poursuite de la tueuse, jurant, courant dans les taillis ; pas une trace, pas un fil rouge, pas même un clair de lune pour les guider. Ah ! s’ils avaient eu les chiens, au parfum ils l’auraient talonnée.

Ils étaient six, elle était seule, et... au matin chou blanc !

Édith Henaff

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Plein gris dans l’Océan

On avait dit plein Sud mais le vent a forcit, la tempête est sur elle.
Mamiwata renonce à respecter son cap. Toutes voiles abattues, il est grand temps de fuir en se laissant aller, ballotter, enlever par les flots déchaînés.
Les vagues qui la soulèvent comme pour mieux l’emporter l’élèvent au plus haut point pour mieux la faire chuter, et puis recommencer. Vagues faites montagnes, chaîne sans fin qu’il s’agit de gravir avant de dévaler. Un tout petit répit la laisse dans le creux, comme une hésitation, une chance de durer, de la laisser souffler pour mieux recommencer.
Ses coques de bateau en craquent d’inquiétude, et tous les ustensiles dans son ventre rangés se sont mis à valser, pas de droite, pas de gauche et d’avant en arrière, et puis de haut en bas, épousant maladroits et soumis, les volontés marines.
Lentement, doucement, les vagues qui s’approchent, lourdes et menaçantes masquent quelques instants le ciel bien moins noir qu’elles.
Le monde s’est fait obscur comme rarement à ce point
Mais Mamiwata tient. Mamiwata tiendra
Et reprendra son cap, oubliant les gros dos, et sans rancune aucune pour celui qui la porte, la bouscule ou la berce.

Violaine Hollard

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Ah ! Quand reverrai-je ma savane couleur paille… ? L’odeur âcre de la brutale sauvagerie, mêlée aux effluves bestiaux des amours félines ?

Tourner en rond dans ma cage, quel ennui, pour quoi, pour qui ? Mes idées font corps avec mes déambulations circulaires et vont, monotones et las, sans élan s’user à trop repasser par les mêmes souvenirs lointains. Tu t’éloignes, et pourtant…

Les herbes couchées à l’ombre des acacias portent encore la trace de nos râles lascifs, où la voluptueuse douceur le disputait aux grognements féroces de nos frottements râpeux et sensuels. Entre fauves, l’étreinte alanguie d’une sieste à l’heure ou s’embrasent les herbes hautes, mêle une fougue enfiévrée et une indolence offerte. Quand les pelages se frôlent et roulent au sol avec une force gracieuse et une agilité lourde de puissance, la savane se tait sous le bruissement doux du vent chatouillant les feuilles.

Ces bribes de mémoires me semblent maintenant si lointaines.

Tourner autour de ton souvenir me rend fou.

Olivier Leloup

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Un second souffle me sauverait
Tant de larmes versées
Qui ,
Sur le ciel effondré,
Naufragées
M’ont habillée
De mélancolie
Appeler ?
Chercher ?
Et puis après ??
Épuisée

Entrapercevoir une éclaircie
Et m’y glisser
Apaisée

Armelle L

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Justice

"On nous attaque dans le canyon de Longriver" dit calmement le Marshall Bass. Entouré de quatre tuniques bleues, un prêtre se réfugie contre une boite modeste mais importante. Les cliquetis des colts chargés sonnent le début des hostilités, l’odeur de la poudre des fusils étouffe les souffles.

Le Marshall tangue de droite à gauche, observe d’hublot en hublot. John Wishmore et sa chevauché rouge se rapprochent. Leur cible est la relique du vieil ecclésiastique. Le canyon raisonne des impacts des sabots.

Les premiers coups de feu sont donnés, la voiture blindée résiste facilement. Des hommes, cachés derrière des foulards rouges, arrivent à hauteur de la diligence. Bass libère les chiens, l’assaillant tombe sous la morsure du feu. Le soldat riposte, touche un cheval qui trébuche. Les balles pleuvent sans discontinuer. Deux rechargent pendant que deux autres défendent par les meurtrières, le ballet est millimétré.

