12e edition
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Les textes de l’Invitation à écrire n°12

Aurore boréale

Chaque soir éclatait comme une aurore boréale et moi, je me sentais devenir torche vive et brûlante. Tout, dans le tableau mouvant qui m’était offert, m’inspirait la fulgurance, la vivacité propre au feu lorsqu’il lèche avec avidité les bûches, lorsqu’il dessine figures de danse.

Je me trouvais à l’épicentre de cette transe, j’étais charbon ardent que pluie et neige n’auraient pu museler. Je ne me calmais pas, non, je me réveillais, je me dégageais de la torpeur du jour, je fabriquais ma mue.

Ma peau frissonnait de rires intérieurs, comme si une farandole de vers luisants avait eu idée de marcher sous mon derme. Leurs menus picotements activaient mes sens.

Les tambours, endormis sous mon crâne, activaient leurs baguettes maigrelettes et remuaient leurs ventres. Ils se dandinaient en cadence.

Alors, j’entrai en orbite pour devenir commette. J’humectai mes lèvres et je plongeai ma langue dans cette palette colorée, avec délectation.

Véronique Pédréro

 

Elle avait quitté la lumière du monde avec le sentiment d’un ciel noir. Des cierges magiques au bout des doigts, elle cheminait vers la forêt. La nuit s’approfondissait devant elle et prenait une odeur sucrée qui adoucissait la musique en cendres de ses pas. Elle allait, le chant des flammes au bord des lèvres. Elle allait vers cette lueur rouge qui éteignait les douleurs. Elle allait comme ses aïeux avant elle . Se calant sur la marche de la forêt noctambule elle avançait sans peur, la magie des cierges pointée devant elle, telle un bâton de sourcière. Les frôlements acides d’ailes perdues dans la nuit, les odeurs grises d’araignées, les bruissements fous de fourmis volantes, rien ne la ralentissait, elle allait vers l’espoir. Elle traversa la lueur rouge sans la voir. Elle traversa le feu sans se consumer. Elle traversa la fumée, le crépitement des cierges encore au bout des doigts. Puis elle revint doucement vers son village. Elle le traversa sans le reconnaître et s’avança vers les ruines de son enfance, un goût de peine brûlée au bout des doigts. Pour la première fois, elle les regarda avec tendresse et rit à perdre haleine devant cette farce de la Vie. Grâce au feu elle avait éteint son désespoir. Elle tourna le dos à son passé et s’engagea sur le chemin de l’avenir.

Catherine Ernzen

 

Le soleil en cette heure apaisait ses ardeurs.

Courbé, protégeant le bois igné par tes mains,

Conscient dès lors de tes pouvoirs prométhéens,

Tu confias aux Vestales l’objet de tes frayeurs.

Émerveillés autour de l’âtre crépitant,

Chaleureux, un éclat nouveau dans leurs regards,

Comme purifiés, pressentant l’aube des Arts,

Ils instruisent leurs foyers, inquiets et confiants.

Soumis à leur dieu Râ, ou à leur Roi Soleil,

Rêvant d’immortalité, conscients fragiles,

Jetant l’Amour au feu des amours faciles,

Ils mettent le feu aux poudres, s’émerveillent,

Et, ne croyant plus à rien, ni en eux-mêmes,

S’assemblent, figés, en un bruyant silence.

Est-ce un message, une prise de conscience ?

Notre-Dame est en feu, réponse à leurs blasphèmes.

Eric PROTIN

 

La lune a disparu - avec elle, la douce lumière de son croissant.

Il ne perçoit plus que les ombres des hommes en bleu, les Touaregs. Leurs vêtements amples se mettent à danser avec le vent qui se lève et prennent des formes surréalistes. La tempête de sable menace et la nuit, comme toujours dans le désert, s’annonce glaciale.

Il devine des bribes d’une langue berbère, le tamasheq, qui s’échappent des tentes et même le parfum de la menthe. Mais... Déjà un retard de deux heures !

Il donne l’ordre d’allumer les feux. Les bidons ont été mis en place en soirée. Il y en a une trentaine, emplis à moitié de fuel. Ils sont disposés le long d’une piste pas même carrossable. Aussitôt les tonneaux s’embrasent. Le ciel s’illumine. Les flammes donnent des couleurs fantastiques et changeantes au sable qui tourbillonne, aux hommes dont l’indigo a déteint sur la peau. Cette montagne de feu réchauffe les corps gelés, les esprits anxieux, mais surtout trace un véritable chemin de lumière, un chemin de vie destiné au ciel.

