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Les textes de l’Invitation à écrire n°9

Ce n’était pas une journée habituelle...

Après une nuit agitée, FUIR !

J’ai pris la route. Puis la mer.

Un nouvel horizon, la Sardaigne.

M’imbiber de tout avec curiosité, la fraternité autour d’une salade de poulpe au soleil.

Pas vraiment une découverte, j’en avais tant rêvé...

La mer à nouveau, puis la route.

Et tous les fantômes de mes nuits qui m’attendaient. Pour l’éternité.

Fuir n’est pas une solution.

Eric PROTIN

 

Ce n’était pas une journée habituelle... J’ai eu soudain l’envie aussi irrépressible que subite de m’installer devant une salade de poulpe - une vraie ! Allez savoir pourquoi !

Et cela devait changer le cours de ma vie.

J’ai pris la route. Dans ma valise, étrangement, seulement des mots. Certains écrits dans un carnet, d’autres tirés à quatre épingles. Un tout particulier, "fantôme", emprisonné avec une grosse fermeture éclair, mon petit mot fétiche, mon nin-nin si vous préférez !

Arrivé au bord de la Méditerranée, l’eau à perte de vue, évidemment. Ah !... Et je souhaitais aller plus loin quand même, il était un peu tôt pour dîner.

Aussi, avec quelques feuillets du petit carnet, j’ai entrecroisé des mots, plein de mots : fraTERnité avec éTERnité, horizON avec poissON-chat, LAgune avec COrail... Et voilà un bateau de papier prêt à naviguer.

Par curiosité j’ai vogué au hasard des vents. Mais de même que moi j’avais pris la route, mon joli bateau, lui, a fini par prendre l’eau. LAgune et COrail, cela n’a pas été.

Escale forcée dans une île à la langue chantante, pleine de soleil, la Sicile peut-être ? La Sardaigne ?

Alors je me suis mis à la recherche d’une table. Mais sur la plage, rien. Tout était fermé. Au bord des routes, dans les grandes villes, rien. Tout était fermé. Je suis passé d’une île à l’autre. J’ai débarqué en Italie, rien. Tout était fermé. " Pour cause de Covid " !?! J’ai cherché dans ma valise. Covid, je n’ai pas trouvé. Tiens ! COvid - COrail ! mon petit bateau n’aurait pas coulé. J’aurais pu partir à la découverte du monde.

Je suis parti quand-même. Jamais revenu.

Geneviève PROTIN

 

Ce n’était pas une journée habituelle, c’était le jour de la Pentecôte. Les flammes sur la tête des apôtres, il y avait de quoi avoir peur du Dieu qui surveille tous vos faits et gestes.

Sur la route au retour de la messe, les mômes avaient joué aux fantômes. Ils avaient découvert qu’au cimetière, le soleil leur jouait des tours. Le trou noir éveillait leur curiosité. Etre au fond du trou pour l’éternité, ça voulait dire, la nuit pour seul horizon.

Or, Edouard rêvait à la moto qu’il espérait pour ses 18 ans. Annie était fan d’Adamo, elle aurait bien voulu aller au concert programmé dans la ville voisine mais ses parents ne voulaient pas. Ils étaient une bande de mômes du même village, oisillons qui rêvaient de quitter le nid.

Allez ouste ! On ne leur permettait pas de rêver. Les filles devaient aller préparer la salade, les garçons devaient montrer qu’ils étaient des garçons, sans avoir à exhiber leur nudité.

La journée s’est terminée, ennui, mélancolie, rêverie, tristesse, spleen… l’adolescence !

Noëlle Roth

 

Ce n’était pas une journée habituelle, la salade de poulpe dans laquelle j’ai commencé ma journée avait comme un goût d’éternité. Le soleil de la raison se profila à l’horizon de ma conscience et je pensais en mon for intérieur « nul aliment ne peut avoir le goût de l’éternité, d’ailleurs ce n’est même pas un goût, si ? ». Par curiosité, je décidais quel mélange serait le plus adéquat pour définir un concept tel que celui d’éternité, quand un fantôme sortit des méandres de mon esprit. Ce n’était pas un ectoplasme commun comme on en trouve dans toutes les têtes, celui-là ne me lâchait plus et ce, depuis un sacré moment. Depuis que j’avais commencé à vouloir être meilleur que mon frère en tout point. La fraternité était tombée à la trappe, engloutie sous une avalanche d’ego démesuré et d’honneur bafoué. L’esprit de compétition s’était immiscé entre nous et je l’avais perdu de vue, il y a de ça vingt ans au bas mot. Autour d’une salade de poulpe d’ailleurs. Horrible raison qui stoppe l’horizon de ma conscience à cet événement ! J’ai envie de frapper cette fraternité qui se targue d’être éternelle quand elle ne dure qu’un temps. J’ai envie de mettre un nom sur cette séparation dont je suis la seule cause, au moins d’associer un arôme à ce fantôme. Le piment est trop flagrant. Non...il faut un arôme plus vicieux, qui lorsque tu commences à l’avoir en bouche te fait espérer un moment agréable et exotique alors qu’en réalité il deviendra impossible de le supporter sans boire plus de quelques instants. Peut-être...un oignon ? L’oignon serait mon caractère compétiteur et l’eau qui me soulage cette salade que je mange en t’imaginant à mes côtés. Parce que même cela nous ne sera plus permis. Parce que tu es parti sans réconciliation, sans compromis.

