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Les textes de l’Invitation à écrire n°14

Enfin

Enfin tu peux

Délester ta cervelle de tous ces trucs et ces machins , ces bidules qui te servent à rien

Lâcher du gras et filer dans la marge

Dans le pas sage

Plus d’encre rouge, de souligné, tu peux t’barrer

C’est la récré

Une longue récré qui va durer

Deux mois doux pour te la couler

Deux mois de grasses mats tartinées

Deux mois dans ton pyjama déglingué, pieds nus et épaules dénudées

Deux mois à boire des coupes de soleil tranché

À t’entretenir avec la lune

À t’éclater sous les étoiles

À chanter des trucs déjantés, nue sous la douche qui d’vient gelée

Enfin tu veux

Rien de rien

Rien que tu puisses regretter

Tout et n’importe quoi

Tout, rien que pour toi

Véronique Pédréro

Silvia

Enfin tu peux récupérer ton sac derrière la citerne de gas-oil.

Sur les quais de la Ciotat, dans le silence de la nuit noire, ou crache dans l’air le poison des raffineries, l’air est irrespirable.

Silvia, 15 ans, une lolita brune, une beauté fatale qui ne demande qu’a être enlacé, quitte le domicile familial, quitte cette endroit triste et désolé.

Une âme empreinte de liberté, tu traînes ton désespoir comme un boulet, tu es lassée de cette vie toute tracée.

Ou au bord des citernes, rien ne se passe, le temps s’étire, inexorablement…

Ou le soir dans ta chambre, tu danses en jupe légère, puis nue devant le miroir, tu fais ton show, les fenêtres ouvertes faisant semblant d’ignorer les garçons en bas qui s’affolent.

Et ce soir, tu as décidée de fuir, tu as soif de liberté, tu es insolente et provocante à la fois.

Avec ton baluchon, tu veux découvrir la ville, les lumières, le bruit, le plaisir.

Tu veux brûler tes ailes d’adolescente, ton corps l’exprime !

Tu veux devenir adulte, comme eux là-bas après les citernes, cette ville d’ombres et de lumières, Marseille ! Là ou sa brille.

Et tu te dis :

- Si ça m’attire tant là-bas, c’est bien qu’il y a quelques choses de caché derrière ?

Alors Silvia, gorge serrée, tourna dans une petite rue latérale à son domicile, marcha vite pour vaincre l’obscurité, monta sur le godet d’un engin de levage qui se trouvait là, et de la haut elle pu voir les lumières et le bruit de la ville, si proche, et pourtant hors d’atteinte, le vent se mit à souffler et nettoya le ciel…et Silvia, 15 ans, droite, les bras en croix, les yeux grands ouverts, la respiration lente, se dit :

« C’est ma nouvelle vie qui débute ».

Richard Velasquez

Enfin tu peux t’ouvrir à de nouveaux horizons. Celui-ci ne se résumera plus à un papier peint défraîchi qui orne les murs d’un collège en manque de fonds, non, il sera bien plus vaste ! Entre les couchers de soleil au bord de l’eau ou les mers de nuage depuis les hauteurs, la vie ne te semblera plus être cette masse informe, décousue et absurde dont chacun te vante pourtant les mérites...mais l’ennui rôde toujours. Et même si tu as la chance de partir te rafraîchir les idées une semaine ou deux, l’irascible ennemi n’est jamais bien loin. Il rôde...dans la moiteur d’une interminable journée de juillet, tu commences sérieusement à avoir des envies de néant. La chaleur anesthésie tous tes sens, la perspective de déchirer ton genou à vélo ne te paraît plus si redoutable, si cela te permet de focaliser tes pensées sur quelque chose. De ressentir quelque chose. Tu enfourches ton fidèle destrier sans hésiter. Tu veux courir à en crever, n’avoir plus d’air dans tes poumons, tu veux des sensations extrêmes, tu penses que c’est ça, vivre pleinement.

Tu sais que tu pourrais te divertir plus sainement car les divertissements ne manquent pas, mais tu as besoin d’autre chose. Tu ne sais pas trop ce que tu attends, mais tu attends. « La vie est courte, profite-en », te répète-t-on à tout va. Elle ne te paraît pourtant pas si courte, à toi. Interminable même. Mais tu ne peux pas le leur dire. Ils s’offusqueraient, tu le sais. Tu oses parler d’ennui lorsque certaines personnes n’ont pas une seconde pour eux ? L’égoïsme atteint des sommets !

