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Les textes du 6e Mercredi de l’écriture en ligne

Le fauteuil à bouder

Ils sont morts, j’ai dû déménager. C’est une petite hirsute énervée qui m’a récupéré. 

Je suis passé d’un salon Louis 13 à un bureau dans un appart de petite minette de 20 ans ou tout est fait de caisses en bois et d’étagères mal vissées, pleines de livres, prêtes à me tomber dessus. 

J’ai déjà un ressort de cassé, bienheureux qu’elle ne soit pas trop lourde quand elle s’assoit, sinon elle me briserait la colonne vertébrale. Elle se sert de moi quotidiennement, pour enfiler ses chaussures le matin en face de la glace, et pour jeter sur mon dossier sa veste et son sac. Elle se sert de moi pour lire souvent, recroquevillée tout entière entre mes deux accoudoirs. Je suis devant la seule grande fenêtre de l’appartement, celle qui donne sur le quai ou coule l’Isère. La nuit c’est éclairé et animé par les dames de joies, qui stationnent pour trouver un client.

Elle se sert de moi pour lire souvent, recroquevillée toute entière entre mes deux accoudoirs.

Quand elle finit de lire, elle rêve. Elle pose le livre sur mon accoudoir à l’envers, pour ne pas perdre le fil et enfonce sa tête dans mon dossier … Souvent je peux entendre ses rêves. Jamais à la bonne place, toujours en questionnement …. Plus elle rêve plus elle se réunit en position fœtale, entre les articulations. Du mieux que je peux, j’essaye de la recueillir dans mes entrailles de vieux fauteuil pourri. Je suis le seul chez elle …. Elle est seule dans la vie. 

 

J’arrive de cours, je jette mes affaires et me pose dans mon fauteuil ! Ce « c… » de prof de droit m’a encore mis une sale note … j’en ai marre, j’avais bossé des heures sur cette analyse, mais qu’est-ce que je fous encore dans cette fac à me faire C…. 

Elle met un pied sur mon bord, tout en continuant de regarder par la fenêtre.

Et puis, l’autre-là qui ne me donne aucune nouvelle, moi qui étais prête à me lancer dans une aventure avec lui, ça m’aurait changé la vie. Et Lulu qui ne va pas revenir …. Peux être que je devrais reprendre contact, m’excuser pour de bon ? Lui dire que je veux passer ma vie avec lui …Mais non je ne veux pas passer ma vie avec lui …. 

Et sa tête s’enfonce de plus en plus dans mon dossier, sa deuxième jambe est remontée sous ses fesses et m’irrite le ressort cassé qui se plante dans mon ossature. Elle commence par planter ses ongles dans mon accoudoir, dans 5 minutes elle pleure !!! 

Je devrais peut-être quitter cette ville, rien ne va ici. Mes cours me fatiguent, les petits boulots s’enchainent, mal payés, mal traités, Lulu est parti, l’autre ne revient pas … Ma famille est loin …. En même temps, le déménagement sera vite fait : mon fauteuil, mes caisses de livres … 

Je vais encore déménager. Pour un peu elle me jette à la décharge, vieux comme je suis. 

Non, je ne vais pas rentrer chez mes parents. J’ai décidé de partir, je reste. Mais quand même, je n’avais pas prévu tout ce qui s’enchaine ici. Je passe ma vie dans ce fauteuil qui a un ressort de pété, qui grince chaque fois que je bouge, à lire des bouquins, écrire, penser … Tiens, qui traverse la rue ? 

Elle se met à sauter de joie sur le fauteuil, enfonçant son pied entre mes ressorts, m’arrachant à chaque fois un grincement plus strident …. Mais elle a l’air d’avoir une humeur plus gaie … Il revient, on va rester dans cet appartement, au moins jusqu’à la prochaine crise de bouderie … 

Nathou Créquie

 

ÉQUIPE PERDANTE

C’est bien ma chance. Me voilà affublé d’un lourdaud première classe.

Dès qu’il a posé sa main sur moi, j’ai compris. Aucune finesse ce gars-là. Je ne sais même pas s’il se rend compte avec qui il travaille. M’étonnerait.

Moi, on m’a dessiné pour la compétition, profil aérodynamique. Je fends l’air comme pas deux. L’équilibre de mon corps, numéro un mondial. Et je tiens cette place depuis 2 ans. Un galbe redoutable disent les spécialistes, même ceux de la concurrence, c’est dire.

Alors, se retrouver dans les pattes de cette baudruche me désespère, je vais faire de mon mieux, bien sûr. Mais j’y crois pas. Quand je vois comment il m’empoigne. Impossible d’envisager la meilleure place, celle que je mérite. Il y a du boulot. Les compétitions internationales se déroulent dans 4 mois.

 

J’ai du mal à comprendre le patron. Il sait très bien que ce n’est pas mon truc ce genre de mission. N’empêche, il me la refile. Difficile de passer à travers.