Dans cette atmosphère surnaturelle, Saint-Ex guette le vrombissement d’un moteur, celui du Bréguet tant attendu. Alors il croit toucher la tôle brûlante, reconnaître l’odeur mêlée de l’huile et de l’essence.

Une boule de feu. Puis plus rien.

Le chemin de lumière, peu à peu, disparaît dans la nuit.

Geneviève PROTIN

 

Nuit d’encre. L’encre d’autrefois, celle qui était bien noire et avec laquelle les écoliers recouvraient des pages entières au bout d’une plume.

Ou peut-être n’est-ce pas la nuit ? Comment savoir ? Peut-être suis-je dans les tréfonds abyssal d’une mer sans fond ?

Mais au fond de la mer, il n’y a pas cette lueur. Il n’y a pas cette chaleur. L’on n’a pas la sensation confuse d’avoir tous ces corps autour de nous, même si l’on ne voit rien. Il n’y a pas de bruit au fond de la mer. Tandis qu’autour de moi bruisse la vie du petit peuple de la forêt. Leur présence a beau être invisible, on la ressent dans la moindre de ses fibres. Comme ceux qui se tiennent autour de moi. Je suis encore sonnée, j’ignore qui a pris l’initiative de nous apporter un peu de lumière.

Leurs visages émaciés ne sont pas mis en valeur lorsqu’ils sont illuminés par le dessous comme le font ces flammes. Leurs yeux semblent être tout ce qui est encore vivant en eux mais ce n’est qu’un leurre. Ce ne sont rien que les étincelles qui s’y reflètent. Pas la vie.

Quelqu’un pourrait prendre la parole, créer un lien, mais c’est inutile.

Aucun mot ne pourrait rivaliser avec notre entente tacite, notre cohésion inexplicable.

Alors le silence se fait. L’odeur des braises emplit mes narines. Je suis bien.

Eden

 

Nous étions tous là, au bout du pré. Sa famille et ses amis intimes réunis, autour de ce feu minutieusement préparé. Avaient été amenées, en amont, des petites branches sur lesquelles étaient entassées des bois plus gros. Le foyer était entouré de grosses pierres blanches et grises. C’était son souhait, chacun posa, tour à tour, la brindille qu’il venait de trouver sur le tas prêt à se laisser embraser. Tous, assis en cercle dans la nuit noire parsemée d’étoiles, nous avons, en silence, assisté à la naissance du brasier : une flamme immédiate partit du bas du tas et s’éleva droit dans le ciel accompagnée de craquements de plus en plus nombreux. La flammèche vint, avec obstination, lécher les autres branches. D’ autres mèches, d’abord vacillantes et timides, teintées de bleu sur le haut, se mirent à danser de tous côtés. Tout à coup, le feu s’embrasa, la nuit s’illumina. Crépitements, flamboiements, scintillements jusqu’au cœur des convives dont les yeux ne pouvaient se défaire de cette danse alléchante, ondoyante, hypnotisante. Visages étincelants parmi les ombres. Tandis que montait cette odeur de bois odorante qui se déposait et s’imprégnait en nous. On se sentit aspergés de chaleur et de couleurs vives. La fumée qu’une brise légère nous ramenait piquait nos yeux déjà embués par la magie de ce partage d’amitié. Se reflétaient dans nos yeux, à la fois la tristesse pour cet adieu ainsi fêté et le bonheur, la reconnaissance, des jours vécus ensemble. Le feu nous réchauffait, berçait nos peines et nos regrets, nous offrant force et énergie nouvelle tout en unissant aussi ceux qui seraient privés d’elle. Une voix chaude s’éleva et nous reprîmes le chant au rythme et à la mouvance des flammes.

Christiane MANIN

 

Souvenirs Seventies

Plage de Sète, 23 h, été 2020.

Seul, assis devant un feu de camp crépitant, le regard perdu dans les flammes, ou virevoltent des braises qui jamais ne tombent, je sens ce feu qui me calme et me donne l’impression d’être à ma place là ou je suis...Mon esprit s’envole…et me renvoie à l’époque des années 70.

Dans ces temps là, on roulait en deudeuche décapotable, dans l’insouciance et la légèreté.

On s’habillait en pattes d’eph, et nos chemises étaient tantôt psychédéliques, tantôt ethniques, dans un joyeux bric-à-brac d’orange, de violet, de vert pomme ou kaki, de rouge, de rose, de marron ou de rouille.