Eden

Souvenir de mon premier jour en Sardaigne

Ce n’était pas une journée habituelle. Le soleil dardait déjà fort à travers les persiennes, en ce matin de mai. Dans la journée d’hier, j’étais arrivée, enfin, jusqu’à cette île, cette Sardaigne âpre et sèche. Dans ce pays choisi pour m’offrir un pèlerinage, une sorte de quête à renaître en paix, après des mois difficiles. Installée chez l’habitant, l’accueil avait été chaleureux.

J’avais prévu pour cette journée- découverte la visite des falaises au sud de l’île, tout en privilégiant l’oisiveté savoureuse, la douce errance dont j’avais tant besoin .

Un simple sac à dos comme compagnon de route.

La curiosité me fit descendre au pied des falaises, dénichant là, un petit bout de plage sauvage d’où je pouvais étirer mon regard jusqu’au miroir de l’horizon, me laisser fondre toute entière dans ce sentiment d’èternité. J’étais seule sur les galets fins. L’eau m’invitait.

Je rentrai doucement et me laissai porter par ces gouttes de bonheur, câliner par la tendresse, le chantonnement des vaguelettes et la légèreté du vent. Toute la nature environnante m’offrait là, comme une amie, sa beauté, sa fraternité ! Sous l’eau, près des rochers, j’aperçus maintes coquillages. Un d’entre eux se mit à bouger, à se soulever. Avec surprise, je découvris un poulpe qui s’y cachait, fantastique petit fantôme des mers, diaphane à travers la lumière. Tant de bras pour enlacer la mer ! Je l’apprivoisai. Ensemble nous avons longuement joué.

A mon retour, la famille m’offrit à manger, devinez quoi ? Une salade de poulpes que je repoussai de toutes mes tentacules lui préférant la marmelade pourpre de pulpes d’oranges.

Ils virent l’ombre sur mes paupières et acceptèrent mon choix.

Ce fut le triomphe de l’amitié, un instant inondé par nos rires partagés.

Christiane MANIN

 

Ce n’était pas une journée habituelle, plutôt une découverte, voir une alerte dans mon désespoir.

Je déambulais dans les rues pavées d’Avignon, et le vert n’était plus au rendez vous, il neigeait fort, et on ne voyait plus les routes.

Je me suis dit « Le soleil pourrait-il avoir raison de toute cette tristesse ? »

Place de l’horloge, assise, devant une table de bistrot, Fanny Ardent, pensive, regardant l’horizon, une cigarette en l’air, incandescente.

Tout en marchant, les lourds flocons de neige s’obligeaient obstinément à glisser le long de mon cou.

Sur les pavés gelés de la place Crillon, j’ai vu Agnès De Vigan qui d’un signe de la main m’a chuchoté « la vie est facile, gardez cette tendre curiosité qui est en vous ! ».

Fatigué et las, au détour d’une ruelle j’ai croisé Modiano et son pardessus décousu.

En le frôlant, il a fait tombé un bout de papier, à l’intérieur le mot « Éternité » et en dessous écrit en tout petit « Le temps de la rencontre est venue ».

J’avais du mal à respirer, le vent glacial fouettait la rue des capucins, j’avais mille personnes dans ma tête.

Pourquoi Fanny ? Pourquoi Agnès ? Pourquoi Modiano ?

J’avais pas de réponse à ça.

J’avais juste envie d’être ailleurs, en Sardaigne, manger de la salade de poulpe, avec mon amour, assise sur le bord de la jetée, pied nu, l’épaule dénudée, un sourire à la commissure de ses lèvres, et me dire « Tu es l’homme qu’il me faut ».

Les yeux mouillés, en passant devant l’école des filles et des garçons, ou la plaque indiquée : « Liberté, Égalité, Fraternité », vous êtes apparue, immobile comme un fantôme, du khôl sur le contour de vos yeux, habillée en blouson de cuir noir, des bottes allant jusqu’au niveau de vos genoux, un hématome sur la joue gauche, le vent collant les flocons sur vos cils.

