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Les textes du 4e Mercredi de l’écriture en ligne

Quand nous sortirons, la vie sera devenue mensonge.
J’aimerais que la vision de toi entrant dans la salle de concert où nous allions voir se produire un groupe de reggae, un livre dépassant de la poche de ta veste, te donnant l’air d’un étudiant parisien distingué, redevienne réalité. Alors je me moquerai gentiment de toi - je ne possède qu’humour et sarcasme pour tour à tour exprimer et masquer mes sentiments - comme je le fis ce jour-là en saisissant Un Certain M. Piekielny, « regarde qui se rend à un concert avec un bouquin dans la poche ! », plus simple de taquiner que d’avouer la valeur qu’on accorde à une présence. Tu m’avais raconté la rencontre dont tu revenais, avec l’écrivain au nom étrange frappant d’originalité, ressemblant à désirable qui est un adjectif et qui ferait un drôle de nom propre, avais-je alors pensé. Je t’avais ensuite ri au nez en te disant que tu ne me ferais pas lire quoi que ce soit ayant un rapport avec Romain Gary car nous nous étions disputés, lui et moi, quand j’étais en classe de 3ème. Je t’avais expliqué pourquoi je gardais encore en moi une nette impression de défaite pour ne pas avoir tenu la promesse de finir La Promesse de l’Aube avant l’aube du devoir sur table. J’avais dû ajouter, et maintenant que mes études sont terminées je peux le confirmer, qu’il s’agissait du seul livre dont je n’avais pu achever la lecture dans ma scolarité, inexplicablement, par vague ennui et agacement, moi qui étais pourtant venue à bout des pages obscures du Misanthrope sans en comprendre un traître mot, des affres d’Antigone, de l’ennui de Mme Bovary et du mien par la même occasion, et du Rapport de Brodeck malgré le dégoût qu’il m’avait procuré et qui devait longtemps me hanter. Plus tard, je mettrai encore ma discipline de fer à profit pour terminer What Maisie New, The Red Badge of Courage et The House with the Green Shutters. C’est le bel appétit de lecture qui m’a saisi à l’âge de cinq ans, remplaçant souvent dangereusement celui de la nourriture, qui me permet aujourd’hui de dresser la liste de mes ennuis littéraires, avec excuses à leurs auteurs, on ne peut pas tout apprécier à sa juste valeur.
Mais la vision de nos escapades culturelles et littéraires n’est plus qu’un songe, car trois saisons d’orage nous séparent de nos vingt ans à présent, ils sont derrière nous à jamais et pire encore, la part des nuages noirs gorgés de pluie froide a rincé leur substance ; le tonnerre a durci mon coeur naufrage. Ombres et soleil se sont succédé en lumières dansantes sur nos visages ; seuls les clichés restent invariants pour témoigner de ce qui a un jour existé, de l’amitié dans les rues sombres où tu brisais parfois le silence avec ton idiome du moment. « La nuit, tous les chats sont gris. », lançais-tu à l’improviste et nos rires sans raison raisonnaient en écho entre les parois des immeubles avant de se briser, étouffés par la neige.
De jour ou de nuit, demain les chats de nos rues seront soulagés de nous voir repartir. Comme j’aurai appris à leur parler, ils me raconteront la vie de ma voisine que je n’ai plus le loisir d’imaginer, le vis-à-vis la rendant trop tangible. Quotidiennement, je converserai donc avec un félin gris comme les nuits de nos vingt ans, sur le chemin du travail, avançant vers les séances qui s’inscrivent dans une séquence qui s’articule autour d’une problématique imbriquée dans un axe lui-même correspondant à un thème, formatage impersonnel qu’il me faut pourtant personnaliser pour emmener avec moi une trentaine d’esprits plus jeunes que mes souvenirs, pendant quelques instants, sur la route d’une langue et d’une culture différente.
Quand nous sortirons, tout cela aura-t-il encore du sens, quand on y songe ? Si je m’y perds, j’imaginerai un coeur multicolore entouré de ronce rose qui du monde morose masquera la misère.

Inès

 

Quand nous sortirons après Trois saisons d’orage pandémique pendant lesquelles Ombres et soleil ont alterné dans mon Cœur naufrage de confiné, j’irai consulter Un certain monsieur Piekielny, psychiatre de son état, éminent thérapeute au physique caractérisé par une large balafre sur la joue droite, déposée telle une Ronce rose sur un visage sans sourire. Les séances de ce spécialiste ont déjà prouvé leur efficacité en apportant quelque soulagement dans la Vie de ma voisine. Le bel appétit de ce médecin pour l’auto-apitoiement de son prochain me permettra, moyennant finance, de déposer sans scrupule La part des nuages qui aura assombrit mon quotidien durant tout le confinement.
Mais il faut attendre, attendre encore, attendre demain. Mais c’est quand demain ? le 11 mai ? Tu parles, Demain les chats auront des plumes et les poules auront des dents !!
Mais si jamais.....quand nous sortirons…

Sabine

 

Quand nous sortirons, demain, les chats pourront enfin remonter sur les toits.
La part des nuages sera consommé, et on pourra enfin profiter des ombres et soleil.
Après ces trois saisons d’orage, je connais toute la vie de ma voisine. Ses séances bruyantes avec ce certain M. Piekelny, qui semble vraiment avoir le bel appétit….
Alors que moi, c’est avec le cœur naufrage que je ressortirai !!!
 