Je me rappelle, elle s’appelait Katy, elle sentait le Patchouli, portait des sandales compensées avec un talon en lièges, un jean aux imprimés floraux, de couleurs très vives, un sous-pull moulant, et son look hippie se complétait par un bandeau dans les cheveux, et une ceinture tombante au niveau des hanches. Elle était belle de l’autre côté du feu !

Sur la plage, on écoutait Les Doors ou Janis Joplin, tout en buvant du thé à la bergamote et en fumant des « bidis » petites cigarettes indiennes de couleur sépia, attachée par un petit fil de coton rose ou bleu, en croyant qu’elles nous apportaient un peu de la sagesse de l’Orient.

Lorsque le feu mourait, nos corps libérés s’enlaçaient, s’aimaient, jusqu’au petit matin, ou il était temps de nous séparer en se disant au revoir, le temps d’un aller retour d’essuie glace…

Aujourd’hui, devant ce feu mourant, ces années là ce sont évaporées.

Ah ! Nostalgie quand tu nous prends !

On se protègent pour faire l’amour et acheter du pain.

On regarde sans cesse nos portables, en espérant avoir des nouveaux amis, alors qu’ils y en a plein autour de nous.

Et moi Pierrot de la lune, je me demande si je ne vais pas reprendre la route avec ma deudeuche décapotable, qui ne passe plus au contrôle technique, et rouler, et encore rouler, pour retrouver Katy qui sentait le Patchouli…

Richard Velasquez

 

Nous sommes jeunes,

C’est la fièvre du samedi soir,

On met le feu dans les soirées.

Un virus, l’interdiction tombe, comment se retrouver ?

Une mini fugue, un mini groupe,

Dans la forêt autour d’un feu de camp.

Les flammes dansent dans la nuit.

Quelques pommes de pin et c’est un embrasement,

Rouge, orangé, jaune,

Un feu d’artifice, grésillement, crépitement,

Nos yeux brillent de lumière

Buvons l’énergie de cette lumière, gardons la en réserve.

Le calme s’installe, c’est l’apaisement

Nos regards sont captés par les flammes,

Même pas un rêve, on ne pense à rien, on ne parle pas,

On se sent bien ensemble, heureux de s’être retrouvés,

Encore quelques braises, une clarté dans le ciel, c’est la fin de la nuit.

C’est sûr, samedi, on sera là pour mettre le feu dans la forêt .

On tiendra, c’est si simple.

Denise

 

Romain et Paul sont partis de Monsols, petit village dans le rhône , pour rejoindre le col de crie. Bien chaussés et équipés, ils avancent prudemment depuis plusieurs heures sur les chemins escarpés, étroits, bordés de profonds précipices.

Ereintés, ils décident de s’arrêter pour pique niquer dans un champ de jonquilles. Soudain, ils entendent un craquement de branches. Ils restent immobiles.

Stupéfaits ils voient à l’orée du bois un loup blanc à l’allure majestueuse . Il les observe de son regard perçant quelques secondes qui leur semble une éternité puis continue son chemin. Ils ont eu le temps de prendre une belle photo car à cet instant ils ont l’impression de rêver.

Ils accèlerent le pas dans l’ombre crépusculaire. Ils savent qu’il faut trouver un lieu où se réfugier. Dans le lointain ils entendent des voix et aperçoivent un camp. Ils décident de s’y rendre. Ils sont reçus avec enthousiasme par le groupe d’amis où les gamins rient à gorge déployée, le visage bariolé par des peintures indiennes . Des tipis blancs sont installés en cercle, au milieu un feu de bois crépite. Les flammes d’un rouge vif lèchent vigoureusement le barbecue où les saucisses, merguez, brochettes se côtoient laissant échapper une odeur agréable qui titille les narines et le palais.

La nuit est tombée . Ils sont conviés à se joindre au groupe , ce qu’ils acceptent avec joie. Le repas est savoureux, convivial, joyeux. Les chants se perdent dans le silence de la forêt. Fatigués les deux amis se faufilent dans leur sac de couchage, observent la pleine lune qui éclaire le ciel d’une lumière blanchâtre. Un frisson les parcourt, la température a chuté. Ils ont le sentiment d’être libres de toute contrainte. La fatigue a raison d’eux. Ils plongent dans un sommeil profond. Demain, ils reprendront le chemin du retour avec de beaux souvenirs à partager.