Seulement voilà, tu ne sais pas ce que tu veux. Alors ne rien faire te semble être la meilleure option. Contemplant l’eau stagnante et nauséabonde d’un marais, tu y trouves un reflet de ta situation. L’inactivité entraîne l’ennui. Le cercle vicieux pointe le bout de son nez...

Tu remets en question le système scolaire, avant de te résoudre à admettre que « quand même, on se ferait bien chier sans les cours ». Alors tu te résignes et te prépare mentalement à retourner en cours sous le joug des adultes, et le regard de tes camarades. Tu couves ta famille d’un regard aimant, te disant que même s’il ne te comprenne pas toujours, tu les aimes bien. A force de les voir chaque jour que compte ton existence il faut dire...il faudra bien les quitter un jour, mais pour l’instant, ils sont là.

Eden

Les vacances, tu les kiff

Enfin tu peux dormir, pioncer à ta guise ! Dormir le jour, dormir la nuit,

Te prélasser dans l’canapé à longueur de journée, c’est l’pied !

Pendant l’absence des parents, pas du tout comme pendant l’confinement

Où ils étaient là, à chaque instant, sur ton dos ! Pas rigolo !

Tu peux vivre cool, quoi ! Couler ta rame, laisser s’exprimer enfin ton vague à l’âme !

Tu peux vivre ta vie d’ado pépère sans te sentir stressé, bousculé, pressé comme un citron amer

Ne plus être obligé de faire ceci ou cela, tpp ( t’en peux plus) de leurs conseils, si souvent relou !

Ils courent du matin jusqu’au soir, ça vaut pas l’coup !

C’est pathétique, leur vie de ouf hystérique ! Pas envie de devenir comme eux, d’rentrer dans leur jeu . C’est ton dilemme, t’es plus un môme, tu veux devenir et te sentir toi-même !

Tu peux enfin lire en paix, lire des BD et des tas d’ mangas, tout en mangeant c’que t’aimes

en écoutant la musique rock, électrique, en anglais, ça fait vachement progresser !

Être en communion avec les rappeurs coups d’coeur, révélateurs de tes changeantes humeurs !

Apprivoiser ton corps qui change et grandit.

Si tu ressens l’ennui, tu peux aller en ville, lieu fertile ! C’est la liberté ! Les bars, on boit un peu, on fume, on essaie de flirter avec les meufs, bref ! Un endroit pour s’éclater avec tes fratés !

Si t’es pas manuel, si t’es pas intello, avec la musique et les réseaux sociaux,

C’est chouette ! Tu vis jamais en solo ! Avec ta tribu de copains, sur internet, tu partages tes musiques, tes idées, tu leur confies tes angoisses, tes peines, tes colères ou tes projets, tu peux élargir l’amitié, t’ouvrir au monde entier ! Tu veux pas te faire iech ! Tu veux devenir riche, sans trop forcer ! Mais ce qu’il faudrait, c’est changer l’monde ! Tu l’trouves révoltant, môche, violent trop souvent ! Y a trop d’injustices . Contestataire, tu veux pourtant trouver ta place dans cet espace que tu souhaites améliorer, que tu voudrais voir se transformer !

Christiane MANIN

Enfin tu peux rêver.

L’école est finie. C’est l’été, tu vas vivre comme tu en as envie. Envie d’ailleurs.

Tu es dans ta chambre, tu écoutes tes 45 tours, t’en as pas beaucoup, toujours « ma plus belle histoire d’amour », « holiday », « rain and tears », « c’est extra », « the last time », « proud mary »…

Tu écris dans ton journal, tu te sens seule, tu rêves de ton avenir avec l’espoir d’une réussite extraordinaire. L’avenir ? Il n’a qu’à bien se tenir, tu t’en fous. L’important c’est maintenant.

Oui mais en attendant, tu t’emmerdes, tu es seule, tu as le cafard, personne ne te comprend.

Tu soupires.