Une première tunique bleue est couverte de sang. Dans la peur, le prêtre implore Dieu, une dernière rédemption. La meute colle au train de sa proie près à mordre. Le ravin s’harmonise avec le vacarme de la chevauchée et des revolvers, répond au chahut par un chambard de pierres. Wishmore précipite son vautrait. La meute de roches au triple galop les dévore.

Le calme revient dans la voiture. Satisfait, Le Marshall Bass s’assoit et recharge ses armes, il est un homme prévoyant.

François Levillon

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Sous des dehors enjôleurs
Ne vivent que des usurpateurs
Sans Foi ni Loi
Vous vous dites de tous les combats
Pourtant vous n’êtes que des menteurs
Et l’on vous sait tellement tricheurs !
Que de rancœurs
Que de pleurs
Semez-vous par vos noirceurs !
Pour même, parfois, finir dans l’horreur !
De vos passages tordus
Ne restera que décombres
De nos années perdues
Nous ne sommes plus que des ombres !
Sans Foi ni Loi
Vous n’engendrez que désarroi.

Marie France Macquet

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Il est des jours où l’humeur s’accorde au ciel. Maussade, le cœur gémit dans une terne nostalgie.
Les nuages bas gomment toutes velléités de relief. Une inertie pesante s’impose au lieu, au temps, à la pensée dans l’immobile sidérée. Plein gris !

Une flue épaisse étouffe toute ombre, toute nuance, enferme la tristesse, entrave les mouvements tant du corps que de l’âme. Plein gris !

Une pause s’étire dans un flou incertain, imprécis. La brume estompe jusqu’à la vie...
Attente de quoi, de qui… Plein gris !

Attente d’une déchirure de ce voile qui emprisonne.
Qu’un orage éclate, que la vie frissonne.
Que le vents se lève, que la bourrasque tonne.
Que le sang circule, que les pensées foisonnent.
Attendre si je le peux, la vie en plein feu.

Christine Muller

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Assise sur le rebord de la baignoire, sa mère l’enveloppe dans une serviette rose et grise aux teintes de la salle de bain. Elle la frotte vigoureusement, la frictionne à l’eau de Cologne. Odeur fleurie, sensation vivifiante, le corps se réchauffe.

Sous-vêtements en coton blanc tout comme les socquettes que sa mère lui enfile avec application, accroupie devant elle. Vêtue de la robe écossaise à col Claudine, les cheveux soigneusement retenus par une barrette dorée, la voilà presque prête la petite fille. Elle s’impatiente .

On longe le couloir, on traverse la salle à manger. L’odeur du café et du pain beurré flotte encore dans la pièce. Les voilà dans l’entrée. La porte de la penderie grince comme chaque jour. La petite fille chausse ses souliers vernis noirs pendant que sa mère s’apprête rapidement, gabardine beige, escarpins et sac assortis. Elle trépigne la petite fille. Elle trépigne jusqu’à ce moment tant attendu où comme par magie le manteau rouge vient se poser sur son corps l’enveloppant d’une chaleur rassurante. Le manteau rouge au col et boutons de velours noirs, celui du dimanche. La voilà tout à fait prête la petite fille.

Elle tend la main à sa mère qui la saisit fermement. Regards partagés, sourires discrets, oui c’est dimanche ! En sortant de la messe, on s’arrêtera à la pâtisserie pour acheter des gâteaux.

Geneviève Nain

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C’était un jour d’ombres. Un jour de plein gris. Ce printemps-là refusait les couleurs, le soleil restait pâle et le ciel de plomb se confondait avec le profond des forêts où des fauves sanguinaires auraient pu se réfugier pour échapper à la loi des hommes sans pitié.