D’un revers de la main, j’ai essuyé mes yeux rapidement, j’ai ralenti, et comme par enchantement, il n’y avait plus mille personnes dans ma tête, à cause de votre parfum, vos cheveux mouillés, emmêlés, et votre rimmel qui coulait sur vos joues.

J’aurais tant aimé vous peindre, fixer ce moment délicat, oser enlever la neige lourde de vos cils, vous dire « laissez-moi mettre du bleu autour de vos yeux ? ».

Enfin, je crois.

Mais, je n’ai rien fait de tout ça.

Hmm...

Pfff, j’ai poursuivi mon chemin désespérant, remonté mon col, et repris mon pas lent.

Quand soudain, vous m’avez arrêté, attrapé, embrassé et laissé.

Ce moment fantasque m’a submergé d’émotions, et l’espace d’un instant j’étais votre nouveau fan.

J’ai dit merci et encore merci, à Fanny, Agnès, et Modiano…

Oui, ce n’était pas une journée habituelle, car pour l’éternité, la vie pouvait être facile, et finalement, le temps de la rencontre était venue…

Richard Velasquez

 

Ce n’était pas une journée habituelle, la pointe du jour annonçait déjà l’inattendu et la découverte. L’excitation et l’impatience présentes la veille du départ dans la préparation de nos bagages et dans nos rêves agités, grandissaient encore sur la route qui nous conduisait vers un horizon nouveau, et qui paraissait durer une éternité. Le chahut, les joutes verbales, les « on arrive bientôt ? », les soupirs, les sommeils jalonnaient notre trajet, et finalement nous accompagnaient vers notre destination estivale. Ca n’était pas le soleil de Sardaigne qui nous accueillait ni les contrées exotiques, simplement un autre coin de terre que notre curiosité enfantine se réjouissait d’apprivoiser pour enfin créer de nouvelles fraternités. Alors commençait et se déroulait le nouveau film de nos vacances familiales bercées par le chant des vagues, abritées d’une toile de tente, nourries de frites, salades de poulpe et glaces, charmées par les nouveaux accents amicaux, pimentées par les concours de pétanque, condensées sur une carte postale et bientôt terminées pour devenir fantôme, mais gravées à jamais dans nos mémoires. Nous emporterions avec nous ce flot d’émotions, ces amitiés indestructibles, ces fous rires intenses, cette insouciance mutine, ces promesses de s’écrire et surtout de revenir ! Inévitablement, nous reprendrions le chemin du retour au quotidien, nos corps et nos esprits armés de souvenirs chaleureux et joyeux, regrettant de les quitter déjà mais convaincus de les rejoindre une saison prochaine.

Myriam

 

Ce n’était pas une journée habituelle. J’étais en route pour l’éternité. Sous la chaleur des spots lumineux et la clameur du public, sur le ring, quelques secondes me séparait du titre.

Gauche. Gauche. Direct du droit

Esquive. Tenir le coup

Gauche. Gauche. Crochet du gauche

3...

Je ne l’ai pas vu venir celui-là. Effondré au sol sous le décompte, les fantômes du passé m’envahirent. La chaleur du soleil de la Sardaigne me brûlait le visage, ou les spots peut-être. De mes dix ans, ma tête dépassait à peine la table du restaurant, grimaçant et devant une salade de poulpe j’écoutais mes parents.

2...

Relève-toi
Mon père voulait partir à la découverte des montagnes et ma mère préférait admirer l’horizon entre les deux bleus. Ils se chamaillaient, riaient, heureux de leur premières vacances en famille. 

3...

Relève-toi
Soudain mon père s’agrippa le cœur violemment et tomba au sol. “Relève-toi ! ” lui crais-je, ma mère hurlait son prénom, impuissante. “Relève-toi !” RELEVE-TOI !

.

Je me relève enfin, l’arbitre leva haut mon point, ébloui par les projecteurs, porté par le public. Je gagnai plus qu’un titre ce soir là, je gagnai la fierté de mon père.