Qu’est ce que tu vas faire cet été ? Tes parents voudraient bien que tu sortes de ta chambre, que tu les aides, faire les foins, moissonner, et même passer l’aspirateur, faire la vaisselle, te rendre utile quoi !

Et toi tu rêves de soirées dansantes. A la campagne, c’est la seule sortie, le samedi soir, rendez-vous au bal du village, ou celui d’à côté « laisse mes mains sur tes hanches » , ou « vous permettez monsieur », Adamo a les mots. Tu as mis ta robe verte, ta mère trouve qu’elle est un peu courte, toi tu sais que lui, il a vu tes yeux, il t’a souri, et ton regard a entendu le sourire.

Tu danses ?

Ils sont à la queue-leu-leu, les garçons. L’important c’est d’arriver le premier, et d’être accepté. Tu lui dis oui, tu te réfugies dans ses bras, il te protège, il te dit sans prononcer un mot que tu es à lui. Toi, tu voudrais bien un peu plus de mots justement. Par exemple… comment on fait pour se revoir ? samedi prochain ?

Dans ta chambre, tu écris son prénom, tu lui écris. Des lettres que tu n’enverras jamais.

Tu passes ta journée à rêvasser, tu as le cafard. Tu recopies des vers de Baudelaire, le spleen.

Tu écoutes du blues à la radio. Et ça te fait pleurer. Tu sais pourquoi tu pleures ?

Aujourd’hui c’est triste, et demain… est un autre jour. Aujourd’hui, jour d’hui, tu soupires, tu cherches le passage vers demain.

Noëlle Roth

Ché pas 

Enfin tu peux tout, l’école est finie,

Envie de vacances ?

Ché pas

Ton avenir ?

Ché pas

Et les filles ?

Ché pas

Et les parents ?

Ché pas

La cité dortoir, la misère sociale ?

Ché pas

La drogue, la violence, le harcèlement ?

Ché pas

Mélancolie, nostalgie, monotonie.

Éjecte-toi de ce canapé, fuis les écrans,

Déploie ton corps

Tiens-toi droit !

Regarde par la fenêtre, rêve à la folie

Mets le feu et va au bout de tes rêves !

Grand-mère Denise

Maintenant, tu peux.

Tu peux maintenant faire comme si nous n’existions pas, comme si tu nous avais éliminés, tu sais, comme dans ton dernier jeu de rôle vidéo, celui qui t’empêche de dormir, qui te fait les petits yeux le matin, qui nous fait convoquer par tes profs. Je sais, tu as d’excellents résultats en maths, mais justement les maths ça n’est pas vraiment important, c’est comme un jeu. Tu aimes jouer, alors tu peux jouer tout ton saoul, surtout contre toi-même ; tu verras que tu es ton meilleur adversaire, on en reparlera... peut-être.

- Tu vois pas qu’je suis occupé là ? Tu vois jamais rien.

Tu peux plonger dans ton miroir, te confondre avec tes idoles, celles qui se vendent aux médias, aux publicitaires, qui fabriquent tes envies à la mode, qui te déconstruisent à petit feu. Peut-être auras-tu le sursaut de résister, de te confondre avec toi-même. Change de miroir. Tu peux être surpris par ce qui existe en toi.

- Tu m’prends pour un gosse ou quoi ? Toujours pas partis ?

Tu peux t’enfermer dans ta chambre et attendre, ou t’ennuyer. Mais oui, l’attente ce n’est pas de l’ennui. C’est un enrichissement, une montée du désir, une espérance, une récompense parfois si tu as su lui donner un sens, si elle répond à ce que tu as donné de toi.

- Tu m’gaves, depuis quand tu philosophies ?

Tu peux te mettre à lire, tu n’as jamais le temps. Tu peux écrire, c’est plus difficile que de parler pour ne rien dire, mais nous te faisons confiance. Tu es une cocotte-minute, il en sortira bien quelque chose avant que tu n’exploses.

- Chez toi, le joint doit fuir...

Tu peux tout, tu peux rêver de tout, tu peux tout changer, tout discuter, tout proposer, tu n’appartiens qu’à toi-même. Tu es unique, comme tout le monde, alors cherche-toi.

- Ciao ! Maintenant vous pouvez.

Eric PROTIN

Maintenant, tu peux… Il était une fois une toute jeune fille. Elle avait à peine treize ans.