J’avais une fois de plus enfilé mon manteau d’hiver et j’avais la sombre impression de ne plus jamais devoir le quitter. Cette année, il ne rejoindrait peut-être pas l’étagère où je le remisais habituellement. Je ne sentais toujours pas cette douceur qui aurait effacé la nécessité de le porter.

Quel printemps décidément ! Un printemps où je ne parvenais plus à avoir foi en quoi que ce soit. Les fées avaient dû le déserter pour aller se pencher ailleurs sur des berceaux d’enfants. J’étais devenue une vagabonde, une errante solitaire. En continuant à tourner en rond sur mon cadran d’infortune, je risquais d’aller droit dans le mur.

Je n’avais pas le choix : je devais sortir pour délier les trop-pleins qui étouffaient mes ardeurs. Je pris donc le chemin qui conduisait au bois dormant et j’y risquais mes pas. Instantanément, le tapis de feuilles qui crissait sous mes semelles de crêpe dégagea des odeurs de cèpes et de mousses, mes oreilles bourdonnèrent de murmures d’insectes, des violettes tendirent leurs cous fébriles et je sentis le rouge me monter aux joues. Je dégrafai aussitôt mon manteau, le jetai et il s’affala de tout son long.

Véronique Pédréro

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Je m’appelle Maxime, cinq ans et 1,20 mètre, ma fenêtre ouvre sur Belledonne et l’école est à 10 minutes à pied. L’hiver je skiais le mercredi après-midi et j’allais une semaine en montagne, je devais passer ma première étoile mais Covid 19 m’en a empêché. Cette année, remontées arrêtées, j’ai chaussé mes raquettes, ma maman était mon sherpa, grimpait en ski rando avec mon papounet et mon tonton. Elle portait mes skis, départ à 1650 m d’altitude, arrivée à 2250 m, en deux heures et demie, descente en moins d’une demi-heure, plein de soleil et d’air frais, la station préparait une piste, à la descente chasse-neige prudent dans la poudreuse. En Vanoise, nous avons vu des oiseaux et animaux qui venaient beaucoup plus près de nous.

Le tapis roulant pour enfants a été installé à 2000 m, inaccessible avec le télécabine d’accès fermé, dommage il aurait été utile pour notre étoile. Aussi, je n’ai pas pu utiliser cette année mon kimono de judoka à cause de ce Covid. J’espère qu’au printemps nous irons voir les IMOCA dans leur paradis de sud-Bretagne, j’aimais trop les regarder dans le Vendee Globe. J’adore escalader les phares bretons et les tours de Corse.

Dans mes livres, celui de mon papounet est le plus grand, la Forêt des deux Frères : l’un garde sa moitié naturelle, les visiteurs et les animaux s’entendent bien. L’autre coupe tous les arbres pour construire une ville, beaucoup d’immeubles et maisons, des rues, des voitures et camions, celui-ci doit être bien plus riche.

Richard Prothet

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περίμετρος

On l’avait pressenti.
À 20 heures j’ai fermé ma porte à clef. J’ai entamé mon périple - sans fin.
Ma chambre est carrée, vaste, une fenêtre ouverte sur la voisine d’en face qui n’est jamais là. Un bouillonnement dans ma tête. J’entrevois tous les possibles.
Je tourne en rond, tente de résoudre la quadrature du cercle, calcule la circonférence de ma fuite en boucle, approximative, infiniment, π étant ce qu’il est.
Des odeurs, une vieille photo, un jeu d’échecs, le fantôme de Xavier De Maistre, mes livres de poèmes, tes lettres.
Je change de sens, de point de vue.
Je me mêle à la conversation des oiseaux, enfin !
Je respire de lointains horizons de sable, de banquises, de canopée stellaire.

Mon premier été circulaire.
Et s’il n’y avait plus d’automne ?