Quand il m’a dit, « Tony, je veux que tu t’introduises dans la compétition de lancer de couteau, tu te débrouilles, je veux pas savoir. Une fois là-bas tu me descends Hervé Lebaduc. Tiens, tu lui plantes ça de façon qu’il ne s’en remette pas. T’as compris. Ne t’avises pas de me doubler cette fois. », je voyais l’importance du job. Une manière de me donner une chance inespérée de repartir d’un bon pied nous deux. Tout même. Les couteaux. Je vais le trucider son bonhomme, pas un problème. Je vais me l’assommer avant de le planter ce gars-là. Jamais réussis, dans le feu de l’action, à enfouir une lame façon Jo. La classe lui. Pas une goutte de résiné qui déborde.

Teff dit Gégé

 

La neige, un pied, un renard.

11 mai 2020 deux heures de l’après midi….Dans ce vallon à 2000 mètres d’altitude, les premiers rayons printaniers décident de pointer ;

« C’est le moment d’avoir raison de cette couverture froide et dure, qu’est la neige, se dit le soleil.

- La pauvre, elle a perdue sa blancheur, sa douceur et sa légèreté de l’hiver, elle est noire, vieille, elle ruisselle, elle dégouline… »

Pourtant elle ne veut pas s’avouer vaincue, la neige résiste, et résiste encore, mais elle sait que c’est dans l’ordre des choses de disparaître pour mieux renaître.

« Eh ! s’énerve la neige.

- Arrête un peu de me taper dessus, le soleil, j’ai mis du temps à forger une belle épaisseur, et voilà que toi, sans demander mon avis tu me fais fondre en silence, laisse moi encore un peu de temps ? »

- Je m’évapore tellement que je libère tout ce que j’ai emprisonné pendant l’hiver avec patience.

- Mais, mais, qu’est ce que sait que ça ?

- Un pied !

- Ohhhhh…Un pied, qui pointe exactement comme une jeune pousse qui aurait traversé des épaisseurs de terre, au prix d’effort et d’obstination.

- Eh, le pied, tu es gris et violacé, ça fait combien de temps que tu es sous mon manteau ?

- C’est à moi que tu me le demande ?

- Je sais pas, dit étonné le pied.

- Tu sais bien qu’un pied ne sais pas compter ! »

Après quelques temps, Il y a comme une odeur de terre et de putréfaction, qui vient réveiller dans sa tanière le renard.

Le renard s’étire, baille en tirant la langue, renifle longuement, et ressent comme tous les débuts de printemps, des fourmillements au bas du ventre.

« Huuum, se dit le renard.

- Je crois que c’est le moment de sortir de ma tanière, ça sent l’humus et ça sonne la débâcle.

- Mon estomac, tarir à cause de ce long hiver, émet des lamentations.

- Il faut vraiment que j’aille identifier cette odeur de putréfaction »

Chemin faisant, le renard localise l’odeur, il aperçoit ce pied sec et noir, comme un arbuste frappé par la foudre, se laissant tiédir au vague du soleil printanier.

« Ou là là ! Quelles vapeurs savoureuses s’élèvent avec voluptés » dit le renard la langue pendante.

- Je peux te croquer, le pied ?

- Je réfléchis...si la neige continue à se défiler, il va y avoir des nuées d’insectes qui vont arriver en vrombissant, et ensuite cela sera au tour des belettes, et des oiseaux charognards…Non vraiment, je préfère ne pas assister à ce spectacle navrant.

- Et bien voilà ! je te donne mon accord.

- Renard tu peux ne déguster, et je pense que tu as du savoir faire et de l’empathie à mon égard.

- C’est tout à ton honneur, le Pied, dit le renard ravi.

- Je vais prendre soin de toi, ne pas te manger tout de suite, te bichonner, et puis lorsque tu seras à point pour mes papilles, je pourrais te manger »

Et ce fut, sans doute, l’événement le plus important de ce mois de...Mai !

Richard Velasquez

 

Le bahut 

Je suis vieux, très vieux je crois. Je suis en noyer tout nervuré. Une grosse clé, comme on n’en fait plus, ferme mes deux portes sculptées de fines fleurs. Le temps n’a pas de prise sur moi. Un peu quand même… mais je vous dirai tout ou presque. Un peu de patience. J’en ai connu des générations dans ma vie de bahut solitaire ! 

Je me souviens d’un aïeul, au début de la guerre de 14. En cette veille de chaos, on parlait politique dans cette grande maison au Sud de Paris. Poincaré élu président, l’assassinat de Jaurès. Mes propriétaires aimaient bien Clémenceau. J’étais devenu une bibliothèque. Un fouillis de livres s’entassait dans mon ventre toujours à moitié ouvert. Mais j’aimais l’odeur de la culture, une odeur prégnante, rassurante aussi. Mon propriétaire se désolait quand il parlait de Péguy, tué d’une balle dans le front, Fournier tombé dans une embuscade en Lorraine. A 27 ans ! C’est pas un grand malheur ça il disait ! Et Apollinaire ! 33 ans. Un éclat d’obus ! Mon propriétaire haïssait cette guerre, l’injustice suprême martelait il à longueur de journée.