Elle était douce comme les blés qui ondulent au vent.

Elle était belle comme les coquelicots qui dansent dans les champs.

Ses parents étaient très pauvres, bien entendu.

L’été avait tenu sa promesse d’arriver tôt cette année-là - bien trop tôt - vraiment trop tôt pour des parents. Le soleil brille de tous ses feux, le jour ; la lune éclaire, merveilleuse, la nuit.

Chère enfant, il est temps de partir maintenant. Mets ta jolie robe de mousseline bleue et des rubans dans tes cheveux. Tu es libre comme la brise, riche de tous nos enseignements. L’école est finie. Tu peux vivre, désormais, ta vie comme il te plaît.

Eclair Tonnerre

Orage Mystère

Elle prend ses cliques et ses claques, son petit short au ras des fesses. Ras-le-bol de ces parents. Découvrir le monde. L’école... du Bonheur.

Se brûler les ailes et les reconstruire. La Musique. Les copains. Ne jamais se retourner. Danser le rock. Vivre la nuit. Vivre l’Amour. Vivre quoi !

Et puis un jour. Allo papa maman, vous pouvez garder mon enfant ?

Geneviève PROTIN

Enfin, tu peux… Oui, vas y, dis le : tu peux quoi au juste, hein, maintenant que tu es en vacances ??? Tu vis dans un bled paumé, sans scooter et loin de toute forme d’amitié. Ce n’est pas une nouveauté, l’été dernier déjà était d’un ennui mortel. Tu avais passé ton temps à ruminer, faire des plans sur la comète, lire, t’inventer un amoureux. Tu avais carrément commencé à rédiger un stupide journal intime, façon bullet journal avec dessins et autocollants. Tu y racontais ton mal-être et à quel point tu te sentais incomprise. Tu prouvais par A+B à quel point rien ne sert d’entrer en rébellion contre tes parents. Eux ils l’aiment cette maison, ils l’ont justement choisi pour la tranquillité des lieux. Ils la chérissent cette solitude que tu détestes. Et puis avec insta, tu as tellement l’impression que les autres vivent des vacances de rêves. Ils vont partir en voyage et poster leurs photos, faire des rencontres et trouver l’amour peut être. Toi ce n’est pas dans une piscine que tu risques de te noyer, tes parents n’en ont pas, mais dans tes pensées. Patience, il ne te reste plus qu’à attendre que cette bulle estivale éclate pour retrouver avec appréhesion le lycée : que vas tu bien pouvoir leur raconter ?

Lucie Rochas

Enfin tu peux ranger tes affaires de classe dans le placard les cours sont terminés et tu as réussi ton brevet des collèges. Bravo. De plus, tu es libérée définitivement d’Enzo ce lourdaud qui n’arrêtait pas avec ses vannes à deux balles. Tu lui disais tu me saoules grave. Tu sais que tu ne le reverras pas à la rentrée. Quel soulagement

Ton rêve est de partir avec tes copines camper sans adulte et surtout pas tes parents pour une liberté totale. S’amuser, danser, chanter est ton envie première mais ils ont décidé autrement et la confrontation a été difficile mais ils n’ont pas cédé .Tu pars avec eux à Argèles s / mer comme chaque année dans la maison familiale.

Dégoûtée,courroucée tu te dis que tu passeras tes journées à scruter ton smartphone à échanger des messages, discuter sur snapchat avec tes copines jusqu’au petit matin et que tu ne partageras rien avec eux.

Il est temps de préparer les bagages mais tu traînes. Tu es apathique. Rien ne te motives. Tu te fais houspiller par ta mère et à ce moment-là tu la hais, tu as envie de fuir, de tout quitter car tu es certaine que tu vas t’ennuyer. Tu penses que personne ne te comprend et cela te rend maussade.

Maintenant plus le choix, il faut monter dans la voiture . Tu obéis en ronchonnant. Vous voilà arrivés après un long trajet sans parole de ta part. Tu ne supportes pas les plaisanteries de ton père que tu trouves nulles. Il est tard. Tu trouves la maison toujours aussi moche, triste et la chaleur étouffante. Tu montes dans ta chambre et jette ton sac sur le sol avec rage avec une seule envie dormir. C’est ce que tu fais après avoir pris une douche qui te détend.

