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Les textes du 3e Mercredi de l’écriture en ligne

Au bord de ma rivière, je pose mes converses, retrousse mon jean et mets les pieds dans l’eau. J’aime venir ici. Cet ancien barrage mi industriel, mi possédé par la végétation, me rappelle mes retours de l’école, ou chaque soir, je venais me poser avant de rentrer dans cet appartement que je détestais.
L’eau est bloquée par endroits et coule très vite à d’autres, on dirait une mini cascade. J’aime son bruit, j’aime l’idée d’essayer de traverser sur les mousses glissantes, quitte à être emportée, dans les flots noirs, et pleins de danger, mais je n’ai jamais osé.
Je me souviens de cet équinoxe de printemps, la fête de la musique battait son plein dans la ville. Tu étais de retour de Paris, de passage chez tes parents. Tu m’as fait la surprise de venir me voir au petit bistrot dans lequel je travaillais.
J’étais tellement heureuse de te voir.
J’ai fini par m’échapper de mon travail, on a bu quelques bières sous les halles de la ville, ou un petit groupe jouait de la musique.
Puis, nous n’avions pas envie de rentrer…
J’ai décidé de te présenter mon coin, éclairé par la lune.
Tu t’es assis, calé contre le gros mur de pierre, je me suis allongée, posée ma tête sur tes cuisses, en laissant tremper mes pieds dans l’eau. Le soleil avait tapé toute la journée sur le mur qui était encore très chaud, une odeur de terre mouillée, et d’arbres qui s’endorment incitaient à chuchoter pour ne pas déranger. Et on a refait le monde une grande partie de la nuit : ta vie à Paris avec elle, ma vie à Grenoble avec lui, tes projets, mes projets, les projets que nous n’avons pas en commun avec eux.
Puis, à l’aurore, quand la lune a disparu pour laisser place au soleil, nous avions un projet commun, voir ou conduisait cette rivière … On a fini les pieds dans l’eau Aux Saintes Maries de la mer.
Je repasse souvent dans mon coin, écouter la rivière, les souvenirs reviennent un a un chaque fois … cette fois c’était toi, demain, on verra … 

Nathou Crequie

 


Au bord de ma rivière, je nous revois, tous à l’aube de notre vie d’adulte, nos peaux hâlées, nos corps énergiques, nos esprits joyeux et nos coeurs prêts à aimer. Ereintés par la chaleur provençale etles journées de labeur dans les vergers d’abricotiers, nous dévalions les pentes abruptes de terre et de cailloux, pour rejoindre notre promesse de fraîcheur.
Nichée au creux de deux versants montagneux, tout près des oliviers argentés, elle nous accueillait, fraîche et vivante, marquée par l’odeur boisée et terreuse de ses flancs. Son chant cristallin et
continu faisait écho à celui des milliers de cigales qui nous assourdissait. Ses plages improvisées sur de grands rochers plats, bordaient son lit, nous offraient des bains de soleil revigorants et des plongeoirs de caractère. Sa silhouette, tantôt arrondie tantôt élancée, serpentait entre pierres, buissons et arbustes, et se teintait d’un vert profond vaseux, d’une palette de gris sablés et d’écume
blanche.
Nous partagions ce refuge avec une multitude de têtards, quelques poissons furtifs et de gracieuses libellules. Nous nous accaparions son espace pour en faire notre aire de jeux et nous explorions son
mystère phréatique. Souvent, au prix de quelques griffures et glissades, nous élaborions des barrages de galets et de bois morts pour tenter de la freiner, d’arrêter son échappée. Parfois aussi,
nous nous reposions dans ses bras humides et apaisants, heureux de nous plonger dans sa volupté.
Au bord de ma rivière, je n’y vais plus maintenant, depuis longtemps déjà. Nombre d’années ont ponctué le temps, et mon chemin ne suit pas le même courant. Pourtant, je sais qu’elle court
toujours là-bas, entre l’ubac et l’adret des montagnes buxoises, qu’elle disparait presque quand l’équinoxe est complice des sécheresses, qu’elle se gonfle à nouveau d’orgueil au retour de la pluie, qu’elle se met en colère quand elle emporte tout sur son passage, qu’elle scintille au clair de lune et qu’elle flamboie sous le soleil.
Au gré de mon parcours, je reviens y plonger mon regard, vérifier que mes souvenirs et mes racines la côtoient toujours, qu’elle continue à creuser les falaises, à voisiner les mas provençaux, à dessiner le paysage de mon berceau familial.