Nathaou Crequie

 

Quand nous sortirons pour assouvir notre bel appétit, nous nous installerons sur une belle nappe dans le jardin, dont l’emplacement permet d’épier la vie de ma voisine.
Nos séances précédentes étaient faites d’ombres et de soleil et nous en sortions parfois le cœur naufragé. Ton regard reflétait plus souvent la part des nuages que celle du bleu du ciel, sans que je parvins à déterminer pourquoi.
Face à l’imminente perspective de te retrouver, je réalisais à quel point ces moments m’avaient manqué, nous avions dû supporter trois saisons d’orage avant de pouvoir nous retrouver dehors à nouveau...
Un beau jour tu m’a téléphoné et notre conversation se résuma à une seule assertion, curieuse s’il en est : « demain les chats pourront sortir sans être trempés ».
Nous aimions à nous exprimer dans l’implicite le plus déluré et ne nous embarrassions pas des colifichets langagiers dont se paraient pourtant les discussions avec nos autres connaissances.
J’avais grand peine à dissimuler la joie que m’inspirait ces retrouvailles, pourtant je dus modérer ma gaieté à la vue de ton visage fermé. Il semblait que nous ne nous retrouvions pas pour refaire le monde sur des envolées spirituelles, mais bien pour déblatérer sur des sujets autrement plus prosaïques. Les nuages n’avaient jamais été aussi présents dans tes prunelles que lorsque tu me dis « Un certain M.Piekielny m’a contacté. Le couperet est tombé. Je ne peux plus résider ici, faute d’avoir obtenu la nationalité.
Le cœur naufragé. Tu avais beau réaliser l’absurdité de la chose, tu tentais d’adoucir ton départ en m’offrant une rose. Ses pétales m’indifféraient, tout ce que j’y voyais, c’était ses ronces.
Ronce rose. Deux mots indissociables, et pourtant la beauté qu’évoque le second ne parvient pas à faire oublier l’amertume qui envahit l’être à la pensée du premier.

Eden

 

Quand nous sortirons, sous le grand chêne, entre ombre et soleil, assis sur ce banc, rêvant à cette naïade Ronce Rose qui cœur naufrage, traversait les grands fonds marins où la part des nuages se reflétait... qu’allait-elle chercher, chaque trois saisons d’orage...un certain Piekielny ? son nouvel amant, paraît-il, dont le bel appétit amoureux, rendait les séances bucoliques à chaque plongées...
Aujourd’hui, c’est la vie de ma voisine, un peu tumultueuse, qui nous a entrainés dans ce rêve...
Au crépuscule, demain, les chats, de leurs yeux scintillants, perçant la nuit, nous conduiront-ils aussi dans un autre univers ?
 

annelleaime

 

 

Quand nous sortirons, je pourrais enfin partager mon amour, j’aurais enfin « le bel appétit ».
Je ne penserais plus à la vie de ma voisine,
Je ferais valser les beaux jours, les faire tanguer,
Crier des mots d’amour entre ombres et soleil,
Je dirais « je t’aime », et je te tiendrais par la main.
Fini tous ces matins gris, la part des nuages sera insignifiant, presque un lointain souvenir,
Il y aura du soleil partout, pour éclairer le bleu du ciel,
Il y aura des étincelles, et je t’embrasserais dans la rue, sous les réverbères, sous les trois saisons d’orage.
Que la vie est belle !
Je déambulerais dans les rues pavées de Voiron, et j’irais me délecter des chocolats Bonnat, m’enivrer dans les caves de Chartreuse, sentir les odeurs fortes des plantes cueillies dans des lieux étranges et secrets.
Écouter un certain M.Piekielny au piano, chanter la Bossa Nova de sa voix suave et langoureuse, dans ce petit bar, que nous aimons tant.
Et, pendant les séances, ta main posé derrière mon cou, je goutterais à ton parfum capiteux.
Au premières lueurs du jour, je verrais le brouillard qui se pose là, sur les prés tendrement verts, et me délecterais de cette ronce rose éclatante.
Demain les chats pourrons se lover, s’entortiller autour de mes jambes.
Mon cœur naufrage d’hier, ne sera plus que moquerie, car j’aurais enfin ta main qui me conduit, dans le plus doux des paradis.
Que la vie est belle !
 

Richard V.

 

 

 

Quand nous sortirons de cette tempête, mon dieu, je serai un autre homme…

Voici près d’un mois que nous voguons sur ce navire à destination des indes. Notre capitaine est un certain M. Piekielny, un étranger venu d’au-delà des montagnes. Il a le teint clair, les yeux vert-jade, une fine moustache noire et une balafre telle une ronce rose qui lui parcourt le torse. Piekielny avait un bel appétit et pratiquait des séances quotidiennes d’arts martiaux sur le pont.
Moi, je suis Jimmy, gabier depuis 10 ans et mon rôle sur l’Hermione est d’entretenir les mâts, les vergues et les voiles pour que tout se passe bien pendant les manœuvres.