Les années ont passé. J’ai suivi d’autres maitres dans le centre de la France. Et voilà que le monde redevient fou. Hitler envahit la Pologne. Ça se brouille un peu dans ma mémoire. La résistance. Lucie Aubrac…On aimait les femmes courageuses dans cette famille. Puis les États Unis et Pearl Harbor. J’ai repris à cette époque mon rôle de bahut où étaient rangé soigneusement les services de table en porcelaine, les verres en cristal, les couverts en argent. J’étais fier de protéger de la poussière une si belle vaisselle. Mes portes restaient fermées à clé. Mes propriétaires recevaient beaucoup. Du beau monde comme disaient les gens du village !

Et aujourd’hui, après de nombreux déplacements forcés, je suis dans un mas en Provence. Mon propriétaire aime les choses anciennes mais pas que… Pas de désordre sur mes étagères recouvertes de papier de la couleur de mon bois. Je ne ressemble en rien au buffet de Rimbaud. Je suis de plus en plus vieux mais tellement bien entretenu. Je suis dans une vaste pièce aux murs blancs et j’ai pour voisin, juste au-dessus de moi, un tableau monochrome de Yves Klein. Tout bleu. Mon propriétaire et sa femme aiment associer l’ancien et le moderne. Il est riche. Il travaille dans la finance. Il gagne de l’argent avec de l’argent. Ça me fait rire. Sa femme écrit des livres. Enfin je crois. J’écoute mais je ne suis pas curieux. Parfois, elle vient s’appuyer contre moi. Je pense alors qu’elle cherche l’inspiration. Elle promène sa main sur mes portes puis elle s’en va. Je voudrais bien l’aider. 

Mon propriétaire m’a même fait restaurer. Un lifting complet ! J’en avais besoin me direz-vous. Au début, j’ai eu peur. On ne sait jamais. Mes planches sont toutes chevillées. Pas de clous. Mais j’ai été bien soigné, bien traité. Il le fallait pour côtoyer Yves Klein. Aujourd’hui je me sens bien dans cette belle maison pleine de lumière. j’espère encore vivre très longtemps. Cent ans peut-être… 

Violette Chabi

 

J’étais tout d’abord un beau chêne, Un jour un groupe d’hommes marchait dans la forêt, regardait, chaque arbre et discutait, Je ne comprenais pas le langage des humains et cela m’intrigua quand un des hommes avec un pot de peinture rouge traça une ligne sur mon tronc. Cela m’interpellait, Qu’allait-il faire ? Quelques jours plus tard, j’ai vu arriver un grand gaillard avec une grosse tronçonneuse à la main,, il était terrifiant. Il m’a regardé ; Je savais que je vivais mes derniers instants dans cette magnifique forêt. J’étais apeuré. J’ai eu très mal lors des coups violents qui m’ont été infligés à plusieurs reprises par cet appareil barbare. Personne n’entendait ma souffrance, Les craquements étaient ma manière d’exprimer ma profonde douleur, J’ai été ensuite transporté par camion dans une grande usine. J’ai été découpé en planche et un ébéniste m’a bichonné , transformé en un grand beau lit commandé par un amoureux du bois, Quelle fut ma surprise lorsque l’acheteur est venu me récupérer. Je l’ai reconnu de suite, c’était le bûcheron qui m’avait abattu mais lui ne savait pas qui j’étais, Drôle de hasard. Je me suis dit que d’une certaine manière, il m’aimait même s’il m’avait fait pleurer.

 Je suis bûcheron et de ce fait j’abats des centaines d’arbres. J’aime cette odeur du bois si particulière. Parfois je me demande ce que peuvent ressentir ces troncs, ses branches coupés avec vigueur. Avant de commencer l’abattage, je leur parle, leur demande de me pardonner pour le mal que je leur fait mais qu’ils seront utiles aux humains pour créer de beaux meubles. J’ai dans ma chambre un beau lit en chêne fait sur mesure. Je prends soin de lui. J’ai acheté un bon matelas, de beaux draps colorés et une couette douillette. Quand je me couche, je ressens une paix profonde comme si je faisais corps avec ce bois que j’aime tant. C’est un endroit où je me sens calme, détendu. C’est mon refuge. Je le remercie tous les jours pour sa bonne énergie qui me permet de bénéficier d’un bon sommeil et de partir d’un bon pied au petit matin.

Sylvaine

 

Bonjour, je suis Paulette, une boîte à bijoux plutôt capricieuse… Je suis en bois, ornée de dorures, je possède un petit tiroir et même un beau miroir. Je renferme un secret : lorsqu’on m’ouvre, une ballerine se met à valser au son de la musique… Seulement, il faut avoir tourné ma clé avant ! Comme je le disais, je suis capricieuse, alors je me grippe quand on tente de m’ouvrir avant d’avoir tourné la clé parce que j’aime tant écouter le « Lac des cygnes » de Tchaïkovski… Je respire, je souris, je prends vie !

