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Les textes du 7e Mercredi de l’écriture en ligne

St Julien de Ratz 13 Novembre 2020

Je t’écris ce matin et je suis satisfaite enfin de ressentir cet instinct qui se réveille et me porte vers toi, l’éternel insoumis. Je sais désormais que tu seras éternellement ce compagnon lointain de création qui ne m’abandonneras jamais. Tu es et seras toujours celui qui vit librement et n’a pas de camp, ni chez les faibles, ni chez les forts !

Te souviens-tu de nos belles aventures, des belles histoires que nous inventions, de ce fameux spectacle conçu à deux qui avait eu tant de succès auprès des petits et des grands aussi. C’était le Concerto pour deux marmottes et plein d’enfants ! Il faisait naître la joie et les éclats de rires !!

Te souviens-tu aussi quand nous nous rendions là où nous allions nous produire ? C’était avec ta vieille 2CV à qui tu disais toujours en la démarrant : Allez Roule ma poule !!!

Un jour tu es parti seul, emportant la malle remplie du matériel de notre spectacle.

C’était un matin à l’aube. Dans notre chambre régnait un coquin de silence qui encourageait mon désir et mon envie de te serrer encore contre moi.

Tu t’es penché au dessus de mon visage intrigué.Tu sentais la forêt au printemps.

Tu m’as murmuré :" Ne sois pas inquiète mon amour, n’oublie pas que je joue !" Et tu es parti...

Je sais que tu joues encore quelque part dans un ailleurs, sans moi. Mais je sais aujourd’hui que l’étincelle que tu as allumé brille encore. Tu es encore cette étincelle ! Toi et moi comme tant d’autres sommes l’étincelle d’un nouveau monde qui se lève pour changer le scénario d’une humanité déboussolée. De nouvelles graines ont été semées à la volée pour chasser les derniers vestiges d’une vie contaminée. La vie reprend un cours nouveau où les matelots de l’avenir s’embarquent pour sauver notre pauvre Terre !

Nous sommes loin l’un de l’autre mais ton souffle m’anime à jamais pour créer encore et encore !!

Recréativement tienne !

Ciao !!

Ta Bianca

Vinay, le 3 novembre 2020,

Ma chère Bianca,

Je t’écris ce matin et t’envoie les invitations promises pour le « concerto pour deux marmottes et plein d’enfants ». C’est un spectacle hilarant qui fait du bien, tu verras. Il rompt ce coquin de silence qui fut si long, si lourd, depuis le printemps !

Ce spectacle, à la fois musical, poétique et plein d’humour plaira à tous, j’en suis sûr : les faibles et les forts seront ravis de ces éclats de Vie !

N’oubliez pas que je joue, moi aussi sur scène !

Je me permets d’insister, Bianca !

Le virus nous a trop fait trembler ! Après les attentats, les mouvements sociaux, les gréves des différentes réformes, la Culture est, plus que jamais, affaiblie, au bord de l’asphyxie !

Il faut que le public revienne , tu comprends ? Qu’il n’aie pas peur de revenir, nous avons pensé les salles différemment, inventé de nouvelles dispositions, tu leur diras, bien-sûr !

La culture doit survivre !

Parce que nous sommes cette liberté d’expression, d’imagination, cet instinct de vie ou de survie, d’espérance, dont le monde actuel à tant besoin !

Nous sommes l’étincelle, le rayonnement des cœurs, l’insoumis éclairage, pour que le monde pense et agisse plus large !

Parce que les rêves et les idées, aident la réalité à transformer les êtres, à changer les cœurs pour un monde meilleur !

Roule, ma poule ! N’oublie pas d’être là, d’amener tous ceux que tu pourras !

Ciao Bianca !

Je compte sur toi et n’oublie pas de me répondre vite !

Christiane MANIN

Voreppe, 20 novembre 2020 

Marco,

Je t’écris ce matin alors que le froid est revenu, un temps propre à me revivre les mois passés. A l’automne 2019, notre cotoiement discret à la machine à café, à Noël, un grand silence partagé au milieu de l’effervescence ambiante, en février, ta silhouette bronzée et sportive , la mienne blanche et retenue, en mars, le confinement, le télétravail et moi malade. 