Myriam

 


Au bord de ma rivière, des affres de mon âme maintes fois je me suis échappée.
Mais nulle promenade brisée n’a revêtu plus d’importance qu’en cet équinoxe printanier où depuis le pont de Brogny j’ai contemplé des tréfonds troubles, songeant qu’un jour il faudrait y repêcher mon corps entier.
Le boulevard du Fier, avec le flot continu des voitures pour seule musique, forme une longue artère grise qui du cours d’eau ne porte que le nom. Alors, dans les jours qui ont suivi celui à l’équilibre parfait entre le jour et la nuit, quand petit à petit le jour à pris le pas sur la nuit, de mes pas pressés j’ai quitté la rivière urbaine pour rejoindre les rives réelles en contrebas. Déconcertée par la ville et la vie, j’ai regardé les araignées tisser leurs toiles entre les arbres, j’ai effleuré l’écorce rugueuse d’un tronc couché par la tempête, puis à mon tour je me suis allongée là, je crois, tissant la toile invisible de ma liberté. Tout comme il n’y a jamais de lune sans l’autre astre - le soleil - la désillusion et l’espérance ne peuvent exister l’une sans l’autre. Elles s’annulent dans le sommeil, tandis que la berceuse des oiseaux veille.
Au réveil il faut poursuivre la balade. Malgré son nom solennel de Fier, je crois que ma rivière n’est vraiment somptueuse qu’à l’endroit où le Thiou la rejoint, car alors elle devient tout, le calme plat remplaçant les remous. Si nous suivons l’odeur fraîche et humide, les poissons sous la surface céruléenne nous mèneront jusqu’au lac, qui lui, ignore l’influence des astres. Dépourvue de marée, l’étendue changeante n’a d’autre prétention que du ciel embrasser les reflets.
Avant d’être vieille, dans le souvenir il faut revivre la balade. Des gorges du Fier je perçois encore le son guttural. À l’ombre des rochers la fraîcheur renaît. À la fin de l’été, la contemplation des mousses gorgées de soleil sous la nappe translucide accompagne la dernière gorgée d’une mousse d’un autre genre. Oh les beaux jours absorbés dans les pages, le langage de l’absurde nous rappelle que le temps s’écoule moins parfaitement que les sources, que son chemin n’est pas tracé comme une ligne bleue sur une carte. Toutefois, de leurs lits les rivières comme les hommes sortent parfois pour protester, pour défier la nature confiante ou bien lui confier leur défiance.
Je ne sais pas s’il est possible de définir un homme heureux ; j’ignore s’il existe un invariant du bonheur. Prise de court par le cours des événements, il me semble que tous les cours d’eau me haïssent alors je les aime en retour.

Inès

 


 Au bord de ma rivière, sur une minuscule plage de gravier, sommeille un bout de mon enfance. Il me suffit de le réveiller, doucement, pour que surgissent des souvenirs heureux de vacances d’été.
 Dès l’équinoxe de printemps j’attendais fiévreusement ces joyeuses échappées . Les valises à peine vidées nous nous précipitions mes frères et moi au bord de l’eau pour voir sa couleur : une couleur émeraude opalescente nous annonçait un beau temps serein et la promesse de baignades magiques. Cette seule évocation encore aujourd’hui éclabousse mes pupilles de reflets irisés et fait naître sur ma peau les délicieux picotements d’une entrée dans l’eau glacée.Nous allions par le chemin escarpé surplombant le lit de la rivière jusqu’à « notre endroit » : un endroit dissimulé au regard des touristes.De gros rochers , vite escaladés ,en barraient l’accès et délimitaient une sorte de piscine naturelle juste en-dessous de la cascade.Eclats de rires ,plongeons, jeux de ballons....Odeur de la roche chauffée au soleil sous ma joue d’enfant lors des pauses...Divines coulées de chocolat dans mon gosier en dévorant les brioches du goûter....Nous étions les rois ! Parfois les jeux s’éternisaient : le vent fraîchissait et les reflets du ciel rosissaient l’écume au pied de la cascade... « Ils vont prendre froid » affirmait ma mère sans y croire !mais il nous fallait envisager le retour : un retour qui, un jour, fut si tardif que nous avons vu la lune se noyer dans les flôts !
 