Jusqu’à présent, j’appartenais à une gentille dame qui me remplissait de bagues en or et de boucles en pierres précieuses, je vivais sur une coiffeuse raffinée et avait une vue imprenable sur un jeté de lit au crochet et une peinture représentant un coucher de soleil sur la mer… Humm, je pouvais presque entendre les vagues…

Mais depuis quelques temps, une gamine me maltraite et me bourre de breloques colorées et de petits objets en tout genre… Je me retrouve tantôt la tête en bas au fond d’un tiroir tout noir, tantôt en plein soleil sur une commode avec vue sur un entassement invraisemblable de peluches et un plafond rose à paillettes ! Rien n’est plus reposant, je ne peux plus réfléchir en paix ! Je veux retrouver ma vie d’avant ! 

 

Bonjour, je suis Mélodie, une petite fille plutôt chipie… J’ai 5 ans et presque toutes mes dents ! J’ai les cheveux longs mais je voudrai qu’ils touchent par terre. J’adore me déguiser et mettre des milliers de bijoux et de barrettes colorées. Ma chambre est toujours en bazar, remplie de poupées et de petites figurines.

Il y a quelques mois, mon arrière-grand-mère m’a offert une petite boite à bijoux que j’adore ! J’y range tout ce que j’ai de plus précieux… Le collier de perles du mariage de maman, mon bracelet-licorne que j’ai gagné à la kermesse, la bague Esméralda que mon amoureux m’a offerte, ma sucette de quand j’étais bébé et le petit mot de mon grand frère… Mais quand mes copines viennent à la maison, je cache vite ma petite boite dans un tiroir pour la mettre à l’abri.

Des fois, quand je suis triste, je tourne la manivelle de ma petite boite et je regarde la petite danseuse tourner en écoutant la musique… et je recommence jusqu’à ce que je ne sois plus triste. Ça doit être parce que cette boite à bijoux est magique !? 

Un jour, quand je serai grande, moi aussi, je donnerai cette boite à bijoux à la fille de la fille de ma fille ! Comme ça, elle sera toujours heureuse – comme moi.

Virginie

 

Ma petite table.

Je suis arrivée en Provence dans la hotte du Père Noël.

Les yeux émerveillés d’une petite fille.

Je suis le support des dinettes, table à langer pour les poupées et bureau de la maîtresse.

L’adolescence et je deviens table de nuit d’une couleur bleu,

Support de réveil, photos, livres, revues et journal intime. 

Une rencontre, une installation et je deviens table de salon,

Support des apéritifs et témoins de discutions endiablées.

Dans la nouvelle maison, coucou, je suis là au fond du garage, un bol d’air me conviendrait, Une mise à nue me voilà jaune et table de jardin.

Une petite fille arrive et je redeviens table pour la dinette…

Dernièrement, ponçage, grattage et je retrouve l’osier d’origine.

Toute pimpante je pars pour un voyage en Provence.

Retour aux sources,

C’est moi la petite table arrivée dans la hotte du Père Noël

Je vous aime et je ne vous lâcherai pas.

Je sais que tu es toujours auprès de moi, ma petite table.

Depuis ce 25 décembre où je t’ai trouvée devant la cheminée.

Tu as subi mes colères d’enfants, je pense que je t’ai même un peu brutalisée.

Fidèle tu as toujours été à mes côtés quand je me levais tôt, me couchait tard.

Proche lors de mes angoisses et de mes nuits blanches.

Toujours au centre d’un cercle d’amis pour présenter des friandises.

Enfants, petits enfants, tu as supporté leurs sautes d’humeur.

Quand je te bichonne, je te caresse avec un chiffon doux, que d’émotions et de souvenirs.

Je t’aime aussi et je ne te lâcherai pas.

Denise

 

Ma chère amie,

Depuis ces deux mois, merci de m’avoir sollicitée. C’était si bien de nous retrouver. Tu te souviens de nos périodes joyeuses ? Par ma collaboration à tes cadeaux, j’étais de toutes tes fêtes : naissances, anniversaires, repas d’été, repas de Noël. Et puis il y en eut de plus maussades. Tu te disais plus sûre de moi pour certaines tâches, que ça coûtait de m’amener chez le spécialiste, et tu m’oubliais, tandis que sédimentaient des travaux inachevés.

Mais là, la situation était grave, il s’agissait de préserver des vies, il fallait faire quelque chose, il fallait s’y mettre. Et me voilà qui trône, toute rouge émail en pleine lumière, dans ton petit salon devenu atelier de couture. On ne se quitte plus. Glissent toutes sortes de tissus, de couleurs, de pays. Tu me racontes leurs histoires et parfois tu les imagines. Tu chantes au rythme de mes points, tac, tac, tac, alors que pépient les oiseaux du jardin voisin, plumes au bec ! Je souhaite si fort que la vie va vous rattraper. Je retrouverai mon étagère et le silence. Mais c’était bien. Merci.