Ton premier message, qui débordait du travail : "sors de ton coquin de silence ! ", alors que fièvre et toux me tétanisaient de la peur de mourir, fissura ma timidité. Suivirent nos échanges quotidiens de mails, tu m’expliquas ton enfance de fils de "macaroni". J’évoquais, mélancolique, mon renoncement à une carrière de musicienne. Je te découvrais faible et fort, empathique et clownesque. "Suis ton instinct de vie !" Je m’offusquai de ton" roule ma poule" ! suivi de "n’oublie pas que je joue" , et me laissai entraîner bientôt au téléphone dans des kilomètres de jeux de mots, bingo ! 

Etrange sensation de me découvrir plus drôle et plus libre, merci. Tu m’obligeais à guérir. Je me moquais de ta proclamation : "vis, nous sommes l’étincelle d’un monde nouveau, plus respectueux de la nature et de notre mère la Terre." Car, grâce à ce sacré COVID 19, nous rattrapions chacun de son côté les déficits de sommeils et ne quittions plus guère nos pyjamas du matin au soir. Les tiens, peu sexy, d’ailleurs, heureusement, je suis intervenue depuis. Quant à moi, eh bien, je n’en porte plus depuis le 11 mai, après ce mail daté du 10 :

 "Ciao, Blanca, nos portes sont désormais ouvertes. Que dirais tu de jouer à quatre mains un concerto pour deux marmottes et plein d’enfants ?" Peut-être pas plein, ô mon Insoumis, juste un tout petit ? 

Blanche

Voiron, novembre 2020

Je vous écris ce matin et ce coquin de silence ne me lâche plus, il me recouvre de sa chape de non-dits.

Le silence est-il vraiment « coquin » ? Je ne suis pas certaine qu’un adjectif aussi malicieux soit adéquat, j’aurai plutôt l’instinct d’y accoler un « morne » ou ses équivalents.

Quant à savoir si le silence a des effets positifs...c’est comme pour tout, il y a les faibles et les forts, et pour les premiers il est parfois plus difficile de supporter le silence qu’une flopée d’injures ou un bruit tonitruant.

Pour les seconds aussi en réalité.

Le silence est souvent accompagné par son plus fidèle acolyte, l’ennui. Irascible ennemi.

Difficile de lui rester insoumis toute sa vie.

Préoccupation dérisoire, privilèges des plus aisés, qui ne fait qu’accroître cette impression qu’il est interdit d’oser s’ennuyer, que nous sommes l’étincelle de joie et que cette joie est un engagement que l’on se doit de tenir.

Alors, à moins qu’un concerto pour deux marmottes et plein d’enfants se mette à retentir, m’apportant une distraction salvatrice, il va bien falloir que je m’occupe l’esprit.

Et quoi de mieux dans ce cas qu’un bon livre...

De plus, les livres sont plus qu’une distraction passagère.

Ils infusent et vivent en nous, nous irriguent de leurs valeurs, et bien sûr nous transportent.

Mais il ne faudrait pas oublier qu’au bout de la chaîne du livre se tiennent les auteurs, sans qui cette fantastique aventure serait impossible...face à ce constat, certaines paroles s’imposent : merci du fond du cœur.

Eden

Rieumes, le 20 novembre 2020

Je t’écris ce matin quelques lignes après ce coquin de silence que tu m’a infligé.

Rien de ce qui s’est passé n’a été voulu entre nous, c’est se qui fait la différence entre les faibles et les forts.

Je vais te relater simplement les faits.

Notre belle amie l’italienne Bianca s’est jouée de mon amour, mon rêve, mon conte de fées.

Elle est partie un beau matin sans tambour ni trompettes.

Elle m’a laissé déconfit et déboussolé, ton instinct me disait de m’en méfier mais j’étais trop épris,

Ciao Bianca, je souhaite tourner la page mais je n’y arrive pas.

Ce que je souhaite maintenant c’est de me dire que nous sommes l’étincelle, insoumis aux jours heureux.

Je m’épanche sur mon affliction avec toi mon ami de cœur que j’aime et qui me comprends.

Je trouve dans la quiétude des choses un chant immense et muet et une grande douceur dans la mansuétude et je clame à qui veut l’entendre : n’oubliez pas que je joue.

Je pars serein dans l’espoir de trouver la richesse de l’âme et réaliser enfin mon concerto

 « pour deux marmottes » tu sais celui que j’avais commencé a écrire ; et qui sait pourra remplir

la maison pleine d’enfants si mon amour revient !