Eric Protin

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Célestine

Elle aime les couleurs vives, les rouges, surtout les rouges. Vous rappelez-vous ?
Elle aime les jaunes, l’orangé, la fraîcheur de la fraise, le grenat des cerises qui teinte ses lèvres l’été, l’incandescence des coquelicots de son jardin secret, les cheveux d’or de ses garçons, l’or aussi des tournesols du peintre et les violets perdus de ses iris enchanteurs.
Elle rit.
Elle aime, les soirs de bal, les jupes qui virevoltent au son de l’accordéon. Elle aime tellement le tombé élégant de son manteau d’hiver !
Elle aime la lumière à la folie. Elle a vingt ans.

Aujourd’hui, maladroite, elle lit avec deux doigts. Avec les dix elle lirait bien plus vite !
Elle rit.

Une timide clarté traverse ses paupières, elle devine le jour, elle perçoit la nuit, le soleil et l’ombre. Dans sa tête chantent encore les couleurs de son enfance, même les plus subtiles, l’aubergine, le mauve, le framboise...
Elle rit.
Beaucoup de ses amies n’ont plus cette chance-là. Ses amies vivent en plein gris.
Elle est en sursis.

Ce soir, c’est une très vieille dame. Plein noir.
Elle rit encore, elle voit avec ses doigts !

Geneviève Protin

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Je déambulais dans la rue noire et attendais l’aube pour observer le soleil rougi par la nuit se hisser dans le ciel. Sans toi ni moi, sans foi ni loi, l’ombre prenait toute sa place. Le vide semblait illimité et la voie s’effaçait pas à pas. Je tentai de reprendre mon chemin mais l’anarchie était à son comble à l’intérieur de moi et je laissai peu à peu la fatigue s’emparer de mon être.

Les grains de sable furent effet et mes songes m’entrainèrent dans un autre temps. Une terre ocre ornée de cactus laissait place à un cow-boy sur son cheval aux couleurs flamboyantes. L’union était indestructible. Libre au vol mais en pleine cavale semblait-il. Un chérif le suivait de près, déterminé à le trouver et le rencontrer. Une cause à défendre ? une faute sans nom peut-être ? Le cavalier en fuite se laissait conduire comme si une route au pavés imbriqués et alignés de manière structurée faisait partie du paysage. Son âme savait, son âme le guidait. Puis la nature reprit ses droits laissant place à la nuit. L’espace devint infini et l’idée de s’évader sous le ciel étoilé l’anima. Il descendit de son cheval, s’allongea quelques instants pour admirer le spectacle puis s’assoupit. Le chérif, observant la scène de loin se rapprocha peu à peu. Ni cri, ni coup de feu. Il s’avança simplement vers lui et posa délicatement une étoile sur le cœur du cow-boy.

Soudain mes yeux s’ouvrirent et mon rêve s’éloigna. Le chaos de la nuit s’estompait et les rayons du soleil réchauffaient ma peau engourdie. Mes cellules s’activaient à nouveau et je pu me mettre debout. Armé de ma liberté, je repris mon voyage pour te rejoindre et traversa le village en fredonnant « I’m a poor lomesome Cowboy »…

Elisabeth Ravez

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La forêt, les arbres, les champignons, l’odeur, la résine, la chèvre de M Seguin, le bois, le bûcheron, la hache, les pommes de pin, un écureuil,
La chèvre n’aura jamais peur du loup. Elle aime trop jouir de sa liberté, là-haut dans la forêt. Elle entend le bûcheron qui coupe les arbres à la hache, elle respire l’odeur de la résine, qui l’enivre. M. Seguin l’appelle, elle se moque de lui. Jamais elle ne retrouvera son enclos dans la vallée. Elle est une sylphide, fée des forets, amoureuse de tous les êtres vivants qu’elle rencontre.

Et elle rencontre un écureuil. Séduite par cette boule de poils roux, par cette queue majestueuse, envoûtante, elle oublie que la forêt n’est pas son lieu de vie naturel. Les pommes de pin ne forment pas le sol de sa couche. Comment vivre ici ? S’envoler, de branche en branche, se changer en hirondelle, messagère du printemps. Aussi libre que la chèvre, aussi effrontée. Elles n’ont pas peur du loup, les fées de la forêt. Elles s’envolent.