François Levillon

La nouvelle maison de ma grand-mère

Ce n’était pas une journée habituelle, elle allait investir sa nouvelle maison, dans un joli petit village de Sardaigne. Une grande bâtisse aux volets bleus, cernée d’un parc garni d’arbres majestueux. Ça se passait il y a déjà bien longtemps, mais ce souvenir appartient encore à mon présent, posé dans mon cœur, blessure à peine cicatrisée. Je me souviens.... La route avait été paisible mais seulement pour elle. Moi, j’aurais voulu rouler jusqu’à l’infini. Elle regardait le paysage défiler par la fenêtre, mais aucun mot ne s’échappait d’elle. Quand nous sommes arrivées, elle fit preuve d’une tranquille curiosité. Elle s’est abandonnée à la découverte de ce lieu, en silence. Elle semblait épanouie et j’en soupçonnais la raison. Elle savait « son fantôme » présent à ses côtés. Elle s’adressait à lui depuis 5 ans déjà, et nous assurait avec beaucoup de conviction et un peu d’espièglerie, qu’il l’accompagnerait jusque dans l’éternité. Quand nous étions entrées dans le hall, elle avait souri à la dame qui nous avait accueillies. De son doux sourire. Le soleil brillait dehors, la fraternité transpirait dedans. Désormais, son seul horizon serait la vue sur la montagne, par la fenêtre de sa chambre. Mais je me rassurais car le parc, avec ses bancs et ses grands arbres, saurait abriter ses recueillements. Peut-être se ferait-elle des amies, son doux caractère pouvait le laisser supposer. Mais son besoin de solitude s’était déjà exprimé pour son premier soir, quand elle avait émis le souhait de manger seule dans sa chambre. Je lui avais, pour l’occasion, préparé une petite salade de poulpes, son plat préféré, des yaourts maison et un flan aux œufs. Je les avais rangés délicatement dans le frigidaire après les avoir sortis de la glacière. Nous avions pu rester seules quelques heures, ce qui avait adouci notre séparation. Et quand il fut temps pour moi de partir, elle me dit « ne t’en fais pas ma chérie, c’est mieux comme ça. C’est ici que je suis née, c’est ici que je veux mourir ».Elle avait choisi la Sardaigne, j’habitais à Paris. Ce n’était pas une journée habituelle, ma grand-mère investissait sa dernière maison.

Marie France

Un si piteux concours vers l’obéissance

Ce n’était certainement pas une journée habituelle puisque pour la première fois je comptais respecter au pied de la lettre le règlement d’un concours. J’étais plutôt jusqu’à présent dans leur détournement au nez et à la barbe des examinateurs. A chacune son plaisir. Est ce l’impressionnante barbe de l’invité d’honneur de Livres à Vous 2020, qui me fit pencher vers plus d’obéissance ? Est ce pour goûter enfin à la tranquillité qu’annonçait le titre de son roman « Ciao Bianca » ? Ou pour punir l’auteur de porter un prénom qui vous met l’eau à la bouche pour tout de suite vous l’enlever ? Je me mis en tout cas à écrire scrupuleusement l’incontournable insipide incipit qui m’ennuyait déjà, quand mon esprit s’envola vers les concours aux drôles d’incipit qui m’avaient fait écrire de rire. La semaine dernière par exemple : « J’ai perdu Jésus quand j’ai vu Zalem ». Il y a 3 mois en plein confinement hivernal : « J’étalais sur le dos de Bianca allongée au soleil de Sardaigne une épaisse couche de crème solaire ». Ou encore, toujours en plein confinement, certes un peu plus avancé : « Le fantôme de l’éternité galopait sur la route de la curiosité vers l’horizon de la découverte ». Ouf ! Il ne me reste plus que 2 mots à caser sur les 10 obligatoires, enfin 4 car un des 2 mots en fait 3, mais je devrais réussir à caser ces 2 mots qui en fait en font 4, dans les 5 lignes que je peux encore écrire car j’en suis à la 15ème sur les 20 maximum imposées. Oui, celui-ci, encore avec Bianca : « Elle me jeta sa salade de poulpes à la figure quand je lui annonçais ma solidarité avec les mollusques » . A chacune sa fraternité, non mais. J’écrivais donc laborieusement l’insipide incipit puis à la suite, les uns à la suite des autres, les 10 mots imposés, quand on sonna à la porte. C’était Bianca.

Catherine Ernzen

Un sms, Tante Augusta n’est plus,

Sainte Adresse ? C’est où ?

Au nord-nord, tout là haut,

Sûr, ce n’est pas la Sardaigne,

Découvertes, curiosités,

La route est longue.

Bonjour cousins,

Bonjours cousines,

Bonjours sœurettes oubliées,

Allons admirer le coucher de soleil,

Nous fixons l’horizon,

Drôles de nuages, une forme de fantôme,

Tout s’embrase, une boule de feu disparait,

A l’instant, le rayons vert !

Apaisement, calme, silence,

Souvenirs, nous nous rapprochons, nous nous embrassons,

Dans un élan fraternel,

Nous partons déguster une salade de poulpes et fruits de mer

Plus tard, c’est le départ, la séparation,

N’attendons pas une éternité pour une prochaine rencontre.