Ton ami qui ne t’oublie pas ,qui espère te revoir bientôt et Roule, ma poule, la vie n’attend pas.

Lola B.

Judith, Bianca, Edouard, Vincent et les autres,

Barcelonnette novembre 2020

Je t’écris, ce matin et les souvenirs galopent ; la petite auto, partis suivant notre instinct et roule ma poule jusqu’au bout du chemin.

La tente, le feu de bois, les chants, nous sommes l’étincelle dans la nuit.

Un deal entre nous, comédie, théâtre, pas de contrainte, pas d’engagement, l’insouciance, l’aventure sans lendemain, les faibles et les forts, que des jours heureux.

Un soir, une parole : n’oubliez pas que je joue, je suis l’insoumis, bonne nuit et à demain.

Et demain : Ciao Bianca, c’était le deal !

Je suis seule, coquin de silence, pourquoi pas un peu de musique ? Le concerto pour deux marmottes et plein d’enfants, je rêve, une petite auto au bout du chemin, ce n’est qu’un rêve.

A mon tour Ciao !

Bianca

Denise 

Voiron novembre 2020 

Je t’écris ce matin, toi l’insoumis qui, je le devine, a déjà rédigé un pamphlet contre ceux que tu appelles les faibles et les forts. Tu aurais plutôt tendance à défendre les faibles. Et je te suis reconnaissante de faire ce que moi je ne peux pas faire. Qui mieux que toi peux écrire en toute liberté, avec cette dose mesurée d’impertinence, cet instinct qui te rend irrésistiblement juste et précis ! Tu vas dire à tous ces critiques imbus d’un savoir illusoire cette phrase sibylline : N’oubliez pas que je joue. Mais je sais que tu ne joues pas : je te connais trop bien. 

Je me souviens de ces moments de grâce, quand je te rejoignais dans tes délires, dans tes divagations. Pourtant tu me rassurais, et tu m’étonnais aussi lorsque tu criais nous sommes des étincelles. Autant te dire que j’étais immensément fière d’entendre ces mots. Mais je me souviens aussi de ta façon peu élégante de mettre fin à mes discours philosophiques, à ma façon un peu lassante, je l’avoue, de m’éterniser sur des sujets au point de les vider de leur substantifique moelle. Tu disais avec un étrange sourire roule ma poule. Et là je comprenais que je devais te rendre à ton coquin de silence. Tu me laissais partir sans un mot, sans un regard. Je te quittais comme un enfant qui aurait fait une bêtise. Mais quelques instants plus tard, je t’entendais crier Ciao Bianca. Je te répondais en agitant mon foulard.

Ce matin je t’imagine dans une solitude verte, luttant contre tes désirs fous, parlant à ton chat perché sur tes épaules. Et je me demande si tu n’es pas aussi entrain d’écouter cette composition musicale, ce concerto pour deux marmottes et plein d’enfants. Cette musique nous emmenait au somment de montagnes verdoyantes et dans des prairies fleuries où résonnaient des cris joyeux.

 Tu n’en finiras pas de m’étonner…Mais je dois te quitter maintenant.

 Ta douce Bianca 

Voiron, Novembre 2020

Je t’écris ce matin et m’en étonne. Je sais pourquoi je le fais, mais je ne pensais pas en éprouver un si grand besoin. Je suppose que j’obéis à mon instinct, celui qui m’extirpe de justesse de la vague d’ennuis et de crasses déferlante.

Sans doute la solitude me pèse-t-elle plus que je ne veux bien l’admettre. Ce coquin de silence qui se love aux hiatus de mon être, comme j’aimerais le déloger de là ! Parfois je me prends à m’imaginer un autre moi. Une incarnation de l’insoumis, abolissant les frontières de la décence, libre de ses mouvements, atypique et marginal, inspirant un mélange de crainte et de respect mêlé. Mais je me désillusionne bien vite. Je sais que cette partie de moi n’existe pas même si, quelque fois, l’espace d’un instant, je l’aperçois fugacement, son ombre se découpant aux creux de mes yeux. 