Nous sommes le mardi 11 Mai 1515, le jour se lève toujours derrière nous et nous oscillons entre ombre et soleil… Nous avons déjà essuyé trois saisons d’orage mais celui qui s’en vient est d’une autre violence ! Le ciel s’assombrit, la brume s’épaissit et les eaux se troublent. Puis la pluie s’abat sur notre frégate, la part des nuages noirs s’étend frénétiquement et les flots s’enivrent. Maintenant le vent fait claquer les haubans, les éclairs zèbrent l’horizon et le tonnerre gronde au loin. Je suis désormais aveugle et je dois sortir notre bateau de cette galère ! Mais j’entends déjà quelques matelots, le cœur naufrage, faire leurs prières pendant que d’autres se jettent à l’océan pour échapper à l’apocalypse et je répète inlassablement ces paroles : « Quand nous sortirons de cette tempête, mon dieu, je serai un autre homme… » Quand soudain, j’entends mon capitaine hurler : « cotcotcotcodeck ! ».

C’est alors que j’ouvre les yeux et crie à mon tour « - La vie de ma voisine ! C’est encore une de ses poules rousses qui a pondu ! ».
Est-ce que demain les chats me réveilleront de ma sieste ?

Virginie E.

 

 

 

Quand nous sortirons de l’hôpital, où je viens la chercher, le bel appétit de ma voisine s’apaisera, les séances avec un certain M. Piekielny ne risquent pas de reprendre après trois saisons d’orage pendant lesquelles leur relation avait alterné ombres et soleil. La part des nuages dans la vie de ma voisine rythmait les soubresauts de son humeur, un ciel de printemps changeant au gré du vent. Ses sentiments hésitaient du Cœur naufrage à l’extase sublime, du coeur déchiré par la ronce rose de Cupidon. Demain les chats auront retrouvé leur maîtresse et moi j’aurai déménagé loin de cette femme qui me bouffe la vie. C’est la cinquième fois que je vais la récupérer à l’hôpital après une T.S....

T.S. : tentative de suicide

André

 

 

 

Quand nous sortirons de ce confinement, le bel appétit que nous aurons de vivre la Vraie Vie !
Je n’en peux plus de la vie de ma voisine et de ses relations avec un certain Mr Piekielny.
Je n’en peux plus de Ronce Rose super-héroïne de dessins animés insipides servis par la télé encore aujourd’hui.
A tous les coup ce sera une rediffusion demain : les chats et leur bêtisier ; Autrefois, je veux dire avant le confinement, je trouvais un peu drôle, mais là : Non. Devant tant d’insipidité, j’ai le coeur naufrage.
Le coeur naufrage, et le corps aussi , avec ces petites sorties d’une heure maxi...
Encore heureux qu’il fasse beau : imaginez ce confinement en novembre : là, en ressenti comme ils disent à la météo, on était à trois saisons d’orage intérieur, pas une !
Oui, je sais , nous avons la chance de pouvoir nous connecter sur le Net à un nombre infini se séances de gymnastique, de yoga, de méditations diverses et variées, histoire de découvrir notre part d’ombre et de soleil etc.....etc.....
Mais bon, toute cette vie virtuelle, moi, ça me prend la tête.
Ah Baudelaire !
Avec lui, je peux garder le mystère des nuages, la part des nuages, "ces merveilleux nuages....."

Odile GERMAIN

 

 

Quand nous sortirons de cette voie qui nous a plongés au cœur d’un profond tourbillon, l’instant viendra pour chacun, d’estimer ses parts d’ombres et de soleil, de mesurer son opacité personnelle et d’apercevoir, peut être, celle des autres. En attendant, je médite, du moins, je m’essaie à la réflexion intérieure sans autre limite que celle que je lui donne et que je lui autorise.
Je reste perméable à ce qui m’entoure dans ce grand ressourcement.
Des séances de pianos interminables, répétitives et hésitantes me disent le vide réel de la vie de ma voisine depuis longtemps délaissée par les siens. Elles me signifient son ennui, sa lassitude.
Je déchiffre sa langue, le souhaite-t-elle ?

Le parfum des victuailles préparées au fil des journées, et qui s’engouffre chez moi par les fenêtres ouvertes, m’indique le bel appétit de mes voisins d’en face. Aujourd’hui, c’est poisson aux cinq parfums !
Demain les chats se régaleront. Enfin, je le crois ?

Mais moi, quels sont les indices qui s’échappent dans ce que je donne à voir. Mes fenêtres sont souvent ouvertes, toutes. Et pourtant, l’avenue, toute proche, vient limiter un horizon que je voudrais plus vaste.
Est-ce que je donne à voir mes journées passées à rêver à la maison du lac, à son champ bordé d’une ronce rose et féconde qui me fournit en confiture de septembre ?
Est-ce que je donne à voir mon cœur naufrage tous ces jours où la tristesse m’étreins ?
Est-ce que je donne à voir la dimension du vide qui m’emplit en pensant aux absents et à ceux qui sont loin ? Je ne sais.
Ce que je donne à voir, ce sont les séances de Yoga et peut être même les tutos d’un certain M.Pielkielny sur l’écran géant de la grande bibliothèque, chaque matin.
Ce que je donne à voir, c’est ma fougue à sortir chaque soir à vingt heures. J’applaudis les soignants, je leur crie : « Bravo ! » Ce que je donne à voir, c’est mon enthousiasme sans retenue.
Ces instants-là sont limpides pour nous tous. Ombres et soleil ensemble, unis dans un même cri, chacun à sa façon. Certains choisissent le signe ostentatoire qu’est le chant, la danse ou le bruit des casseroles.
D’autres, plus timides ont choisi l’affichette avec écrit « MERCI ».
D’autres encore, sont simplement présents.
Julien le plus jeune des Martin nous chante tous les soirs les trois saisons d’orage ainsi que les mots bleus.
Ombres et soleil sont là, aux rendez-vous du sort et de l’histoire commune.
La part des nuages est là, certes, mais le soleil domine, intact et résistant.