Merci Tante Augusta pour cet adieu qui nous a rassemblés.

Denise

Ce n’était pas une journée habituelle

La lettre tant redoutée était là, posée négligemment sur le rebord de la console , elle allait bouleverser mon existence.

J’avais reconnue le timbre et l’écriture de mon ami Bianca.

Je savais que j’allais faire remonter les vieux fantômes du passé.

Les souvenirs refirent surface et vinrent me planter une aiguille dans le cœur.

Il y avait une éternité que j’avais quitté la Sardaigne la terre qui me vit naître et grandir auprès d’une famille aimante et fraternelle.

Mes doigts fébriles parcoururent les lignes si adroitement alignées, je ne pus retenir mes larmes.

J’avais quitté le nid à la découverte d’autres horizons.

A la lecture de cette missive je ressentis toute l’émotion contenue dans ces quelques lignes,

ce n’était pas des reproches mais toute la tendresse exprimée à la manière

pudique d’un appel.

J’ai compris que mon cœur était toujours prisonnier de ma merveilleuse île.

Je redoutais ces retrouvailles bouleversantes, mille questions se bousculaient dans ma tête.

Je revis mon île dans la splendeur d’un soleil d’été, ses rayons chaleureux caressant notre peau,

toi ma fidèle amie.

Nous nous régalions des saveurs de salades de poulpe à la terrasse des cafés.

Nos fous rires me manquaient, nos balades au bord de notre vespa sillonnant des routes escarpées de nos montagnes.

La curiosité nous menait toujours plus loin, à la découverte de toute cette richesse qu’offrait notre île havre de paix et de bonheur.

Nous traversions les sentiers de randonnées traversées par de mystérieuses ruines datant de l’aire de bronze figées pour l’éternité avec pour seul témoin l’horizon turquoise.

Je sens les regrets m’envahir et une nostalgie que je ne peux endiguer.

Comme un appel la « Sardaigne » m’attire et prise dans un élan je réponds à ta lettre, je viens te rejoindre j’ai trop tardé ma belle amie que je n’ai jamais oublié.

Lola B.

Ce n’était pas une journée habituelle pour Lise. Elle avait douloureusement conscience du danger que représente un homme en position de pouvoir ; sous couvert de fraternité, celui-ci avait su amadouer les plongeurs, mais ces derniers étaient sous l’eau à présent. Pourtant, elle savait la violence des hommes. Journaliste passionnée, elle alternait entre les grands reportages de plusieurs mois et les courtes missions. L’archéologie, l’histoire et la mythologie formaient alors ses sujets de prédilection, loin des guerres d’Afrique et d’orient. La curiosité était son arme et son sacerdoce. Voilà ce qui la menait aujourd’hui sur ce bateau au large des côtes de Sardaigne, sous un soleil de plomb à peine compensé par la fraîcheur des embruns.

« Ma jolie petite dame, il n’y a plus que nous deux. » Elle avait bien entendu. Les yeux résolument fixés sur l’horizon, elle réfléchissait à toute allure. Ils ne se rendaient jamais compte de l’arrogance et de la dureté dont ils faisaient preuve. Réduisant une femme à son physique, ils l’écrasaient sans pitié. Lise connaissait ces phrases anodines, et plus le temps passait, plus elle redoutait ses propres réactions : une masse compacte s’était enflammée dans le fond de ses entrailles, que chaque humiliation attisait. Elle avait besoin de ces images, et surtout pas d’un scandale !

Sa caméra était posée à côté d’elle, prête à filmer les découvertes des plongeurs. Le bateau était arrêté au-dessus d’une fosse révélée par un glissement de terrain, le long d’une ancienne route maritime. Une épave étrusque ou phénicienne apporterait de nouveaux indices sur l’Antiquité méditerranéenne. Raide et contractée, Lise sentit le capitaine s’accouder près d’elle, une main dangereusement proche de la sienne. Concentrée sur la chasse au trésor, elle songea aux fantômes des marins prisonniers de la mer et aux éternités écoulées depuis leur disparition. Avec un peu de chance, il la catégoriserait bientôt parmi les frigides ou les lesbiennes, et la laisserait en paix.

« Je crois que la salade de poulpe est en train de remonter, murmura-t-elle sous le coup d’une brusque inspiration, mettant à profit le lent roulis des vagues et la nausée que lui inspirait le capitaine. »

Théo Beaumann

Ce n’était pas une journée habituelle. En effet, je m’apprête à commettre un acte dont les conséquences seront irréversibles. Mais étrangement, je ne ressens rien. Pas même une once de crainte, ni même de regret ou, au fond peut-être, un peu de joie.