Il m’arrive de le surprendre, ce regard, et nos reflets s’accrochent durant quelques secondes. Puis il se dérobe. Et je reste pantois, me plongeant dans un mutisme archaïque, évoquant un vieil ermite saccagé et roué de coups par la vie. Parfois je me résigne. Il n’existe que deux catégories, et si l’on ne fait pas partie d’une, on fait ostensiblement partie de l’autre. Les faibles et les forts se livrent une guerre sans merci, mais curieusement une infime partie de la population seulement a su déceler cette discorde qui anime ces genres belliqueux. Nous devons cependant admettre qu’intrinsèquement les forts ont le dessus. Ici, tu t’adaptes ou tu crèves. A toi de choisir. A cet instant, j’ai envie de tout plaquer. De regarder la vie en face, de lui sourire une dernière fois avant de murmurer tout bas un « Ciao Bianca » éraillé, dépourvu de profondeur et de tourner les talons. 

Malgré tout j’y crois encore un peu ; à la victoire de la lumière sur les ténèbres. Un jour, oui un jour, nous saurons pourquoi nous vivons. Et là, nous serons heureux. Nous sommes l’étincelle clandestine qui consumera dans un futur incertain notre système. C’est cette douce utopie que je garde au creux de mes poches, qui me permet de tenir. Sans cette illusion, plus rien ne me rattache à ce monde. Mais, je sais que cet instant n’arrivera peut-être jamais. N’oubliez pas que je joue avec les euphémismes. Alors bien sûr que j’ai conscience de mes naïves espérances, mais je persiste à y croire. Je m’accroche à cette idée, prônant ce que les autres croient être de l’optimisme. 

De l’anthropologie, voilà ce que je fais à longueur de journée. Je contemple les dernières esquisses de l’enfance, cette époque où l’on se croyait en sécurité. Un concerto pour deux marmottes et plein d’enfants, et nous étions comblés. J’aurai aimé rester dans ce cocon d’insouciance puérile, sans me soucier des autres, du monde. 

Malheureusement c’est ainsi. J’ai grandi et ai ouvert les yeux. Peut-être mes débris d’hérésies illégitimes sont-ils synonymes d’un sanctuaire, un refuge dans lequel je peux me livrer à mes désirs les plus profonds. Ce jardin secret est une forme d’évocation à l’enfance, qu’inconsciemment n’ai pu me résoudre à abandonner. J’ai essayé de lutter contre moi, mais cela m’est impossible. Je suis et resterai un de ces rêveurs invétérés, trop lâches pour s’assumer et se démarquer du regard des autres. 

Tu n’as cessé de me répéter jusque là que je ne devrais pas mépriser à ce point l’humanité. Que malgré tout, elle a quelque chose de beau, de fragile. Il faut être indulgent avec elle, la laisser hurler, se débattre, pleurer parfois et, peut-être qu’un jour, elle nous sourira. Même si ce jour est loin, il faut attendre. Même si l’on n’a pas la patience nécessaire, on attendra quand même, parce qu’il faut bien. Tu me l’as toujours dit. Toi et ta fameuse devise qui te colle à la peau, toi et ton « Roule, ma poule ! » si prompt et si simple. Si seulement tout pouvait être aussi spontané que toi. Oui, si seulement… Je me rends compte que tu me manques. A tes côtés, les choses semblaient plus légères, plus naturelles. Je me raccrochais à toi comme à une bouée, tu me servais de phare dans la nuit. Je n’ai pas peur de te le dire ; j’ai besoin de toi. Je ne sais plus où je vais. 

Reviens, s’il te plaît. 

Ton ami de toujours, Mike. 