  Cependant ,les jours où l’orage s’égarait dans ce coin de paradis, ma rivière, furibonde, se métamorphosait. Charriant d’énormes masses de liquide couleur café au lait elle grondait, grossissait , déordait, bouillonnait de rage...De tourbillons en tourbillons sa force me terrifiait...Et je crois bien que ces jours-là, sa colère m’empêchait de l’aimer...
 Au bord de ma rivière sommeille un coin d’enfance.
 

Christiane Willigens

 

Au bord de ma rivière, je suis plongé dans la contemplation de l’onde, le temps s’est arrêté et à déchiré les ombres… C’est un retour aux sources, une voie intérieure, qui guide ce flux tout proche de mon cœur.
Cette échappée belle, cette rencontre magique entre soleil et lune au point d’éclipse, déclenche une union profonde, un équilibre du monde, qui met fin au paradoxe sur un fond d’équinoxe.
Le bruit de l’eau dissout les méandres qui habitent l’esprit ordinaire, fait évaporer la dissonance des pensées troublées et nous fait toucher terre.
Faire émerger en soi, ainsi, le calme et l’harmonie, c’est mon refuge quotidien, qui me fait me sentir bien.
Ne plus quitter cette pierre, j’en ai fait le vœu ! Au bord de ma rivière je resterais heureux.

Gaël Goret

 


MA RIVIERE


Au bord de ma rivière à l’eau puissante et verte, ou au bord de ma rivière calme, presque paresseuse, à l’eau gris beige, ou aussi au bord de ma rivière encore un peu torrentueuse à l’eau sombre, menaçante, ou enfin au bord de ma rivière, petite rivière verte et calme, modeste, qui parfois avec les pluies d’équinoxe d’automne, se mue en un torrent marron capable de tout arracher, terrifiant dans sa furie ; c’est aux bords de ces rivières que ma vie s’est ancrée. Mais laquelle choisir ? Le Rhône ou la Saône de mon enfance lyonnaise, l’Isère pendant 30 ans, la Drôme ces dernières années, il et elles m’ont rendu heureux.
Pourtant c’est un modeste ruisseau qui vient s’imposer. Cinq ou six mètres de large, peu profond, courant paisible. Là ou nous allons pêcher Jeannot et moi, il tra-verse un bois rustique pas entretenu, sous le couvert la lumière, même au cœur de l’été, est douce et diffuse. Jeannot a douze ans, moi six et demi. Ce jour là en dé-but d’après midi nous descendons au bord du ruisseau. Il fait grand soleil et dans un coin du ciel la lune est là ! Nous passons entre la forge et les ruches du grand-père, franchissons le gué et gagnons le petit espace dégagé ou nous savons trouver des vers de vase. La pêche commence, j’ai de l’eau jusqu’aux mollets. J’avance encore un peu et soudain le sol se dérobe, je bascule, tête première, je ne sais pas nager. A ce moment je sais ce qu’est la panique, je suffoque, je me débats. Je sors la tête de l’eau et je vois Jeannot un bâton à la main qui cherche à me le tendre, trop loin, le courant m’entraîne, je vais mourir. Jeannot s’avance dans l’eau et je réussi à attraper le bâton. Je suis sauvé. Ouf ! Echappée belle ! Je grelotte. Retour chez les parents de Jeannot, où je suis exilé pour une année. Mes parents pourraient être morts, je n’en saurais rien. En guise de réconfort, après voir été séché et bouchonné, j’ai droit à une engueulade mémorable.
J’ai “noyé“ ce souvenir pendant soixante-dix ans. Beaucoup d’eau est passée sous de nombreux ponts. Le ruisseau n’a pas de pont, mais il a un nom Le Toison.