Sylvaine Beaumelle

 

Nous sommes assis face à face, en silence. Son regard se perd dans l’âtre que nous venons d’allumer. Les flammes dansent dans ses iris, à tel point que seuls ses yeux me happent et me perdent. Elles semblent lécher ses pupilles dilatées, et je peux sentir l’entrelacs de rage et de désespoir qui le ronge. C’est étrange, car il me semble que c’est lui seul qui brille par le noir de ses souffrances. Pourtant c’est bien les branches de pin qui s’embrasent. Elles ploient sous le joug de la chaleur du feu qui crépite, en ce premier soir de Décembre. Je sens malgré tout le malaise croitre lentement en moi, comme une terreur sourde, une rumeur lente qui rampe le long de mon échine. Un frisson parcourt ma nuque. Je me sens comme hypnotisée, impossible de détacher mon regard de ces deux disques brillants, reflétant le ciel noir, gonflé d’une rancœur nue et menaçante, qui plane au-dessus de moi. Tout mon corps se tend, et je sais à cet instant que je devrai prendre la fuite. Et pourtant… Pourtant je ne bouge pas. Je me tais, et attends. Je me laisse porter par un faible espoir qui ne fait que raviver, je le sais, la douleur de l’attente. La clarté diurne du jour se lève, agrémentée des quelques cendres que le feu a bien voulu laisser échapper. Un filet de lumière blanche bordée de rose perce le voile grisâtre auréolé de nuages déchiquetés, semblant se prêter au décor funeste de ma dernière nuit. J’observe alors avec une doucereuse nostalgie la naissance d’un magnifique jour nouveau ; dont l’éclat me laisse verser quelques larmes me restant en poche. C’est l’aurore et cependant, j’ai atteint mon crépuscule.

Salomé

Le loup magnifique

Autour de ce feu de camp, tous s’activent, ils veulent griller des chamallow. L’odeur doucereuse m’écœure et le bruit qu’ils font me gêne. J’ai envie de vivre les sons de la forêt. Je décide de m’échapper. La lumière du feu sera mon phare. J’entends un bruissement, je vois deux yeux. Des frissons partout dans mon corps, mais je n’ai pas peur. C’est une louve, elle a le poil sombre. Elle paraît immense. Son nez capte mon odeur, elle se déploie et m’attaque. Je sens son haleine quand elle me lèche, j’ai mal quand elle me griffe. Quand elle plante ses yeux noirs dans les miens, je résiste à la fuite et soutiens son regard, elle n’aura pas ma peur. Dédaigneusement, elle me fixe, puis se retourne et s’en va. Plus rien. Je suis encore sous le choc quand soudain je le vois. Un loup magnifique ! Son regard, magnétique, me transmet un message. Un calme immense m’envahit, je suis à ma place. Mes yeux se remplissent de larmes et mon cœur expire sa peine. Je me sens aimée comme je ne l’ai jamais été. Une douce chaleur m’envahit. Une lumière irradie et l’auréole. Des cierges magiques l’encerclent, mon refuge se construit. Vous ne croyez pas au miracle ? Moi si, ma vie en est remplie ! Le loup lève alors une patte, je ressens un appel. Je me love dans sa fourrure. Il sent la vie sauvage mais il est si doux ! Blanc, il est blanc comme la neige, des yeux bleus magnifiques. Je n’entends plus rien, je ne sens plus rien, je ne vois plus rien, je suis hors du temps. Bientôt, les autres vont me trouver. Je ne leur dirai rien. Ils ne me croient jamais. Et puis je les suivrai, mon loup ne pourra rien y faire. Je retournerai dans ce grand bâtiment blanc, dans ma petite chambre blanche, en compagnie de toutes les blouses blanches. Je retournerai dans cet univers dont ils ont enlevé toutes les couleurs pour soi-disant apaiser nos douleurs.

Marie-France

 

Le feu dans tous ses éclats

Une lueur blafarde éclaire faiblement la grotte. Dans le ciel déjà noir, les nuages se bousculent.

Les hommes ne sont pas encore rentrés et les femmes s’inquiètent. Le danger vient toujours de l’extérieur. La nuit est glaciale en janvier. On surveille le feu, ce feu que l’on dit purificateur et protecteur. Almine, la plus jeune, tremble en regardant les flammes qui vacillent. Une odeur de sève, de résine fait frissonner ses narines. La ghorfa, ce refuge où la tribu trouve le calme s’emplit de fumée. Il faut aller chercher du bois, dit une vieille femme aux longs cheveux blancs. Du bois bien sec. Du bon bois. Et dans cet abri sans âge, tout semble paisible, du moins en apparence. On chasse l’inquiétude. Le feu va s’éteindre dit Almine et dehors il fait si sombre.