Salomé

Saint Quentin sur Isère, 4 novembre 2020

Ma très chère amie,

Je t’écris ce matin et j’en suis très émue, car j’ai très envie de briser ce « coquin » de silence qui s’est installé entre nous depuis que tu as appris que j’avais encouragé le projet de ton frère. J’aurais aimé t’appeler mais je ne suis pas sûre que tu me répondes, alors j’ai décidé de te dire par écrit ce que je pense de la situation. J’imagine combien sa décision a pu te surprendre et t’angoisser et que, de ce fait, tu aies eu du mal à comprendre mon positionnement. Mais du plus loin que je me souvienne, ton frère a toujours été « l’insoumis » de la famille. Alors comment as-tu pu imaginer une seule seconde qu’il puisse renoncer à son projet d’intégrer ce parti politique qui prône l’écologie comme seule et unique cause à défendre aujourd’hui sur le plan politique. Je comprends que tes parents et toi auriez préféré qu’il prenne la voie toute tracée que son diplôme d’ingénieur lui ouvrait, plutôt que de s’exposer ainsi. Mais tu sais bien que depuis tout petit, son instinct l’a toujours poussé vers les autres et la Nature. Aussi, quand nous nous sommes heurtées toi et moi à son sujet, je suis allé le voir. Je voulais entendre son point de vue. Du coup je te retranscris textuellement ce qu’il m’a dit « vous savez Elodie, mes amis et moi, nous sommes l’étincelle dont le monde a besoin pour maintenir allumée la flamme de la fraternité qui permettra peut-être de sauver l’Humanité. Les faibles et les forts, tous domaines confondus, doivent maintenant s’unir car seule la coopération pourra nous sortir de ce merdier et dans un grand éclat de rire il a terminé par un-et roule ma poule- », ainsi tout était dit pour lui. Cela m’a amusée de voir son côté engagé et fantasque l’animer. C’est une belle âme ton frère, Léonie, tu le sais au fond de ton cœur, alors essaie de prendre sur toi, laisse l’amour que tu lui portes l’emporter sur ta peur, ouvre lui grand les bras et encourage le dans cette belle aventure. Rappelle-toi, quand, tout petit, il se blottissait dans ton lit pour écouter « Concerto pour deux marmottes et plein d’enfants », cette histoire que tu devais lui raconter au moins 3 fois pour qu’il s’endorme. C’est toujours le même enfant, un peu plus grand, un peu plus adulte, un peu plus responsable, mais c’est toujours ton petit frère, ce petit frère dont tu m’as toujours dit que ce serait un jour un « géant ». Peut-être est-ce en train d’advenir ? …………………..

Je t’embrasse très fort, ma Chère Léonie, et j’espère que très vite nous pourrons retrouver nos moments d’amitié qui me manquent tant.

Elodie

PS pour tes parents et toi : n’oubliez pas que je joue au Théâtre Molière, la pièce « Ciao Bianca », à partir du 1er décembre prochain et que vous avez, comme d’habitude, une place réservée au 1er rang pour les 4 jours de représentation.

Bruxelles, 12 Novembre 2020

Ma petite marmotte adorée,

Je t’écris ce matin et je m’empresse de te raconter l’aventure insolite qui m’arrive . Tu sais que depuis notre spectacle en plein air au Parc de la Tête d’Or où nous avons animé le concerto pour deux marmottes, et plein d’enfants réjouis qui nous entouraient, j’ai voulu "prendre l’air" et je me suis exilée au pays des moules frites et de la bière pour mon plus grand plaisir. Exil est un bien grand mot pour dire simplement que mon instinct m’indiquait que j’avais grandement besoin de changement. Ma destination : Bruxelles. Suite à une recherche sur internet je trouve une annonce comme quoi le théâtre de l’Insoumis recrutait de façon urgente une jeune femme. "Nous cherchons une actrice francophone pour jouer le rôle du personnage femme dans l’image ci-jointe". Aussi sec je me suis dit allez roule, ma poule ! tente ta chance Nora. Après tout qu’est-ce que tu risques ? Un refus de plus ? Je me suis étonnée moi-même. Clémence tu me dis que je tergiverse tout le temps. Et c’est vrai ! Tu te souviens de Mr Boris, notre prof de théâtre qui nous bassinait à chaque début de cours avec "il y a les faibles et les forts". Son sempiternel crédo me laissait dans un état de perplexité et de tension profonds. Cette formule je l’ai intégrée inconsciemment et elle m’a souvent embarrassée voire même inhibée pour trancher dans mes choix.

Mais venons-en au fait, je sors tout juste de cet entretien d’embauche et j’en suis encore complètement retournée ! Figure-toi, j’attendais sur un banc que la porte du secrétariat ouvre quand un gars dégingandé passe devant moi et me salue "Ciao Bianca"...

Surprise je tourne la tête, pas d’autre nana derrière moi.

Un coquin de silence m’envahit soudain. J’avoue ne pas avoir le courage de lui crier je ne suis pas Bianca, je suis Nora.

J’attends... Au bout d’un temps qui me semble interminable, la porte du secrétariat s’ouvre, une femme me demande d’entrer et de prendre place sur un strapontin en skaï. "Jeune fille vous êtes retenue pour le rôle de Bianca" Voyant mon étonnement elle poursuit : "le grand dadais qui vous a salué n’a rien d’un niais contrairement à son apparence. Au premier coup d’œil il a perçu en vous un brin d’insolence, et d’insoumission et vous a jugée apte pour incarner cette militante italienne.