André 2020-04-17

 


À mes grands-pères Charles et Robert, 

Au bord de ma rivière, j’y retournerai pour l’équinoxe de printemps, car c’est à ce moment que les odeurs sont exaltantes et j’irai pour toi mon Bon Papa, toi qui aimais chanter "sur les petits chemins de mousse", toi avec qui je fabriquais des radeaux de fortune qui rejoignaient à coup sur la mer…
Je m’allongerai dans l’herbe fraîche, au pied d’un saule pleureur et je fermerai les yeux… J’écouterai le coulis de l’eau et le claquement des galets de ma rivière mais j’entendrai aussi le frissonnement des roseaux et le bruissement des feuilles. Je prêterai alors attention à l’odeur de la terre et des fleurs naissantes ainsi qu’à la douceur du soleil sur ma peau. Et je serai heureuse car je te sentirai tout près de moi. 

Au bord de ma rivière, j’y retournerai une veille de pleine lune car c’est ce jour-là que les poissons mordent à l’hameçon. Et j’irai pour toi mon Pépère, toi qui aimais patienter en regardant le bouchon virevolter sur les flots, toi avec qui je partais tôt pour une échappée silencieuse… 
Je me tiendrai les pieds dans l’eau fraîche, appuyée sur le tronc d’un frêne et j’aurai les yeux grands ouverts… Je surveillerai les tourments de l’eau et les reflets des poissons de ma rivière mais je serai aussi attirée par la danse des oiseaux et la caresse du vent sur mon visage. Je regarderai alors toutes les couleurs se réveiller pour s’épanouir au fur et à mesure que le soleil se lèvera. Et je serai heureuse car je me souviendrai de ces bons moments passés avec toi. 

Virginie. 

 


Au bord de ma rivière assisse sur un rocher, j’observe ce monde silencieux et bruyant à la fois. L’eau serpente dans son lit tortueux érodé par le temps. Une petite brise de printemps l’a fait frémir, onduler légèrement tel un voile vaporeux . Dans le fond, Les poissons frétillent . Ils forment un ballet multicolore. Aujourd’hui Ils ont échappé aux pécheurs et ils sont heureux.
Les arbres bruissent sous le vent léger. Leurs branches abritent une multitude d’oiseaux venus se poser pour la nuit. Les feuilles exhalent une douce humidité, une odeur fraîche. Sur le sol à l’ombre de ces grands arbres, on aperçoit des pierres.
la lune d’équinoxe monte à l’horizon et projette dans la rivière une couleur vespérale. L’atmosphère est feutrée et pesante . De temps en temps, le croassement d’une grenouille vient troubler ce silence. Les lucioles scintillent de mille feux au milieu de hautes herbes de couleur vert brun. Les berges sont bordées de roseaux où se nichent moustiques, mouches et divers insectes. Une toile d’araignée ourlée de ronces, s’étire entre deux brindilles.
Le temps semble arrêté, suspendu. Il est temps de penser à mon retour, le soir tombe.