Husquvarna 

 

Ma toute belle,

Lisse et rouge avec ta confortable poignée noire sous ton élégante coquille crème. J’aime trop ta tablette amovible, et son petit quadrillage anti dérapant, qui rend si facile les coutures droites. Pour les courbes, j’aime ton bras bien stable qui se cache dessous. J’aime tes gros boutons noir et blanc, clic, clic, clic, je choisis les points, je me sens créative. Désolée, mes lacunes n’exploitèrent pas toutes tes capacités, mais bon. 

Tu es là, ma fidèle, mon premier achat en propre, il y a 43 ans. Pardon de t’en avoir souvent trop demandé. Tu te coinçais, je me fâchais, menaçais de te remplacer par un objet électronique numérique- automatique, au mode d’emploi hypothétique. Depuis ce confinement, nous partageons ces souvenirs réveillés par l’exhumation des chutes de tissus. Les voici devenus masques colorés, les voilà qui rejoignent, vite, vite, ceux des autres couturières, les voilà cinq cents qui protègent celles et ceux qui veillent sur nos plus fragiles soeurs et frères humains. Ma porte s’ouvre de nouveau, ne m’en veux pas. C’était bien. Merci.

 Josette

 

Le lit de ma grand-mère 

Je suis dans la chambre de ma grand-mère, assise à son bureau. Je me sens si seule. Je suis effondrée car ma Mamie est partie. Je ne la reverrai plus. Quand je pense à elle, je la revois si rêveuse, le regard parfois si lointain qu’on l’aurait dit partie ailleurs. Je me souviens qu’avec grand-père, ils se parlaient peu, se disputaient parfois, et je me suis souvent demandé si elle était heureuse. Notre venue la remplissait de joie, elle nous chouchoutait mon frère et moi, nous passait tous nos caprices, mais quand elle partait au loin, nous n’arrivions plus à l’atteindre. Je me suis souvent demandé pourquoi ses départs soudains, ses silences que seuls nos cris interrompaient. Comment être sûre des sentiments qui l’animaient ? Jamais je ne lui ai demandé de se raconter, et aujourd’hui, il est trop tard. Ma chère Mamie, finalement, maintenant que tu es partie, je m’aperçois que je ne connais rien de ta vie. 

Ne sois pas si triste Elodie, ta grand-mère a aimé sa vie, j’en ai été le témoin. Chaque fois qu’elle se réfugiait ici, dans sa chambre, que ce soit pour lire, écrire, pleurer, se retrouver, j’aimais la regarder, et toujours, je m’étonnais de ses renaissances. J’ai pu vivre avec elle tant de ses joies qui la faisaient rayonner, de ses souffrances aussi qu’elle refusait de laisser s’installer. Tu sais, il ne faut pas croire qu’elle était faible ou triste, bien au contraire, elle avait une force que tu ne peux soupçonner. Ma discrétion était telle que je pouvais surprendre tous ses secrets et elle ne se gênait pas pour me les dire, tu penses ! Elle savait bien que je ne les répèterais jamais. Nous étions finalement devenus complices sans qu’elle le sache. J’accueillais ses larmes quand rien ne semblait aller, ses cris de joie quand elle me partageait avec ton grand-père, sa frénésie quand elle se mettait à écrire, ses colères quand les idées s’absentaient et enfin sa paix quand elle s’allongeait, fatiguée d’une longue journée. Tu vois Elodie, tu peux la pleurer, mais crois-moi, elle a eu la vie qu’elle souhaitait, une vie bien remplie. C’est ce qu’elle me confiait dans le creux de son oreiller, tous les soirs avant de s’endormir. 

Abasourdie par tout ce que je venais d’entendre, je regardais autour de moi et vis soudain les oreillers battre des ailes. Un rêve ou la réalité ? C’était le lit, le lit de ma grand-mère bien sûr, qui, connaissant tout d’elle, venait de me la révéler ! 

Marie France

 

Un centenaire

_ Comment voulez vous que je me souvienne de ma naissance alors que plus d’un siècle de poussière s’accumule dans ma mémoire ? Tout ce que je peux vous dire c’est que, conçu à partir d’un noyer( plein de vigueur pourtant !), j’ai passé la première partie de ma vie dans la chambre d’une ferme.J’ai été le premier achat d’un couple de jeunes mariés. Si mes dimensions peuvent être aujourd’hui un peu justes pour convenir à deux personnes elles ne gênaient pas vraiment Antoinette et Claudius qui passaient leurs nuits l’un sur l’autre. Ah mes amis ! Ce que j’ai pu être agité en ce temps-là ! ...Si bien que ce qui devait arriver arriva. De galipette en galipette, neuf mois jour pour jour apès la nuit de noce je recueillis en mon sein leur premier né au milieu des larmes, des cris de douleur et des cris de joie.