- Sans entretien ?

- Votre CV est suffisant et votre présence témoigne de votre aptitude au jeu théâtral. Vous commencez ce week-end".

Clémence je n’en crois pas mes oreilles ! Toi et moi en choisissant le métier de la scène on s’est embarquées dans une galère pleine d’incertitudes et de rebonds. Mais quel bonheur de savoir que nous sommes l’étincelle qui donne le sel de la vie.

Je vais pouvoir désormais dire aux amis, aux parents "à vos agendas ! réservez la semaine du 24 au 29 novembre car n’oubliez pas que je joue !"

Nora, l’autre marmotte

Elvire Bosch

AMOURS, DELICES, (sans orgues)

Voiron, novembre 2020

Je t’écris ce matin car j’ai encore croisé Edouard. Toujours à faire l’Insoumis ! A son âge ! Je le moque gentiment.

N’oubliez pas que je joue ! S’excuse-t-il.

Silence, on se regarde. Instinct du chasseur chez lui, il a l’air captivé de me voir ! Tout se fige, coquin de silence… Je sens que nous sommes l’étincelle qui va nous faire jouer les faibles et les forts. Qui est le chasseur, qui est le gibier ? Je le croquerais tout cru ! Je t’entends me dire “Et Vincent ?” Eh bien Vincent ne se gêne pas pour draguer, alors…

Avec Edouard ce serait pas pour jouer “Concerto pour deux marmottes et plein d’enfants”. C’est pas non plus pour me faire emballer style “Roule ma poule”. Non, je sens qu’entre les deux il y a place pour une partie de plaisir(s) partagé(s). Je préfère chasser qu’être gibier.

Ciao Bianca, je te raconterai la suite, si il y a une suite.

PS : Quel après-midi et quelle soirée ! Je suis trop épuisée, je t’appelle demain pour plus de détails.

Ta Judith

André CAPITAN

Grenoble, novembre 2020

Je vous écris ce matin et la lumière douce de l’aube me rend soudain douceâtre, presque fade, comme la crème trop diluée du café mal dosé, moi l’insoumis, l’indomptable, jamais las de luttes et revendications. Je me prends à rêver d’une farandole réunissant les petits et les puissants, les faibles et les forts, les humbles et les fiers, dans une même ronde joyeuse et solidaire, au rythme d’un concerto pour deux marmottes et plein d’enfants. Mais ce coquin de silence me ramène à la triste réalité de notre société mal dégrossie de ses vices et vicissitudes. D’instinct je n’ose voir le rêve prendre forme, trop de déceptions passées m’ont rendu l’homme opiniâtre que je suis – mais néanmoins bon vivant, à ceux qui me connaissent ! N’oubliez pas que je joue du piano en cuisine pour régaler papilles et amis presque aussi bien qu’une mamma italienne : vous en jugerez lors de nos retrouvailles. Sachons cultiver l’amour des bonnes choses, et les grandes tablées, même si jouxtes oratoires et envolées lyriques prennent des airs belliqueux parfois à mesure que le verre se vide. Car nous sommes l’étincelle de cette liberté chérie retrouvée.

Ciao Bianca, recevez mes plus tendres et affectueuses pensées outre-alpines, en attendant de venir déguster un délicieux tiramisu à vos gais côtés. D’ici là, « roule, ma poule ! », comme dirait le petit vieux du 2ème, bien campé sur ses deux jambes du haut de ses 95 ans bien sonnés, et toujours prompt à sourire aux déboires de la vie.

Votre facétieux et dévoué Anatole

Laetitia Humbert

Voiron 2 novembre 2020

Ma chère Bianca,

Je vous écris ce matin et mon instinct me dit que cette lettre sera sans doute la dernière.Vous savez bien, vous, ma sœur d’âme,que je mérite ce surnom qui me colle à la peau depuis mon enfance : « l’insoumis ».

Ces derniers temps, dans ce coquin de silence, chacun a pu voir émerger sa vraie nature. Mais, au bout du compte, les faibles et les forts se retrouvent face à une destinée commune . Tous maintenant ont du mal à ouvrir les yeux et à sortir de cet espèce de coma dans lequel on les a plongés. Il leur faut un électrochoc, quelque chose qui, enfin, les fera réagir.Nous sommes l’étincelle mon amie, celle qui mettra le feu aux poudres. Celle qui transformera ce lamentable concerto pour deux marmottes et plein d’enfants en un opéra grandiose auquel le monde entier sera convié . Mais je ne peux oublier que je joue là ma dernière partition ! Alors : plus que quelques notes et...roule ma poule !!...