C’est Tasnim qui, enveloppée dans un châle en laine de mouton, sort de la vaste pièce à la recherche du bois. Quand elle revient, avec une belle brassée, le feu est moribond. Les hommes ne sont toujours pas rentrés. Alors on s’active, on souffle sur les braises encore incandescentes.

Et de petites flammes s’élancent timidement dans la cheminée. Une lumière subtile éclaire la pièce. Soudain des bruits de pas à l’extérieur. Puis le silence. Dans la grande salle, la peu s’installe. La porte s’ouvre violemment. Des hommes cagoulés…des bidons dans les mains.

Les femmes se blottissent les unes contre les autres. Les hommes vont vers le feu, vident les bidons et tout s’embrase. Des flammes géantes éclairent la pièce. On dirait le jour ! Les hommes sortent, sans un mot. Les femmes ne crient pas. Elles savent. Il faut sortir. Vite. Une fois de plus, essayer d’échapper à la mort.

Violette Chabi

 

Les derniers feux de Jean

« …. Je ne fais pourtant de tort à personne en n’écoutant pas le clairon qui sonne… » Jean est à la guitare comme chaque année. Ce soir, aucun de nous ne sait encore, que ce sera pour lui la dernière. Il est interprète, chef de chœur et musicien des Mallet.

Moi-même, du haut de mes neuf ans, je ne le sais pas encore. Pourtant dans la famille, tous disent de moi que j’ai le don, hérité de ma grand-mère Huguette. Alors si je devine tout, si je pressens les choses comme ils le prétendent, pourquoi pas ce soir ?

Mais revenons à mon récit. Jean est installé plus confortablement que d’habitude. Il a sorti le grand fauteuil Emmanuelle de la cousine Gracieuse et c’est en riant à pleine bouche, qu’il nous a annoncé :

Cette année, J’ai besoin de confort pour jouer ! Est-ce l’époque, est-ce le grand âge ? C’est comme ça !

Oncle Eric l’a entouré de lampes de toutes tailles et de toutes sortes à croire qu’il est allé fouiller dans les caisses à brocante qui sont au fond de la grange. Pourtant, la lumière qui nous vient du grand feu est presque plus forte qu’à l’accoutumée, ma mère dit qu’on la voit depuis Vernoux en Vivarais.

Des semaines, que chacun d’entre nous, attend ce moment de la Saint Jean ! Moments de retrouvailles, moments de grandes joies, pour le feu lui-même, pour les jeux des petits au plus près du bûcher, pour l’enjambement du brasier à la fin de la soirée par les plus âgés, les vieux les regardant, les yeux pleins de tendresse.

C’est un des moments où l’oncle Eric note tout de la grande chronique familiale. Il y consigne les rires, les moqueries plus ou moins discrètes de certains, les craintes des parents (surtout celles des parisiens), et les maladresses contrôlées des ados pas encore initiés au feu. Il est notre mémoire à ce qu’on dit. Quand je serai plus grand, je lirai.

Claire, l’aînée de mes tantes s’est installée près de Jean, mais avec moins de confort car c’est à la lumière de son téléphone portable qu’elle jouera les guides souffleurs au cas où notre chanteur aurait un trou. Elle est aussi là, pour indiquer le moment où toute la famille honorera Brassens, tous ensemble, mais hélas, pas tous en accord. Ceci lui donnera l’occasion de froncer les sourcils et de gesticuler dans la lumière plutôt favorisée par la météo. Comme chaque année, Oncle Eric aura dit que c’était tout bon !

Aucun de nous ne sait encore que pour Jean, ce sera la dernière année.

Kheira Mallion

 

Traversée du désert

Dés le premier soir je me suis sentie bien à la lueur des flammes.

Ce feu qui crépite, vacille, poussé à gauche à droite sous les assauts du vent envoie vers les étoiles des milliers de lucioles qui s’éteignent bientôt, bien loin du firmament.

La chaleur de ton corps blotti contre le mien et le noir de la nuit que la lumière du feu rend encore plus profond mais bien moins dangereux rendent à l’infini ce temps qui est le sien.

Je caresse ta peau aux odeurs de foin et au bon goût de sel pendant que tu t’endors.

Quand la lune se lève, je t’ai déjà rejoins.

Violaine

 

J’ai quitté mon foyer il y a deux mois, depuis je marche à la recherche d’une réponse à mon être. 