Malheureusement la suite de mon existence fut beaucoup plus calme .La guerre survint . Ma propriétaire , très vite jeune veuve, s’installa dans le mitan et se mit à dormir assise, câlée par une montagne d’oreillers sous la lumière falote d’une minuscule veilleuse.Je m’ennuyais ferme dans cette atmosphère émoliente troublée seulement par les ronflements de la femme . Restée seule jusqu’à sa mort et de plus en plus vieille elle finit par mourir. Oserais-je dire que je commençais à rêver d’une vie plus aventureuse ? Hélas je fus d’abord relégué au fond d’un grenier où j’ai bien falli me craqueleler de désespoir . Mais chut....J’entends arriver ma nouvelle propriétaire.....

Entre une femme la quarantaine, jolie, un look très moderne. Elle se poste, songeuse , devant le lit à rouleau :

_Mais qu’est-ce que je vais faire de toi ? Oui je comprends : ma mère n’a pas voulu se débarasser du seul souvenir concret de sa grand-mère que tu représentes pour elle. Vue la petitesse de son appartement elle ne pouvait pas te garder.Alors j’ai eu pitié ! Mais franchement mon pauvre vieux ton style est complètement démodé ! Il ne va pas du tout avec le reste de mon mobilier... Bon je vais te placer dans la chambre d’amis : comme ça tu passeras à peu près inaperçu. Ma mère pourra profiter de toi quand elle viendra nous rendre visite …

Christiane Willigens

 

BONNETIERE

Bonbonnière, chambre mortuaire, chambre, grenier, salon, arrière cuisine, j’ai vécu partout dans les maisons ! Toujours on m’a admirée, convoitée. C’est vrai que je suis belle, harmonieuse, mon bois miroite, et je ne suis pas bancale.

Tout a commencé, chez un ébéniste renommé. Il m’a enfantée après de longs mois de travail, après avoir couru des lieues et des lieues pour trouver les essences de noyer les plus belles. Depuis cent ans je fais la joie de mes propriétaires, j’embellis leur maison, je partage les secrets plus ou moins avouables de leur intimité. Ah, en ai-je entendu des soupirs ! De plaisir, de regret, des cris aussi. J’ai meublé un marquis raffiné, une tenancière de bordel pleine d’humanité, une couturière chaleureuse, un médecin esthète et quelques autres, et pour finir un écrivain laborieux. Tous m’ont confié des secrets, lettres, bijoux. Seuls quelques uns ont découvert le logement secret où ont été cachés des lettres, des produits d’extorsions de fonds, des reconnaissances de dettes… Je suis un condensé de l’âme humaine, et ce n’est pas toujours très propre. C’est dans les chambres que je me suis plu ! Ah ! Les soupirs, les mots tendres, les serments, les mensonges, les étreintes, les mots crus… Quelle misère l’humanité ! Tous et toutes infidèles, avides de jouir et de posséder. Moi seule restais intègre, solide, muette comme une tombe, dans ces lieux clos. J’ai même été ornée d’un miroir face au lit, mais le propriétaire suivant m’a débarrassée de cet ornement au goût douteux en ce lieu !! Cent ans et pas un millimètre de jeu, pas une cheville défaillante. Mes portes, celle du haut et celle du bas, s’ouvrent et se ferment comme au premier jour, pas de jeu. Trois femmes m’ont utilisée, une couturière soigneuse, une femme de chambre désinvolte qui ne m’a jamais réellement regardée, et la courtisane qui m’a équipée d’un miroir ! J’ai servi de bibliothèque à un médecin qui a remanié mon intérieur. J’ai abrité les objets exotiques que l’explorateur collectait... 

Me voilà dans une salle des ventes. Vais-je enfin réaliser mon rêve, m’humaniser, connaître le plaisir de me toucher, d’admirer mes formes si parfaites. Qui va me désirer, une fée peut-être ! Un coup de baguette magique et me voilà homme ou femme, convoitant ce meuble que j’étais, trop beau, trop parfait pour embellir la vie de ces médiocres ! 

C’est un écrivain qui m’a achetée, bien au dessous de ma valeur. Aujourd’hui je trône dans son salon. Il n’arrête pas de me poser des questions, il veut connaître ma vie, que je lui brosse les portraits de tous mes propriétaires ! Pas question, je suis muette. Il n’a qu’à inventer, c’est son métier. 

 ECRIVAIN 

Je crois que j’ai fait une bonne affaire avec cette bonnetière en noyer, je vais écrire son histoire. c’ Huit jours déjà qu’elle me nargue, qu’elle reste coite, fermée comme une huitre ! Je la cajole, rien. Je la supplie, rien. Je la menace avec une scie, rien, lui parle de la déb-ter en planches, rien. Comment la faire parler ? Qu’elle me fasse un signe, m’ouvre une piste ! Je suis stérile, pas un mot ne sort de mon esprit… je suis désespéré. Je suis lassé de son mutisme.