Le matin, tu es réveillée par le rayon de soleil qui caresse ta joue avec douceur. Tu ouvres les yeux et tu t’aperçois que tu as oubliée de fermer les persiennes dans ta rage, Tu as la flemme de te lever. Il est trop tôt penses-tu. Tu te retournes dans ton lit quand une musique s’élève à l’extérieur. Tu te lèves, et tu vois que la maison voisine est occupée. Tu entrevois derrière les carreaux un jeune garçon. Il a les cheveux jaune , cela te fait sourire car il ressemble à un poussin. Il semble jouer de la guitare mais tu ne distingues pas trop bien.Tu enfiles ton short et tee-shirt et descend les escaliers en courant sous les yeux ébahis de tes parents.

Furtivement tu pénètres dans le jardin et reste à l’écart pour écouter la douce mélodie qui détonne avec son faciès et ses vêtements tous déchirés mais un branche craque sous tes pieds, il lève les yeux étonné de ta présence. Tu t’excuses mais il s’approche de toi souriant en te demande de rester. Il t’explique qu’il est en vacances chez ses grands parents avec ses cousins. Il te propose de faire leur connaissance ce que tu acceptes avec plaisir.

Cela fait maintenant une semaine que tu es en vacances. Tu apprécies la compagnie de Théo et sa bande. Tu te dis que le séjour est agréable car tu vas te baigner avec le groupe et le soir vous allez aux animations qui ont lieu au village. Finalement tu ne regrettes rien. Vive les vacances,

Sylvaine Beaumelle

Enfin tu peux chanter à tue-tête « L’école est finie » avec tous les autres dans le car. Mais oui mais oui l’école est finie et tu te grises avec ces mots, avec cette musique qui t’emporte toi et ces autres toi-même vers l’été 63. Une liesse que le chauffeur du car partage en tapotant sur son volant. Ce tube de l’été tu le connais par cœur, il est annonciateur de liberté et te laisse entrevoir ce à quoi rêve une jeune fille de ton âge. Les grandes vacances sont là, et tu savoures ce temps spacieux, qui s’étire comme une plage de sieste. C’est le retrait estival au village et la porte ouverte à tu ne sais pas très bien quoi mais tu vois devant toi un grand champ de blé jauni parsemé de points rouges. Respirer. Courir. S’enivrer de vent, enfin !

Tu listes les multiples petits plaisirs qui t’attendent avec les copines : se crêper les cheveux, se maquiller et surtout écouter les 45 tours chez les unes chez les autres. La bonne nouvelle c’est que Annie a pu s’acheter le disque des Beatles « Please, please ». Tu attends avec impatience le soir pour promener avec les filles bras dessus bras dessous et zyeuter les garçons.

Un nouveau venu au village les rejoint depuis peu, on dit que c’est un pied noir. Tu ne sais pas pourquoi on le désigne si bizarrement. Bientôt tu découvriras grâce au petit écran qu’il fait partie de la déferlante des rapatriés d’Afrique du Nord dans notre pays. Tu ne comprends pas bien quand on dit que là-bas c’était aussi la France et que maintenant ils sont libres. En tout cas tu vois qu’il est plein de tristesse et que nos rires le dérangent.

Tu pressens alors que tu vis dans un endroit à l’abri des turbulences du monde, que tu ignores tant de choses au-delà de ta sphère adolescente. Tu as peur des chamboulements possibles avec la rentrée. Pourvu que l’école ne finisse jamais.