Kheira MALLION

 


 « Quand nous sortirons il faudra, bien sûr, qu’il fasse nuit. C’est pourquoi j’ai longuement hésité à lui en parler : en effet il m’avait avoué qu’à cause de sa myopie il s’était trompé de victime ! Alors, la nuit....

 Le jour de cet aveu c’était comme aujourd’hui l’heure de la promenade quotidienne. Enfin quand je dis « promenade » il faut savoir que les séances consistent à tourner en rond entre ombres et soleil . C’est d’une telle monotonie qu’on en arrive à souhaiter quelque incident même malheureux pour rompre un ennui mortel et éviter le naufrage du cœur .Ainsi ce jour-là j’ai tout-de-suite remarqué un nouveau promeneur : un certain Stanislas Piekielny . Une vraie « armoire à glace » qui marchait lentement, le visage levé vers le ciel comme s’il voulait gober une part des nuages .Son mutisme, sa carrure , ses gestes lents et mesurés , m’ont tout-de-suite rendu confiant. D’abord, nous avons échangé quelques propos anodins puis ,assez rapidement , des confidences. Après trois saisons d’orage avec une compagne hystérique il avait fui la Pologne . Atterri je ne sais comment dans un village perdu du Quercy, il s’était installé dans une vieille ferme abandonnée . Chérissant plus que tout sa solitude retrouvée il ne s’intéressait nullement à la vie de sa voisine . Ronce Rose elle s’appelait : un nom à la fois rempli d’épines et d’eau de rose qui lui donnait la nausée . Mais un jour.....
 A ce stade du récit Stanislas s’était interrompu brutalement . Il m’avait fallu attendre une semaine avant qu’il s’adresse à moi de nouveau. En m’entrainant dans un endroit sombre il se mit à narrer la scène suivante : il avait vu sa voisine rentrer chez elle avec des airs de conspirateur et dissimuler un gros paquet au fond du jardin, dans un tronc d’arbre. Le lendemain tout le village apprenait la disparition inexpliquée du chien du maire. Une brave bête que tous les habitants aimaient bien mais comme son maître le laissait vagabonder en liberté il lui arrivait de pénétrer dans les propriétés privées, d’écraser quelques fruits et légumes . Plusieurs fois il avait entendu sa voisine crier. Il avait pu surprendre la mégère , munie d’un bâton, qui tapait la pauvre bête...Alors une pensée a cheminé longtemps dans son cerveau avant de devenir certitude : le paquet ! Elle avait tué Cricket !. Et l’événement est tombé dans l’oubli sans que la coupable ne soit inquiétée : il allait , lui Stanislas, venger cette pauvre bête. Il allait lui provoquer la peur de sa vie !...
 Le visage soudain livide Stanislas s’était alors épongé le front avant de continuer et de m’avouer comment la vengeance avait si mal tourné . Se trompant de victime il avait sans le vouloir provoqué la mort d’une vieille femme innocente ce qui expliquait sa présence ici.
 Au fil du temps notre amitié s’est étoffée et nos confidences réciproques ont fini par lier nos deux destins. Quand j’ai commencé à envisager une évasion , tout naturellement je lui ai proposé..
 Mais la « récréation » est finie. Je ne voudrais pas manquer le repas car, malgré mon incarcération j’ai gardé un bel appétit. Demain les chats viendront quémander les restes comme d’habitude. Ils ne se découragent pas et pourtant...

Quand nous sortirons Stanislas et moi on ira « s’en mettre plein la panse ». oui mais enfin, la nuit, avec sa myopie..... »

 Songeur et doublement inquiet l’homme regagne sa cellule:le handicap de son complice peut faire échouer leur projet certes . Mais même s’ils réussissent une autre question sournoisement se faufile dans son esprit : après ce long confinement quelle sorte de monde devront-ils affronter ?

Christiane Willigens
 

 


Quand nous sortirons...
... le bel appétit de la nuit ouatée aura dévoré jusqu’à la dernière étoile.
Les premières lueurs de l’aube, ronce rose, cesseront d’égratigner le ciel et nos vies.
Quand nous sortirons l’air sera léger, nos corps délivrés danseront en rythme enlevé.

Il est bientôt 20h et je vais à ma fenêtre rejoindre les vivats en l’honneur de tout le personnel soignant. Comme c’est étrange, il aura fallu cette maudite épidémie pour se saluer ainsi, découvrir nos visages, se sourire, échanger quelques mots avec les plus proches. La cour intérieure de cet immeuble parisien est devenu un nouveau théâtre sans véritable spectacle où les acteurs sont montés aux fenêtres. Dire que j’habite ici depuis pas mal d’années déjà et que locataires ou propriétaires me sont des inconnus. Pour ceux que je croise, "Bonjour ! Bonsoir !" un point c’est tout. Celle qui m’intrigue le plus est la voisine de l’appartement qui jouxte le mien car je ne l’ai jamais vue à son balcon pour s’unir à nous tous à ce moment de solidarité partagé. J’ignore absolument tout de la vie de ma voisine et elle de la mienne.
En attendant cette sortie et pour distraire mon cœur naufrage j’ai l’idée de me prêter à un jeu. Je me propose d’imaginer des morceaux de sa vie, sa biographie incomplète, erronée à tous les coups. Et le jour J quand nos portes s’ouvriront, je sonnerai chez elle et lui dirai : "s’il vous plaît, ce n’est plus la peine de vous cacher, je sais tout sur vous ! Je viendrai régulièrement chez vous et il nous faudra certainement multiplier les séances afin que je puisse vous exposer quelques tranches de votre vie selon moi. Cela vous fait rire ? A la bonne heure ! vous venez de lessiver murs, parquet, mes trois saisons d’orage vous laveront de la tête aux pieds.