Noëlle Roth

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À toutes celles qui luttent et qui subissent

A-t-il un sens pour vous ce 8 mars
Vous qui êtes battues,
Bafouées, violées, excisées ?
Soufflera-t-il pour vous
Le vent de liberté ?

Sur le ciel effondré
Par les guerres, les violences
Fond facilement
Et depuis trop longtemps
Cette journée des femmes.
Serez-vous un jour, et pour l’éternité,
Délivrées de vos chaînes
Qu’on veut vous imposer ?

Vous êtes mes sœurs
Que je voudrais libres
Heureuses, dénudées,
Messagères de l’été.

Denise Roux

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Sur le ciel effondré, délicieux mots effrontés
Bleu nuit, blues né
Bleu indigo, vive les flots
Bleu aigle marine, amérindien

Bleu turquoise, mer d’iroise

Sur le ciel effondré, full moon endiablée
Dame blanche, marée vénérée
Dame blanche, étreinte assurée
Dame blanche, pureté saluée
Dame blanche, mystère entier

Sur le ciel effondré, collapsus obolé
Enfant Bleu, bleu pacifique
Enfant Roi, bleu solarisé
Enfant indigo, bleu inspiré
Enfant alpha, bleu cristallisé

Armelle Rozec

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Des rayons timides se frayaient un chemin lumineux jusqu’à mes paupières closes sur lesquelles la nuit tropicale avait déposé des gouttelettes de sueur. Je fus contrainte d’ouvrir les yeux malgré l’indolence sourde qui engourdissait mon corps encore prisonnier des limbes de la nuit.

L’été circulaire, la langue vernaculaire, tout dans cette région du globe où mes recherches m’avaient attirée me paraissait étranger. « Dépaysement assuré » vantait le guide touristique que j’avais feuilleté dans l’avion. « Enfermement » conviendrait mieux tant la chaleur expiatoire n’autorise aucune rémission.

Je me levai péniblement, trébuchai sur les livres épars que je n’avais pas pris le temps de ramasser avant de m’effondrer sur le lit. Le lit, mon refuge. La chaleur accablante m’avait terrassée par surprise dès le premier jour de mon installation à la station scientifique du Parc national de la Comoé. Un soir où le doute avait planté ses crocs dans mon parcours universitaire d’une linéarité pathétique, j’avais envoyé ma thèse de doctorat au Professeur L. qui recherchait une assistante pour son laboratoire dans la brousse ivoirienne. Je cherchais désespérément une échappatoire à la trajectoire que mon père avait tracée pour moi.

Catherine Spinard

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Mes bermudas proviennent de là-bas

Hamilton, l’épicentre du triangle des Bermudes, avant tout, capitale de cet archipel installé au milieu de l’atlantique. Là se tient ma carrée, rectangulaire d’ailleurs, au 12 de la Brunswick street. J’occupe cette piaule depuis deux ans. Objectif, repérer comment disparaît dans ce paradis fiscal l’argent de nos philosophes en col blanc et smoking, tous genres confondus. La haute sphère de ces activités prestidigiaques, un quarteron de sbires du Pentagone, des pontes du bureau ovale. Un job où je risque ma peau dix fois par minute. Obligé de fréquenter les salles de sport, fitness et cætera, horreur de ça. Obligé, le caïd de ce bizness camoufle magouille sur magouille dans ces repères de sueurs. Moralité, omoplates, trapèzes, adducteurs, m’expliquent tous les jours comment souffrir assis, debout, sur le ventre. Un, deux. Un, deux, trois. Marre. Plutôt intérêt que la mission se termine, plus un rond dans les caisses de la brigade Évasion Fiscale. Toujours été maigre celle-là, ce coup-ci on dépasse la misère. Sandwich matin, midi et soir. Dans ma piaule, je sous-loue un coin à un type de l’aéroport de Saint David Island, un triste qui me brise le moral, et d’autres affaires. J’épluche les mèls du caïd, j’écoute ses communications téléphoniques. La difficulté, tout se passe en portugais. Sont lusophones par-ici, c’est culturel, surtout pour les marlous. Jamais fait de deuxième langue, um inferno, vous comprenez. Le code attendu, verão circular, autrement dit en français, été circulaire.