Elvire Bosch

Une adolescente pas comme les autres

Enfin, tu peux te dire « je suis en vacances et ils vont me foutre la paix ». Tu sais déjà que tu vas partir chez ta grand-mère, dans son petit village, à la campagne, où la tranquillité te donne le choix de respirer le temps qui passe, de le savourer, de t’en délecter. Quelle drôle d’adolescente tu fais ! Tu n’as jamais été comme les autres, mais plus tu grandis et plus cela saute aux yeux de tous ! C’est pour cela que tu aimes tant venir ici. Ici où personne ne te regarde bizarrement. Cela te fait tellement du bien. Chaque année, c’est la même chose, tes parents organisent de super vacances, en Corse, en Sardaigne, en Italie…. Mais jamais tu ne les suis. Ils ont compris, depuis longtemps, combien tu es attachée à ta grand-mère et combien celle-ci te le rend bien. Aussi après avoir dû affronter leur incompréhension, ils ont fini par capituler et c’est ici, au calme, qu’ils te laissent chaque année. Et toi, tu profites de la solitude, cette solitude que ta grand-mère sait respecter. Elle pressent ce que tu recherches, ce à quoi tu penses tout le temps alors qu’à ton âge c’est plutôt aux garçons que les filles pensent ! Et d’ailleurs, tu l’as entendu bien souvent cette phrase « mais enfin, Clémentine, toujours pas de petit copain ? On va finir par se poser des questions ! ». Et leurs sous-entendus te mettent toujours mal à l’aise, alors grand-mère intervient et fait taire tous ces vilains. Tu n’arrives pas à croire au néant, c’est plus fort que toi. Tu as toujours l’espoir qu’un jour tu t’envoleras loin, loin, très loin. Que l’avenir te rendra invincible ! Que tu auras toujours le choix : être libre ou esclave, riche ou pauvre, célèbre ou anonyme. Tu sais que ton émancipation n’est pas loin, tu l’attends avec impatience ! Pourtant, tu devines aussi que tu n’es pas encore au bout de ton chemin et qu’il te reste un obstacle à franchir et pas le moindre. Car si tu n’as peur de (presque) rien, il y a encore une chose qui t’effraie, beaucoup, sourdement. Et il va te falloir l’affronter cette chose dont tout le monde parle mais que peu ressentent dans leurs tripes. Oui tu sais qu’il te faut grandir encore car tant que tu n’auras pas dépassé cette peur, tu seras incapable d’accomplir ta vie ! Décidément Clémentine, quelle drôle d’adolescente tu fais ! Mais quelle importance ? Car tu sais très bien, au fond de toi, qu’un jour, tu Le trouvera et Il te comblera !

Marie-France Macquet

Enfin tu peux respirer. Chaque année, lorsque les portes de l’établissement crachotent et vomissent un entrelacs d’élèves agités, tu restes en retrait, en périphérie de cet épicentre de sons et cris entrechoqués, scandé de rires et bousculades. Le capharnaüm passé, tu t’engouffres enfin dans les couloirs, tu te frayes un passage entre le silence retombé comme un voile et la moiteur de l’été qui approche. Evidemment, tu es le dernier à partir. Non pas que tu éprouves une quelconque mélancolie à l’approche des vacances, mais tu es du genre à prendre ton temps. Tu vis chaque jour de ton existence avec intensité, comme si c’était le dernier, sans te soucier du reste.

Mais aujourd’hui, c’est une attente que tu ne saurais décrire qui te pose question. Les prémisses d’un évènement inconnu, qui suspens ton être, qui fait trembler ton âme et qui te consume. Ne reste qu’un flottement, à peine perceptible, un frisson le long de ton échine, qui s’écoule lentement. Alors tu attends, derrière un sourire, reclus et isolé, tu surplombes la vie qui t’entoure. Elle semble calme et idyllique, baignée d’un apaisement à toute épreuve. Alors pourquoi, dans un monde si stable, te sens-tu tanguer dangereusement ? Aurais-tu peur de ce qui pourrait ne pas advenir de ta vie ? La perspective de ne pas pouvoir être libre, de ne pas pouvoir t’octroyer la liberté de rêver. D’envisager. D’écrire ton roman, ton histoire, d’aligner maladroitement quelques phrases indécises, titubantes. Oui, la vie est un bien mauvais roman, et tu ferais un piètre auteur. Mais si tu te laissais le temps d’écrire ta vie mots-à-mots, peut-être que tes rêves prendraient forme, et qu’un jour, peut-être, ils seraient plus qu’une vague idée sur le papier.

Salomé

Enfin tu peux….

- Quoi ?

- Je ne sais pas ,… ?

- Alors ferm’la !

- Tu m’avais dit…

- Quoi ?

- Que tu ferais…

- Quoi ?

- Je ne sais plus...

- Alors lâch’moi !

- Écoute moi…

- Pourquoi ?

- Parce que…

- Tu t’fous d’moi ?

- Est ce que je peux…

- Quoi ?!

- Te donner...une idée…

- Surtout pas !