Première saison et première séance :
Vous êtes une fille Piekielny, née d’un certain M. Piekielny, collectionneur d’objets rares
dont vous faites partie. Piekielny est votre nom de jeune fille et non de femme mariée. Les hommes de votre vie, l’homme de votre de vie... grosse déception amoureuse ?
Vous avez chassé toute aventure amoureuse et les chats en sont votre ersatz. Quel homme aurait accepté de partager un appartement avec la gens féline et non féminine ? Le paillasson devant votre porte représente un chat. La silhouette d’un chat découpée dans de la tôle trône au-dessus du balcon. Et moi je les entends miauler à travers la cloison et je m’excuse de dire que je préfère de loin le "miau miau" du concerto de Rossini au leur. Demain les chats, abrutis par le confinement se faufileront entre vos jambes pour dévaler dans la cage d’escalier. Épanchez votre cœur !
Nous tremperons les langues de chat pour ce tea-time.

Deuxième saison et deuxième séance :
Dans ma boule de cristal, ce jour-là, je vous vois en robe d’été et chapeau de paille, prendre soin des fleurs et plantes à l’entrée du fleuriste Le Camélia. L’art floral vous ravit, jongler avec les couleurs, associer les formes pour la confection de bouquets et puis avec ces jours ensoleillés les fleurs exhalent leurs arômes. D’autant plus que les brins de muguet viennent d’être livrés et que vous êtes chargée de les disposer le plus artistiquement et stratégiquement possible pour le plaisir des yeux et de la vente.
Quand vous relevez la tête, vous constatez que le petit restaurant d’en face est aujourd’hui bien fréquenté, les beaux jours obligent. Dehors les tables sont déjà dressées entre ombres et soleil pour satisfaire toute la clientèle. Une femme attablée semble attendre quelqu’un. Soudain des éclats de voix, une ruée de personnes vers cette terrasse. La femme est attrapée, secouée, on lui crie dessus, quelqu’un s’empare de son sac. C’es un voleur sans doute car dépenaillé, on dirait qu’il exige quelque chose, elle refuse d’obéir. Il lui tire les cheveux, porte ses mains à son cou. Les autres autour d’elle n’interviennent pas et incroyable semblent même le couvrir. La scène vous indigne et votre sang ne fait qu’un tour : il faut intervenir ! Vous foncez vers le cactus, vous vous en emparez, traversez la ruelle et vlan ! sur la tête de l’indélicat ! "C’est qui cette folle ?" entendez-vous quand on vient vous saisir par le poignet et que vous apercevez, un peu trop tard, un caméraman en train de filmer. Cette bévue vous coûtera votre emploi et quelques engueulades.
Madame Piekielny, je viendrai vous consoler avec un film en noir et blanc.

Troisième saison et troisième séance :
Comme nous aurons commencé à nous apprivoiser un peu, nous élaborerons ensemble cette troisième rencontre et le petit guignolet en apéritif et notre futile bavardage enlèvera chez l’une et l’autre la part des nuages qui nous accompagnent.
J’applaudis intérieurement à la perspective de ce jeu rébus avec réponses.


Elvire Bosch

 

 

Quand nous sortirons de ce huis clos étouffant, j’irai voir de loin, distanciation sociale oblige,
un certain Mr Piekielny. Cet homme-là m’intrigue. Je l’observe depuis de longues semaines
depuis mon balcon. Le soir, je le vois dîner. Le bel appétit ! Des plats tout fumant sont disposés
sur une table recouverte d’une nappe blanche. Mr Piekielny prend ses repas sur sa grande
terrasse entre ombres et soleil. Il ne termine jamais son assiette : repas trop copieux sans doute.
Je me dis que demain les chats vont se régaler. Car ce personnage un peu bizarre a des chats.
Deux je crois. Il y a un chartreux superbe, avec des yeux couleur de cuivre et un pelage fourni
tout bleu. Et un autre roux tacheté de blanc. Lorsque la nuit tombe, Mr Piekielny disparaît…la
part des nuages en quelque sorte. Le matin, il se lève tard. Moi je lis sur mon balcon et, chose
étrange, j’attends qu’il apparaisse. Quand il sort enfin sur sa terrasse, je suis surprise.
Agréablement. Chaque matin. Il est en costume avec cravate et chemise assortie. Une tasse de
café à la main, il se déplace avec élégance et prononce des phrases que je ne peux pas entendre.
Ce rituel, ces séances me détournent de ma lecture. Et puis comme par magie, Ronce Rose
apparaît sur le balcon d’à côté, tout de blanc vêtue. Ils se regardent longuement. Ronce Rose
fait quelques pas de danse, sa longue robe flotte dans la brise du matin. Elle est jeune, très belle.
Une chevelure blonde et bouclée. Mr Piekielny lui n’a pas d’âge. Ronce Rose sourit, un sourire
doux et complice. Une lumière magique. La vie de ma voisine ne m’a jamais intéressée. Mais
en ces temps d’enfermement, je suis devenue bêtement curieuse. Mon coeur naufrage
s’accroche à tout ce qui peut me sauver du désoeuvrement. Depuis le début du confinement, j’ai
l’impression d’avoir vécu trois saisons d’orage.