Car oui, il se peut que je puisse être joyeuse en cet instant. Je vais accomplir ce que j’ai à faire. Ce que j’ai toujours voulu faire. Alors peut-être devrais-je me réveiller. Mais peut-on réellement parler de réveil dans un monde plongé dans un coma perpétuel ? Un monde aveugle, ou qui se veut aveugle. Un monde qui ferme les yeux sur ce qu’il ne peut pas voir, sur ce qu’il ne veut pas voir…

Alors, quel univers est le plus insensé ?

Qu’importe, ma décision est prise. J’y ai longuement réfléchit. Mais en cet instant je ne pense à rien, il ne faut pas. Car il peut survenir un doute. Une infime hésitation, car on peut aisément le comprendre, ce n’est pas chose facile. Quand votre avenir ne tient qu’à un fil, que tout peut se jouer dès cet instant précis, on peut, dans un éclair d’incertitude, réfréner ce vent de liberté sur le point de nous emporter et de nous happer dans ce mélange incertain de fascination, de curiosité et d’attirance.

Je suis un spectre, un fantôme. Une enveloppe charnelle évoquant vaguement ce que j’aurai pu être, mais dont on devine un manque de profondeur flagrant. Comme un dessin d’enfant qui serait délaissé dans un coin de la pièce, inachevé. Les ruines d’un fantasme dont on veut encore croire à sa subsistance. Une configuration qui se découpe à l’ombre de ses rêves perdus, lovée aux confins d’une hypothétique existence. Mais cette existence est perdue dans les méandres de tant d’autres. Elle est supposée être propre à chacun, mais il me semble pourtant que ma vie n’est qu’une pâle copie de celle de mon voisin.

Ma vie est insipide, et je ne serai pas étonnée de savoir que la vôtre aussi.

Je contemple l’horizon et attends l’aube d’une nouvelle vie. La course du Soleil me semble longue, et je subis. J’attends.

C’est une longue agonie que d’attendre l’éternité, vous savez. Je grave dans ma rétine ces dernières images, esquisses de mes rêves ternis. Je les regarde se perdre dans l’éther, en solitaire avant de disparaître derrière le réveil de mon être. Car, tandis que le jour se lève, je m’extirpe de ce long sommeil. Quelle ironie de savoir que les derniers instants de mon existence sont les seuls que j’ai réellement vécu.

Salomé

Ce n’était pas une journée habituelle. Florence ne quittait pas laroutedes yeux, elle roulait depuis plusieurs heures. Elle avait quitté Orléans au petit matin laissant son compagnon pour rejoindre Marseille. Elle devait prendre le bateau pour la sardaigne et rejoindre sa mère prénommée Rose qu’elle venait de retrouver après de longues recherches. Elle était née sous X. Elle partait à la découverte de ce lieu inconnu. Elle était fébrile, anxieuse en pensant à leurs retrouvailles. 

Depuis sa plus tendre enfance, lesfantômesde sa naissance hantaient ses nuits. Elle avait hâte de la voir. Elle avait tellement imaginé son visage qu’elle avait l‘impression de la percevoir.

Elle embarqua en fin d’après-midi. Elle resta sur la passerelle et observa le soleilqui rejoignait l’horizon en diffusant de magnifiques couleurs rouges orangées. La mer était d’un bleu indigo. Appuyée sur le bastingage Florence parlait au vent, lui demandait de déposer sur ses lèvres les mots qu’elle prononcerait sur le quai. Elle ouvrit la bouche et aspira les embruns en prenant garde de ne pas fermer ses lèvres. Puis, du bout de la langue, elle cueillit les paroles transformées en infimes perles d’eau salée.

Il était temps d’aller se reposer. Après quelques heures de traversée la sirène du bateau retentit. Il accosta. Elle reconnut aussitôt Rose. Elle faisait de grands signes, un magnifique sourire éclairait son visage. Après un temps d’arrêt, elles se sont enlacées. L’embrassade fut un merveilleux moment de connexion et d’amour. Elle n’aurait jamais imaginé que cela puisse être si puissant. Elle en avait tellement rêvé.

A leur arrivée, ses deux sœurs l’attendaient. Les pleurs, les rires se mélangeaient. Florence fit le tour de la maison à la façade blanche et aux volets bleus. Sur la terrasse un apéritif était préparé composé de produit sarde dont une salade de poulpe à l’huile d’olive et ail qui était goûteuse. Elle comprenait maintenant son attirancepour les produits méditerranéens. Elle se sentait enfin chez elle.

Elle resta deux journées dans ce cocon familial. Elle ressentit la fraternité qui les liait. Rose lui raconta les raisons de son abandon. Elle avait seize ans, ses parents ne voulait pas de l’enfant et son père qui était un marin avait quitté la région sans donner de nouvelles. Sa curiosité l’a poussa à demander le nom de son géniteur. Elle apprit qu’il avait quitté cette terre pour rejoindre l’éternité.