Teff, dit Gégé

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Ces grands yeux purs

Villeveyrac, Abbaye de Valmagne, 6 heures du matin.
Le taxi qui vient de me laisser devant cette fondation construite en 1139, entourée d’une clôture en pierre octogonale surmontée d’un dôme ouvert, m’impressionne.
Une poulie en bois grince en se balançant le long de la façade.
Autour de moi des vignes à perte de vue, ou la pureté matinale fait éclore les bourgeons.
Je respire profondément pour capter l’odeur de la douce brise du printemps qui s’annonce, et qui me caresse le visage avec légèreté.
J’avance vers les deux portes cochères de forme gothique, je gravis le perron, puis le vestibule donnant sur le cloître pavé en marbre de couleur.
Au fond de cette galerie, cinq marches usées en pierre blanche et une porte verte entrouverte surmontée d’une croix, je la franchis.
A l’intérieur, des meubles imposants, fauteuils, tables, consoles et une pendule en forme de sphère, les murs lambrissés de bois de rose.
Posée près d’un feu ouvert, Diane d’Allaines, me fit signe de m’asseoir.
Je l’observe, sa peau blanche et lisse de son visage, ses grands yeux purs, ses cheveux tirebouchonnés à l’anglaise, elle caresse l’accoudoir de son fauteuil, de ses mains un peu maigres.
Elle porte une robe de mousseline noire à corsage montant.

Un silence s’installe, seule les flammes bougent.

– Monsieur Molesby...le manteau rouge devant vous...je vous demande de l’emporter.
– Pourquoi m’avoir fait venir de Voiron madame ?
– Prenez en soin, il est d’une grande valeur, des personnages illustres l’ont porté...Il est temps qu’il quitte ce lieu !
– Que dois je en faire madame ?
– Vous le saurez bien assez tôt !
– C’est une donation pour le musée de Mainssieux ?
– Allez maintenant.

Et en regardant le feu devant elle, d’un geste las de la main me fait comprendre que la discussion est terminée et que je dois prendre congé. 
Je récupère le manteau rouge et cette odeur forte de moisi, dehors la pluie s’invite, et il fait froid. Sous la porte cochère, je marque un temps d’arrêt...j’enfile le manteau rouge, et je sais que cette fois ce seront mes pas qui écriront la suite de l’histoire, une histoire commencée depuis longtemps déjà.

Richard Velasquez

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L’aube fraîche, c’est l’heure où les fauves chassent. Superbe, avance la lionne, méprisant l’émoi qu’elle suscite. Seuls, témoignent de sa progression les craquements secs des branches qui cèdent sous ses cent trente kilogrammes de menace. Chacun de ses pas est un chef d’œuvre d’équilibre naturel.

La lionne chasseresse est de bonne humeur ce matin. Les centaines d’exhalaisons de la terre ocre, de l’humus sombre, des mousses vertes d’humidité, des lichens aux bleus iridescents, tous les arômes des écorces écorchées, des feuilles mauve violacé, des buissons denses d’ombre, de séquoias, de palmes crues, toutes les fragrances des fleurs d’eschscholtzias jaunes sombres, d’orchidées royales à la pourpre incandescente, tous les violents parfums des fruits, mangues pourrissantes, gojis rouge sang, bananes or vif, les odeurs âcres de la faune multiple, phacochères, oryx, éclairs de singes agiles ou chimpanzés rêveurs tout ce maelstrom de mille vies abruptes, primitives, brûlantes qui s’offrent, pénètre ses narines subtiles.