Sylvaine

 


Au bord de ma rivière, la lune est flanquée de son auxiliaire. Sa copie conforme au fond de l’eau.
Moi aussi, tel Narcisse, je me vois dans la surface réfléchissante. A la faible lueur projetée par la lune, il m’est plus difficile de déterminer les contours de mon visage, de déceler mon expression.
Je devrais pourtant la connaître, non ? J’ai un problème récurrent : celui de ne jamais afficher à l’extérieur ce qui vit à l’intérieur. Pas par honte, ni par peur, c’est un véritable souci.
Je suis incapable de savoir quelle image je renvois. C’est pour cela que les cours d ’eau ou les miroirs sont si importants à mes yeux. Le retour de mon expression me permet de la modeler en fonction, et je suis heureuse d’être délestée de ce fardeau de ne pas savoir.
Cette rivière, qui glougloute innocemment, je la considère aussi comme une allégorie de l’individualité. Elle est à la fois seule mais aussi connectée à tous les autres cours d’eau.
Sans ceux qui la précède, elle ne pourrait pas couler. Et sans son eau pour s ’échapper dans une plus vaste étendue, pas de lacs, de fleuves, de mers, d’océans. C’est un principe de base du cycle de l’eau, mais il m’émeut toujours de savoir que cette eau a vécu tant de péripéties. La moindre gouttelette contenue dans cette rivière a voyagé, certaines ont peut-être fait le tour du monde.
La majorité sont bien plus vieilles que moi...il est difficile de prévoir l ’équinoxe exact de son existence, ce point de sa vie où l’on a vécu autant qu’il nous reste à vivre, mais si une telle chose était possible, je voudrais revenir au bord de ma rivière à ce moment-là.
Pour goûter une part d’infinie, faire un retour sur ce qui a déjà été traversé et entendre les gouttes me murmurer qu’elles se souviendront toujours de moi, qu’elles seront là, immuables, à conserver le secret de ces baignades et de ces contemplations nocturnes. 

Eden

 

Au bord de ma rivière,
Une nuit de pleine lune, un ciel criblé d’étoiles, c’est l’équinoxe de printemps.
Je longe la berge,
J’entends le bruit de l’eau qui s’accroche aux cailloux,
Un peu de brume, une légère brise, un frisson, une respiration, tout est mystérieux.
 
Au bord de ma rivière,
Un matin frais,
Je pars pour une promenade, une échappée,
Je m’assoie au bord de l’eau, mon regard suit ce serpent d’herbe fluide,
Rêverie, réflexion, senteur, retour sur des évènements passés.
 
Au bord de ma rivière,
Une après midi éclatante de soleil,
J’ose un pied dans cette eau pétillante, scintillante,
Bonjour la grenouille, comment vas-tu ?
Je suis heureuse, et toi ?
Moi aussi.


Denise
19/04/2020

 

Les fées de ma rivière

Au bord de ma rivière, ma souche est libre, je vais pouvoir m’y reposer. Elle est devenue mienne, depuis le temps que je viens m’y asseoir ! Mes mains emprisonnent mon menton, mes coudes se posent sur mes genoux. Me voici prête à me recueillir et à laisser aller ma lassitude. Je me suis enfin échappée de mon quotidien pour rejoindre mon havre de paix. Ma rivière serpente depuis le haut de la montagne pour se fondre dans le Furon. Si je n’en vois qu’une petite partie, c’est la plus belle et la plus calme. Celle dont j’entends le doux bruit qui me repose de toutes ces nuits passées à explorer la lune pour me combler d’un sommeil qui ne vient pas. Ma rivière est en pleine forêt, mais elle débouche aussi dans une clairière où très souvent des familles entières se retrouvent, dès le printemps, pour un pique-nique, un moment de détente, une sortie revivifiante. Je les regarde jouer et je les envie de sembler si heureux. Quand mon cœur est trop lourd, je tends la main et ramasse des feuilles, les collent à mon nez pour m’imprégner de leur odeur de terre. C’est comme ça qu’à mon retour à la maison, ma rivière est encore avec moi. Ma rivière me sauve de tous mes tourments. En fermant les yeux je l’habille de mes rêves. J’y vois des biches s’y désaltérer, des éboulis de pierres s’y jeter, des éclats de lumière s’y projeter, des branches s’y promener, des écureuils sautiller, des castors nager……. Je sens que je lui appartiens, qu’elle m’ouvre ses bras. Je me mets à danser, tourner, voler dans une ronde folle et alors les fées et tous les êtres magiques de la forêt m’accompagnent dans ce tourbillon fou pour fêter l’Équinoxe d’été.