Florence se sentit soulagée, elle avait l’impression qu’une barrière venait de tomber. Elle allait pouvoir s’épanouir et ouvrir son coeur pleinement. Le voile du mystère était déchiré.

Cinq années se sont écoulées depuis. Florence a toujours des contacts avec sa famille qu’elle rejoint tous les ans avec son compagnon. Cet été son petit garçon de neuf mois les accompagnera.

Sylvaine Beaumelle

Ce n’était pas une journée habituelle pour Fernando. Il avait réglé la sonnerie du réveil sur le mode vibreur à quatre heures du matin, avait préparé ses vêtements, ses chaussures de marche, ses lunettes de soleil, sa lampe torche, quelques boissons et… Bref, tout ce que l’enfant qu’il était estimait nécessaire. Il partirait quoi qu’il arrive, même caché dans la voiture. Cet horizon ne l’effrayait pas car il avait la certitude qu’Enrique, son père, n’envisageait guère de l’emmener.

Quelques jours plus tôt, Fernando, avait entendu la conversation de trop entre son père et sa grand-mère. Enrique ne cessait de dire :

Je dois y aller, c’est ainsi. Tu peux comprendre, maman !

L’enfant était bouleversé car ce n’était pas la première fois, c’est alors qu’il a pris sa décision.

Avant, il avait insisté, et insisté encore, plusieurs fois et plusieurs jours durant jusqu’à ce soir :

Papa, tu avais promis que tu m’emmènerais partout, j’ai neuf ans maintenant. Je suis grand ! avait-il dit, une dernière fois.

Et la réponse arriva contre toute attente.

Oui, je vois bien que tu as préparé ton sac. Alors soit, je t’emmène mais si tu es prêt, réveillé et habillé. Attention, je quitte la maison impérativement à 5 heures. La route sera longue et le voyage éprouvant. Vois-tu Fernando, je n’ai pas que de bons souvenirs là-bas. J’ai même quelques affreux fantômes à affronter !

L’enfant était partagé entre surprise, fierté et stupéfaction. En réalité, il avait tout imaginé sauf ce oui pour une chasse aux fantômes. Une chasse aux fantômes en Sardaigne !

Papa je serai là pour toi, je ne crains aucun fantôme. Je t’aiderai en leur donnant des coups avec l’épée que tu m’as fabriquée. Je l’emporte avec mon laser.

Enrique se mit à rire.

File vite ! Et dare-dare au lit, si tu veux satisfaire ta curiosité. Sinon rien, pas de voyage, pas de découverte. Tu seras consigné « at home » avec ta grand-mère !

Enrique débarrassa la table, jeta les restes de la salade de poulpes que sa mère leur avait préparée, passa deux coups de fil. Le second fut pour l’hôtel de la fraternité où il avait, d’évidence, ses habitudes :

Je ne serai pas seul, dit-il. Il me faudrait la grande chambre, Celle qui donne sur la maison bleue…Oui, oui, c’est important ! Et dites bien à Maria que le petit m’accompagne. Il fallait bien qu’il vienne un jour ! Puis il raccrocha.

Le garçon, lui, ne se fit pas prier. Il monta les escaliers quatre à quatre et plongea dans son lit, essayant de trouver le chemin du sommeil certain que cette nuit durerait une éternité.

Kheira Mallion

Ce n’était pas une journée habituelle celle qu’il allait vivre à bord du vaisseau fantôme au large de l’océan.

Il ne comptait plus les jours depuis son embarquement sur cette maudite caravelle pour suivre le superbe génois avec sa promesse de découverte au bout. A son jeune âge la curiosité l’avait poussé à quitter la Sardaigne de son enfance. La perspective de naviguer sur d’autres routes maritimes l’avait emporté sur l’art de vivre méditerranéen.

Mais en pleine mer l’enthousiasme des premiers temps avait fait place progressivement à un enfer. Les flots, le ciel ; le ciel, les flots. Peur de tomber dans le vide. C’était sûr que la terre était ronde ? La maladie gagnait l’équipage. L’eau commençait à croupir, les vivres à manquer. Chacun se battait pour sauver sa part de riz. Adieu fraternité. Aux moments où la faim le faisait divaguer, il revoyait la cour de la maison familiale et la salade de poulpe que le père venait de pêcher, dressée sur la table.

Ils allaient tous sombrer, c’était devenu une certitude.