Par l’odorat le fauve fait corps avec la nature, il est la nature. Extérieur, intérieur c’est la même chose.

Une pure jouissance… sans limites. Le pelage de la lionne est blond fauve « entre fauves  », les autres couleurs de la terre

Marie Veuillon

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Parmi les titres proposés, j’ai choisi, sans hésiter, “ Sylphide, fée des forêts”. Sylphide m’a fait penser à silva : forêt, en latin. Quand j’ai découvert ce mot vers l’âge de dix ans, j’en suis tombée amoureuse et ai tout de suite décidé d’appeler ma première fille : Sylvie. 

J’imagine Sylphide : elle aime entrer dans les bois, et s’y perdre. Comme le petit Chaperon Rouge, elle sautille d’un pied sur l’autre, se pique aux arbustes épineux, accroche sa cape aux branches basses, et, tendant l’oreille, peut entendre au loin des grommellements de bêtes sauvages.

Elle ne craint rien, elle est fée, et sa baguette saura toujours la sauver.

Mais, lors d’un saut plus haut que les autres, voilà cette baguette qui s’échappe des mains de Sylphide, vole au loin et disparaît dans les fourrés. “Si seulement je lui avais mis un noeud rouge, je l’aurais reconnue dans toute cette verdure ! ”

Trop tard, la nuit arrive, la lisière est hors de vue, les bruits de bêtes s’amplifient, et Sylphide n’a plus aucun pouvoir. Comme vous l’auriez fait à sa place, elle cherche un arbre aux branches basses, le trouve, y grimpe : la voilà sauvée pour cette nuit.

Demain, espère-t-elle, elle retrouvera sa baguette, et sera de nouveau “fée des forêts”.

Jacqueline Viguiè

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Une soirée

Ils ont parlé, ri, mangé, bu, dansé....Maintenant la soirée organisée par Marion semble s’étirer doucement vers le départ des invités. C’est alors qu’une idée lui vient . Elle a reçu pour Noël le dernier jeu d’oracles très en vogue actuellement et baptisé « Naya ou la messagère de la nuit  » : un jeu composé de belles cartes dorées qu’elle propose d’étrenner ce soir. Au dos de chaque carte une représentation de Naya fait fantasmer les garçons. Naya , déesse des rivières et des sources. Une nymphe d’une beauté ensorcelante à la chevelure flamboyante avec, à l’auriculaire gauche une énorme pierre précieuse(probablement un grenat). Au recto : un message de la naïade. La proposition de Manon suscite des réactions variées :ironie pour Damien, mais aussi perplexité, amusement, intérêt et même refus de participer pour Sophie très susceptible.Les autres s’installent autour de la table. Lumière tamisée et musique tirée du film « Il était une fois dans l’Ouest » créent une ambiance adaptée.

Isabelle commence et lit à voix haute : « Le grand amour est à portée de main ! ». Tout le monde s’esclaffe et Olivier , son plus proche voisin, en profite pour l’enlacer, lui voler un baiser en déclarant : « c’est moi l’homme de ta vie ! »....Le jeu continue sur fond d’harmonica lancinant ...Enfin vient le tour de Damien.Il se saisit d’une carte avec des gestes de prestidigitateur , la retourne...son sourire se fige un instant : aucun message ! Aucun message mais une carte complètement noire !Tous les participants surpris, peut-être un peu gênés, se taisent puis l’un d’eux lance : « Fais gaffe en rentrant quand même ! » ……

Le lendemain Damien leur envoie à tous un courriel avec , en pièce jointe la lettre d’un notaire : Cher monsieur, Votre oncle avait prévu de vous transmettre la propriété d’une mine de charbon en Afrique du Sud.Suite à son décès inopiné hier soir nous vous prions de joindre notre étude le plus rapidement possible
Maître Haruban

Christiane Willigens 

Le festival en images

Zoom

Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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A découvrir

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