Je me réveille ce matin, un peu vaseux, mal dormi à cause d’un rêve idiot. Moi qui n’ai découvert les Beatles qu’à leur séparation, je les ai vus en rêve ! John Lennon ME chantait, pour moi seul la chanson “IMAGINE“. C’est idiot… à moins que… 

ANDRE

 

Il est dix heures, je ne l’ai pas encore entendu, pourtant je le sens là, présent quelque part dans la boutique poussiéreuse. D’habitude, il est ponctuel et précis. Je l’entends tourner les clés des nombreux verrous. Il commence toujours par le gros, celui du haut. Je sais alors, qu’il est six heures du matin, quelque soit la saison.

Nous sommes mardi et je suis inquiet. Tous les mardis, il m’installe à l’extérieur dans la ruelle, là où il m’a fait construire un auvent pour me protéger. Nous passons une grande partie de la matinée ensemble. D’abord, il m’ouvre. Ensuite, je sens sa vieille chaussette de ski en grosse laine me caresser de toutes parts. Je trône et chacun sait dans la ville que je suis territoire interdit, protégé par le vieux fou.

Nous sommes mardi, le thé sera apporté vers onze heures. C’est un grand moment, le moment où chaque artisan vient recevoir ses ordres ou ses remarques. Le vieux fou, comme ils l’appellent dans son dos, est le garant d’une paix précaire entre deux communautés de frères ennemis à jamais. Tous le respectent, on ne sait pourquoi. Tous sont reliés à lui par un fil invisible mais solide, un fil qui lui vient de son père et avant lui de son grand père. On ne le craint pas mais chacun sait qui il est, chacun sait que pour lui dans l’expression frères ennemis, le mot frère prime sur tout.

Chaque mardi, après qu’il m’a installé sur deux grosses pierres taillées dans la roche, il m’ouvre et je reçois mon onction. Je ne sais pas quel mélange il utilise, il ne me l’a jamais dit. Il y a de l’huile de lin en petite quantité, je le sais car tous mes maîtres m’ont soigné ainsi depuis ma création chez un maitre artisan de Savoie. Dans ce mélange, il y a une huile très douce au parfum délicat. Elle me procure un sentiment de plaisir infini qui vient contrer cet élément désagréable que je ne peux, ni ne veux nommer tant il sent fort. Je sais pourtant qu’il est nécessaire à ma longévité. Je sais aussi qu’il lui vient de l’orient lointain et qu’il a toujours veillé à ce que je n’en sois pas privé. Ne croyez pas que le Sahara soit cette seule magnifique étendue de sable ou de pierres que l’on voit sur les cartes postales. Le Sahara a aussi ses nuisibles et xylophages en tous genres. Je suis conscient de la protection du maître, je lui en suis reconnaissant.

Je suis dans cette échoppe depuis plus de soixante ans. C‘est comme ça ! J’ai eu une vie de voyages, j’ai changé plusieurs fois de propriétaires. A chaque fois, je me suis adapté. Ici ma vie est structurée à l’image de la sienne. C’est comme ça.

A onze heures, ils arriveront tous pour boire le thé hebdomadaire. Pour certains d’entre eux, c’est un moment interminable mais obligatoire. Je le sais car ils en parlent à voix basse tout près de moi. Ils le verront là gisant sur le sol au pied de l’escalier. Il ne m’a pas dit au revoir, il n’a pas eu le temps. Nous sommes mardi et je ne le verrai plus.

Le coffre du vieux tailleur

Tomber un lundi soir, passer une nuit à gémir discrètement. Ce n’est pas comme ça que je voyais la fin. Et pourtant j’y suis bel et bien, je le sens. Cette chute a été d’une violence inouïe mais avant il y a eu ce malaise. J’ai senti mes jambes se dérober, j’ai tenté de résister à ce vertige assassin, en vain.

Le noir et l’impuissance se sont installés. Je respire encore. Je prends l’air péniblement, je concentre mes forces dans l’expire. Les dernières minutes ne sont-elles pas les plus longues ? Je sais que personne ne me viendra en aide. Chez moi, personne ne m’attend. J’ai peu d’amis et cela me va bien.

Ce qui me contrarie le plus, c’est de savoir que je ne pourrais pas m’occuper de mon coffre en bois rare, mon trésor.

Il y a une autre chose qui me chagrine (façon de parler) : je n’ai pas prévu ma succession au conseil du mardi matin. Ma charge de juge conciliateur des artisans de la ville se transmet de père en fils. Je n’ai pas eu d’enfant et ceux de mon frère vivent à des milliers de kilomètres, seront-ils prévenus ? J’en doute un peu. Cette situation de guerre ne va pas faciliter les choses. J’en connais plus d’un qui va en profiter pour détourner l’héritage qui aurait dû leur revenir… Il est temps d’accepter le mystère de l’après soi.

Il y a maintenant bien longtemps que mon bien aimé frère m’a offert ce coffre en me disant :

- Il aura toute sa place dans ton échoppe, regarde toutes étiquettes à l’intérieur ! Il en a fait des voyages ! Venise, Londres, Bruxelles, Paris. Tous ces voyages depuis la Savoie. Mais je t’assure qu’avec un bon nettoyage, il retrouvera sa splendeur d’origine.