Marie France

 

Revivre

Au bord de ma rivière, me pénétrer du miroitement de la lune pâle, de l’eau qui glisse, indifférente, en un faible friselis sur de longues herbes brunes gentiment courbées, alors que vibrionnent les insectes, que brise le ploc inattendu d’une grenouille plongeuse, non merci.
Ce sera peut-être pour le retour, après.
Pour survivre en ma clôture à ces jours détestables, je me suis échappée en sens et émotions vers le fracas des déferlantes des marées d’équinoxe, j’ai glacé mes jambes nues dans la folle hâte de jeunes torrents, et j’ai violamment brûlé mes épaules nues au soleil de midi.
Revivre heureuse, enfin.

Josette Cornec

 

Au bord de ma rivière il n’y a rien qui donne envie de s’arrêter. Pas de plage verte d’herbe où étendre sa serviette, pas de mousse douillette pour s’y asseoir un moment. Le chemin qui longe ma rivière est si étroit que personne ne le voit et c’est par un heureux hasard qu’un jour je l’ai découvert. Il s’est formé du piétinement de quelques audacieux passés avant moi, ce soir où la lumière tombante du jour de l’équinoxe de mars faisait miroiter sur l’eau d’un bleu glacial, les derniers rayons d’un soleil heureux de gagner du temps sur la nuit. La lune alors encore invisible se plaisait à attendre son tour pour venir rassurer de son éclat une nuit toujours plus noire. Et moi, repue d’une journée de travail trop remplie, grisée d’un air pur silencieux que seul les coassements de quelques batraciens impatients de perpétuer l’espèce venaient habiter, je vivais pour la première fois, au chevet de celle qui deviendra très vite « ma rivière » une échappée aux tracas de la vie. Depuis ce jour, le retour à la réalité est chaque fois plus douloureux.

Cécile

 


Au bord de ma rivière, il y a des abeilles. D’après les anciens, elles produisent un liquide doré qui est mille fois plus sucré que toutes les baies de la vallée. Hier je me suis échappée et j’en ai croqué deux, c’était pas bon et pas sucré du tout. Maman m’a grondée, elle m’a dit que c’était dangereux les abeilles. C’est tout petit ! Dangereux ? Comment une abeille pourrait me manger ? Je n’ai pas compris mais quand maman gronde, on baisse la tête et on écoute. Avec mon frère, c’est notre première sortie, on a beaucoup de choses à apprendre pour pouvoir se débrouiller tout seuls mais c’est pas amusant. Nous on aime se poursuivre dans la forêt, jouer à cache-cache sous les mousses des arbres et se frotter le dos contre les troncs. Malheureusement, Maman nous interdit la forêt. C’est dangereux, nous dit-elle. C’est vrai que c’est nettement plus gros qu’une abeille, en effet la forêt pourrait bien nous manger. On doit rester près de la rivière. Maman nous fait goûter son eau fraîche et limpide. « Claire comme de l’eau de roche » dit-elle en riant. Avec mon frère on n’a pas compris pourquoi c’était drôle mais on rit quand même pour pas fâcher maman. Finalement c’est amusant aussi la rivière. On peut sauter dedans en s’éclaboussant. Il y a aussi plein de petites bêtes qui marchent sur l’eau, c’est très rigolo. Avec mon frère on a essayé mais on n’a pas réussi à faire pareil, ça doit pas être possible pour les mammifères. Au bord de la rivière, les arbustes se chargent de baies. On apprend très vite à éviter ceux qui ont des épines.
Au fil des jours, le courant est de plus en plus rapide et il y a de plus en plus de monde. Tous semblent attendre quelque chose. Quand je demande à maman, elle me dit que ce sera une surprise. Ce sera peut-être le retour des abeilles avec du miel !
Dans l’eau, une forme passe près de moi. C’est un gros poisson mais il ne va pas dans le bon sens ! Plutôt que suivre le courant, il remonte la rivière. Il n’a pas du écouter quand sa maman poisson lui expliquait les choses. En un instant, Maman lui donne un grand coup de patte, le pose sur un des rochers et le maintient jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. Elle mord dedans et nous invite à faire pareil. C’est tout rose dedans ! La chair fond dans ma bouche, je n’ai jamais rien mangé de meilleur. Très vite il ne reste plus du saumon qu’une petite arrête. Lorsque je lève la tête, je vois des centaines d’autres saumons sauter hors de l’eau pour remonter le courant. C’était en effet une belle surprise.
Quand la lune est haute dans le ciel, on se couche dans l’herbe, le ventre plein et on regarde les étoiles. Maman nous en montre 7, c’est « la grande ourse » nous dit-elle. Ça ne ressemble pas du tout à Maman ! Même si je comprends pas tout, j’essaie de retenir. Dans quelques équinoxes, c’est moi qui devrais expliquer ça à mes petits. J’espère qu’ils seront aussi heureux que nous en ce moment.