A vous pour l’Eternité !

Ciao Bianca !

Maxime

Christiane Willigens 

Silver Spring, Novembre 2020 

Je t’écris ce matin pour t’annoncer une grande nouvelle. J’ai suivi mon instinct, je suis parti de la maison. C’est un aller sans retour. 

Hier soir, j’ai annoncé ma décision aux autres et ils se sont tous mis à caqueter en tous sens pour me dissuader. Je leur ai alors répliqué « Il y a les faibles et les forts » en désignant successivement eux et moi. J’ai ensuite ajouté « N’oubliez pas que je joue ma vie ». Un coquin de silence a suivi mes mots. J’étais fier comme un coq ! A toi je peux bien l’avouer, cela fait plusieurs mois que je travaille sur ces deux phrases. Je n’ai jamais été très fort avec les mots. 

Ce matin, tout était calme. Un « ciao Bianca » et j’étais parti sur les routes ! Lorsque j’ai franchi la porte du poulailler, j’ai entendu Bianca me murmurer « Roule ma poule ». Elle a toujours eu beaucoup d’humour et un bon sens des jeux de mots. Peut-être que j’aurais dû lui demander d’écrire mon discours ? C’est un peu tard maintenant. Aujourd’hui c’est Thanksgiving et je ne veux pas être le dindon de la farce ! 

J’imagine la tête dépitée des humains quand ils vont découvrir que la dinde qu’ils voulaient faire rôtir ce soir s’est enfuie. J’essaie de ne pas penser à la pauvre bête qui va aller dans le four à ma place et je profite de mes premiers instants de liberté. 

Ton ami, l’Insoumis

Bilieu, le 11 novembre 2020

Ma très chère amie,

Je t’écris ce matin et ma lettre ne devrait pas te surprendre même si d’habitude c’est le vendredi que je le fais, et ce, depuis bien des années maintenant.

Pardon pour ce début fort conventionnel, maladroit et peu habituel venant de moi. Tu sais qu’ordinairement, je ne mets le lieu et la date qu’à la fin de mes lettres, juste après ce que l’on nomme le point final (que mon extravagance se plaît à appeler point transitoire !).

Allez, je me lance et roule ma poule comme disait souvent ton père en s’adressant à sa moto.

L’insoumise qui sommeille en moi n’a pu résister à redonner vie à un passage de notre enfance commune : le 11 novembre 1963. Rappelle-toi.

Le maire avait choisi de nous faire participer aux cérémonies officielles. Nos parents n’étaient pas chauds, notre ancienne institutrice de cours moyen seconde année, pas davantage.

Nous leur avons dit très fort que nous souhaitions y aller car pour nous c’était un honneur de lire un texte à voix haute devant des militaires. La période était brûlante dans cette région parisienne encore à vif.

Les adultes ont fini par dire oui. Nous nous sommes senties victorieuses. Nous avions promis à nos parents de ne pas embrasser le maire car il n’était pas de leur bord politique (c’est à cette seule condition qu’ils nous ont accompagnées !). A la fin de la lecture, quand le maire s’est approché de moi pour me donner l’accolade, j’ai cru que j’allais défaillir. Mon père m’a fait son regard qui tue et toi, vaillante amie, tu as dit sans te démonter :

Monsieur, nous étions d’accord pour lire mais on ne vous embrassera pas car on l’a promis aux parents.

Nous savions d’instinct qu’il fallait maintenir un équilibre fragile entre tous ces adultes. Mais là, un coquin de silence s’est installé dans l’auditoire !

Heureusement que Monsieur Le maire a détendu l’atmosphère en adressant ses chaleureux remerciements à nos familles et en nous serrant la main comme à des dames ! Devant mon embarras, tu as eu cette é t i n c e l l e de génie.

Qui sont les faibles et les forts n’a jamais été pour nous ce qu’il y a de plus important. Ce qu’il y a de plus important, c’est l’amitié indéfectible qui nous lie l’une à l’autre, ma très chère amie.

Ciao Bianca et à vendredi 20/11.