Violette Chabi

 

 

Un cœur naufrage.

Quand nous sortirons pour notre balade dominicale avec Léa ma voisine, je vais essayer d’en savoir un peu plus sur son quotidien. La vie de ma voisine m’inquiète, Léa est triste, c’est un cœur naufrage, après trois saisons d’orage avec un certain M. Piekielny, elle est déprimée.
En marchant elle me fait part de son quotidien, une vrai catastrophe, comment pourrais-je l’aider ?

La semaine suivante, afin de lui redonner le sourire je lui propose des séances de yoga dans mon jardin. Je la guide dans des exercices relaxants et apaisants, au gré de la part des nuages qui va nous apporter différents moments, ombres et soleil.
Allez Léa, on se détend et on oublie tout !

Et demain ? Pourquoi ne pas partager la compagnie de mes chats.
Demain, les chats seront dans le jardin, chats câlins, joueurs.
Allez Léa, participe aux jeux de Fripon et Pompon, cours après la balle saute au dessus de la ronce rose, éclate toi !

Allez Léa, prenons rendez-vous pour un déjeuner en espérant vous retrouver avec le bel appétit que vous aviez lors de nos premières rencontres.

Denise

 


Quand nous sortirons , nous irons rendre visite à un certain M, Piekielny ancien militaire de carrière d’origine polonaise né en calabre qui a décidé de s’installer dans notre belle région. Il vit dans une cabane de berger perdue au milieu de nulle part. Nous ne l’avons pas vu depuis le début du confinement.

En arrivant chez lui, nous rencontrerons un homme poli, souriant qui nous recevra
avec chaleur malgré un confort sommaire. Nous sentirons en lui ce bel appétit de connaître notre culture et il sera exalté de participer aux séances de perfectionnement de la langue française.

Lors de nos précédentes rencontres, il nous a raconté comment il était arrivé en France.
Il vivait dans un petit village et ses parents des paysans polonais, peu argentés, peinaient à nourrir leurs cinq enfants 2 garçons et trois filles. Son rêve était d’entrer dans la légion étrangère pour voyager, côtoyer un monde différent du sien. Pour cela, il décida de travailler dur dans les champs parsemés d’ombres et de soleil pour amasser le pécule nécessaire à son évasion.

Il avait préparé tout cela avec minutie et un jour de Juillet, il prit la décision de partir laissant sa famille très inquiète derrière lui. Il fit de l’auto stop, marcha pendant des mois, dormit chez l’habitant subit les trois saisons d’orage pour arriver au détroit de Messine où il savait qu’il pourrait prendre un bateau pour la France. Lors de la traversée le ferry essuya une grosse tempête et il se retrouva au coeur du naufrage . il a craint pour la vie de sa voisine dénommée Ronce Rose qui disait recevoir des messages de la part des nuages .Elle racontait que demain les chats envahiraient le monde en pleine mer .Est-ce la peur qui l’avait perturbée, il ne l’a jamais su car ils ont été séparés lors de leur évacuation. D’autres navires vinrent à notre secours et le sauvetage périlleux s’était bien terminé.

Après des années passées dans l’armée, vu des choses magnifiques mais aussi dramatiques et avançant dans l’âge il décida de la quitter. Il erra de village en village. Un jour il arriva dans ce petit coin de chartreuse et découvrit la cabane. Il tomba éperdument amoureux de cet endroit. Renseignements pris, il sût qu’elle appartenait à un berger trop âgé pour s’y rendre qui accepta de la lui céder. Il décida de s’y installer et cela fait maintenant cinq ans qu’il y habite, très heureux de sa nouvelle vie.

Sylvaine

 


Quand nous sortirons de cet épisode, vécu comme 3 saisons d’orage, où le cœur naufrage, le ciel sera de nouveau bleu, le soleil brillera.
Un certain Monsieur Piekielny pourra reprendre ses commérages sur la vie de ma voisine, Ronce-Rose , divulguer tous ses secrets !!
Demain les chats retrouveront les gouttières, les séances de cinéma reprendront, le bel appétit de la vie reviendra.
Comme Joseph dans « La part des nuages », réfugié dans son arbre, entre ombres et lumière, nous nous rendrons compte qu’il en faut peu pour se sentir libre.

Eliane

 

 

Quand nous sortirons, vais-je enfin me libérer
De ce poids sur mon âme toujours enserrée ?
Retrouverai-je le cœur battant de mon village ?
La ronce rose n’aura-t-elle pas tout envahi dans son sillage ?
Faudra-t-il encore que j’affronte un, deux ou trois orages ?
Que je navigue entre ombres et soleil pour atteindre son rivage ?
Demain sera-t-il un monde plus sage ?
Demain les chats ronronneront-ils davantage ?.
Pourtant, même si j’ai encore le cœur naufrage,
Je sais qu’entre la lumière et la part des nuages,
Je renouerai avec le bel appétit
Tous les liens presque endormis.
De nouveau je croiserai des centaines d’existences,
De la vie de ma voisine à celle d’un certain M. Piekielny,
S’entrelaçant et animant toutes les séances
Du long métrage de notre vie.

Myriam

 


Lettre à Léonie : Quand nous sortirons...