Laura

 


Au bord de ma rivière réside la candeur de mes songes. Ceux que l’on n’ose pas évoquer, ceux qui nous hantent mais que l’on ne veut point réveiller. Ces songes sont, par moult observations, mués par une force intense, profonde et bien souvent on ne peut que s’incliner. Cela peut sembler absurde de s’assouvir au fruit de notre réflexion qui est donc l’essence même de notre être, cependant nombreux sont ceux qui se plient à ces désirs inavouables.
Malgré tout on ne peut lever le voile sur ces desseins. Ils attisent la haine des regards féroces, suspicieux et hautains, de véritables âtres habités d’idées préconçues et alimentées par les désirs de ceux qui rêvent.
Ces envies secrètes sont l’ivoire de la chaire offerte face aux dents vermillions. Cette virginité de notre âme découverte au grand jour ? Cela est impensable.
Ainsi, j’ai déniché, au fond de mon crâne, la résolution, le messie fidèle qui me procure à présent une volupté et un bonheur intense. Certes, inenvisageable m’est l’alternative de laisser tomber le masque, mais peut-être cela m’est-il possible de le laisser tomber là où personne ne viendrait m’y blâmer ?
Aujourd’hui je peux crier eurêka car ; au bord de mon jardin d’Eden, je suis libre. Je ressens tout, plus intensément. Je suis plus vivante, mon visage retrouve des traits heureux qui avaient depuis bien longtemps désertés ce funeste endroit, épicentre d’hypocrisie. Cette rivière, je la contemple avec amour. C’est elle qui m’a permis de me livrer, de lui confier mes secrets qui alourdissaient considérablement ma peine.
Cette rivière est bien souvent la cause intrinsèque de mes échappées nocturnes. En effet, la rivière est bien plus belle de nuit. Assise sur un rocher englouti de mousse, j’observe la course de l’eau. Sous le pâle halo de la lune, la rivière semble être le miroitement de la vie. Elle poursuit, imperturbable, sa course harassante tout en embellissant le reste. Les roseaux s’inclinent face à la puissance du courant, ils sont ses pantins. Les rares pierres aux alentours sont presque polies par la lumière émanant de la nuit, reflet de leur mélancolie, parcourus par les caresses écumeuses de l’eau. Les poissons argentés semblent épouser les courbes de cette maîtresse qu’ils devront quitter au petit matin pour affronter l’avidité du monde.
Je voudrais tant que la nuit fut éternelle !! Hélas, nul de mes souhaits parvinrent aux oreilles du Seigneur (à supposer qu’il existe). Pour l’instant, je dois me contenter de rares équinoxes.
Ainsi la félonie du jour, imperturbable, me rappelle à l’ordre. La clarté diurne succède à celle de la nuit et je dois, pour mon plus grand malheur, revenir aux Enfers. Cela ne m’évoque absolument pas un quelconque retour au bercail ; a contrario j’ai le sentiment d’être un nourrisson brutalement arraché des bras de sa mère.

Salomé

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