- Est ce que je peux quand même…

- Quoi encore ?!!

- Te souhaiter « bonnes vacances »

- Sors de ma chambre !!!!!

Catherine Ernzen

Enfin tu peux...

Enfin tu peux faire des grasses mat’ enfoui sous ta couette fleurie et interdire à ta petite soeur de faire du bruit dans la maison. Tu vas, c’est sûr, planquer ton sac à dos au fond d’une armoire afin d’être certain de l’oublier ! Quand tu vas sortir des bras de Morphée, tu vas faire l’exigeant : jus d’orange tiédasse, toasts trop grillés et cette confiture de myrtilles home made. Tu vas détester. Tu imagines déjà les traces violacées sur tes belles dents blanches. Ruiner ton sourire !

Surtout que tout à l’heure, tu retrouveras tes potes et ce sera parti pour un intense après-midi pécho. Et comme l’attente, ça creuse… Alors direction l’unique pizzeria de ce bled que tu trouves pourri. Où tes parents ont loué cette maison. Tu vas pouvoir t’empiffrer de cette pizza si longtemps espérée. Sans ta mère sur le dos. Elle qui a banni de sa cuisine ces plats qu’elle qualifie de junk food.

C’est cela la liberté et tu es bien décidé à en user voire en abuser. Mais tu sais qu’il y aura des limites à cette liberté et qu’il faudra négocier. Et tu vas glander et glander ça prend du temps.

Sauf que tu vas en avoir vite marre de ne rien faire et tu vas entrainer tes copains en randonnées dans ce village paumé que tu vas aimer très vite. Je le sais. Et puis au bout de quelques semaines tu vas, en douce, compter les jours qui te restent à profiter de cette vie qui te transforme et change ta façon de voir les choses. Mais avant, tu auras entraîné tes nouveaux amis dans les ruines de ce château médiéval et avec un peu d’imagination et quelques souvenirs d’un lointain cours d’histoire, vous attendrez chaque nuit la venue du fantôme d’une princesse amoureuse d’un berger. Elle aurait été enfermée dans la tour et viendrait certains soirs pleurer de désespoir.

Enfin tu peux…

Violette Chabi

Enfin tu peux tout lâcher. Cette espèce de liberté absolue des putains de grandes vacances. Des mois à trimer, à comprendre que dalle, à s’acharner, à bosser au dernier moment, tout ça pour quoi ? Récolter quelques lauriers que tu peux te foutre où je pense. Avec comme garantie un avenir de misère. Mais là, c’est pas le moment de l’avenir ou de la misère. Là, c’est le moment de l’oubli, celui d’où tu retrouveras tes potes dans la nuit jusqu’à point d’heure pour cuver des bières au bord de l’étang, pour profiter de la fraicheur de la nuit après avoir cramé sous le cagnard toute la journée. C’est la liberté conditionnelle, tu crois qu’t’es libre mais en fait t’es toujours résident du vide. C’est tellement la misère c’trou que ton horizon c’est l’étang, les forêts avoisinantes, les champs et leurs odeurs de merdes de vaches, le kebab comme seul lieu de vie ouvert. Mais on s’en tape. L’important c’est pas ça. L’important c’est que tu puisses trainer avec Kaïs, Kylian, Stella et Wendy. L’important c’est de vider le bar du père de Kylian, de renverser les containers aux pieds des barres de Kaïs, de voir les cuisses en chair mais douces de Stella dans son mini short, de fuguer dans les bois avec Wendy. Parce que tu vois, il n’y aura pas de grand rêve après, c’est maintenant ou jamais, plus des gamins et pas encore sous les galères d’adultes. C’est l’été du passage, le dernier avant de se disperser et de finir par s’oublier. Pas sûr que tu puisses comprendre, à une autre époque c’était la belle vie, ici on en a plus rien à foutre. Alors dans cette parenthèse de rien, on va en faire ce qu’on veut, ce qu’on aime. Tu vas rire, tu vas aimer, tu vas pt’être même niquer, enfin tu dis ça pour frimer, parce qu’en fait t’as envie que ce soit beau et tendre, comme dans les films. T’es un gars de la périphérie rurale. Né à l’écart, à vif et pas encore à genoux.

Matthieu H.

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