Et puis à l’aube, l’inespéré se produisit : "Terre ! Terre !". Malgré sa faiblesse il se leva, monta sur le pont et scruta l’horizon. Il parvint à distinguer un long filet ocre s’allonger et marquer la séparation entre ciel et mer.

Ce 12 octobre 1492 mettait un terme à ses sempiternelles journées et le soleil allait se lever sur l’éternité.

Elvire Bosch

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Ce n’était pas une journée habituelle, j’avais enfin posé les pieds en Sardaigne, le soleil cognait et j’étais à cette terrasse de restaurant avec vue sur l’horizon infini de la mer. Salade de poulpe, tourte au chèvre, coupe Dame blanche. Ces derniers jours n’avaient été que pluies d’orages, tempêtes et angoisse dans ce mystérieux voyage. La découverte de ces magnifiques paysages aurait été fantastique si la raison de ma présence ici n’était pas si inquiétante. Marc avait disparu depuis 10 mois, ses dernières nouvelles étaient confuses et énigmatiques, j’ai rejoint la Fraternité d’Eternité… je pars pour rejoindre un monde meilleur… un jour tu comprendras. Chaque atome de mon être criait au danger. J’étais habitué depuis nos 15 ans à ses frasques, ses excès de curiosité qui le conduisaient toujours un peu plus loin au-delà de la ligne jaune, mais cette fois-ci quelque chose clochait.

Une fois mon repas terminé, je pris la route pour la forêt di Montes. Avec mes quelques mots d’italien, jour après jour, je suivis la trace de cette mystérieuse Fraternité. De hameau en hameau, j’avais l’impression de chasser un fantôme, insaisissable. Quand je pensais approcher des lieux, les traces s’effaçaient, les habitants devenaient taiseux. J’étais épuisé. Le soleil implacable. Je n’y croyais plus. A quoi ça rimait ? J’errais à pieds au cœur d’une vallée lorsque je trébuchais stupidement au fond d’un trou. J’entendis l’os de ma jambe craqué, impossible de me relever. J’ai hurlé pendant des heures à l’aide, en vain. J’allais donc disparaitre bêtement ainsi, à la recherche d’un ami mille fois perdu dans les méandres de la vie ? La nuit tombait petit à petit. Mes peurs et mes craintes grandissaient lorsque j’entendis des pas s’approcher. Crissement de feuilles. « Eddy ?! Mais qu’estce que tu fous là ? ». Dans la pénombre, Marc grimé d’un tatouage de lune sur le front me tendait la main pour m’aider à me relever. Etais-je dans un rêve ou un cauchemar ?

Matthieu H

Ce n’était pas une journée habituelle. J’avais été poussée hors de mes rêves par un fantôme que me grattouillait les orteils. Moi qui ai horreur des chatouilles... Je m’étais aussitôt propulsée dans le rai de soleil qui composait les lignes du parquet. Une sacrée glissade pour sûr. Quelle découverte ! Cela m’avait procuré un bien-être immédiat, un irrésistible confort du corps et de l’esprit. J’étais en route vers des sphères qui projetaient d’être hautes, voire inaccessibles et inimaginables au commun des mortels. J’étais persuadée que l’élan dont je bénéficiais me propulserait au-delà de l’horizon cosmique, jusqu’aux confins de l’éternité. Je me sentais planer au-dessus du monde, si grand et si petit à la fois, impossible à tenir dans la main et en même temps pris sous l’acuité de mon regard. Les montagnes se muaient en forêts, les lacs en rivières, les sources jaillissaient en geysers. Le désert, ses dunes et ses maisons en creux s’effaçaient devant les glaces éternelles. Je plongeais en eaux profondes peuplées de créatures dont j’ignorais le nom. Peu importe où se trouvait le haut, où se trouvait le bas. Dans cet univers inconnu, j’évoluais avec lenteur et y puisais une énergie incommensurable. Tout stimulait ma curiosité. Une vague de fraternité enflait dans ma poitrine, étirant mes dendrites étoilées. Tandis que je décuplais ma voilure, je sentis soudain un pic au bout de mes doigts puis un autre plus sauvage, et sous le croquant d’une dent je disparus en même temps que la salade, sans avoir le temps de réagir, moi poulpe mutant qui n’avais pas vu venir le danger. Je chutais dans les bas-fonds d’un estomac qui ferait de moi une bouillie.

Véronique Pédréro

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Auteurs à l’honneur 2020

MANCEAU Edouard

Depuis toujours, Édouard Manceau aime par-dessus tout raconter et illustrer (...)

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PERRIGNON Judith

Journaliste, écrivain et essayiste, Judith Perrignon nous offre le plaisir (...)

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VILLEMINOT Vincent

Vincent Villeminot a d’abord été journaliste reporter diplômé de Sciences Po (...)

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