Quand nous sortirons, crois tu que ce sera facile, m’interroges-tu ? Je ne saurais te répondre malheureusement et face à cette terrible question, je me demande si toutes les séances de psy que j’ai suivies m’aideront à chasser la part de nuages accumulés durant cette période inédite. Rien ne sera facile je pense, car ce sera plus que Trois saisons d’orage que nous aurons essuyées ! La tempête qui s’est abattue soudainement sur le monde nous a figé de stupeur. Chacun, chacune a poursuivi tant bien que mal sa vie. Certains ont profité de ce moment pour réaliser les choses qu’ils n’avaient jamais pris le temps de faire, d’autres se sont réfugiés derrière leurs écrans pour oublier la triste réalité, d’autres encore ont pris plaisir à contourner les règles imposées pour l’occasion ou se sont mis à hurler comme des loups contre ceux qu’ils rendaient responsables de leur situation.... Chacun a fait en fonction de ce qu’il était. Qu’en sera-t-il quand nous sortirons ? Est-il possible que demain les chats prennent le pouvoir, mais pas n’importe quels chats. Des chats sauvages, ceux qu’on n’amadoue pas d’une simple caresse, ceux dont le bel appétit se nourrit de la vengeance qui ronge le cœur, ce cœur naufrage que la détention aura mis à jour. Ils auront alterné durant leur captivité ombres et soleil, mais qui des deux l’emportera ? Et voilà que me revient à l’esprit la phrase d’un certain M. Piekielny que j’ai connu il y a fort longtemps et qui me faisait rire quand il disait très doctement : « du chaos il peut sortir soit du bon soit du mauvais ». Je trouvais cela d’un banal !!!! Et je me disais qu’il n’irait pas bien loin dans la vie avec de tels propos. Et pourtant, il fut cité à de nombreuses reprises par un grand écrivain qui alla même jusqu’à parler de lui devant l’ONU !!! Et donc disais-je, que se passera-t-il quand nous sortirons ? Bien malin celui qui peut prédire s’il s’agira de la fin ou du début du chaos ? Beaucoup d’entre nous auront été transformés en quelques semaines et ce n’est pas la vie de ma voisine Ronce Rose, ou plutôt sa nouvelle vie devrais-je dire, qui me contredira. Elle qui ne disait jamais bonjour, la voilà maintenant qui est tout sourire quand je passe devant son jardin, elle m’arrête même pour me demander si tout va bien. J’en ai été bouleversée la première fois que cela s’est produit. Ainsi, me suis-je dit, tous les cœurs ne se nourrissent pas de haine ? Des cœurs joyeux pourront s’opposer aux vilains chats dont je te parlais plus haut ? Nous ne pouvons que l’espérer, car finalement, ma chère Léonie, pouvons nous jamais dire que nous connaissons bien les gens ? N’est-ce pas seulement dans l’épreuve qu’eux-mêmes se découvrent ?.Aussi, oserai-je terminer ma lettre, ma très chère amie, par ces mots que n’aurait sûrement pas désapprouvés M. Piekielny mais qui ne sont hélas certainement pas la réponse que tu attends : quand nous sortirons, on aura soit une mauvaise surprise, soit une bonne....... et il sera temps, alors, pour chacun, chacune, de choisir son camp.


Marie France

 

 

Quand nous sortirons ....nous n’en sortirons pas..
Dehors nous serons, oui
sans aucun doute
et pourtant enfermés dans nos pensées amères
Prisonniers de nos peurs
fragiles et démunis.

L’ombre et le soleil, la caresse des vents
auront cédés la place à trois saisons d’orages
Orages secs et creux,
noirs
n’apportant pas plus d’eau que de baume à nos coeurs
Naufrage

Les blés déconcertés par ces temps chauds et secs
piafferont sur le sol
où seule s’accrochera la belle ronce rose
et son bel appétit écrasera le reste.

Alors nous rentrerons
Et nous retrouverons un semblant de vivant
la vie de la voisine
et les histoires absurdes
d’un certain Piekielny
qui nous fera bien rire..

Dedans nous rentrerons comme fait l’escargot
pour se pelotonner et se mettre à l’abri.
Nous ferons des efforts
des séances de yoga
ou même de sport en chambre
mais pour qui et pourquoi ..
Demain même les chats
ne voudront plus sortir

Violaine

 

 