- Je l’accepte volontiers. Sais-tu pourquoi ? Avais-je répondu.

- Je connais ton goût pour les objets de brocantes. Tu vas y mettre tes montres ?

- Tout juste ! J’en ai maintenant plusieurs dizaines, toutes fonctionnent, j’y veille.

- Oh, je sais a répondu mon frère.

Je me rappelle bien cette conversation autour du coffre. Le visage de mon frère estompe, il devient flou. La douleur reprend le dessus, mon visage se tord suppliant qu’on me laisse encore un instant pour me souvenir. Le coffre est là, à un souffle que je n’ai plus.

J’en ai pris soin, cher frère. Chaque semaine, je l’ai sorti en pensant à toi et aux tiens. Je lui ai prodigué soins et caresse que je vous ai dédiés. Ce coffre, c’était vous, bienaimés miens ! Je ne lui ai pas dit au revoir, je n’en ai plus la force…

Le vieux tailleur du Sahara. 

Kheira Mallion

 

Putain j’ai vraiment une sale tête ce matin ! Suis à la bourre mais pas le choix, vais devoir me maquiller et pas qu’un peu. Après 20 minutes de travail, ouais c’est pas mal. Allez habillage et puis je viendrai jeter un dernier coup d’œil, enfin si j’arrive à mettre la main sur cette saloperie de tee-shirt. Ah il est là-bas. Tee-shirt, jean c’est bon. Un dernier coup d’œil dans le miroir et je pars. Quelle horreur ! C’est pas possible d’être pâle comme ça, on dirait un cadavre ! Bon c’est parti pour une deuxième couche de maquillage, cette fois-ci je vais mettre la dose. Ouais encore une, c’est plus sûr. Bordel de merde ! Mais c’est quoi ce point noir ? Il y était pas tout à l’heure ! Et là c’est quoi ? On dirait que le miroir se craquelle ! 

Je l’avoue humblement, j’aime les belles phrases et surtout je ne supporte pas les grossièretés. Mon ancien propriétaire était un comédien de théâtre classique et je m’étais habitué à la beauté de ses mots. Quel bonheur de l’écouter enchaîner les vers lorsqu’il récitait ses textes en face de moi ! Bien sûr, en changeant de lieu, j’allais changer de style mais ma nouvelle propriétaire est une catastrophe, incapable d’aligner deux phrases correctes sans jurer. Elle ne se doute de rien mais ce matin, j’ai modifié la luminosité de mon reflet. Après son premier maquillage, elle était bien assez colorée mais cela m’a amusé de lui faire croire qu’elle était pâle pour qu’elle en rajoute. Vu la dose de peinture qu’elle s’est appliquée sur le visage, on va maintenant la prendre pour une métisse ! La cerise sur le gâteau a été de faire apparaître ce disgracieux petit point noir qui n’est qu’un jeu d’ombres. Pour elle comme pour tous un miroir est une surface inerte qui renvoie fidèlement l’image qui est en face, rien de plus. C’est curieux que personne n’ait jamais eu de doutes. On dit qu’un miroir « réfléchit ». Ce n’est pas anodin comme verbe, non ? Cela indique une pensée, non ? La mienne en l’occurrence. Une pensée qui m’a conduit à ne pas continuer cette existence. Cela va commencer par un petit craquèlement et d’ici quelques jours je me briserai en mille morceaux, condamnant ma propriétaire à 7 ans de malheur. Elle n’aura que ce qu’elle mérite, je ne supporte pas les grossièretés. 

Laura

 

Il n’y avait rien dont je raffolais autant que les brocantes et autres antiquaires. Tous ces objets, que certains qualifieraient de babioles ou encore de colifichets, me paraissaient au contraire avoir bien des secrets à me raconter, des histoires à me murmurer. S’ils avaient été dotés de caractères humains, la vieille table en chêne que je vois là aurait sans aucun doute été la plus étriquée d’esprit, campée sur ses positions et immuable. Elle était imposante, à l’image du buffet ou bien de l’orgue que voilà, mais la théorie de l’évolution de Darwin selon laquelle seuls les plus petits et ceux qui ont le plus de facilités à s’adapter survivent n’était visiblement pas adaptée aux objets puisque les plus grands régnaient en maître en ces lieux. Il y en avait bien des plus petits et plus discrets, acculés dans un coin de la pièce, mais ceux-ci paraissaient craindre leurs supérieurs et ne s’en approchait pas. Seul un collier orné d’un camée, plus valeureux que les autres probablement, avait osé prendre place sur la table, et ce, impunément ! Cette dernière ne pouvait décemment pas prendre le risque de se trahir auprès des humains, mais elle fomentait de viles méthodes d’exclusion du collier trop impétueux, je le voyais bien à ses rainures qui se teintaient de pourpre sous l’effet de la colère. 

Eden

 

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