Sous la canopée aucune étoile ne brille, même la lune ne transperce pas le feuillage. La forêt baigne dans le néant, seule la lumière d’un embrasement donne de la consistance aux premières arbres qui nous entoure, et crée une bulle qui m’empêche de sombrer dans la folie. 

Le pétillement, battement d’un bois trop vert, accompagne les hululements profonds d’un hibou grand-duc, Les hurlements lointains d’une meute de loups, et les crépitements du miellat tombant en pluie des insectes piqueurs. Les braises, sous une croute de cendre boucanée, cachent en leur coeur un secret que le moindre souffle dévoile.

L’odeur enivrante des fumées et le ballet hypnotiques des flammes entre rouge et jaune me plongent dans l’histoire de l’humanité, des chasseurs-cueilleurs découvrant le feu, des guerriers massaï se protégeant des lions, des sioux invoquant la nature, des inuits survivant sur la banquise. 

Je me sens de ces êtres qui ne sente exister et appartenir au monde autour d’un foyer.

François Levillon

 

Sous une nuit étoilée, au cœur d’une forêt dense habitée par des arbres somptueux, l’éclat de la lune guidait Lisa et Romuald. Bien qu’épuisés par une longue marche, ils ne songèrent guère à s’arrêter pour reposer leurs pieds. Ils devaient ramener ces trois vaches pour leur famille et s’assurer ainsi d’être nourris pour les mois à venir. Lorsqu’ils aperçurent au loin de la fumée, un sentiment de joie se mêla à un profond soulagement. Les éleveurs les attendaient et les invitèrent à se reposer et reprendre des forces. Un sourire apparut sur le visage des enfants et ils prirent le temps de déguster les morceaux de viande braisée. Autour du feu, la veillée s’installait et le son mélodieux de la guitare s’entremêlait aux crépitements du bois qui se consumait avec vivacité au contact de la chaleur. Les yeux de Lisa étaient hypnotisés par les flammes aux couleurs chaudes puis laissa son esprit voyager. Elle imaginait ces pétales de feu danser toute la nuit pour ensuite s’élever au gré du vent et s’évanouir dans la voie lactée pour la réchauffer. Cette atmosphère enveloppa son cœur de douceur et songea l’espace d’un instant à dormir sur un lit de coton, laissant place à la légèreté et à la sécurité d’un cocon. L’épaule de Romuald s’alourdit soudainement, une jolie petite tête brune en était la cause. Il caressa le front de sa sœur et fredonna la chanson inventée ensemble lorsqu’ils vivaient encore dans l’insouciance du lendemain. Le jeune adolescent termina son souper et s’amusa à laisser glisser entre ses doigts les grains chauds et rugueux de la terre, tel un filet d’eau. Puis au fur et à mesure que la lune grimpait dans le ciel, les hululements des chouettes et le chant des loups remplaçaient la voix des hommes, et le feu se mit à protéger leurs rêves.

Elisabeth RAVEZ.

 

Le silence était retombé, brutalement, sans prévenir. Impact de la révélation échangée. Seul le bruissement des feuilles accompagnait à présent Emma et Cat. L’une contre l’autre au coin d’un feu ravivé par les branches qu’elles viennent d’y jeter. C’est la lumière chaude qui les préserve des ténèbres de la nuit noire, véritable refuge face au monde sauvage des hommes. Sous la bienveillance des constellations tutélaires, les astres semblaient enfin alignés dans une osmose magique. L’impression d’être à l’exacte place où elles devaient être. Comme si tous les événements de leurs vies les avaient conduites ici et maintenant. Les flammes à présent dansaient pour elles dans un festival de feux follets rythmé par les craquements du bois surchauffé. Sous les brûlures, l’incandescence intacte du coeur. Tout s’était remis à battre. Le froid de la peur s’évanouissait peu à peu, attisé par le foyer. C’était un moment qui se passait de mot. L’essentiel était ailleurs... niché dans chacun de ces gestes doux, effleurement des peaux, épiderme à vif, vertige de l’amour. C’est l’infini du ciel étoilé qui, miroitant, leur offrait l’infini des possibles.

Matthieu H.

Le festival en images

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Auteurs à l’honneur 2020

MANCEAU Edouard

Depuis toujours, Édouard Manceau aime par-dessus tout raconter et illustrer (...)

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Journaliste, écrivain et essayiste, Judith Perrignon nous offre le plaisir (...)

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Vincent Villeminot a d’abord été journaliste reporter diplômé de Sciences Po (...)

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