Jiulia B

PS : n’oubliez pas que je joue samedi 21. Vous avez dû recevoir vos invitations pour Le concerto pour deux marmottes et pleins d’enfants. Je compte sur vous deux.

Coublevie, Novembre 2020

Je t’écris ce matin et, je n’ai pas le moral, j’ai passé une nuit d’insomnies, elles sont venues me rendre visite. J’essaie de les combattre, de les chasser de mon esprit, en vain, elles se sont invitées à mes dépends.

Coquin de silence !

Elles me racontent des histoires à dormir debout. Elles me prennent par surprise et ne sont pas gentilles avec moi !

- Nous sommes l’étincelle, laissez vous faire.

- C’est un moment précieux, solitaire, qui vous appartient.

L’insoumis que je suis lâche prise, d’instinct, je repense à chaque fois à mon voyage sur la route 40 de Patagonie. Perdu dans la pampa, un routier vient de me récupérer sur le bord de l’asphalte, toujours le même, la barbe pas rasé, sur ses épaules, un pull vaguement bleu, tricoté avec une grosse laine, des mains épaisses, et des doigts forts sur le volant. Il n’a pas d’alliance, mais je vois la trace blanche sur son annulaire, j’imagine qu’il a du lui dire « Ciao Bianca ».

Il parle peu, sa voix est rauque, l’homme doit être un grand fumeur... « Roule ma poule ! » qu’il me dit au moment ou je grimpe dans la cabine. L’habitacle, pue le clébard et la poussière, et je regarde le bord de la route ou les rares maisons qui la longent, apparaissent et disparaissent en même temps.

Il met de la musique, un truc classique, « Concerto pour deux marmottes et pleins d’enfants ». Mais je n’y connaît rien.

Sur la banquette arrière de la cabine, en vrac, une clé de 10, des tâches de cambouis, un vieux papier gras et le titre d’un livre « N’oubliez pas que je joue », je l’ouvre, à l’intérieur, des femmes nues, offertes, je préfère le refermer.

J’aimerais en savoir plus sur ce conducteur, qu’il m’offre une soupe bien épaisse avec des morceaux de lard fumé et du pain large comme la Bible. On boirait une gnôle infâme pour se réchauffer, on parlerait de tout, de rien, on dirait, qui sont les faibles et les forts.

Mais non, rien de tout ça n’est arrivé.

Au moment précis ou le gros camion s’arrête, pour me laisser sous la pluie, mes insomnies se lassent, elles décident de me quitter pour laisser la place à Morphée.

Je t’écris ce matin et, je n’ai pas le moral…

Richard Velasquez

 

Saint Justin, le 15 Novembre 2020

Bonjour Colette,

Je t’écris entourée par le concerto de deux marmottes et plein d’enfants que j’entends de la terrasse où je suis installée avec une vue splendide sur la montagne éclairée par un soleil timide.

J’espère que ton mari et toi n’oubliez pas que je joue la pièce nous sommes l’étincelle que j’ai co-écrite et mise en scène avec Gérard l’insoumis. Au fait as-tu reçu les places que je t’ai envoyées, vendredi dernier ?

Je pense que tu te souviens de Gérard, Il était en vacances avec nous au camping, il avait une 2 ch rouge décapotable, tapotait sur le volant en lui disant roule, ma poule mais elle n’en faisait qu’à sa tête et nous pouvions nous délecter des beaux paysages qui défilaient lentement car elle atteignait avec peine, pied au plancher, les 70 kilomètres heure. C’était le temps où le coquin de silence n’avait pas lieu d’être car nous chantions ciao bianca à tue tête cheveux au vent. Nous roulions sans but précis et suivions notre instinct. Il n’y avait ni les faibles ni les forts en cette période hippie où la jeunesse prônait la liberté totale.

Je tenais à m’excuser de ne pas avoir pris de vos nouvelles pendant cette période étrange que nous avons traversée avec le nouveau virus qui d’ailleurs m’a terrassée pendant près d’un mois. J’ai eu de vos nouvelles par Annie qui m’avait informée de votre confinement dans votre maison de Bretagne qui se trouve en zone blanche donc impossible de vous joindre.

Je dois te laisser car je suis attendue au théâtre dans une heure pour la répétition et je crains les embouteillages.

J’attends avec joie et impatience ce moment si important à mon coeur de vous revoir. Nous pourrons évoquer nos souvenirs devant un bon repas.

A bientôt,

Je vous embrasse très fort.

Sylvaine

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