Quand vous sortirez de trois saisons d’orage, l’esprit embué et le corps délavé, vous pourrez vous estimer heureux. En général, lorsqu’arrive le froid et la pluie, on se prend à rêver d’un ailleurs, un lendemain sans nuage et sans peine, ou nous pourrions nous dorer au soleil éternellement, le sable fin épousant nos courbes et le vent nous caressant avec volupté…
Mais cette vision de paradis semble bien loin de la réalité. Lorsque vous collerez votre tête au carreau, vous ne verrez qu’un rideau nébuleux dont l’opacité vous bluffera. A cet instant commenceront, interminables, les séances. De quoi, me direz-vous ? de bataille, de guerre perpétuelle contre l’ennui belliqueux.
Ceux qui ne supportent pas l’inertie iront s’enquérir de choses qu’ils auraient jugées inintéressantes dans d’autre circonstances, et prendront ainsi connaissance du voisinage, apprendront qu’il réside ici un certain monsieur Piekielny puis, s’essaieront aux cancans qu’habituellement ils abhorraient, et, faute de ne pouvoir tout à fait se divertir, feront ensuite connaissance avec la lecture. C’est ainsi qu’ils découvriront les plaisirs qui en découlent, et seront friands de littérature, auront un livre sacré, « la vie de ma voisine », et ne demanderont pas leur reste. Ils continueront d’attendre. Il faut bien s’y faire.
D’autres s’enfermeront dans un paroxysme d’imperméabilité susceptible d’inquiéter. Ils perdront toute joie de vivre, ne mangeront plus, ne dormiront plus, sans cesse tourmentés par de coquines chimères qui, narquoises, ne manqueront pas de leur rappeler les formidables vacances d’été passées. A ce moment-là il y aura toujours quelqu’un pour vous faire remarquer que vous avez perdu le bel appétit dont vous faisiez preuve jadis.
C’est le coeur naufrage que vous attendrez avec mansuétude le retour du beau temps ; le moment fatidique où ombres et soleil s’entremêlent pour qu’ensuite la part des nuages cède sa place à l’astre conquérant, souverain de retour dans son royaume pour le plus grand bonheur de son peuple. Vous vous languirez du jour où vous pourrez à nouveau ressentir la joie intense d’une journée sans nuage ni froid polaire. Oui, vous persisterez à espérer. Vous en êtes certains : demain les chats ne seront plus gris la nuit, car celle-ci aura replié son manteau sombre pour revêtir ses doigts de roses.
C’est là que, le sourire aux lèvres, vous sentirez que les pulsations reprennent. Alors, vous sortirez votre livre préféré sous le bras ; et vous vous dirigerez vers votre coin de paradis, qu’il ne tient qu’à vous d’imaginer. Vous ne vous précipiterez pas, au contraire vous savourerez ce moment, ces prémices d’exaltation et de bonheur où vous contemplez, sur le chemin, la ronce rose du rosier, les mésanges perchées sur un conifère, à quelques mètres de là ; le soleil haut dans le ciel, vous indiquant qu’il est midi. Vous sentirez l’odeur agréable d’une tarte aux pommes, que sans doute une des matrones du coin prépare à ses enfants. Ici, chez-vous, le printemps retrouvé, vous vous sentirez libre. Vous vous sentirez revivre.

Salomé

 

Quand nous sortirons de ce confinement, promis, je m’intéresserais à la vie de ma voisine de palier. Après 3 saisons d’orage où elle hurlait à la lune, elle semble enfin s’être calmée et son silence soudain m’intrigue. Tiens maintenant que j’y prête attention, je n’entends plus mon voisin du dessus, un certain M. Piekielny. Cela m’embêterait qu’il soit mort car il ne m’a toujours pas rendu ma bouilloire. Aucun son non plus de la part de « Ronce Rose », ma voisine du dessous. Une femme qui continuait à s’habiller comme la fleur fraîche qu’elle n’était plus depuis longtemps et dont le caractère épineux expliquait qu’elle soit aussi seule. A part quelques cafards, personne ne lui avait rendu visite depuis des années. Personne ne vient pour moi non plus mais je ne souhaite voir personne. Coeur-naufrage. Rien n’a été pire que les séances avec ma famille, les enfants courant partout avec leurs voix criardes et les adultes faisant semblant de s’intéresser les uns aux autres alors que personne n’était dupe. Lorsqu’ils partaient, la part des nuages s’en allait avec eux. Je me choisissais un coin de jardin, entre ombres et soleil et je savourais la paix retrouvée. Mon bâtiment semble lui aussi avoir trouvé la paix, même les pas dans le couloir ont cessé. Sans me plaindre de ce fait, il me semble curieux qu’il n’y ait à ce point du silence. Je sors de ma chambre pour explorer les environs. Certaines portes ne sont pas fermées à clé et lorsque j’entre, je ne trouve que des cadavres, à des stades avancés de décomposition. A tous les étages de ma maison de retraite c’est le même spectacle. Il semblerait que je sois le seul survivant. Demain les chats envahiront sans doute le bâtiment. C’est bien, ça ne fait pas de bruit un chat.
J’essaie de me concentrer pour comprendre ce qui s’est passé mais en vain. Je n’ai plus aucune mémoire récente ; sans cela je me serai sans doute rappelé ce qui était arrivé au personnel. Mémoire-naufrage. Je me serais également rappelé si j’avais mangé ou non ce midi. Le bel appétit que j’avais lorsque j’étais jeune a disparu et je ne suis pas sûr de me nourrir convenablement tout seul. Je vais programmer mon téléphone pour qu’il sonne aux heures des repas.
Je déambule pendant des heures à chaque étage. Je me permets un apéritif sur la terrasse. Le vin n’est pas fameux mais c’était la seule bouteille disponible. La nuit tombe peu à peu et apporte sa fraîcheur. Un peu fatigué, je suis enfin de retour dans ma chambre. L’alarme de mon téléphone vient de se sonner, c’est curieux, je n’ai aucun rendez-vous de prévu.


P.S. Bien sûr ceci est une fiction, quoique. La réalité : le 18 avril 2020, au Canada, les pensionnaires d’une résidence de personnes âgées ont été laissés à l’abandon, le personnel avait déserté par peur de contracter le Covid-19. Les forces de l’ordre ont découvert une scène de désolation : patients sans nourriture depuis plusieurs jours, des couches qui débordent d’excréments, des malades gisant au sol après une chute. Et deux aînés retrouvés morts dans leur lit.

Laura

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